- il y a 23 heures
Plongez au cœur de l'histoire et de l'anarchie avec Jean-Marc Delpech, un éditeur passionné et historien de renom ! Découvrez les secrets de sa maison d'édition, "La Pigne", et explorez les profondeurs de sa spécialité : le bagne et le mouvement anarchiste.
Au fil de cette conversation captivante, Jean-Marc nous transporte dans le quartier unique des Castors de Saint-Dié, témoignant de l'esprit communautaire né après-guerre. Il nous éclaire sur les figures emblématiques de l'anarchisme illégaliste, comme Alexandre Jacob, et décrypte la tournure des procès qui ont marqué leur époque.
Préparez-vous à un voyage fascinant à travers l'histoire, de la Moselle sauvage aux collines de Sion, en compagnie d'un invité qui rend l'histoire vivante et accessible.
Au fil de cette conversation captivante, Jean-Marc nous transporte dans le quartier unique des Castors de Saint-Dié, témoignant de l'esprit communautaire né après-guerre. Il nous éclaire sur les figures emblématiques de l'anarchisme illégaliste, comme Alexandre Jacob, et décrypte la tournure des procès qui ont marqué leur époque.
Préparez-vous à un voyage fascinant à travers l'histoire, de la Moselle sauvage aux collines de Sion, en compagnie d'un invité qui rend l'histoire vivante et accessible.
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NewsTranscription
00:00Ici Lorraine, crack pour l'émission, sur Marouk, sur Moselle TV et Vosges Télévisions.
00:06Ici, votre radio de proximité en Lorraine.
00:31Chers amis de Sur Marouk, bonjour, bienvenue dans ce nouveau numéro.
00:36Cette semaine, mon invité est Jean-Marc Delpech.
00:39Jean-Marc Delpech qui est éditeur, les éditions de La Pigne,
00:42mais qui est d'abord historien, docteur en histoire,
00:46et qui est aussi enseignant en collège, enseignant en histoire et géographie.
00:52Il va nous parler de sa maison d'édition, il va nous parler de sa spécialité en histoire,
00:57c'est-à-dire le bagne, c'est-à-dire l'anarchie.
01:01Il va nous expliquer des choses qu'on n'explique pas souvent à la télévision
01:05et puis il va nous faire rencontrer un de ses amis qu'on connaît tous en Lorraine,
01:08c'est Éric My, et là on va se transporter dans le Saint-Ouat.
01:12On va aller se balader ici en bord de Moselle, magnifique au bord de cette Moselle sauvage.
01:16Et puis on terminera sur la colline de Sion.
01:19Voilà, je vais rejoindre Jean-Marc pour l'instant
01:22et puis nous repartirons avec Éric tout à l'heure.
01:25Suivez-moi, à tout de suite.
01:32Sous-titrage Société Radio-Canada
01:32Salut Jean-Marc, ça va ?
01:34Ça va et toi ?
01:35Il fait beau chez toi.
01:37Ça doit être le côté sud des Vosges.
01:40Oui, c'est presque le sud des Vosges.
01:41Oui, c'est quasiment la Méditerranée.
01:43C'est le midi, un peu du pastis.
01:47On irait même chocolatine.
01:51Jean-Marc, historien, je l'ai dit dans la présentation, historien, prof d'histoire, éditeur aussi, beaucoup de choses.
02:02Je voudrais qu'on dise un mot d'abord, parce que tu habites à Saint-Dié, le quartier des Castors.
02:06Et c'est un quartier quand même très très original, ou assez rare en France, ce type de quartier.
02:12En fait, le mouvement des Castors, il est dans les années 50, après la Seconde Guerre mondiale.
02:20Et c'est issu, si on remonte un peu plus dans le temps, en 1928, il y a eu une
02:25loi qui s'appelle la loi Loucher,
02:26qui a permis de faire quasiment des prêts à taux zéro dans le cadre d'un habitat type HLM pour
02:31les ouvriers.
02:32Et ça prend réellement son essor à partir de 1950.
02:36Un des premiers Castors, par exemple, des quartiers de Castors, c'est à Pessac, à côté de Bordeaux.
02:39Ah oui, d'accord.
02:40Le but, c'est donc, avec des prêts à taux zéro, en mutualisant le matériau et la main d'œuvre,
02:47on arrivait à loger des ouvriers, donc de la classe prolétaire.
02:52Donc, le tout dans un cadre de reconstruction, et ça donne un esprit communautaire, en fait.
02:57Par exemple, à Pessac, il y avait une école Castor, il y avait un magasin Castor, il y avait une
03:04fanfare Castor.
03:06Il y a dû y avoir des formes communautaires ici.
03:09Et avec le temps, ça, c'est un peu gentrifié.
