- il y a 18 heures
Cette semaine, on s'enflamme pour Luka Mkheidze ! Le judoka, qui évolue en -60kg, est l'une des références mondiales dans sa catégorie. Champion d'Europe, médaillé de bronze olympique lors des JO de Tokyo 2020, vice-champion olympique lors des JO de Paris 2024, il a également remporté l'or avec l'équipe de France lors du par équipes mixtes.
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00:00:18Salut tout le monde, j'espère que vous allez bien, c'est parti pour une nouvelle émission
00:00:22et aujourd'hui on s'enflamme pour Luca Meridze.
00:00:26Ça va Luca ? Comment tu vas ? Ben ça va très bien, installe-toi dans ce beau canapé,
00:00:31tout de suite on est dans l'ambiance. Queen, show most goal, le choix de Luca, c'est une
00:00:36musique que t'affectionne ?
00:00:37C'est ça, j'écoutais quand j'étais petit et puis ça m'est resté, puis de temps en temps
00:00:41je remets et puis malgré que j'ai déjà écouté des centaines, des milliers de fois, ben
00:00:46c'est indémodable en fait.
00:00:48T'as bien raison Luca, ça me fait très plaisir de t'avoir ici, alors je ne compte plus le
00:00:52nombre de judokas qu'on a eu dans cette émission, mais c'est toujours un plaisir.
00:00:56On s'était rencontrés déjà pendant les Jeux, le marathon médiatique des Jeux de Paris,
00:01:01on va parler de plein de choses, on a une heure d'émission ensemble, mais je vais commencer
00:01:05par te présenter pour nos téléspectateurs, nos téléspectatrices.
00:01:09Luca tu as 30 ans, tu combats dans la catégorie des moins de 60 kilos, tu es un judoka évidemment.
00:01:14Triple médaillé olympique, deux médailles en individuel, l'argent à Paris et le bronze à Tokyo.
00:01:19Et par équipe, la médaille d'or, par équipe mixte.
00:01:22La voici, ça fait une belle collection, il y a tous les métaux, c'est parfait.
00:01:26Et tu as aussi été sacré champion d'Europe en 2023.
00:01:31Un beau palmarès, regarde, on a tout mis, notamment les médailles d'or en grand slam.
00:01:35Quand tu vois ce palmarès affiché devant tes yeux, Luca, qu'est-ce que tu te dis ?
00:01:40Je me dis que je suis assez fier de ce que j'ai accompli.
00:01:44Et je me dis aussi que j'ai envie d'accomplir encore plus.
00:01:47Et puis remplir encore quelques cases qui me manquent encore de mon palmarès.
00:01:51Notamment le titre de champion du monde, les titres olympiques.
00:01:55Et puis voilà, j'espère que dans les années à venir, je vais réussir à décrocher toutes ces médailles.
00:02:00Dans les années à venir, je te le souhaite.
00:02:02Mais l'actualité, c'est un championnat d'Europe qui arrive très très bientôt du 16 au 19 avril.
00:02:07Dans ta ville de naissance, à Bilici, en Géorgie.
00:02:11Pression supplémentaire de combattre sur ces terres ?
00:02:13Pas forcément. J'essaie de ne pas mettre la pression par rapport à ça.
00:02:17Même si je sais qu'il y a une attente un petit peu de moi.
00:02:20Parce que voilà, c'est une compétition qui se déroule en Géorgie.
00:02:22Je suis né là-bas, j'ai commencé le judo en Géorgie.
00:02:26Mais je reste focus sur ce que j'ai à faire.
00:02:29J'ai l'habitude de combattre à domicile.
00:02:30J'ai combattu plusieurs fois sur le tournoi de Paris que j'ai gagné.
00:02:34Les héros par Montpellier que j'ai gagné aussi.
00:02:37Et puis notamment, j'ai combattu aussi en Géorgie l'année dernière.
00:02:40Le tournoi s'était plutôt bien passé pour moi.
00:02:42Donc je me dis que je n'ai pas à me mettre la pression.
00:02:45Il y aura le public qui va me supporter.
00:02:48Donc justement, ça va me donner de la force pour ne pas abandonner et puis aller jusqu'au bout de
00:02:57mes matchs et puis remporter mes combats.
00:02:59Donc voilà, je reste assez confiant.
00:03:00Tu l'as évoqué, ce grand slam de Bilici en 2025 que tu as gagné.
00:03:05Tu as ressenti quoi à ce moment-là, Lucas, à poser chez toi ?
00:03:08C'était assez émouvant de combattre en Géorgie.
00:03:11Ce qu'il faut savoir, c'était la première fois que je faisais le grand slam de Géorgie.
00:03:16Deux ou trois fois, j'aurais dû y participer.
00:03:18Mais à chaque fois, il m'était arrivé des petites blessures et je n'ai pas pu faire cette compétition.
00:03:22Donc ça me tenait à cœur de vraiment faire la compétition au moins une fois de ma carrière et puis
00:03:27gagner.
00:03:28Donc l'année dernière, j'ai pu combattre.
00:03:30Donc j'étais assez content parce qu'il y avait mes parents qui avaient fait le déplacement depuis la France.
00:03:35Il y avait mes amis de l'enfance.
00:03:37Il y avait mon premier entraîneur qui était là, un grand monsieur.
00:03:41C'est lui qui m'avait donné un peu l'amour de mon sport.
00:03:46Donc voilà, j'étais assez content de les faire vibrer.
00:03:51Donc j'étais franchement très satisfait de cette journée.
00:03:54Tu es comment toi vis-à-vis de la pression du public comme ça ?
00:03:57Alors tu nous parles de toutes ces personnes très importantes qui ont compté énormément dans ton parcours.
00:04:01Ça te transcende de les savoir dans les tribunes ?
00:04:04Franchement, ça me fait du bien.
00:04:06Et puis dans des moments où c'est dur, ils me donnent de la force justement
00:04:09quand j'entends les gens m'encourager ou la famille.
00:04:13Et puis je résiste plutôt bien à ce genre de pression, si je peux dire ça comme ça.
00:04:20Donc ça joue plutôt en ma faveur.
00:04:22Plus stressé sur un tatami ou dans une émission ?
00:04:25Dans une émission.
00:04:26Dans une émission.
00:04:27Tout va bien se passer, Lucas.
00:04:29Le dernier judoka passé sur notre plateau, c'était assez récent d'ailleurs.
00:04:33Il s'appelle Axel Clerget.
00:04:34Et bien Axel Clerget, un petit message pour toi, Lucas.
00:04:37Ben écoute-le.
00:04:38Ouais, salut mon Lucas.
00:04:40Comme on s'appelle toujours.
00:04:41J'espère que tu vas bien.
00:04:43Et bien voilà, une grosse bise dans cette émission qui est géniale, je trouve.
00:04:46C'était juste important que je te fasse ce message.
00:04:48Bravo pour tout ce que tu as déjà fait dans ta carrière.
00:04:51Trois médailles olympiques.
00:04:52Le premier à Tokyo.
00:04:54C'est juste incroyable.
00:04:55T'as une régularité qui est juste énorme.
00:04:59Tu m'impressionnes aussi de par la personne que tu es.
00:05:02Tu es une personne fiable, fidèle, un ami hors pair.
00:05:07Je te remercie pour tout d'ailleurs.
00:05:09Et je pense que c'est surtout ce qu'il faut faire connaître qu'en dehors du champion,
00:05:13en dehors du palmarès, t'as une personne qui est incroyable parce qu'elle est fidèle à elle-même.
00:05:18Elle ne change pas.
00:05:19Elle n'évolue pas.
00:05:19Peu importe les médailles, c'est quelqu'un d'intègre, de droit.
00:05:24Bon, avec quelques petits fautres de prononciation sur certaines choses,
00:05:29on ne dira pas le « il y a quoi maintenant ? »
00:05:32La façon dont on s'est rencontrés il y a fort longtemps maintenant autour d'un canoé.
00:05:35Et quand tu parles de la courage en interview,
00:05:39c'est pas grave, c'est toi, ça te représente.
00:05:42Allez, je te fais une grosse bise et à très vite.
00:05:44Ciao, ciao.
00:05:46Axel Clerger, le néo-retraité des Tatami, comme un grand frère pour toi, Lucas ?
00:05:50Bien sûr.
00:05:52Déjà, ça fait plaisir.
00:05:53Merci Axel et merci à vous d'avoir pensé pour cette petite vidéo.
00:05:57Et puis avec Axel, on a partagé beaucoup de choses.
00:06:00Ce qu'il faut savoir, moi, quand je suis arrivé dans la région parisienne,
00:06:04j'étais parti de ma région, la Normandie, donc j'étais en sport-études.
00:06:09Et je me suis retrouvé sur Paris où je ne connaissais personne.
00:06:12J'ai pris la licence à ce sujet judo et puis c'est là où j'ai fait connaissance d
00:06:17'Axel.
00:06:18Et puis une fois que j'ai eu mes premières sélections avec l'équipe de France,
00:06:21tout de suite, on a sympathisé, on est devenu amis.
00:06:24Et puis, depuis toutes ces années, les nombres de stages et les nombres de compétitions
00:06:29qu'on a pu disputer ensemble, et puis on s'est entraînés.
00:06:33Il y avait des moments où c'était dur pour lui et d'autres moments où c'était dur pour
00:06:38moi.
00:06:38On a toujours été là l'un pour l'autre.
00:06:42Et ça fait plaisir d'avoir dans son entourage une personne comme ça.
00:06:46Et puis il m'a aussi beaucoup appris parce qu'il avait beaucoup plus d'expérience que moi.
00:06:50J'étais un jeune dans l'équipe à l'époque, donc j'ai toujours été attentif à ce qu'il
00:06:55disait,
00:06:55parce que c'est quelqu'un qui est quand même réfléchi.
00:07:01Et puis voilà, en tout cas, j'ai beaucoup appris.
00:07:03Et je le remercie pour ça.
00:07:05Et puis il a toujours été bien éveillant envers moi.
00:07:06Oui, et ce n'est pas pour rien que tu apparaît dans son documentaire
00:07:09« Le 174e combat » que je vous invite à regarder.
00:07:12Il est vraiment top.
00:07:13L'émission s'appelle « On s'enflamme », Lucas.
00:07:15Est-ce que ça correspond bien à ton style de judo, l'enflammade ?
00:07:19Oui, bien sûr, parce que j'ai un judo où je suis généreux de mes attaques.
00:07:23Je vais vraiment à la bagarre, si je peux dire ça comme ça.
00:07:26Et puis voilà, moi, mon but, c'est de gagner le match,
00:07:28de ne pas laisser une seconde à mon adversaire de respirer.
00:07:32Et puis voilà, je suis quelqu'un qui aime le contact,
00:07:35le judo assez opportuniste, assez dans l'attaque.
00:07:40Ça, ça plaît notamment au grand public, de voir des judokas comme ça.
00:07:44Lucas, la question traditionnelle de l'émission.
00:07:47La dernière fois que tu t'es enflammé, pas forcément sur un tatami,
00:07:49ça peut être dans la vie de tous les jours également.
00:07:53Après, moi, ma vie, vraiment, ça tourne autour du judo, en fait,
00:07:58avec toutes les compétitions, tous les stages.
00:08:01Donc, c'est vrai que là, d'une fois où vraiment j'ai été vraiment heureux,
00:08:05c'est quand j'ai appris la naissance de ma petite nièce.
00:08:08Donc, c'était juste avant Grand Chême de Paris.
00:08:11Donc, je n'ai pas pu aller la voir tout de suite.
