00:01M. le Président, M. le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres,
00:05en février 2022, un fou dangereux, ivre de grandeur, a allumé en Ukraine une mèche qui a fait exploser un
00:13baril de poudre et bouleverser l'ordre mondial.
00:16La guerre devait durer une semaine, elle entre dans sa cinquième année.
00:21En février 2026, un autre fou dangereux a allumé au Proche-Orient une autre mèche qui remet à nouveau en
00:27cause l'équilibre international.
00:30La guerre devait-elle aussi durer une semaine ? Un mois plus tard, le monde entier se pose la question
00:36« qu'est-ce qui va se passer ? ».
00:38La réponse simple, courte et précise est la suivante « Dieu seul le sait ».
00:45Il y a un an, ici même, je comparais la présidence de Trump à la cour de Néron. Je me
00:50trompais, c'est la cour des miracles.
00:53Un anti-vax, ancien héroïnomane et ministre de la Santé. Un climato-sceptique, ministre de l'économie.
01:01Un animateur télé-alcoolique, ministre des armées. Une ancienne agent du Qatar, ministre de la Justice.
01:07Une groupie de Poutine, ministre de la Sécurité nationale.
01:12Un proverbe turc dit « Quand un clown s'installe dans un palais, il ne devient pas roi, c'est
01:18le palais qui devient un cirque ».
01:20Cette fine équipe a décidé de créer un concurrent de l'ONU.
01:24Depuis que son conseil de la paix existe, Trump a déclenché plus de frappes militaires que Biden durant tout son
01:30mandat.
01:30Chaque fois que l'affaire Epsine ressurgit, les bombes explosent quelque part dans le monde et font diversion.
01:38Bombarder plus pour gagner plus.
01:40Il n'y a pas un pays où Trump n'est profité de la situation pour s'enrichir sans jamais
01:45oublier sa famille.
01:46Boeing personnel offert par le Qatar, investissement dans tous les projets du Golfe ou d'ailleurs, manipulation des cours de
01:53bourse dont bénéficient quelques initiés.
01:56Un seul de ces conflits d'intérêts aurait provoqué ici une procédure immédiate de destitution.
02:02Mais nous ne sommes pas ici.
02:04Nous sommes dans l'Amérique MAGA, la conduite des affaires publiques au service des intérêts privés.
02:11Après les doigts de douane, le Groenland, le lâchage de l'Ukraine, l'humiliation des alliés, l'aller-retour inefficace
02:19au Venezuela et tant d'autres, une nouvelle aventure insensée commence.
02:23Qu'on me comprenne bien, je suis le dernier à me plaindre de la décapitation du régime des Mollahs et
02:29le premier à réclamer la liberté pour le peuple iranien.
02:32Mais quelle est la stratégie pour y parvenir ? Et les dégâts collatéraux, y compris pour les Iraniens, ont-ils
02:39été mesurés ?
02:41La réponse est « il n'y a pas de stratégie » et les dégâts collatéraux sont passés par pertes
02:46et profits.
02:47Tout comme lorsqu'en janvier, Trump a appelé les Iraniens à descendre dans la rue pour les laisser ensuite être
02:53massacrés par les Basidji.
02:55Après le prétexte de la bombe atomique iranienne imminente, contredite par la directrice du renseignement américain elle-même,
03:02puis l'argument du changement de régime, c'est Marco Rubio qui finalement crache le morceau,
03:08nous y sommes allés parce que nous avons suivi Netanyahou.
03:12Autrement dit, nous n'avons aucun objectif propre.
03:16Trump s'est assis sur les avertissements des rares qui ont eu le courage de lui dire ce qui allait
03:21à l'évidence se passer.
03:22Le blocage du détroit d'Ormuz, l'extension de la guerre à tout le Proche-Orient et enfin les contre
03:27-coûts dans le mondatier.
03:29Dans une dernière intox dont le seul but est de calmer le prix du pétrole et les bourses qui chutent,
03:36il annonce que des négociations sont en cours.
03:38Le président du Parlement iranien dément dans les heures qui suivent.
03:42C'est la première négociation internationale où une des parties découvre qu'elle négocie en regardant le journal télévisé.
03:50Les pétroliers sont bloqués dans le Golfe.
03:52Les Émirats ferment leur espace aérien.
03:55Les influenceurs sur la plage à Dubaï supplient qu'on vienne les rapatrier.
03:59Les raffineries et les champs de pétrole sont en feu.
04:02Après avoir rassemblé la plus puissante armée du monde,
04:06échoué à gagner une guerre contre une puissance moyenne,
04:09explosé le prix du pétrole et du gaz,
04:11et tenu des discours sans queue ni tête,
04:14« Le golfeur de Mar-a-Lago avoue sans honte être stupéfait par la riposte iranienne,
04:20pourtant parfaitement prévisible,
04:22et appelle à l'aide ses alliés qui l'insultaient hier. »
04:25Et ceux-ci lui répondent « Vous n'avez consulté personne,
04:29vous n'avez pas de plan,
04:30et nous n'avons aucune raison de vous suivre à l'aveugle dans le brouillard. »
04:35Trump, le seul éléphant au monde qui se promène avec son propre magasin de porcelaine,
04:41n'a plus le choix qu'entre deux solutions,
04:43aussi mauvaises l'une que l'autre.