03:13Oui.
03:13Donc, on a plus de la classe moyenne.
03:15Qui est arrivé, qui rachète, et c'est plutôt coté aujourd'hui comme quartier, non ?
03:19Oui, parce que c'est un quartier calme.
03:20Généralement, les quartiers Castors, ils sont légèrement excentrés.
03:23Oui.
03:24L'avantage ici, dans le cas de Castor à Saint-Dié, c'est qu'on n'est pas très loin
03:28de la montagne.
03:29Ici, on peut sortir, faire des balades immédiatement.
03:32On est à 5, 10 minutes à pied du centre-ville.
03:35C'est fantastique.
03:36Et puis, le dimanche, c'est d'un calme olympien.
03:38Prof d'histoire, mais d'abord historien, c'est-à-dire chercheur.
03:42Oui.
03:43Docteur en histoire contemporaine.
03:44C'est une spécialité, comme ça, qu'on dit.
03:46Oui, tu as des historiens médiévistes, tu as des historiens de l'antiquité, tu as des historiens d'histoire contemporaine.
03:52Après, moi, c'est essentiellement la fin du 19e siècle en France, c'est le mouvement anarchiste, c'est l
03:58'histoire du bagne.
04:01C'est l'histoire du bagne parce qu'il y a eu le mouvement anarchiste d'abord.
04:03D'accord.
04:03Puisque je travaillais essentiellement sur les anarchistes illégalistes, les voleurs, c'est-à-dire ceux qui viennent après les attentats
04:10de Ravachol, de Vaillant, de Cazeriot.
04:14Et donc, c'est une formule moins violente, même si ça reste une violence, une atteinte à la propriété.
04:20Donc, des gens comme Alexandre Jacob, ils ont permis par leur forfait de financer tout un mouvement, notamment le journal
04:27Le Libertaire de Sébastien.
04:28Mais ils étaient, est-ce qu'on peut dire que ces gens-là, Alexandre Jacob et d'autres, ils étaient
04:31pourchassés ? Comment tu dirais les choses à cette époque-là ?
04:35C'est justement le problème des illégalistes, c'est parce que comme ils sont voleurs, c'est d'abord des
04:41droits communs.
04:43Et puis c'est essentiellement, quand ils sont jugés, qu'on arrive à les percevoir comme tels.
04:49Quelqu'un comme Alexandre Jacob, qui est l'auteur de plus de 156 vols avoués entre 1900 et 1902,
04:56va avouer tous ses vols, il va même faire de son procès une tribune politique.
05:00Il faut savoir que le procès Jacob, qui a lieu à Amiens, c'est du 8 au 22 mars 1905.
05:06Ce procès Jacob, c'est une vraie tribune politique.
05:10Il y a toute la presse qui est présente.
05:11Et en l'espace de 15 jours, il arrive à placer pas moins de 8 discours politiques.
05:17Dans son fameux « Pourquoi j'ai cambriolé ? » dans lequel il dit « Le droit de vivre ne
05:21se mendie pas, il se prend ».
05:22Mais comment réagit l'opinion par rapport à ces procès-là ?
05:26Alors sur Amiens, pour Jacob, au départ, l'opinion, elle crie à mort, elle revendique tout ce que les sécuritaires
05:35d'aujourd'hui revendiquent.
05:36Sauf qu'il retourne tellement bien l'opinion, qu'à la fin, on a des preuves dans les sources d
05:43'archives,
05:43on a des preuves dans les souvenirs même de Jacob.
05:46Il retourne l'opinion sans faveur.
05:49Il retourne l'opinion sans faveur parce qu'il arrive à faire rire pendant le procès, il se moque de
05:52tout le monde.
05:53Il a une truculence, c'est le prototype du voleur jovial.
05:59Alors tu fais ta thèse, tu l'as fait d'ailleurs sous la direction de François Roth, qu'on aime
06:05bien citer.
06:06C'est quand même un grand personnage, François Roth.
06:08C'est une personnalité fabuleuse, c'est un vrai bonhomme, un vrai historien typique de ce qu'étaient les historiens
06:18généralistes à l'époque.
06:20C'est une somme de connaissances, c'était une somme de connaissances.
06:24Et c'est quelqu'un qui m'a guidé, qui m'a orienté alors qu'il ne connaissait pas le
06:29sujet et ça l'a visiblement intéressé.
06:32Et quand tu fais ta thèse sur Alexandre Jacob, est-ce que tu t'as, des fois tu t'es
06:39posé la question, pourquoi tu es spécialisé dans l'histoire du bagne, des anarchistes, etc.
06:46Est-ce qu'il y a une, ça vient d'où finalement ?