00:08:13Donc, j'étais un peu dégoûté, j'étais un peu impatient.
00:08:15Je voulais voir assez vite.
00:08:18Donc, au final, j'ai laissé passer la compète et je l'ai vu juste après.
00:08:21Puis ça, ça m'avait rendu vraiment très heureux.
00:08:25Oui, tu sais quoi, Lucas ? On va continuer à s'enflammer ensemble.
00:08:27Tu es d'accord ?
00:08:28Allez, c'est parti. On va allumer le feu.
00:08:36Alors, Lucas, on va se plonger un peu dans ton histoire.
00:08:38Tu es né à Bilissi, je le disais, en Géorgie.
00:08:40Et le judo, tu t'y mets en grande partie grâce à cet homme.
00:08:44On va voir la petite photo de Zourab Sviodari, champion olympique en 2004 à Athènes,
00:08:49le premier champion olympique pour la Géorgie indépendante.
00:08:53Qu'est-ce qui t'a inspiré, cet homme ?
00:08:55Déjà, cette photo, ça fait longtemps que je ne l'avais pas vue.
00:08:58Et ça me fait du bien de revoir cette photo parce que c'est cette photo,
00:09:01c'est ces images qui ont fait que j'ai eu envie de faire du judo.
00:09:05Et puis, il avait marqué un peu l'histoire de la Géorgie.
00:09:11Et puis, il m'a tout simplement donné envie de faire du judo
00:09:14et donné envie de briller aussi comme il a fait ces jours-là.
00:09:18Parce que je me rappelle, je ne le connaissais pas, je l'ai vu à la télé.
00:09:21Il a gagné sa médaille d'or et ça m'a procuré beaucoup de bonheur.
00:09:25Et en fait, c'est à partir de là où je me suis dit,
00:09:28j'aimerais trop devenir comme lui, être champion.
00:09:31Et puis, faire passer les messages,
00:09:34procurer beaucoup de bonheur aux gens pour que les gens soient fiers.
00:09:37Et puis voilà, c'est tout ça.
00:09:39Il y a une autre personne aussi qui t'a énormément inspiré.
00:09:42C'est tout simplement le cousin de cet homme,
00:09:44le Géorgien naturalisé grec Ilias Iliadis,
00:09:47le plus jeune champion olympique à 17 ans à Athènes en 2004,
00:09:51j'en ai moins de 80 kilos.
00:09:52Ces deux hommes-là, tu les as déjà rencontrés ou pas ?
00:09:54Oui, bien sûr, Ilias Iliadis.
00:09:57Déjà, je l'ai rencontré quand je vivais encore en Géorgie,
00:10:00quand j'étais un enfant.
00:10:01J'allais souvent, tous les ans,
00:10:03j'allais voir un tournoi international qui était organisé en Géorgie.
00:10:08Et c'est là où j'ai eu pour la première fois Ilias Iliadis.
00:10:11Et j'ai toujours été admiratif par son judo qu'il proposait.
00:10:18Et puis…
00:10:18Tu lui as dit ça ?
00:10:19Quand tu l'as rencontré, tu lui as dit « Attends, moi, j'ai une fan de toi ».
00:10:22Non, je ne pense pas que j'ai déjà dit ça
00:10:23parce que je suis quelqu'un d'assez timide.
00:10:25Et puis maintenant, je le revois régulièrement sur les tatami,
00:10:29parce qu'il entraîne.
00:10:30Il était entraîneur en Ouzbékistan.
00:10:32Là, il est entraîneur aux Émirats, si je ne me trompe pas.
00:10:37Et puis, je le revois souvent sur les stages, sur les compétitions.
00:10:40Et puis, on parle.
00:10:41Et puis, une fois, il était venu aussi sur Paris.
00:10:44Il était venu pour s'entraîner dans mon ancien club.
00:10:47Donc, j'ai déjà eu l'occasion de le rencontrer plusieurs fois.
00:10:51Et je me reconnais un peu à travers lui parce qu'il a dû quitter aussi son pays d'origine.
00:10:56Donc, j'ai eu un peu le même parcours que lui.
00:10:58En fait, il arrivait dans un autre pays où il connaissait personne,
00:11:01où il a dû se reconstruire pour arriver à ce niveau-là.
00:11:05Donc là, quand tu vois ces deux hommes-là, tu te dis « Moi aussi, je veux faire du judo
00:11:07».
00:11:07Tu t'y mets tout de suite ?
00:11:08Oui, tout de suite, oui.
00:11:10T'as quel âge à ce moment-là ?
00:11:11Et j'ai démarré le judo à l'âge des 7-8 ans.
00:11:14Et il y avait aussi…
00:11:16En fait, en Géorgie, les sports des combats sont très populaires.
00:11:20Bien sûr.
00:11:20Parce que le judo, la lutte, c'est là où il y a plus de médailles sur les Jeux Olympiques.
00:11:24Et puis, mon père, quand il était jeune, il a toujours voulu faire du judo.
00:11:29Mais il n'a pas pu faire pour des raisons.
00:11:32Et puis, s'il avait un fils, il voulait que son fils fasse du judo.
00:11:36Donc, c'est aussi grâce à mon père aussi où je me retrouve un peu dans le judo.
00:11:41Et je me souviens, la première année, mon père, il m'emmène dans un club de judo.
00:11:45Et l'entraîneur, il m'a vu physiquement et il m'a dit « Ah, il faut peut-être attendre
00:11:49l'année prochaine parce que là, il est encore un peu petit physiquement. »
00:11:52Et je n'ai pas pu faire au niveau de la taille, oui.
00:11:55On est dans la même famille là-dessus.
00:11:58Et du coup, j'ai dû attendre un an et puis l'année d'après, je suis revenu et puis
00:12:02j'ai démarré le judo.
00:12:03D'accord.
00:12:04En fait, en Géorgie, ce n'est pas comme en France. En France, on peut démarrer le judo assez tôt,
00:12:08à 4 ans.
00:12:08Oui, très très tôt.
00:12:09Donc, en Géorgie, ils jugeaient plus par rapport à physique.
00:12:12Donc, s'ils trouvaient que tu étais un peu petit, un peu faible, du coup, tu ne peux pas forcément
00:12:17commencer tout de suite le judo.
00:12:18Et tout de suite, dès que tu démarres, dès les premiers combats, dès les premiers entraînements, tu sais que ça
00:12:22va être ton truc ?
00:12:23Tout de suite, j'ai aimé. Tout de suite, j'ai kiffé. Je me suis retrouvé avec beaucoup d'enfants.
00:12:31Je me suis fait des amis très vite.
00:12:33Et puis, mes amis d'aujourd'hui, c'est les amis du judo, quand j'ai commencé le judo en
00:12:41fait.
00:12:41Donc, mes très bons amis qui sont en Géorgie, on a démarré le judo ensemble. Donc, on se connaît depuis
00:12:46qu'on est tout petit.
00:12:47Donc, forcément, on a créé des liens. Et puis, tout de suite, j'ai accroché le judo. Tout de suite,
00:12:52je suis parti en compétition.
00:12:54Et je me souviens, la première compétition, j'avais perdu, je crois, en place E3. Et je n'aimais pas
00:13:00perdre.
00:13:01Je n'aimais pas perdre. J'étais en larmes. Je pleurais. J'étais un petit nerveux à l'époque.
00:13:07Et du coup, je n'étais pas content. Mais quand on est rentré sur Tupilici, mon entraîneur, il m'avait
00:13:13ramené une médaille.
00:13:14Il m'avait remis une médaille en me disant que j'avais fait quand même une bonne journée. Et puis,
00:13:18ça, ça m'a fait beaucoup de plaisir.
00:13:20Alors, il y a un truc qui peut peut-être, nous, en France, nous paraître assez dingue.
00:13:23Quand tu commences le judo en Georgie, il n'y a que des garçons.
00:13:26Oui. Il n'y a pas du tout de filles. Est-ce que tu peux nous expliquer pour quelles raisons
00:13:29?
00:13:30À l'époque, les mentalités faisaient qu'en fait, une femme ne pouvait pas forcément faire un sport de combat.
00:13:37Et moi, dans mon club de judo, là où j'ai commencé le judo, il n'y avait aucune fille.
00:13:43Donc, il n'y avait que les garçons. Et il n'y avait même pas de championnats ou des tournois
00:13:48pour les filles.
00:13:49Parce que les filles ne faisaient pas du judo. Et je suis assez content parce que maintenant, les mentalités ont
00:13:54changé.
00:13:55Aujourd'hui, il y a les championnats nationals pour les féminines.
00:13:58Quand tu vas dans n'importe quel club de judo, tu vois des féminines.
00:14:03Donc, ça, ça fait plaisir. Ça veut dire que les gens évoluent, le judo évolue.
00:14:08Donc, ça, c'est très bien. C'est une très bonne chose.
00:14:11Oui, c'est super. On évoque tout ça. Alors, il y a eu des bons moments, la découverte du judo,
00:14:15etc.
00:14:16Mais il y a eu aussi des moments très compliqués, notamment en 2008, où la guerre éclate en Ossétie du
00:14:20Sud.
00:14:21Ta famille doit quitter la Georgie.
00:14:24Est-ce que tu te rappelles, est-ce que tu as des souvenirs de ce moment-là où tu apprends
00:14:27que tu dois quitter ton naissance ?
00:14:30En fait, oui, il y a eu la guerre. Mais la région où j'étais, ça n'a pas été
00:14:35touché par la guerre.
00:14:39Mais c'est quand même stressant d'être dans un pays qui est en guerre.
00:14:44Et puis, tu dis peut-être qu'aujourd'hui, ta région n'est pas touchée là où tu es.
00:14:48Mais à n'importe quel moment, ils peuvent venir jusqu'à toi.
00:14:50Donc, c'est sûr que je n'ai pas vécu la guerre très près par rapport à les villes qui
00:14:58ont été vraiment bombardées.
00:14:59Mais c'est quand même assez flippant d'être dans un pays où on nous bombarde, quoi.
00:15:07Et puis, la raison, ce n'est pas vrai. On est partis après la guerre parce que la situation n
00:15:12'était pas forcément très bonne en Géorgie.
00:15:15Et puis, il y avait toujours un risque que la guerre reprenne.
00:15:19Et puis, c'était surtout les choix de mes parents.
00:15:21Moi, j'étais qu'un enfant. Donc, j'ai su mes parents parce que j'étais mineur.
00:15:25Et puis, c'était difficile forcément de quitter ses proches, son club de judo, ses amis.
00:15:32Avec ma famille, on a dû laisser mes deux grandes sœurs en Géorgie.
00:15:36Donc, ils n'ont pas pu venir avec nous.
00:15:37Donc, on partait, mais on ne savait pas forcément où est-ce qu'on allait.
00:15:40Et puis, comment notre vie allait tourner, en fait.
00:15:45Et puis, je n'ai pas forcément revu mes sœurs tout de suite parce qu'au début, on était dans
00:15:49une situation irrégulière.
00:15:51Donc, avant d'avoir les papiers, avant d'avoir le droit de retourner en Géorgie.
00:15:56Ou qu'eux, ils puissent venir en France parce que la Géorgie ne faisait pas du Schengen à l'époque.
00:16:02Donc, on ne pouvait pas quitter la Géorgie comme ça pour venir en Europe.
00:16:06Donc, j'ai mis des années avant de revoir mes sœurs.
00:16:09Donc, ça, c'était un moment assez difficile de ma vie parce que je suis assez fameux.
00:16:13Je suis très proche de mes parents, mes sœurs.
00:16:15Et puis, être éloigné de ces sœurs avec qui j'ai grandi, on a partagé des moments.