04:45Se retirer piteusement en prétextant sans convaincre personne
04:49avoir atteint ses objectifs,
04:51ou déclencher l'escalade avec les résultats connus d'avance
04:55depuis le Vietnam, l'Irak ou l'Afghanistan,
04:58l'enlisement,
04:59et à la fin le départ honteux
05:01en laissant le champ libre à l'époque aux communistes,
05:04à Daesh ou aux talibans.
05:07Le problème de l'Europe,
05:09c'est qu'on ne peut stopper un désastre avec de belles phrases
05:12en suppléant Israël et le Hezbollah de ranger leurs armes
05:16et en déclarant qu'Hormuz n'est pas notre guerre.
05:19C'est vrai,
05:20mais cela ne fait que souligner notre impuissance.
05:23À court terme, la position de la France est la bonne.
05:26Nous ne participons pas à une offensive sans but,
05:28sans stratégie et sans visibilité,
05:31mais nous tenons nos engagements internationaux
05:34en protégeant nos alliés dans le Golfe et en Méditerranée
05:37et en étant prêts à concourir à la libre navigation dans le Détroit,
05:41car nous sommes le seul pays européen
05:43à avoir conservé des forces aéronavales opérationnelles.
05:47Cette position doit être soutenue.
05:50Mais il va bien falloir aussi
05:52que les 27 commencent à résoudre leurs problèmes urgents et graves.
05:55Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient
05:58nous envoient un message simple et clair.
06:00Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
06:02De Gaulle l'avait compris le premier voici 60 ans.
06:05Son message a été oublié par les Européens.
06:08Il est plus que temps d'en tenir enfin compte.
06:11L'Europe a trois défis majeurs.
06:13Garantir sa propre sécurité,
06:15produire un système de décision efficace
06:18et s'inscrire dans la grande révolution technologique,
06:21cognitive et financière du XXIe siècle.
06:24Sinon, l'alternative sera simple,
06:26la vassalisation par nos alliés
06:28ou la soumission à nos ennemis.
06:31L'objectif ?
06:33Devenir une Europe puissance militaire
06:34par un réarmement qui se pose
06:36une réindustrialisation et des investissements massifs.
06:40Devenir une Europe puissance politique
06:42avec, entre autres, l'extension des décisions
06:44à la majorité qualifiée.
06:46Enfin, redevenir une Europe puissance économique
06:48et commerciale par la mise en œuvre
06:50des rapports Draghi et l'État.
06:51Tout le monde le sait,
06:52mais peu de choses se passent.
06:55En 2022, on nous a dit que l'Europe
06:57en traite en économie de guerre.
06:58Quatre ans plus tard,
07:00les commandes ne sont pas à la hauteur.
07:01La grande œuvre européenne, le marché unique,
07:03reste loin des objectifs de 1993.
07:06Quant à la révolution technologique,
07:08nous sommes à des années-lumière
07:09de la mise en place des instruments financiers
07:12indispensables pour rattraper les économies
07:14et les États-Unis et la Chine.
07:16La France occupe une place paradoxale
07:18dans cette problématique.
07:19Elle est le pays européen
07:21qui comprend mieux la situation,
07:22le seul qui ait conservé une armée
07:24autre que symbolique
07:25et une force de dissuasion.
07:27Mais elle est aussi, aujourd'hui,
07:29après 40 années de démagogie
07:30et de promesses intenables,
07:32en grande difficulté budgétaire.
07:34John Adams, le deuxième président des États-Unis,
07:37disait
07:37« Il y a deux façons d'asservir une nation,
07:40la première par les armes,
07:41la deuxième par la dette. »
07:44Malgré ces difficultés,
07:45vous nous avez annoncé,
07:45M. le Premier ministre,
07:47une augmentation sensible
07:48des budgets de la loi
07:49de programmation militaire
07:50et une actualisation de ses objectifs
07:53après que vous l'ayez déjà fait
07:55il y a trois ans.
07:55C'est un effort que je tiens à saluer,
07:58mais c'est aussi un défi.
08:00La campagne pour l'élection présidentielle
08:01commencera bientôt.
08:03La démagogie des deux extrêmes
08:05qui ne vont cesser d'appeler
08:06à la gabegie financière
08:07et d'expliquer qu'on peut avoir
08:09le beurre et l'argent du beurre
08:10fera peser sur les candidats raisonnables
08:13un terrible handicap.
08:14Pourtant, il est impératif
08:16de relever le double défi
08:17de notre sécurité
08:18et la remise en ordre
08:20de nos dépenses publiques.
08:22La question cruciale
08:23qui se pose aujourd'hui
08:24est la suivante.
08:25Comment en convaincre
08:26nos concitoyens ?
08:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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