06:49C'est très, en fait c'est, quand j'ai fait mes études d'histoire à Bordeaux, je me suis
06:57arrêté au DEA, donc au bagne plus 5, le master 2.
07:04Et sauf qu'il faut de l'argent pour continuer, faire une thèse, c'est quelque chose qui demande des
07:09déplacements, qui demande une somme assez considérable.
07:12Et ce n'est pas comme en science, on n'est pas subventionné, ou alors c'est très très très
07:16rare.
07:17Donc j'ai passé mes concours pour être enseignant, j'ai un CAPES agricole, j'ai un CAPES, donc voilà,
07:24et puis avec le temps de refaire des études m'a repris.
07:29Et depuis toujours j'étais façonné par ce personnage d'Alexandre Jacob, et donc j'ai proposé ça, j'ai
07:34proposé ça à l'université de Nancy, et François Roth a tout de suite dit oui.
07:38C'est un sujet passionnant parce que le bonhomme est attachant au regard des aventures extraordinaires qu'il a pu
07:46vivre, mais au regard aussi du fait que si on n'enlève pas, si on ne regarde que l'aspect
07:53extraordinaire de ses vols.
07:54Par exemple, il vole, il cambriole la maison de Pierre Lottie à Rochefort, et il s'aperçoit que c'est
08:00Pierre Lottie, et il repart sans rien toucher.
08:05Sans rien toucher, parce que les écrivains sont socialement utiles chez les anarchistes.
08:09Donc on ne cambriole que les bourgeois, que les militaires, que les curés.
08:13Si on ne regarde que ça, ça reste un voleur comme un autre, un peu plus extraordinaire.
08:17Sauf que si on le replace dans le mouvement politique, qui est l'anarchie, là ça prend une autre dimension.
08:23Puisque grâce à ses vols, il va financer le journal Le Libertaire, il va financer le journal Amiennois-Germinoal,
08:28il va aider un nombre incroyable de camarades dans le besoin, et évidemment, il va finir sa vie arrêté au
08:36bagne,
08:36et ça ne s'arrête pas là, parce qu'il sort du bagne en 1925, à la suite d'une
08:43énorme campagne de presse,
08:44dans laquelle on a les signatures d'Albert Londres, notamment, de Louis Roubeau, qui sont les grands reporters de l
08:50'entre-deux-guerres.
08:54Et ça ne s'arrête toujours pas là.
08:56Il rentre en France, il est libéré finalement de sa peine de bagne à perpétuité,
09:00commué en deux ans de prison à faire en métropole.
09:02Il est libre en 1927, et là il devient marchand forain.
09:07Très bien, on pourrait dire que ça s'arrête là.
09:08Ben non, non, non, pendant qu'il est marchand forain, en 1936, il disparaît des marchés du Val-de-Loire,
09:13parce qu'il s'installe dans le Berry, et on le retrouve en Espagne pendant la guerre d'Espagne.
09:16Ah oui, d'accord.
09:18Et puis, il finit sa vie calmement.
09:22Alain Sergent, qui est le premier biographe de Jacob, fait ça en 1950.
09:27Son livre sort, c'est un énorme succès.
09:30Et il y a l'amitié d'un institut de roman dans la Drôme, qui lit le bouquin.
09:35Il s'est dit, tiens, je vais aller le rencontrer.
09:37Il lui présente sa femme.
09:39Les deux tombent amoureux.
09:40Comme c'est des couples d'anarchistes, Robert Passas n'a strictement rien à faire que
09:46Josette, sa femme, soit en couple avec Alexandre Jacob.
09:49Ils ont 50 ans de différence.
09:52Et elle réussit, parce qu'il était vieux, il a 75 ans, il voulait se suicider, parce
09:58qu'il voulait mourir en bonne santé.
10:00Et elle réussit à lui faire repousser de un an le suicide.
10:04Et ils passent un mois ensemble, et là, il finit par se suicider.
10:06Autrement dit, ce bonhomme-là, de l'âge de 11 ans jusqu'à sa mort à 75 ans, il est
10:12resté anarchiste.
10:27C'est ça, c'est ta thèse qui a été éditée.
10:31La thèse est passée en 2006, ça a été débutée en 2008 à l'atelier de création libertaire.
10:35D'accord.
10:36Donc là, évidemment, on évoque la maison d'édition de la pigne.
10:42La pigne ?
10:43Ça s'appelle pour quoi, la pigne ?
10:44Parce que c'est le fruit du pain maritime dans les Landes.
10:48Et dans le sud d'Asso, si on dit une pigne.
10:51Enfin, l'italien, pigna.
10:54Un petit bagnard.
10:55Voilà.
10:55Oui, oui, c'est...