00:16:20Ça a été un moment assez difficile.
00:16:21Oui, parce qu'en plus, ta famille et toi, vous n'arrivez pas tout de suite en France.
00:16:24Il y a huit mois en Pologne.
00:16:26Oui.
00:16:26Comment t'as vécu, toi, cette transition avant d'arriver en France ?
00:16:29Bah, oui.
00:16:30D'abord, on est arrivés en Biélorussie.
00:16:34Après, on a pris un train de Biélorussie.
00:16:36Et puis, on est arrivés en Pologne.
00:16:38Et puis, c'est en Pologne où on a fait la demande pour être réfugiés politiques.
00:16:43Donc là, tu faisais du judo à ce moment-là ?
00:16:46Non, non.
00:16:46Oui.
00:16:48J'ai fait du judo en Pologne.
00:16:49D'accord.
00:16:49J'ai fait du judo en Pologne.
00:17:16Et c'est comme ça qu'ils nous ont donné les adresses du club.
00:17:19Donc, on était dans une petite ville de Pologne.
00:17:23Donc, il n'y avait pas 40 000 clubs, il y avait 3 ou 4 clubs au total.
00:17:26Donc, voilà, c'est comme ça qu'on a trouvé un club.
00:17:29Et puis, on est arrivés.
00:17:30Et puis, on s'est présentés comme on pouvait parce qu'on ne parlait pas polonais.
00:17:35Mes parents ne parlaient pas forcément anglais.
00:17:38Et du coup, voilà, j'ai commencé le judo.
00:17:40En fait, le judo, c'est vraiment une grande famille.
00:17:42Oui.
00:17:43C'est vraiment une grande famille parce que, peu importe d'où tu viens,
00:17:46peu importe tes origines, en fait, quand tu mets les pieds sur les tatamis dans un dojo,
00:17:52je trouve qu'on devient tous égaux.
00:17:54Oui.
00:17:54Et tout de suite, je me suis fait des amis.
00:17:57Tout de suite, j'ai été intégré dans le groupe.
00:17:59Et en fait, tout de suite, ça a été facile pour moi.
00:18:02Parce que même si je ne parlais pas la langue et je ne comprenais pas ce qu'on me disait,
00:18:06j'arrivais à m'exprimer à travers le judo.
00:18:08Et je me suis fait vraiment de très bons amis en Pologne.
00:18:12Même aujourd'hui, je suis en contact.
00:18:14Ils sont venus une fois nous rendre...
00:18:16Moi et ma famille, ils nous ont rendu visite à Paris.
00:18:20Une fois, on est retourné aussi chez eux en Pologne.
00:18:23Une fois, on a quitté la Pologne.
00:18:25Et puis, ils sont même venus une fois en Géorgie.
00:18:27Donc, voilà, le judo, ça unit des gens.
00:18:31Et puis, on se fait des amis.
00:18:34Et puis après, ces personnes, en fait, c'est comme de la famille, en fait.
00:18:37Et puis, tu l'as dit.
00:18:38Et je pense que même lors de ton arrivée en France,
00:18:39alors encore une fois, il y a la barrière de la langue.
00:18:41Tu ne parlais pas du tout français.
00:18:43Oui.
00:18:43Mais le judo est une langue universelle.
00:18:45Oui.
00:18:45On t'en a parlé.
00:18:46Donc, ça aussi, je pense que ça a été ton moyen, en fait, de t'intégrer.
00:18:49C'est sûr, en France, après, on a dû quitter la Pologne parce que notre demande a été refusée.
00:18:56Et puis, c'était un moment assez dur aussi parce qu'au final, tu commences à t'attacher avec des
00:18:59gens,
00:19:00tu commences à te faire des amis, tu commences à créer des liens justement avec ces personnes.
00:19:04Et puis, en fait, tu te dis, il faut encore repartir, il faut encore recommencer tout à zéro.
00:19:08Mais voilà, on n'avait pas le choix.
00:19:09Donc, on a quitté la Pologne.
00:19:11Tu le vivais comme un déchirement, toi, à chaque fois ?
00:19:13Départ de la Géorgie à la Pologne, départ de la Pologne à la France.
00:19:16Est-ce que ça a été à chaque fois très compliqué ?
00:19:17Oui, forcément, c'est des moments difficiles parce que quand tu commences à sympathiser avec des gens
00:19:20et puis tu commences à te faire des amis, après, tu requittes.
00:19:23Et puis, tu sais que là où tu vas arriver, tu vas forcément connaître personne.
00:19:26Tu vas devoir recommencer tout à zéro.
00:19:31Donc, ça a été assez difficile aussi ces moments.
00:19:35Et puis après, je suis arrivé en France avec mes parents.
00:19:38On avait pris un passeur qui nous a fait passer l'Allemagne, Belgique.
00:19:43Et puis après, on est arrivé en Pologne.
00:19:45Et puis, en premier, on avait une adresse d'une église géorgienne orthodoxe.
00:19:50Et du coup, on est arrivé dans cette église.
00:19:52Et puis, il y a le prêtre qui nous a accueillis.
00:19:54Et puis, il nous a expliqué un petit peu comment il fallait faire.
00:19:58Il nous a guidés, quoi. Il nous a guidés.
00:20:01Et puis, voilà, on a vécu sur Paris.
00:20:03Tout de suite, derrière, j'ai été scolarisé.
00:20:07Tout de suite, derrière, j'ai trouvé un club de judo.
00:20:09Et je me souviens, on était tombés sur un...
00:20:11En fait, avec mon père, on était dans le Paris.
00:20:13On cherchait un club de judo.
00:20:15Et en fait, on est tombés au hasard sur un tournoi de judo.
00:20:18Et en fait, il y avait un club qui était présent.
00:20:22C'était le championnat de Paris.
00:20:23Et en fait, ils avaient beaucoup de représentants.
00:20:26Et les judocats de ce club, ils faisaient bien judo.
00:20:29Et en fait, ils étaient bien en survête rouge.
00:20:32Et c'était marqué Bolivar.
00:20:33C'était le judo club de Bolivar.
00:20:34C'était le 19e arrondissement.
00:20:37Et c'était aussi le premier club de Tedariner.
00:20:39Mais tout ça, je ne savais pas.
00:20:40Et au final, on a fait une recherche sur Internet.
00:20:43On a trouvé l'adresse.
00:20:44Et en fait, j'avais une lettre traduite
00:20:45par mon ancien club de Pologne en français.
00:20:48Et en fait, je ne parlais pas français.
00:20:49Du coup, j'arrive au club avec cette lettre.
00:20:51Je donne la lettre au professeur.
00:20:52J'ai toujours la lettre pour mon père.
00:20:53Il garde cette lettre.
00:20:54Et puis, en fait, le professeur, il lit la lettre.
00:20:57Et en fait, il dit, bienvenue.
00:20:59Tu peux faire du judo avec nous.
00:21:01Il n'y a pas de souci.
00:21:01Et puis, c'était à la fin d'année.
00:21:04C'était la fin de saison.
00:21:05Du coup, il restait un seul tournoi.
00:21:07C'était le tournoi du club que j'ai fait.
00:21:10J'ai gagné.
00:21:11Et puis voilà, pareil.
00:21:12Tout de suite, on a créé des liens.
00:21:14Tout de suite, je me suis fait des amis.
00:21:16Et puis, encore, il y a 12 jours,
00:21:19j'étais avec mon ancien entraîneur.
00:21:21Donc, j'ai toujours gardé un contact, même avec lui.
00:21:24On a mangé.
00:21:24On a déjeuné ensemble l'autre jour.
00:21:27Et puis voilà, toutes ces personnes-là
00:21:28qui m'ont aidé justement pour atteindre ces niveaux-là,
00:21:31je ne les oublie pas.
00:21:32Je suis vraiment très reconnaissant.
00:21:34Et puis, des fois, c'est vrai que je n'ai pas beaucoup de temps
00:21:38pour les voir parce que vraiment,
00:21:40quand on est athlète de haut niveau,
00:21:42il y a beaucoup de sacrifices, beaucoup de déplaçons.
00:21:44Même, des fois, je ne vois pas beaucoup
00:21:46les personnes de ma famille aussi.
00:21:48Mais c'est des sacrifices à faire aussi.
00:21:49Et puis, je sais que quand j'arrêterai ma carrière,
00:21:51à ce moment-là, je pourrai en profiter un peu plus
00:21:53pour passer un peu plus de temps avec eux.
00:21:55Et puis voilà, j'ai commencé le judo dans ce club à Bolivar.
00:21:59Et puis, du coup, on a fait aussi en parallèle
00:22:01la demande pour être réfugiés politiques en France.
00:22:04Et puis après, ils nous ont trouvé une place dans un foyer au Havre,
00:22:07en Normandie.
00:22:09Et du coup, là, il a fallu encore quitter les gens
00:22:11avec qui on avait sympathisé.
00:22:16Il n'y a jamais de stabilité.
00:22:18Il n'y avait pas de stabilité en tout cas.
00:22:19Et du coup, on a quitté Paris.
00:22:22Et on est arrivés du coup au Havre.
00:22:26Au Havre, ils nous ont accueillis les assistantes sociales.
00:22:29Et puis, ils nous ont ramenés au foyer.
00:22:31Et puis, quelques jours après,
00:22:33les gens de Bolivar, de mon ancien club,
00:22:36ils sont venus nous rendre visite pour savoir si tout allait bien.
00:22:42Et puis, au final, c'est des gens que je connaissais
00:22:44peut-être depuis moins d'un an, en fait.
00:22:47Depuis moins d'un an.
00:22:48Mais en moins d'un an, on avait vraiment créé des liens.
00:22:50On était vraiment devenus amis, proches.
00:22:52Et puis, ils sont venus.
00:22:53Ils étaient 6 ou 7 du club.
00:22:56Et puis, on avait passé une journée.
00:22:58Et puis après, ils sont repartis.
00:22:59Ils sont revenus sur Paris.
00:23:01Dans tous les moments difficiles, en fait, que tu as vécu,
00:23:04que tu as traversé avec ta famille,
00:23:05le judo a été vraiment l'élément qui t'a permis de tenir à chaque fois.
00:23:09Qui m'a permis de tenir, m'intégrer.
00:23:11Et puis, pas forcément dériver pour faire n'importe quoi.
00:23:15Le judo, ça m'a permis d'avoir toujours un cadre
00:23:17assez solide autour de moi.
00:23:20Et puis après, voilà, je suis arrivé au Havre.
00:23:22Je me suis assez rapidement trouvé un club de judo.
00:23:26Et puis, tout de suite, derrière, je me suis aussi scolarisé.
00:23:31Et puis voilà, j'ai recommencé à zéro, quoi.
00:23:34Comme j'avais fait à Paris, comme j'avais fait en Pologne.
00:23:37Mais au final, j'ai réussi à m'intégrer assez facilement
00:23:39grâce au judo encore une fois.
00:23:42Et j'ai fait une saison entière dans mon club du Havre.
00:23:46Et puis après, j'ai appris qu'il existait des sports-études en France
00:23:53où tu peux t'entraîner deux fois par jour.
00:23:56Et en parallèle, faire tes études.
00:23:58Et puis, du coup, j'ai fait la demande.
00:24:01J'ai été pris en sport-études parce que j'avais fait une bonne saison.
00:24:03J'avais fait 3e, je suis plein d'efforts sur UNSS.
00:24:06J'avais fait aussi des médailles au niveau des tournois nationaux.
00:24:11Et puis, ils m'ont intégré au Pôle Espoir.