10:58Je reviens au mouvement anarchiste en général, parce que, alors, ceux qui s'y connaissent le moins, comme moi, pensent
11:08à la chanson de Léo Ferré, sur les anarchistes.
11:11On met un peu tout sous le terme anarchiste.
11:13C'est quoi, finalement, aujourd'hui, en 2026, en France ou en Europe, l'anarchie ? C'est quoi être
11:18anarchiste ?
11:19C'est quelqu'un qui refuse l'ordre, qui refuse le pouvoir, mais qui ne refuse pas forcément l'ordre.
11:25C'est ce que disait Léo Ferré, l'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir.
11:30C'est quelqu'un qui lutte pour la justice sociale, qui lutte pour l'égalité, qui lutte contre toute forme
11:36d'autoritarisme, contre le sexisme, contre le racisme, contre...
11:41Voilà.
11:41Après, c'est un mouvement historique.
11:43C'est aussi pour ça que c'est passionnant.
11:45Il ne faut pas oublier que l'histoire sociale, elle a été faite notamment par des historiens marxistes.
11:50Jean Métron, historien d'anarchiste, c'est un ancien, c'est un communiste.
11:54Bloch, Brodel, tout ça, ce sont des gens qui sont à gauche, mais qui ne sont pas anarchistes.
11:58Et donc, ils ont occulté, après 1917, toute l'histoire de ce mouvement politique.
12:04Alors que l'anarchie, c'est ce qui imprime le mouvement social dès 1870, dès la fin de la Commune
12:09de Paris, notamment, dont on fête les 155 ans cette année.
12:14Et ils sont à l'origine de plein plein de choses.
12:16Le syndicalisme, c'est une création anarchiste.
12:18La CGT, c'est Fernand Pelloutier, anarchiste.
12:22Les droits de la femme, c'est quand même...
12:24C'est Louise Michel, c'est Madeleine Pelletier, c'est Anna Maé, la femme de Libertat, le fondateur du journal
12:31L'anarchie,
12:32dans lequel on va retrouver la bande à Bono.
12:36C'est...
12:37L'anarchie, c'est aussi le naturisme, c'est l'anarchisme, c'est aussi l'avortement.
12:43Avec ce qu'on a appelé une tendance, ce qu'on appelait les néo-malthusiens,
12:46qui prenaient la limitation des naissances.
12:48C'est la fameuse chanson de Montéus, La grève des mers, même si Montéus n'était pas anarchiste.
12:52Mais ça reste dans ce mouvement-là.
12:53Donc vous faites peur ? Vous avez toujours fait peur ?
12:56Non.
12:56Parce que vous avez un côté, dans l'histoire, dans le récit de l'histoire.
12:59C'est justement ça le problème, c'est qu'il y a eu...
13:02une période du mouvement anarchiste français, européen et mondial,
13:06qu'on a appelé la propagande par le fait,
13:08à la suite d'un congrès qui a eu lieu en 1881,
13:11qui disait que la seule voie qui menait à la révolution,
13:13c'était la voie de l'illégalité.
13:15Autrement dit, ça veut dire quoi ?
13:16Ça veut dire la bombe, ça veut dire l'attentat, ça veut dire l'assassinat.
13:19Ce qui a été, en fait, une réalité,
13:22en France entre 1892 et 1894.
13:26À partir de là, tous les médias dits bourgeois,
13:28les grandes feuilles populaires de l'époque,
13:29ont fait du CNews aujourd'hui.
13:31C'est-à-dire que si on veut casser du Mélenchon,
13:35il suffit juste de décorcher un nom,
13:37et puis tout de suite, on va vous taxer d'antisémitisme.
13:39Pour les anarchistes, si je fais de l'anachronisme,
13:42c'est la même chose qui se passe après 1894.
13:45Sauf que ça imprime l'histoire d'un mouvement,
13:48si bien qu'aujourd'hui, on associe toujours anarchisme à violence.
13:52Oui, c'est ça.
13:52Ou à ultra-gauche, ou à Black Bloc, et compagnie.
13:56Ça ne veut pas dire que le mouvement ne rejette pas la violence,
13:59mais ça veut dire que n'importe quel mouvement politique
14:03utilisera la violence de toute façon.
14:06Je sors complètement de l'anarchie et de ce qu'on évoquait,
14:10parce que tu es chercheur historien,
14:12mais tu es aussi professeur d'histoire.
14:15En 2026, les gamins, toi tu es en collège,
14:18ils sont comment les gamins ?
14:19Ils sont intéressés par l'histoire.
14:21Comment on les intéresse à l'histoire ?
14:22Je dirais qu'en 2026, ils sont comme quand j'ai commencé,
14:26c'est des gamins, donc ce n'est pas forcément évident chez les ados,
14:31puisque moi je renseigne avec des 11-15 ans,
14:35de traiter une matière littéraire intellectuelle.
14:37C'est-à-dire une matière où il faut savoir écrire,
14:39et il faut des connaissances, et qu'on le veuille ou non,
14:42l'histoire-géographie, ça restera toujours des fleuves,
14:44des dates, des rivières.
14:45Et ça, c'est particulièrement pénible et chiant.
14:50Forcément, je dirais que qui ça peut intéresser
14:52qu'en 1895, la CGT a été fondée par Fernand Pelloutier,
14:57surtout quand on a 12 ans.
14:58Donc on est plus préoccupé par sa voix qui va,
15:02et c'est boutant que par des fleuves, des dates et des rivières.
15:06On a un avantage quand même en histoire-géographie,
15:08c'est qu'on peut les accrocher sur des anecdotes.
15:10On peut accrocher sur plein plein d'anecdotes.
15:12Donc ça, c'est bien.
15:15Mais on fait travailler à partir des documents.
15:18C'est ce qu'on appelle la démarche hypothétique au déductif,
15:21c'est-à-dire que l'élève va construire à lui-même son information
15:26en déduisant à partir de documents,
15:27en faisant tout lui-même quasiment.
15:30L'idéal, ce serait que lui-même se pose des questions.
15:32Est-ce que tu les emmènes ?
15:33Moi, quand j'étais gamin au collège,
15:35j'allais visiter les forts, les Vosges, etc.
15:37Nos profs d'histoire nous emmenaient là.
15:39Est-ce que c'est toujours comme ça ?
15:41Ça se fait encore, ça ?
15:41En fait, oui.
15:42On demande, les institutions demandent à ce que l'élève s'approprie son patrimoine local.
15:46Or, dans les Vosges, il y a au moins deux choses qui sont fabuleuses.
15:51C'est qu'il y a la Seconde Guerre mondiale et il y a la Première Guerre mondiale.
15:54Oui, il y a tout.
15:55Donc, il y a tout.
15:57Amener des gamins d'ici à Verdun, c'est deux heures et demie, trois heures de route.
16:01Il faut y dormir quasiment.
16:03Alors qu'en une heure de bus, on est au col du linge.
16:06Il y a un musée qui est fantastique, avec des tranchées qui sont préservées.
16:09Et les gamins voient l'horreur de la Première Guerre mondiale.
16:10C'est une évidence.
16:12Ensuite, pour la Seconde Guerre mondiale, il y a le Struthof.
16:14Il y a le camp du Struthof qui est l'horreur absolue.
16:20Et qui a évolué en muséographie, en présentation ?
16:24Il y a eu des choses nouvelles depuis l'époque où moi j'y allais ?
16:27Il y a eu la rénovation, me semble-t-il, orchestrée par le président.
16:32Chirac, en 95.
16:35Non, ce n'était pas en 95, c'est en 2005.
16:39Puisqu'il est venu inaugurer la restauration du revier et de l'infarmerie.
16:45Il y a eu la création, me semble-t-il, à l'entrée du musée de la déportation.
16:51Et effectivement, il y a tout un parcours pédagogique, il y a des guides.
16:56Donc bon, nous, après, ça fait quand même pas mal de temps qu'on les amène.
17:00Donc on peut se passer des guides parce qu'on sait le faire.
17:04Je trouve que ça fait, depuis que j'ai commencé, ça fait plus de 70 fois que j'y suis
17:07allé.
17:11Mais on sait que ce genre de sortie-là, les gamins ne sortent pas indemnes.
17:15Ça les marque.
17:15Ça les marque et ils voient réellement les effets de ce que peut être un système totalitaire.
17:20Jean-Marc, on va poursuivre parce que tu as souhaité qu'on associe ton ami, Eric Mille, à cette émission.
17:27On va aller le rejoindre à Roville et à Sion.
17:32Et puis on parlera, je veux absolument qu'on parle de ce dernier livre que tu as écrit,
17:37alors c'est aux éditions Imago, on va le montrer à l'écran.
17:40Paul Roussain, bien sûr, on va en parler.
17:41Et puis aussi du livre « Votez-moi jamais » que tu as édité et que je voudrais qu'on
17:46en redise un mot aussi
17:47parce qu'on sort d'une grande période de campagne électorale.
17:51J'aimerais bien avoir ton avis là-dessus.
17:52Qui n'est pas terminé, en fait.
17:55Alors c'est l'avant-dernier bouquin qu'on a sorti aux éditions de Lapigne.
17:59Et j'en ai eu un peu assez, quoi, qu'on dise que c'est la faute aux abstentionnistes,
18:05s'il y a crise politique, ça me semblait inadéquat comme système de pensée,
18:10ou en tout cas trop facile à digérer.