00:24:13Et puis au Pôle Espoir, j'étais content.
00:24:15Je m'entraînais tous les jours.
00:24:16Je suis passé de mon club où je m'entraînais 2 à 3 fois par jour.
00:24:25Et puis ça, ça m'a permis de passer un cap de ma carrière.
00:24:30Et puis progresser vraiment.
00:24:31Et j'ai passé toutes mes années KD junior au sport-études.
00:24:34Et puis après, j'ai fait des médailles au chemin national.
00:24:39J'ai fait le titre de champion de France, vice-champion de France aussi.
00:24:42Et puis, avant de décider...
00:24:45Une fois que j'ai fini mes années junior, en 2015, j'ai réussi à obtenir la nationalité.
00:24:50Et là, je me suis dit, il faut que je monte à Paris.
00:24:53En fait, je suis senior.
00:24:55Le haut niveau, ça se passe vraiment sur Paris.
00:24:58Et puis voilà, je décide de quitter le Pôle Espoir.
00:25:01Et mon ancien club, il m'aide à trouver un nouveau club sur Paris.
00:25:05J'arrive du coup à ceci judo.
00:25:07Et puis après, ma carrière bascule, démarre à ce moment-là et bascule à ce moment-là.
00:25:13Mais ce qu'il faut savoir, quand je suis arrivé sur Paris, je n'avais pas de revenu.
00:25:19Donc, quand j'étais en sport-études de Rouen, j'ai fait les études de cuisine.
00:25:23J'ai travaillé aussi dans une brasserie à un moment en plus de ma carrière, en parallèle.
00:25:28Je faisais le service le midi.
00:25:30Je cuisinais.
00:25:31Et puis après, les soirs, j'allais à l'entraînement.
00:25:32Mais j'ai réussi à avoir mon diplôme.
00:25:35Et puis après, j'ai arrêté les études de cuisine parce que ce n'était pas compatible avec les judo.
00:25:39Il fallait faire un choix.
00:25:40Donc, je me suis dit, en fait, je peux faire des belles choses.
00:25:42Je suis sûr que je peux y arriver.
00:25:43Je peux réussir dans le judo.
00:25:44Donc, je dois me donner des moyens.
00:25:48Et puis, si ça ne marche pas, ce n'est pas grave.
00:25:49J'ai un diplôme.
00:25:50Je pourrais toujours retourner peut-être en cuisine.
00:25:52Et puis, j'avais aussi passé un diplôme pour être professeur de judo.
00:25:55Donc, j'avais quelque chose après le judo, quoi.
00:25:59Et tu as bien fait.
00:26:00Tu as bien fait, finalement, de te concentrer que sur le judo.
00:26:03Puisque...
00:26:03Alors, je fais un petit saut dans le temps.
00:26:04Mais après le Covid, ta carrière bascule littéralement.
00:26:08Oui, c'est sûr.
00:26:08Décroche ta qualification aux Jeux de Tokyo.
00:26:11Le report des Jeux, ça a été hyper bénéfique pour toi.
00:26:14Oui.
00:26:15Puisque ta qualification, sinon, ça aurait été peut-être compliqué de l'avoir.
00:26:18Exactement.
00:26:18C'est ce que je dis toujours.
00:26:19Et puis, voilà.
00:26:20C'est la réalité aujourd'hui.
00:26:21Si les Jeux, c'était en 2020, je ne faisais pas les Jeux.
00:26:24Oui.
00:26:25Et j'étais tombé un peu...
00:26:27Quand je suis monté sur Paris, quand j'ai intégré l'INSEP en tant que partenaire,
00:26:30j'étais tombé un peu dans une routine où je ne m'écoutais pas assez moins.
00:26:34Et je suivais un système, les yeux fermés.
00:26:39Mais au final, on est tous différents.
00:26:41Après, à un moment, quand tu es jeune, c'est sûr, il faut passer par là aussi,
00:26:45où tu t'entraînes beaucoup et puis tu suis un système et tu suis tout un groupe.
00:26:49Il faut passer par là, bien sûr, pour passer des caps et puis vraiment progresser.
00:26:53Et puis après, j'étais arrivé à un stade où je me blessais un peu trop parce que je ne
00:26:56m'écoutais pas assez.
00:26:58Et puis, le Covid a fait que du coup, j'ai réfléchi sur tout ça.
00:27:03Pourquoi avant le Covid, ça ne marchait pas bien pour moi ?
00:27:06Je me suis posé toutes ces questions-là.
00:27:08Et puis, l'effet de me retrouver dans ma famille, ça m'a fait du bien.
00:27:11Je me suis ressourcé.
00:27:12Et pendant tout le Covid, je me suis entraîné tous les jours.
00:27:14Je me suis entraîné tous les jours, physiquement.
00:27:17J'avais mon préparateur physique qui m'a envoyé des séances.
00:27:19Et puis, en fait, je suis arrivé après le Covid dans une bonne forme où je n'avais pas forcément
00:27:23pris 5 ou 6 kilos.
00:27:24J'étais prêt déjà à attaquer une compétition assez rapidement.
00:27:27Et du coup, tout de suite derrière, il y avait une compétition Grand Chelem de Budapest.
00:27:34Et en fait, je n'avais pas ma place pour aller sur cette compétition-là.
00:27:38Donc, j'ai fait des test matchs en France.
00:27:41Et l'un des deux, c'est lui qui gagnait, décrochait une place pour aller au Grand Chelem de Budapest.
00:27:46Il y avait déjà un Français qui faisait cette compétition.
00:27:53Et du coup, c'est celui qui devait faire sûrement les Jeans en 2020.
00:27:56Et du coup, moi, c'était une chance d'avoir encore une chance supplémentaire d'essayer de me qualifier et
00:28:02puis aller au jeu.
00:28:04Et du coup, je gagne mon test match en France.
00:28:07Du coup, j'ai décroché la qualification pour aller au tournoi.
00:28:09Et puis, au tournoi, c'est là où j'ai fait ma première médaille en Grand Chelem.
00:28:12Alors, auparavant, j'avais beaucoup de Grand Chelem.
00:28:14Je faisais cinquième, septième ou des fois, je faisais premier tour et je ne faisais pas de médaille.
00:28:19Et puis, c'est là où je décroche ma première médaille.
00:28:21Après, il y a eu la sélection aux Europe.
00:28:23Et la sélection pour les Jeux Olympiques, ça, c'est se jouer aux Europe.
00:28:25C'est là où je gagne ma place.
00:28:29Je fais huit champions d'Europe.
00:28:31Et c'est avec ça où je décroche ma qualification au jeu.
00:28:34Et puis, j'arrive.
00:28:36C'est magique quand même.
00:28:37On en a parlé au début d'émission.
00:28:38Jeux Olympiques d'Athènes 2004.
00:28:40C'est là où ça te donne envie de commencer le judo.
00:28:42Et quelques années plus tard, tu te retrouves au jeu de Tokyo avec un statut d'outsider.
00:28:48Personne ne t'attend vraiment pour une médaille.
00:28:50Pas du tout.
00:28:50Et tu vas décrocher le bronze.
00:28:52Oui.
00:28:52Comment tu les as vécu ces Jeux rapidement ?
00:28:54Luca, quels souvenirs tu en gagnes ?
00:28:56Déjà, je n'étais pas favori.
00:28:57J'arrive.
00:28:58Je suis 23ème et 25ème mondial à la ranking list.
00:29:02Donc, j'avais moins de pression que les autres.
00:29:05Et ce que vraiment j'ai retenu, je me rappelle avant de partir, mon ancien entraîneur Stéphano Duc.
00:29:12Il me dit, Luca, t'imagines ?
00:29:14Tu as réussi à te qualifier au jeu.
00:29:16Tu n'as rien à perdre.
00:29:18Va sur ces Jeux, franchement, dans les meilleurs de toi-même.
00:29:22Et puis après, le reste, on verra.
00:29:24Et en fait, je me suis mis ça dans la tête et je suis arrivé sur ces Jeux sans pression.
00:29:27En mode, Luca, tu es là.
00:29:29C'est déjà énorme.
00:29:30Tu t'es entraîné.
00:29:31Par contre, tu as fait une grosse préparation.
00:29:33Tu es prêt ?
00:29:33Vas-y, lâche-toi maintenant.
00:29:34Toi, tu n'es pas attendu.
00:29:35Les autres, ils sont attendus.
00:29:36Ils ont plus de pression parce qu'on attend qu'ils fassent des résultats.
00:29:40Et ce n'est pas ton cas.
00:29:41Et du coup, au premier tour, je prends celui qui m'avait battu quelques mois avant.
00:29:46Je suis pas loin d'Europe en finale.
00:29:47Du coup, je gagne mon premier tour.
00:29:49Et puis après, en fait, j'ai battu déjà.
00:29:52Et puis, en fait, ça m'a ouvert.
00:29:53Ça m'a donné beaucoup de confiance.
00:29:55Juste ce premier combat, Luca.
00:29:57Je me dis que c'est quand même quelque chose.
00:29:58Un premier combat aux Jeux olympiques.
00:30:00En plus, le premier tour, si tu perds, c'est la porte de sortie directement.
00:30:03Directement, oui.
00:30:04Gros enjeu, tu l'as dit, un finaliste des championnats d'Europe face à toi.
00:30:09Il y avait une pression à ce moment-là où tu as réussi à faire complètement abstraction de tout
00:30:13en disant, bon, allez, moi, j'y vais, full plaisir et je m'amuse sur le tatami.
00:30:16Je pense que ce jour-là, ma force a été de ne pas avoir la pression.
00:30:21Et c'est ça qui a fait que, du coup, j'ai sorti les adversaires contre qui j'avais perdu
00:30:25auparavant,
00:30:26que ce soit, comment ça s'appelle, ce soit le premier tour ou ma place des trois.
00:30:30Ce sont les deux adversaires contre qui j'avais perdu.
00:30:32Et puis, c'était des adversaires avec beaucoup d'expérience, avec beaucoup de résultats déjà.
00:30:36Donc, ma force a été où j'ai réussi à me lâcher, à me libérer et puis à montrer tout
00:30:42mon potentiel.
00:30:43Et tout son potentiel, on arrive à le montrer si on n'a pas de stress.
00:30:47Par contre, si on stresse, on peut avoir fait une grosse préparation, on peut être très talentueux,
00:30:52mais le stress, ça nous bouffe de l'intérieur et on n'arrive pas à se libérer.
00:30:56Et moi, j'ai réussi à me libérer, en fait, parce que je n'étais pas stressé.
00:30:59Et cette médaille, Lucas, parce que là, on parle de ce statut d'outsider que tu avais avant les Jeux.
00:31:05Quand tu as la médaille autour du cou, alors c'est une médaille de bronze, mais ça reste magique.
00:31:09Le statut change.
00:31:11Oui, bien sûr.
00:31:11L'outsider a Jutoka attendu pour la suite.
00:31:14Est-ce que ce poids de la médaille, j'ai envie de dire, a été dur à porter après Tokyo
00:31:19?
00:31:19Ça va, j'ai plutôt bien vécu.
00:31:22J'ai plutôt bien vécu, je suis revenu et en fait, une fois je suis revenu,
00:31:25j'ai pas été médiatisé de ouf, du coup, c'était pas si mal au final,
00:31:30parce que du coup, je suis resté dans mon coin.
00:31:33J'ai repris, j'ai pris déjà du temps après les Jeux, parce qu'il faut savoir qu'on fait
00:31:36quatre ans de précaution.
00:31:38C'est sûr.
00:31:38Il faut couper un moment, soigner des petits bobos,
00:31:41et puis essayer de retrouver la motivation parce qu'après, il y a un gros bloc comme ça,
00:31:46et après une médaille au jeu, si on revient trop tôt, on peut se faire mal, on peut se blesser,
00:31:52puis on peut être un peu dégoûté.
00:31:54Donc j'ai pris le temps, puis j'ai repris la compétition au moment où j'avais déjà envie de
00:32:00revenir.
00:32:01Et puis c'est vrai que, comme tu dis, le statut change, on est plus attendu,
00:32:05on est plus analysé aussi par nos adversaires, mais j'ai plutôt bien vécu tout ça en fait.
00:32:12J'arrive à ne pas me mettre la pression en fait.
00:32:15Comment tu fais ? Parce que là, ça paraît naturel quand tu le dis,
00:32:18mais est-ce que tu as des petites méthodes, des choses que tu travailles pour justement faire glisser la pression
00:32:23?
00:32:24En fait, déjà, je m'entoure des bonnes personnes.
00:32:27Je m'entoure des bonnes personnes à qui j'ai confiance et des gens que je sais qui veulent du
00:32:32bien pour moi.
00:32:33Donc déjà, quand tu as ces personnes-là autour de toi,
00:32:37bah en fait, déjà, ils te mettent bien, ils te mettent à l'aise et puis ils ne te mettent
00:32:41pas forcément la pression.
00:32:43Et puis après, au quotidien, en fait, je suis quelqu'un d'assez simple en fait.
00:32:47Je ne me prends pas la tête et puis c'est ma nature fait que du coup, je suis comme
00:32:50ça en fait.
00:32:51Tu ressembles, Lucas de la vie de tous les jours, ressembles au Lucas sur le tatami ?
00:32:56Non, je pense, une fois je suis sur le tatami, je deviens un guerrier et puis là je suis moins
00:33:02gentil que dans la vie de tous les jours.
00:33:04Des fois, je peux me faire bouffer parce que je suis trop gentil et tout, mais sur les tatamis, je
00:33:08pense que j'arrive à me transformer.
00:33:12Justement, donc voilà, Tokyo Pass, médaillé olympique, cette belle médaille qui est juste là sur la table.
00:33:19On se projette, on parle de Paris, on revient sur cette aventure extraordinaire.
00:33:23Alors déjà, avant de parler de la compétition en tant que telle, je sais très bien que dans le judo,
00:33:27il y a toujours une grosse concurrence.
00:33:28Dans chaque catégorie, c'est toujours une vraie bataille pour obtenir son ticket olympique.
00:33:33Comment on la vit cette rivalité au quotidien ? Est-ce que parfois ça peut être difficile moralement ?
00:33:39Des fois, ça peut être plaisant parce qu'à chaque fois qu'on va sur un tournoi, forcément avec un
00:33:44concurrent français, du coup, tout compte en fait.
00:33:50Donc, c'est vrai que j'ai fait ma médaille aux Jeux de Tokyo, mais ça ne voulait pas forcément
00:33:56dire que j'allais faire forcément les Jeux de Paris.
00:33:58Parce que j'ai repris la compétition, une fois que j'ai repris, ça a bien marché, j'ai remis
00:34:03tout de suite une médaille.
00:34:04Mais on est encore loin des Jeux, donc en fait, rien n'est joué à l'avance, rien n'est
00:34:09joué à l'avance.
00:34:09Donc, j'ai dû recommencer 3-0 en fait. Même si j'ai fait ma médaille aux Jeux de Tokyo,
00:34:13il fallait que je fasse mes preuves pour me qualifier à nouveau pour Paris.
00:34:17Et puis, montrer encore que c'est moi le leader et c'est moi qui mérite d'aller sur ces
00:34:22Jeux.
00:34:22Donc, on recommence 3-0 en fait.
00:34:24Tout ce que j'ai fait avant Tokyo, c'est resté et puis le statut et tout.
00:34:28Moi, j'ai mis de côté à un moment, j'ai bien profité de ma médaille aux Jeux, j'ai
00:34:32profité.
00:34:33Et à un moment, pour réussir à passer à autre chose, il faut que tu fasses le deuil de ta
00:34:37médaille et se fixer des nouveaux objectifs.
00:34:41Faire comme si tu n'en avais pas.
00:34:42Comme si tu n'en avais pas pour repartir à l'avant.
00:34:44C'est ça. Ton concurrent dans la catégorie des moins de 60 kg, on l'a reçu d'ailleurs ici,
00:34:49c'est Romain Valadier Picard.
00:34:51Le jour où tu apprends que tu es sélectionné pour les Jeux de Paris.
00:34:53Oui.
00:34:54Comment ça se passe ? Parce que je suppose qu'il y a une partie de toi qui a envie
00:34:57d'exulter, de dire
00:34:59c'est incroyable, c'est magnifique, je vais revivre une expérience à la maison qui plus est.
00:35:03Et une autre partie de toi qui se dit, je ne sais pas votre relation avec Romain Andorre, mais qui
00:35:09doit se dire, bon,
00:35:10je me dois aussi de ne pas trop montrer que je suis heureux vis-à-vis de lui et vis
00:35:15-à-vis de tout ce qu'il perd sur le moment, finalement.
00:35:19Oui, c'est sûr. Après, je suis quelqu'un qui est assez bienveillant. Donc, jamais je ferais quelque chose… Par
00:35:28exemple, j'ai décroché ma qualification,
00:35:30mais ce n'est pas pour autant que devant lui, je montrais que j'étais trop content parce que c
00:35:36'est un respect aussi envers lui parce que je sais que c'est quelqu'un…
00:35:41C'est un jeu de cadre déjà talentueux, je trouve. C'est un jeu de cadre qui bosse beaucoup. Donc,
00:35:45il aurait aussi mérité la place d'aller sur ces jeux.
00:35:48Après, la compétition, la dernière compétition où j'ai fait avec lui, le résultat a fait que c'est moi
00:35:57qui avais décroché la qualification.
00:35:59Donc, après, voilà, c'est comme ça. Ça fait partie du sport de haut niveau. J'imagine que forcément, ce
00:36:05n'est pas facile d'être de l'autre côté.
00:36:07Je n'ai jamais vécu ça et puis j'espère ne vivre jamais ça, mais j'imagine que ça doit
00:36:12être un moment assez traumatisant.
00:36:13Donc, voilà, je compatis par rapport à ça. Et puis, voilà, on n'est pas amis. Je ne vais pas
00:36:21vous mentir, on n'est pas amis avec Romain,
00:36:22mais on a du respect, on se dit bonjour et puis voilà, ça reste… notre relation, ça reste assez cordiale.
00:36:28Cordiale, cordiale et voilà, il y a une concurrence saine. Il y a une concurrence saine, bien sûr.
00:36:32Tu bosses avec un préparateur, une préparatrice mentale ?
00:36:36Je n'ai bossé un petit peu à l'époque avant 2021, donc avant les Jeux.
00:36:42Après, j'ai arrêté et puis là, j'ai repris il n'y a pas longtemps.
00:36:46D'accord.
00:36:47Parce que des fois, on a un égo en mode, j'ai pas besoin, je suis assez…
00:36:53J'entends beaucoup du doka, souvent des jeunes qui ne se rendent pas en compte compte, mais ils pensent qu
00:36:58'ils n'ont pas besoin, mais en fait, tout le monde a besoin.
00:37:01Et à un moment, même moi, je suis tombé un peu dans ces panneaux, après les Jeux de Tokyo, j
00:37:06'ai pas besoin en fait, j'ai pas besoin de préparation mentale et tout.
00:37:10Et puis du coup, bah j'ai pas fait. Et là, pareil, après les Jeux de Paris, je disais j
00:37:15'ai pas besoin, j'ai pas besoin.
00:37:15Mais en fait, mes proches ont fait que du coup, ils m'ont vraiment demandé d'aller voir quelqu'un
00:37:22et je suis vraiment allé voir quelqu'un.
00:37:24Et en fait, c'est là où je me suis rendu compte qu'en fait, j'en avais besoin. J
00:37:28'en avais besoin, j'avais accumulé beaucoup de choses.
00:37:32Pardon. J'avais accumulé beaucoup de choses et j'avais besoin d'en parler. J'avais besoin d'analyser tout
00:37:38ça et puis travailler des choses qui peuvent me stresser
00:37:43ou qui me gênerent un peu au quotidien. Donc au final, j'ai repris un travail ce côté-là et
00:37:48ça me fait beaucoup de bien.
00:37:49D'accord. On va parler cinq minutes des Jeux de Paris. Tout de même, Lucas, l'aréna Champs-de-Mars,
00:37:55lieu emblématique, ambiance dingue.
00:37:58Le public français sur le premier combat, quand tu rentres sur le tatami, qu'est-ce que tu ressens ?
00:38:03Est-ce que tu avais déjà ressenti ça dans ta carrière ?
00:38:07Non, j'ai jamais ressenti ça, ce que j'ai pu vivre aux Jeux Olympiques de Paris.
00:38:12C'est vrai que j'ai vécu les Jeux Olympiques de Tokyo, mais c'était à huis clos, donc il
00:38:16n'y avait personne autour.
00:38:17Même si, du coup, il y avait un peu les athlètes, le staff. Et du coup, comme il n'y
00:38:20avait personne à la salle,
00:38:21j'entendais justement le staff et les athlètes français m'encourager et ça, ça m'avait beaucoup aidé.
00:38:27Et puis là, je me retrouve des Jeux Olympiques de Tokyo, oui, c'était vide, à des Jeux Olympiques chez
00:38:32nous,
00:38:33devant le public français, devant la famille. Et c'était juste incroyable.
00:38:37Mais franchement, quand on montait sur le tapis, tu disais, je ne peux pas perdre, en fait.
00:38:43Il y a tout le public, tout le peuple.
00:38:44Après, il y en a deux, le contraint.
00:38:46Oui, franchement, oui. Et puis, j'entendais tout.
00:38:48Des fois, je suis trop focus dans mon match et je n'entends pas forcément ce qui se passe.
00:38:52Mais là, les encouragements, c'était tellement fort qu'en fait, j'entendais.
00:38:57Et ça me faisait du bien. À un moment, j'entendais la Marseillaise.
00:39:01Donc, ça m'a donné beaucoup de force, justement, pour aller au bout d'une finale, quoi, une finale olympique.
00:39:08C'est vrai que l'ambiance était folle.
00:39:10Avant d'entrer sur le tatami, moi, je me rappelle, Axel Clerget nous disait, nous confiait qu'il se répétait
00:39:15PSA.
00:39:17Pose, serein, applique.
00:39:18Oui.
00:39:19Sa petite méthode, c'était ça pour entrer dans sa mule, se matrixer.
00:39:22Oui.
00:39:23Est-ce que toi, Luca, tu as un petit truc comme ça, que tu te répètes, un geste que tu
00:39:26fais, peu importe ?
00:39:27Bien sûr, on a tous des mots.
00:39:29Donc, souvent, c'est quand on fait de la préparation mentale, c'est là où, du coup, on détermine ces
00:39:34trois mots
00:39:36qui font que, du coup, quand j'ai un moment de doute, je peux me répéter ça
00:39:39ou quand j'ai un moment de stress, je peux répéter ces mots-là.
00:39:42Et puis, c'est des mots qui me mettent en confiance, qui me rassurent.
00:39:45Et puis…
00:39:46C'est quoi ces mots ?
00:39:47Après, je ne vais pas forcément dire les mots, c'est assez personnel et tout.
00:39:50Oui, ok, ok, bien sûr.