18:12Et je suis allé piocher dans les textes libertaires pour fournir un...
18:19Non pas un argumentaire, mais ça peut servir d'argumentaire.
18:22Mais tout un panel historique de textes qui montrent que, oui,
18:27l'abstentionnisme peut être un choix politique à tout jamais.
18:46Bon, bonjour Marc, voilà, ton invité est là, t'as vu.
18:49Eric.
18:50On a fait une petite heure de route, on est à l'orgeur.
18:52On est à Baville-aux-Miroirs ici.
18:54C'est ça, exactement.
18:55Pourquoi t'as voulu qu'Eric nous rejoigne dans ton émission ?
18:58Parce que déjà, c'est un des plus belles plumes qui soient...
19:03Si, si, si, si, si, tu vas bien.
19:06Voilà, ça se voit.
19:08Et puis, c'est une longue collaboration avec Lapine,
19:12puisqu'on a sorti trois de ses livres,
19:14trois qui sont en anthologie de chansons.
19:18Il n'y a pas toutes les chansons, mais il y a plein de choses dedans.
19:22Et puis il y a surtout ces pommes qui sont superbes.
19:25Ah, magnifiques.
19:27Ah, elles sont magnifiques, je trouve.
19:28Tu trouves qu'elles sont belles ?
19:30Ouais, elles sont belles.
19:31Elles sont bien mûres ou genre non ?
19:32Elles sont bien mûres.
19:33Elles sont craquantes et croquantes.
19:35Si tu veux te changer en pommes, si tu veux te changer en gommes,
19:38si tu veux te changer en homme, c'est ça ?
19:39Voilà, c'est ça.
19:40Trilogie, ça va se poursuivre.
19:41Est-ce que c'est une sorte de...
19:43Alors, je m'excuse, ça me passe par la tête d'un coup.
19:46Une sorte de Martine à la plage, Martine à la...
19:48Non, non.
19:49À la base, le premier s'est appelé
19:52du nom de la chanson préférée de Jean-Marc.
19:55Oui.
19:56C'était une volonté de l'éditeur.
19:57Moi, je ne pouvais rien dire.
19:59Mais après, du coup, je me suis dit,
20:00ce serait rigolo de décliner ça avec Pomme,
20:02puisque c'est mon personnage embaraiillé.
20:04Et puis après, avec Si tu veux te changer en homme,
20:06qui est une autre chanson que j'ai écrite,
20:08qui est un peu le côté positif de la chanson.
20:11Parce que la première chanson, en fait,
20:12c'est une chanson qui détruit tous ceux
20:15qui usent et abusent de leur pouvoir.
20:17Et si tu veux te changer en homme,
20:19c'est une chanson plutôt utopiste
20:20qui reconstruit un monde idéal.
20:22Avant qu'on reparle un peu de tout ce que tu fais,
20:24tu es auteur, propositeur, chanteur.
20:28Explique-nous le lieu où on est ici.
20:30On a la Moselle ici.
20:31Ici, c'est un lieu magnifique.
20:33C'est une réserve naturelle de la Moselle Sauvage.
20:37C'est un endroit où la Moselle, elle est rebelle, justement.
20:40Ça nous plaît bien, nous deux.
20:41Parce qu'elle sort toujours de son lit.
20:44Elle n'est jamais là où on la voudrait.
20:47Ce qui fait que cet endroit-là, il n'est pas construisible.
20:50Il est souvent inondé.
20:52Et elle se balade.
20:54Il y a des bras morts de la Moselle un peu partout.
20:56Et il y a plein de petites pancartes
20:57qui montrent là où elle était.
20:59Ah oui.
21:00En telle année, 1965, 1870, 1902.
21:04Ça veut dire qu'elle divaguait encore plus ?
21:05Elle fait ce qu'elle veut ici, en fait.
21:07Elle est libre, complètement libre.
21:08Ok, c'est génial.
21:09Et il y a des balades à faire qui sont magnifiques.
21:12Et c'est un peu le paradis des photographes ici, vraiment.
21:14T'es l'Unevillois d'origine ?
21:15Je suis né à l'Uneville,
21:16mais je suis un petit peu le vilain petit canard de ma famille
21:18parce que je suis le seul mortemosellant
21:20dans une famille typiquement vosgienne.
21:22Ah oui, d'accord.
21:23Des Hautes-Vosges.
21:24Ah oui.
21:24Donc je suis très mal vu, très mal vu.
21:27Mais comment toi,
21:28et je dis la même chose au Bordelais,
21:33Jean-Marc,
21:34comment on dit en quelques mots
21:36la Lorraine, c'est quoi, finalement ?
21:38Moi, c'est mes racines, vraiment,
21:41parce qu'en tant qu'intermittent du spectacle,
21:43donc comédien, chansonnier, tout ça,
21:44je n'ai jamais arrêté d'être au bord de la Moselle,
21:48en fait, de Bussan jusqu'à Tionville,
21:50sans arrêt,
21:51à jouer mes chansons et mes spectacles
21:54au bord de la Moselle.
21:55Moi, je suis très,
21:57bien que pas chauvin
21:58et pas du tout nationaliste,
22:01je suis très quand même ancré
22:02dans cette région
22:04qui me touche quand même,
22:05que ce soit les jeunes à cirurgie en Moselle
22:07ou les anciens du textile dans les Vosges.
22:12On a encore plein de choses à se dire,
22:14Éric, Jean-Marc,
22:14on va monter à Tion pour terminer tout ça
22:17et vous allez me dire
22:18tout votre amour
22:19de la colline
22:20pour Barès.
22:21De Barès, oui, voilà.
22:22C'est ça ?
22:23Justement.
22:34Et bien voilà, comme promis,
22:36on est sur cette magnifique colline de Tion.
22:38C'est toi qui as voulu venir là, Jean-Marc.
22:40Magnifique.
22:41Je trouve que c'est un des, franchement,
22:42un des plus beaux endroits de Lorraine.
22:44En plus, on a la chance d'avoir du temps.
22:47Un mot pour poursuivre la conversation de tout à l'heure,
22:50Éric, on va pas parler d'influence,
22:54parce que j'aime pas ce mot-là,
22:55mais plutôt de compagnonnage,
22:56des gens qu'on aime beaucoup
22:57mais finalement qu'on a oubliés.
22:59C'est des Henri Tachan,
23:01des François Béranger,
23:02des Hubert-Félix-Stéphane,
23:04peut-être un peu moins.
23:05Et ça, ce sont des gens qui t'ont inspiré.
23:07Ah oui, Tachan, tout particulièrement,
23:10où j'ai la chance même de faire sa première partie
23:12à Vierzon, je l'ai rencontré.
23:14Je pense que les médias
23:16ne s'y intéressaient pas trop
23:17parce que pareil,
23:17une pensée peut-être un peu libre et rebelle.
23:20Et puis je pense que Tachan,
23:21en plus, était rebelle,
23:22pas seulement dans les textes.
23:23Il pouvait se mettre en colère
23:25et ça faisait peur un peu.
23:26T'as fait la première partie de Tachan, toi ?
23:27Voilà, avec plaisir,
23:28à Vierzon,
23:29et je l'ai rencontré.
23:31Et voilà.
23:32Avant de terminer,
23:33je voudrais quand même dire un mot,
23:34t'as une actu, toi.
23:35Alors, tu vas un peu partout,
23:37mais là, t'as une actu en Lorraine,
23:38donc parlons-en.
23:39Oui.
23:40Dites-nous-en un mot.
23:41Avec la compagnie Nihil-O'Nihil,
23:43qui sont basées à Budin,
23:44un petit village près de Thionville.
23:46Au mois de juin,
23:48on va faire un jeune public
23:49où on a adapté une nouvelle
23:52de Jean Jeunot,
23:53qui s'appelle
23:53L'enfant qui rêvait d'espace.
23:55On a appelé ça
23:57Parole d'homme, fête oiseau.
23:59Et c'est un superbe spectacle
24:01où je vais à la fois
24:03dire tout le texte,
24:04Jeunot est dessiné et chanté aussi.
24:07Il y a des chansons originales
24:08pour ce spectacle-là.
24:09D'accord.
24:09Et ce sera dans les écoles de Moselle,
24:11mais aussi à la grange
24:12de maîtres de service village d'Orain.
24:14Oui.
24:14Voilà.
24:14Et puis au mois de juillet,
24:15on montre Inocéros de Ionesco
24:17dans le cadre du festival de théâtre
24:19de l'Arc Moselland
24:22à Budin même,
24:23près du Moulin.
24:24Donc ça, c'est important
24:25avec une collectivité.
24:27L'Arc Moselland.
24:28L'Arc Moselland.
24:28Avec la commune de l'Arc Moselland.
24:30D'accord.
24:30D'accord.
24:31C'est noté.
24:32Un tout dernier mot pour Thierry Léon.
24:33Je voudrais qu'on en parle quand même.
24:34C'est ton livre.
24:35Et là, c'est édité chez Imago.
24:36Ce n'est pas édité chez toi,
24:38Jean-Marc Dabelle.
24:38Je lis juste les trois premières lignes
24:40de la 4e de Coup.
24:4123 ans de bâne,
24:42donc 11 années de cachot.