00:39:51Mais voilà, en tout cas, j'ai aussi des mots que je me répète à des moments où je ressens
00:39:56les besoins.
00:39:57Liés au judo, ces mots, comme Axel ou pas du tout, sans les dire ?
00:40:00Oui, il y a des mots où c'est lié au judo et puis il y a des mots où
00:40:03c'est lié plus à la famille et au coach.
00:40:05D'accord, plus personnel.
00:40:06Plus personnel, oui.
00:40:07Ok, ok.
00:40:07Donc, ça peut être aussi…
00:40:08Il y a des mots et ça peut être aussi des souvenirs.
00:40:10Oui.
00:40:10Des souvenirs qui nous rassurent, des souvenirs qui nous font du bien, ça peut être aussi ça.
00:40:16Des fois, je peux me poser dans un coin, je sens que je suis un peu stressé avant un match
00:40:20et puis je ferme les yeux,
00:40:21je fais un petit peu un travail des sophros et puis je pense à des souvenirs qui me rendent heureux.
00:40:28Et puis voilà, tout ça fait que du coup, mon cœur, mon risque cardiaque descend et puis je peux affronter
00:40:34mon combat plus sereinement en fait.
00:40:35Tout se passe très bien pour toi durant ces Jeux de Paris.
00:40:39Tu gagnes la demi-finale, tu te qualifies en finale.
00:40:41Combien de temps entre la demi et la finale et qu'est-ce que tu fais ?
00:40:44Comment tu occupes ce petit laps de temps avant le plus grand combat de ta carrière ?
00:40:49En fait, ça va très vite parce que, par exemple, quand nous, on fait des tournois ou un championnat du
00:40:54monde ou des Europe,
00:40:55souvent, on fait les phases éliminatoires.
00:40:58Après, il y a 1h30, 2h, 2h30 des pauses et après, tu fais soit ta finale, soit ta place des
00:41:03trois.
00:41:03Mais ce qu'il faut savoir au jeu, en fait, tu fais ta demi-finale et puis tout de suite
00:41:09après, il y a la finale.
00:41:11Donc, il y a quatre ou cinq combats et tout de suite après, tu enchaînes.
00:41:13Donc, tu n'as pas beaucoup de temps de déposer 40 000 questions en fait tout de suite derrière et
00:41:17il faut se remettre dans le match.
00:41:18Donc, comment je me suis occupé ?
00:41:21Tout simplement, je pense, j'ai dû m'échauffer un petit peu, j'ai dû faire un peu des exodynamiques,
00:41:27j'ai dû marcher un peu autour des tapis.
00:41:30Et puis voilà, après, ça va trop vite.
00:41:32Souvent, on nous appelle deux combats avant.
00:41:34Donc, il faut, en fait, tu es à peine revenu de ta demi-finale, il faut déjà repartir à la
00:41:39salle d'échauffement.
00:41:40D'accord.
00:41:40Et puis après, on passe en dessous des gradins, on passe en dessous des gradins de la salle d'échauffement.
00:41:44Et en fait, il y a beaucoup de gens sur les gradins.
00:41:47Il y a du bruit, il y a les pas.
00:41:49En fait, tu entends tout, tu entends tout et puis...
00:41:51Ouais, un peu difficile de rester dans sa bulle.
00:41:53On va en parler de cette finale.
00:41:56Tu as affronté Yeldos Smetov, un judôme très expérimenté, double médaillé olympique en 2016 et 2021.
00:42:03Oui.
00:42:042024, évidemment.
00:42:05Pendant le combat, la médaille d'or, elle est à portée de main, clairement.
00:42:08Puis il y a ce contre-décisif du Kazakh avec le recul.
00:42:13Maintenant, il y a quand même un peu de recul.
00:42:14Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:42:15Qu'est-ce qui t'a manqué, Lucas, pour aller la chercher, cette médaille d'or ?
00:42:19Je dirais un peu de sagesse, c'est ma part, ouais.
00:42:21Un peu trop gourmand pour le coup.
00:42:22Un peu trop gourmand et puis souvent, ça a toujours été un peu mon défaut.
00:42:27J'ai déjà perdu pas mal des matchs où, à force de vouloir trop faire,
00:42:33en fait...
00:42:34Tu te fais piéger.
00:42:35Tu te fais piéger, ça finit en fausse attaque ou ça finit par une contre de l'adversaire.
00:42:42Et puis c'est ce qui s'est passé.
00:42:43En fait, j'étais vraiment bien.
00:42:44Je me sentais fort, j'étais confiant, mais j'avais un excès de confiance et un excès d'envie, en
00:42:51fait.
00:42:51De motivation.
00:42:53Et cet excès de motivation et d'envie a fait que, du coup, en fait, je suis parti dans un
00:42:57match à balle.
00:42:59C'est vrai, il a pris première pénalité, il a pris deuxième pénalité.
00:43:02Oui, c'est vraiment pas loin.
00:43:02Et il aurait pu aussi prendre troisième pénalité, j'étais dans une bonne lancée.
00:43:05Mais une attaque de ma part de trop, avec manque de préparation, a fait que lui, il a été opportuniste
00:43:11et il m'a contré à ce moment-là.
00:43:13Tu l'as revu, ce combat ?
00:43:14Oui, j'ai revu. Malheureusement, c'est douloureux de revoir ce match-là.
00:43:20C'est un choix personnel ? C'est toi qui as dit, je veux revoir ce combat, je vais le
00:43:24remater pour comprendre ce qui s'est passé, j'en ai besoin ?
00:43:27En fait, je ne sais pas si j'aurais regardé ce match, mais en tout cas, avec mon entraîneur, on
00:43:33a revu ce combat justement pour analyser et voir pourquoi j'ai perdu pour essayer de ne pas reproduire les
00:43:40mêmes erreurs la fois d'après.
00:43:42Donc, j'ai regardé, c'était peut-être un peu le choix de mon entraîneur et mon choix personnel aussi
00:43:47parce que j'ai envie de progresser, j'ai envie de ne plus refaire ce genre d'erreur.
00:43:51Donc, c'est important de revoir les images. Même si c'est douloureux, à un moment, si tu te caches
00:43:56et que tu ne veux pas voir, tu ne veux pas forcément progresser.
00:43:59Donc, même si c'est douloureux, il faut faire.
00:44:01Tu sais, après, c'est bien d'avoir ce recul-là, cette lucidité et ce courage de se dire, je
00:44:07vais regarder ça. Beaucoup d'athlètes n'y arrivent pas.
00:44:09Oui, mais ce n'est pas un moment de plaisir, c'est sûr, mais il faut faire.
00:44:12On peut parler d'une cicatrice ou pas ?
00:44:14La médaille d'argent est magnifique, tu fais mieux qu'à Tokyo, mais est-ce que le terme cicatrice est
00:44:20trop abusé ou il est correct ?
00:44:22Non, je ne dis pas que c'est trop abusé parce que ça laisse vraiment des cicatrices.
00:44:26De perdre une finale olympique et de te dire qu'à ça, tu aurais pu marquer l'histoire des transports.
00:44:32Et en fait, tu pourrais dire que tu as réussi ta carrière en fait.
00:44:37Donc, c'est un moment douloureux. Sur le coup, j'étais très déçu.
00:44:40Après, je regardais autour de moi, je voyais que les gens et la famille étaient très fiers de moi.
00:44:46Du coup, j'ai fait l'abstraction de tout ça, de cette déception et j'ai dit, mais je n
00:44:50'ai pas le droit de pleurer.
00:44:51Les gens, ils sont là, donc ça doit être un moment de fête, même si c'est une médaille d
00:44:55'argent.
00:44:56Et du coup, j'ai réussi à switcher et puis j'étais quand même très content.
00:44:59Mais par contre, tu rentres chez toi une semaine, deux semaines après et puis à partir de là où la
00:45:07vie redevient normale.
00:45:08Quand tes parents repartent au Havre, quand tes amis ne sont plus là parce qu'ils sont rentrés chez eux.
00:45:13Et tu te retrouves chez toi avec ta copine.
00:45:17Et puis du coup, là, tu commences à réfléchir et tu t'es dit en fait, Lucas, tu as loupé
00:45:21une finale olympique.
00:45:22Je ne suis pas ça.
00:45:23Et en fait, ce n'est pas facile à vivre.
00:45:25Alors après, tu parles de l'après, évidemment très compliqué, mais il y a aussi un tas de souvenirs que
00:45:30tu as créés,
00:45:31notamment ces célébrations au Club France, cette médaille partagée aussi avec Chérine Boucli, qu'on a reçu également.
00:45:39Ça, c'est des moments qui marquent à vie et des instants qui vous lient aussi à vie avec Chérine.
00:45:44C'est des moments qui marquent, comme tu dis, la vie d'un athlète et puis la vie aussi des
00:45:50personnes qui nous entourent en fait.
00:45:51Parce que même si ce n'est pas eux qui ont combattu, en fait, ils ont été là autour de
00:45:58tout ça, que ce soit les personnes qui m'ont aidé à atteindre ce niveau-là,
00:46:02que ce soit mon préparateur physique, mes entraîneurs et puis ma conjointe.
00:46:07Et puis les personnes, ils ont vécu un peu tout ça, donc ça marque ma vie, mais ça marque aussi
00:46:11leur vie.
00:46:12Moi, aujourd'hui, quand je repars avec mes parents de ces Jeux, ils ont toujours les étoiles dans les yeux.
00:46:17Et je sais à quel point ils sont fiers et puis à quel point ils sont heureux que j'ai
00:46:22pu décrocher cette nouvelle médaille au Jeux.
00:46:24Et puis c'est aussi pour ça où je fais du judo et je continue le judo.
00:46:27Je fais déjà pour moi, mais je fais aussi pour mes proches parce que je sais que ça leur procure
00:46:31beaucoup de bonheur.
00:46:32Et puis ils vivent quelque chose d'assez exceptionnel aussi à travers moi.
00:46:38Donc voilà, j'aime bien faire plaisir aux gens.
00:46:41Alors, il y a une chose aussi, Lucas, je reprends encore une fois cet exemple au début d'émission du
00:46:48champion olympique géorgien de 2004 qui t'a inspiré.
00:46:51Est-ce que tu as pris conscience après les Jeux de Paris que toi aussi, tu étais devenu pour des
00:46:56jeunes judokas un modèle, une source d'inspiration ?
00:46:59Oui, forcément, je ressens ça.
00:47:02Après, le judo, comme on le sait, ce n'est pas un sport très populaire, ce n'est pas un
00:47:07sport très médiatisé.
00:47:10Mais ça va encore. Il y a des sports qui sont encore moins populaires que le judo.
00:47:16Mais par exemple, je marche dans la rue, on ne va pas m'arrêter.
00:47:19Oui, Lucas, on peut faire une photo.
00:47:20Ça arrive de temps en temps.
00:47:22Après le judo, c'est arrivé parce que c'était assez récent.
00:47:24Les gens m'avaient vu à la télé et tout.
00:47:25Mais quand je vais dans un club de judo, je ressens que j'ai fait ma médaille et j'ai
00:47:35forcément marqué un peu l'esprit des gens.
00:47:41Quand ils parlent avec moi, j'ai reçu aussi beaucoup de messages.
00:47:46Des fois, il y avait des gens qui ne faisaient pas du tout du judo et ils m'ont dit
00:47:51que grâce à moi, ils ont repris le judo.
00:47:55Des personnes qui n'en faisaient pas ou des personnes qui faisaient, qu'ils ont arrêté, ils ont repris le
00:47:58judo.
00:47:58Des fois, il y a des parents qui ont mis les infos au judo parce qu'ils m'ont vu
00:48:03combattre et ils ont aimé ce que je dégageais.
00:48:09Souvent, quand les gens parlent, quand je vais dans un club de judo, ils sont très admiratifs sur mon parcours.
00:48:17Ils ont toujours des questions et je suis toujours là pour répondre.
00:48:22J'ai aussi été à la place d'un enfant qui rêvait un jour de devenir un grand champion.
00:48:30Je me suis aussi inspiré des champions. J'ai aussi eu la chance de rencontrer des grands champions qui m
00:48:37'ont inspiré.
00:48:38C'est aussi mon devoir et à mon tour de transmettre les valeurs de mon sport et essayer de les
00:48:49aider comme je peux et les inspirer.
00:48:52Oui. Luca, je sais qu'après ta médaille aux Jeux de Paris, tu t'es projeté très vite sur Los
00:48:56Angeles 2028.
00:48:57On va faire de même dans cette émission. On en parle dans le show de vent.
00:49:06Alors, Luca, en quoi le Luca Meredze de 2028 sera différent de celui de 2024 ?
00:49:14Il y a pas mal de choses que j'ai changé. Déjà, j'ai changé de club.
00:49:20J'ai signé dans un nouveau club au mois de septembre.
00:49:23Du PSG au Flamme.
00:49:24Oui, c'est ça. J'étais au PSG pendant deux ans et j'ai parlé avec l'entraîneur actuel du
00:49:33PSG, le responsable.
00:49:34Et puis, au final, j'avais une proposition, mais qui ne me correspondait pas en termes de suivi et tout.
00:49:42Et du coup, je ne vais pas rentrer dans le détail, mais en tout cas, j'ai fait le choix
00:49:46de quitter le PSG.
00:49:48Et il y a Flamme Judo qui était très intéressé par mon profil.
00:49:53Et ce qu'il faut savoir, Chirine, elle est aussi de ce club.
00:49:57Elle est allée depuis des années. Elle est arrivée très jeune en junior.
00:50:01Et j'ai parlé avec le président, avec les directeurs techniques, avec les entraîneurs.
00:50:06Et en fait, j'ai senti que c'était un club qui pouvait m'aider à passer un cap.
00:50:13Et puis, j'ai trouvé que les gens étaient vraiment bienveillants et j'ai besoin d'être dans une ambiance
00:50:21saine, en fait.
00:50:22J'ai besoin que les gens croient en mon projet.
00:50:25Et ce que j'ai retrouvé dans mon nouveau club, ils ont déjà des outils, pas mal d'outils, justement,
00:50:31pour m'aider à progresser.
00:50:34Les entraîneurs, ils sont derrière moi, H24.
00:50:36On fait pas mal de travail technique, tactique.
00:50:39Donc, je sens qu'ils croient en moi et qu'ils peuvent m'aider à passer ce cap-là.
00:50:44Et puis, des fois, dans une carrière, on a besoin des changements, des fois, pour se renouveler.
00:50:48Et puis, voilà, voir un peu autre chose, quoi.
00:50:51Donc, un Lucas, je reprends un peu ce que tu me disais, ce qui t'a peut-être coûté la
00:50:55médaille d'or à Paris, avoir trop envie, en mettre trop.
00:50:59En 2028, un Lucas plus gestionnaire, peut-être ?
00:51:02Plus sage, plus gestionnaire, plus réfléchi.
00:51:06Et puis, voilà, après, les années font que, du coup, avec l'expérience, avec toutes les compétitions que j'ai
00:51:11pu faire,
00:51:12à chaque fois, quand je sors d'une compétition, j'essaie de regarder ma compétition et puis me dire ce
00:51:18qui a été, ce qui n'a pas été,
00:51:19pour, à chaque fois, essayer d'élever encore plus mon niveau et puis progresser, quoi.
00:51:24– Le rêve au football, c'est de mettre une panenka en finale de Coupe du Monde.
00:51:28Le rêve au judo, c'est de faire quoi en finale des Jeux ?
00:51:31– Mettre un gros uran à gagner. Mettre un gros hipon, bien sûr. Et puis, le judo, voilà, c'est
00:51:37un sport où il faut faire tomber l'adversaire.
00:51:40Et puis, des fois, il y a des matchs où on gagne aux pénalités. On n'aime pas forcément ça,
00:51:46mais le judo actuel fait que, du coup,
00:51:49des fois, il faut être tactique aussi. Donc, s'il faut gagner une finale olympique par des pénalités, je gagnerais.
00:51:55Mais je préférais gagner une finale olympique, bien sûr, par une belle boîte.
00:51:59– Avec la manière. – Avec de la manière, bien sûr, oui.
00:52:01– Je vais te citer trois noms. Bon, ça va te parler. Il y a Topouria, Merab Valichvili, Roman Dolizé.
00:52:08On sait que, voilà, le MMA est un sport très, très présent en Géorgie.
00:52:13Une reconversion en MMA pour Luca Merezé dans quelques années, c'est envisageable, c'est possible ou pas du tout
00:52:18?
00:52:18– Non, ça ne sera pas envisageable parce que, voilà, j'aime déjà trop mon sport. Je suis trop attaché
00:52:23à mon sport.
00:52:24Et puis, je pense, quand je déciderai d'arrêter le judo, ça serait pour fonder une famille.
00:52:31Ça serait aussi pour passer à autre chose. Et puis, le sport, c'est beaucoup de sacrifices.
00:52:36Donc, je me suis beaucoup sacrifié. J'ai encore me sacrifié quelques années, mais je fais ça avec de l
00:52:42'envie.
00:52:43Parce que j'ai envie, parce que, voilà, je prends du plaisir aussi à faire dans ce que je fais.
00:52:49– Quelques années, ça veut dire quoi quand tu dis quelques années encore ?
00:52:51– Bah, quelques années, déjà faire l'Olympiade. Et puis après, j'ai appris que l'échelon du monde, c
00:52:56'était en Géorgie en 2029.
00:52:58– Au moins jusqu'à 2029 pour…
00:53:01– Oui, donc voilà, je prends année par année, en fait. On ne peut pas forcément anticiper, ouais, je dirais
00:53:07jusqu'à 2032.
00:53:08On ne peut pas, en fait, on ne sait pas ce qu'est la vie nous réserve. Donc, voilà, je
00:53:12prends année par année.
00:53:13Et puis voilà, aujourd'hui, j'ai toujours de l'envie, il y a toujours la gnaque.
00:53:17Donc voilà, je continue et puis après, on verra, on verra.
00:53:19– Oui, on le sait, dans le sport de haut niveau, il y a plein de choses qui peuvent arriver,
00:53:22notamment des blessures.
00:53:23Tu en as subi une compliquée. On va en parler tous les deux au coin du feu.
00:53:27– Oui.
00:53:31– Allez, je te rejoins dans le petit canapé, Lucas.
00:53:34Donc on parle de cette blessure qui est survenue en mars 2022.
00:53:38Tu étais en stage en Mongolie et tu te blesses, tu dois être rapatrié en France.
00:53:42Le verdict, il est sans appel, il est assez cruel.
00:53:45Rupture du ligament antérieur du genou droit qui a nécessité une opération.
00:53:50Tu as fait un poste sur les réseaux pour annoncer ta blessure et tu dis tout de suite dans ce
00:53:54poste,
00:53:54je me dis que dans la vie, il y a des choses plus graves et que ça reste du sport.
00:53:58Après tout ce que tu as traversé, on en a parlé un peu en début d'émission, ta vie, ton
00:54:04quotidien en Géorgie,
00:54:05la Pologne, l'arrivée en France, tu as dû bouger beaucoup.
00:54:07Une blessure en fait, je ne vais pas dire que c'est rien, mais tu relativises beaucoup.
00:54:11– Oui, tu relativises par rapport à tout ce qu'on voit en ce moment dans le monde actuel,
00:54:16les guerres, les personnes qui n'ont rien demandé et puis qui meurent tous les jours.
00:54:20Je me dis, d'accord, c'est une blessure, mais il y a beaucoup plus de choses plus graves dans
00:54:26la vie,
00:54:26donc il faut relativiser des fois.
00:54:28Après, c'est sûr, c'est plus facile de dire ça de ma position
00:54:31parce qu'aujourd'hui, j'ai quand même réussi dans ma carrière, donc c'est plus facile,
00:54:38mais peu importe quel résultat on a fait, on est un grand champion ou pas, on a réussi sa carrière
00:54:43ou pas,
00:54:44mais il faut dire que dans la vie, il y a des choses quand même plus graves.
00:54:46– Bien sûr, bien sûr. Après l'opération, ça tu connais, vient le temps de la rééducation.
00:54:52Alors à l'INSEP, je sais que le cabinet de kiné se situe juste en face du dojo.
00:54:57– C'est ça, oui.
00:54:57– Est-ce que tu as fait le choix, est-ce que c'était déjà envisageable pour toi d'être
00:55:02au kiné de l'INSEP
00:55:02et de voir toujours tes coéquipiers s'entraîner ou tu as fait le choix de partir arrière ?
00:55:06– En fait, j'ai fait mon choix parce qu'à l'INSEP, c'est sûr qu'on a de
00:55:11la chance d'être suivi de très près
00:55:14et puis avoir vraiment un accompagnement très optimal.
00:55:18On a un médecin, on a deux kinés à chaque fois et puis c'est une chance.
00:55:23Mais j'avais besoin en fait de m'éloigner de mon déjudo.
00:55:28– Prends du recul.
00:55:28– C'est ça, prends du recul.
00:55:30Et en fait, je suis revenu un peu en arrière, quelques années en arrière
00:55:32et je me suis rappelé quand je me suis retrouvé chez mes parents pendant le Covid,
00:55:37je sais que cette période, ça m'a fait du bien, être loin de mon sport et puis couper un
00:55:41peu du judo.
00:55:41Et en fait, je me suis dit Lucas, ça t'a fait du bien à ce moment-là et tout
00:55:46de suite derrière, tu as été hyper performant.
00:55:48Donc, je pense que c'est ce que tu as besoin aussi, de sortir de ce milieu un peu du
00:55:53judo.
00:55:53Parce que je savais que j'allais vouloir un peu, si je restais un peu à l'INSEP et je
00:55:59faisais ma rééducation à l'INSEP,
00:56:00que j'allais vouloir aller un peu vite et ça allait me démanger à l'intérieur de moi.
00:56:06Quand j'allais commencer à voir les autres faire du judo et pas moi, je savais que ça allait commencer
00:56:10à me faire un peu mal.
00:56:12Et du coup, j'ai fait ce choix de partir à l'extérieur de l'INSEP et puis faire ma
00:56:17rééducation dans un cabinet avec un kiné qui s'appelle Kevin Guégon.
00:56:25C'est un kiné qui faisait les déplacements avec le judo, donc je le connaissais, je savais que c'était
00:56:29un bon kiné.
00:56:29Et puis, je suis parti dans son cabinet, j'ai fait toute la rééducation là-bas.
00:56:34De temps en temps, je revenais aussi à l'INSEP, je refaisais les points avec le médecin avec le kiné
00:56:38du judo.
00:56:40Mais voilà, j'étais accompagné et puis ils avaient accepté aussi mon choix.
00:56:45Ils avaient été le staff médical de judo, ils ont été compréhensibles envers moi.
00:56:50J'ai expliqué pourquoi, comment et pourquoi je voulais faire ma rééducation à l'extérieur.
00:56:54Puis ils ont été compréhensibles et de temps en temps, je refaisais le point.
00:56:57Et puis voilà, ça m'a fait du bien au final.
00:57:00J'ai coupé, j'ai vu autre chose que le judo.