24:45Paul Roussink.
24:471885-1949.
24:48Anarchiste, incorrigible rebelle.
24:50D'Ilinco connaît très jeune la détention.
24:531903.
24:54Cinq ans de prison
24:55pour avoir lancé un quignon de pain
24:56au juge qui le condamnait
24:58pour vagabondage.
24:59Voilà.
25:00Ça, rien que ça.
25:01C'est le teasing.
25:02C'est l'art du teasing.
25:04Ça donne envie vraiment.
25:05Mais ça fait découvrir aussi
25:06une forme d'anarchie
25:07qu'on ne connaissait pas forcément.
25:09Oui, en fait, Roussink,
25:10c'est pas un inconnu,
25:11c'est pas une vedette, l'anarchie.
25:14Autrement dit,
25:15c'est quelqu'un qui l'est
25:17dès sa plus tendre enfance.
25:18Il le dit dans ses souvenirs
25:20qu'il lisait le père Bénard,
25:22il lisait le libertaire,
25:24il lisait la révolte,
25:27les temps nouveaux de Jean Grave,
25:29etc.
25:29Mais en fait,
25:30c'est le bâne
25:31qui va faire son vedettariat.
25:33Et le bâne pour une futilité,
25:35en fait.
25:35C'est un quignon de pain,
25:36tu l'as dit.
25:37Il est arrêté pour vagabondage.
25:39Le juge qui le condamne,
25:40le condamne à six mois de prison.
25:42Il n'est pas content,
25:43il sort un quignon de pain de sa poche
25:44et il le balance à la face du juge.
25:45Et là, c'est 20 ans ?
25:47Non, là, il prend cinq ans de prison
25:50et il est mineur.
25:51Et ceux qui ont subi de la prison
25:53en étant mineurs,
25:54quand ils font leur service militaire,
25:55on les a voir au bataillon d'Afrique.
25:57Au bataillon d'Afrique,
25:58là, il explose.
25:59En fait, sa personnalité explose.
26:00Et il va faire six mois
26:02de bataillon d'Afrique.
26:03Et il est condamné en 1908
26:06par le deuxième conseil de guerre de Tunis
26:09parce qu'il a brûlé sa veste de treillis.
26:13Et là, il prend 20 ans de travaux forcés.
26:15Or, à l'époque,
26:16condamner quelqu'un à 20 ans de travaux forcés,
26:18c'est condamné au bagne à perpétuité.
26:20Dans un espace
26:21où l'espérance de vie du forçat
26:23est de cinq ans à peine à l'arrivée.
26:26Donc, c'est le condamné à mort.
26:27Voilà.
26:28Et en fait,
26:28l'administration pédicentiaire
26:30ne va pas savoir
26:30comment gérer ce bonhomme-là.
26:32Et il va construire son védétariat
26:33sur le refus,
26:34sur l'écriture de lettres.
26:36Il envoie tout le monde bouler.
26:38Il risque la mort à chaque fois.
26:40Systématiquement,
26:41il risque la mort.
26:42Et il survit.
26:43En fait, c'est Alexandre Jacob
26:44qui le comparaît à un homme cloporte.
26:4611 ans cachot.
26:48Les cachots, c'est sur l'île Saint-José.
26:49Joseph, sur les îles du Salut.
26:52Et les cachots,
26:52c'est à peine 6 mètres carrés.
26:546 mètres carrés
26:55dans des cellules noires,
26:56totalement noires,
26:58avec des cages
26:58qui sont,
27:00le grillage se fait par le dessus.
27:02Comme on regarde des fauves en cage.
27:04Et lui, il passe 11 ans.
27:05Alors, évidemment,
27:05ce n'est pas 11 ans d'affilée.
27:06C'est 11 ans sur 20 ans entrecoupés.
27:09Et c'est des lettres.
27:11Son dossier, par exemple,
27:12aux archives nationales
27:14de l'Outre-mer,
27:15Aix-en-Provence,
27:16son dossier pèse 5,3 kg.
27:18Jean-Marc Delpech,
27:19Paul Roux V,
27:19Une vie au bagne.
27:21C'est aux éditions Imago.
27:23Voilà.
27:24A bientôt.
27:25Jean-Marc, merci pour cette balade.
27:27En Lorraine,
27:28et merci à toi de nous avoir rejoints.
27:29Merci à vous.
27:30A bientôt.
27:43Ici Lorraine,
27:45Crac pour l'émission
27:46Sur ma route,
27:47sur Moselle TV
27:48et Vosges Télévisions.
27:49Ici,
27:50votre radio de proximité
27:52en Lorraine.
27:53Sous-titrage Société Radio-Canada
27:55Sous-titrage Société Radio-Canada
27:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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