00:57:03Et quand je suis vraiment revenu, en fait, j'avais emmagasiné beaucoup, beaucoup, beaucoup d'envie
00:57:09parce que je n'avais pas vu de judo depuis longtemps.
00:57:11Je m'étais coupé vraiment du monde des judo.
00:57:14Et en fait, quand je suis revenu tout de suite derrière, j'ai fait un premier tournoi.
00:57:18Et puis tout de suite derrière, j'ai été performant en fait.
00:57:20C'était au Portugal, ça tu fais 3ème ?
00:57:21C'était au Portugal où je fais 3ème.
00:57:23Et puis j'ai battu des judokas qui tournaient bien à ce moment-là et qui étaient médaillés.
00:57:29Et quand on a subi une blessure comme ça, alors c'était il y a 4 ans, mais même encore
00:57:34aujourd'hui,
00:57:34il y a encore un peu d'appréhension sur certains mouvements, un peu de peur de te refaire une blessure
00:57:39aussi grave ou pas du tout ?
00:57:41En fait, au début, tu as un peu cette peur.
00:57:45Mais au fur et à mesure, cette peur disparaît.
00:57:47Mais par contre, des fois, ça peut être un peu dangereux et un peu une piège.
00:57:52Parce que des fois, quand tu ne penses plus à ton genou, au final, tu peux commencer à te laisser
00:57:57un peu aller.
00:57:58En fait, ce qu'il faut savoir, quand tu te fais opérer des croisés, il faut continuer à prévenir ses
00:58:09genoux,
00:58:10à faire toujours une rééducation, à renforcer.
00:58:12Parce que si à un moment où on s'affaiblit du quadri ou du skio, on a moins de protection
00:58:16au niveau des croisés.
00:58:17Donc, il faut faire attention quand même.
00:58:20Donc, aujourd'hui, je fais quand même attention, je fais quand même pas mal de renfaux dessus
00:58:24pour que mon genou, il reste assez solide et assez costaud.
00:58:27Mais c'est vrai que je n'y pense plus réellement parce que c'est passé, j'ai repris et
00:58:31puis j'ai confiance en mon genou.
00:58:33Tu as bien raison et on voit les beaux résultats que tu as pu faire par la suite.
00:58:37Lucas, on va finir sur une petite note fun, ok ?
00:58:40C'est parti pour le tout fait tout flamme.
00:58:46Alors, je te donne la tablette.
00:58:47Lucas, on fait ça très rapidement.
00:58:49Il nous reste peu de temps, 5 catégories.
00:58:50Flamme olympique, feu de cambricade, humaine, cendre.
00:58:52Flamme olympique, c'est le top du top.
00:58:53Cendre, c'est nul.
00:58:55Je te laisse classer ces éléments très rapidement.
00:58:58Tu nous dis un petit truc dessus, mais vraiment, je compte sur toi.
00:59:01Déjà, je vais commencer par ce que je n'aime pas, que je mettais à la dernière position.
00:59:05Donc, c'est les artichauts.
00:59:06Allez, artichauts.
00:59:08J'ai été un peu traumatisé par ces légumes.
00:59:11Peut-être, j'avais mangé les artichauts bien cuisinés.
00:59:15Mais en tout cas, les peu de fois que j'ai pu goûter, je n'ai pas forcément trop aimé.
00:59:20Mais après, on…
00:59:22Tu peux classer dans l'ordre.
00:59:24Vas-y, tu peux faire…
00:59:25Il y avait pire que…
00:59:27Artichaut, en fait, c'est le dopage.
00:59:29Aïe.
00:59:29Tu peux en mettre plusieurs dans la même catégorie.
00:59:33Artichaut et le dopage, évidemment.
00:59:35En fait, je suis quelqu'un qui déteste tricher.
00:59:38Donc, les gens qui trichent et qui mettent leur santé en danger, je ne comprends pas.
00:59:43Et puis, quel mérite on peut avoir en ayant gagné un titre olympique en sachant qu'on est dopé.
00:59:49Je suis d'accord.
00:59:50Mais je reste persuadé.
00:59:52Je m'oblige à croire que…
00:59:54Je me dis, ouais, j'espère qu'il n'y a personne qui stoppe.
00:59:57Mais des fois, on se pose des questions.
00:59:59Il y a quelques soupçons.
01:00:02Ok, ok.
01:00:02Allez, attends une minute pour les classer.
01:00:04Ah, il faut aller vite alors.
01:00:05Ok, ok.
01:00:06Je compte sur toi.
01:00:07Je sais que des fois, tu finis tes combat rapidement.
01:00:08Paris Grand Slam, Flamme olympique.
01:00:10Tu as remporté, notamment.
01:00:11Tu as remporté, donc j'ai un très bel souvenir.
01:00:15Les séances des côtes, j'ai mis au niveau du…
01:00:19J'aime pas parce que ça fait mal, mais il faut faire parce que…
01:00:23Exactement.
01:00:23Voilà, il faut travailler son cardio.
01:00:25Colorage, j'aime bien.
01:00:26Ça me fait du bien.
01:00:27J'aime bien, on fait de camp.
01:00:28Léon, c'est un film que je regarde depuis tout petit et puis voilà…
01:00:33Un film iconique.
01:00:33Voilà.
01:00:34À chaque fois, je finis en pleurs, mais voilà, c'est un film que j'aime bien.
01:00:36Les galettes.
01:00:38J'adore ça.
01:00:38Les galettes de Sarrazin.
01:00:40Ma copine, elle est bretonne.
01:00:42Voilà, j'ai découvert ça.
01:00:43Donc, maintenant, je peux plus m'en passer.
01:00:44Cata Groma, c'est ma prise préférée.
01:00:46C'est ce que j'aimais plus.
01:00:48La peur des poids.
01:00:50J'aime pas.
01:00:51C'est des moments douloureux.
01:00:51Le premier combat.
01:00:52C'est des moments douloureux, mais il faut faire, donc…
01:00:55Ça fait partie du job.
01:00:57Ça fait partie du job.
01:00:57Donc, je mets avec les séances des côtes.
01:00:59La sophrologie, c'est nécessaire.
01:01:01J'adore ça.
01:01:01Ça fait du job.
01:01:02Donc, je mets au niveau de la flamme olympique.
01:01:05Tour Eiffel, après ma médaille…
01:01:08Il y en a un bout dans la médaille, tout de même.
01:01:09Il y a un bout dans la médaille.
01:01:10Puis, j'avais été invité juste après ma compétition.
01:01:13Et puis, j'étais monté tout en haut et j'avais fait des très belles photos.
01:01:15Donc, je garde des très bons souvenirs.
01:01:18Très beaux souvenirs.
01:01:19Et le Racing 92, j'avais été voir un match du rugby.
01:01:25Après les Jeux, j'avais été invité et j'avais passé un très bon moment.
01:01:27Donc, je n'ai pas forcément le rugby.
01:01:30Avec le maillot.
01:01:31Voilà, avec le maillot.
01:01:32Exactement, oui.
01:01:33Et puis, voilà.
01:01:34C'est un club que je supporte en France, quoi.
01:01:36Magnifique.
01:01:37La dernière question pour toi, Luca.
01:01:38Tu dois choisir entre le Paris Grand Slam, Léon, la galette de Sarrazin,
01:01:41le Katagourouma, la sophrologie, la Tour Eiffel ou le Racing.
01:01:44Le top du top, si tu dois en garder qu'un.
01:01:46Ah ben, le Katagourouma.
01:01:47C'est ça qui va me permettre peut-être d'aller décrocher des médailles qui me manquent.
01:01:50Exactement.
01:01:51Voilà.
01:01:51Et on te le souhaite, Luca.
01:01:53On va finir cette émission par une petite surprise pour toi avant de conclure.
01:01:57Regarde ça.
01:01:57Encore.
01:02:00Hey.
01:02:00Salut, Brat.
01:02:01J'espère que ça va, que la prépa pour les armes se passe bien.
01:02:03Bon, un petit message pour dire en tout cas que je suis très fier de toi et très admiratif
01:02:06de ton parcours.
01:02:07Mais j'ai une petite question pour toi ce soir.
01:02:09C'est une question, ça fait longtemps qu'on se la pose et on n'a toujours pas trouvé
01:02:12la réponse.
01:02:13Après une compétition, c'est quoi le meilleur craquage alimentaire ?
01:02:17La chose que je veux dire en premier lieu, c'est que c'est quelqu'un d'extraordinaire.
01:02:21C'est quelqu'un, Luca, de simple.
01:02:24C'est quelqu'un de gentil.
01:02:25C'est quelqu'un de humainement extraordinaire et c'est quelqu'un de respectueux.
01:02:30Je voulais le remercier pour ça, le remercier pour cette simplicité et cette joie de vivre.
01:02:36C'est quelqu'un qui a souvent le sourire.
01:02:38Bon, quand il est dans un carré de combat, c'est une autre histoire.
01:02:41En tout cas, c'est un grand champion de judo et c'est un grand champion de la vie.
01:02:47Voilà.
01:02:48Je te souhaite plein de belles réussites sportives, mais avant tout une belle réussite de vie
01:02:54avec ta compagne et puis ta famille en espérant encore partager du temps avec toi dans un contexte
01:03:00peut-être différent.
01:03:02Salut mon Lucas.
01:03:03Bah écoute, je voulais juste te laisser un petit mot pour cette fin d'émission et pour te dire, bah
01:03:08écoute, toute la fierté que j'ai à travailler avec toi,
01:03:13à te suivre dans ta préparation physique depuis neuf ans maintenant, depuis neuf saisons.
01:03:19T'es quelqu'un d'exemplaire, de bosseur, d'impliqué, de sérieux évidemment et t'es un super exemple pour
01:03:28tous les judokas.
01:03:29Donc je te fais une grosse bise.
01:03:31Je te dis à très bientôt pour aller chercher plein de belles médailles et je t'embrasse.
01:03:35A plus tard.
01:03:36Salut mon Lucas.
01:03:37Bon bah écoute, je compte sur toi pour pas tout casser à la télé, mais plutôt de le faire sur
01:03:41tes prochaines échéances.
01:03:43Il y a un beau championnat d'Europe à aller chercher, presque à la maison, donc on est au cœur
01:03:47avec toi.
01:03:48Je t'embrasse, ciao ciao.
01:03:50Voilà, on parlait de l'importance de l'entourage.
01:03:52Je vais remercier Louis Massy, Mathias Ricard, Michael Dubois et Stéphane Auduc pour ce beau message.
01:03:57Merci à toi Lucas.
01:03:58Franchement ça fait plaisir.
01:03:59C'est des gens qui m'ont beaucoup aidé et qui sont là depuis des années pour moi.
01:04:03Donc franchement ça fait plaisir de voir ces images et merci d'avoir pensé.
01:04:07Bah écoute, merci à toi, je me suis régalé encore.
01:04:09Tiens, juste rapidement Michael Dubois qui te pose, comme ça on va aller manger après.
01:04:14Un bon kebab.
01:04:14Un bon kebab.
01:04:15Allez voilà, ça donne des idées pour la suite.
01:04:18Merci Lucas, merci vraiment pour cette émission de qualité.
01:04:22Bonne continuation à toi.
01:04:22Merci beaucoup.
01:04:23Et je vais remercier toute l'équipe en régie.
01:04:24Julien Perronnet à l'édition de François Caudal à la réalisation.
01:04:27Enzo Borello au cadre Albonneberg au son et Sandrine David au maquillage.
01:04:31Salut tout le monde.
01:04:32Bonnemedim sur proposal.
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