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  • il y a 2 jours
Transcription
00:00Il me dit, toi ton but dans la vie, c'est de filmer une pierre qui fasse pleurer le monde.
00:05C'était Notre-Dame, en vérité.
00:08C'est l'histoire d'une pierre.
00:28Alors, on y va !
00:31Ça veut dire désastre annoncé.
00:37Du coup, cette exposition, c'est un peu une façon de rendre hommage à votre carrière,
00:41un peu comme une remise de prix.
00:43D'où vient l'idée de l'exposition ?
00:45Alors, ça vient de pâté, et c'est pas du tout une exposition rétrospective sur mon travail.
00:50J'essaye de faire comprendre ce que c'est que le boulot de metteur en scène.
00:54Parce que, vous savez, la plupart des gens, je fais même pas mal de masterclass, choses comme ça,
00:58je m'aperçois que même les élèves de cinéma n'ont pas la moindre idée de ce qu'il faut
01:03faire quand on est metteur en scène.
01:04C'est-à-dire qu'avant le film, moi j'ai un an de boulot, de rencontrer les spécialistes, de
01:11lire des livres sur le sujet.
01:14Le tournage, c'est le moment le plus rigolo, parce qu'il y a des gens qui s'agitent partout,
01:18du matériel et tout.
01:20Mais la post-production, c'est un moment formidable.
01:25La musique, c'est un moment formidable.
01:27Et donc, j'essaye d'expliquer tout le boulot qu'il y a sur les costumes.
01:32Si vous vous trompez de costume, vous allez mal diriger vos acteurs,
01:37parce que les acteurs, ils auront des chaussures trop serrées,
01:40et du coup, ils auront une façon de marcher qui ne sera pas convenable pour le rôle décontracté,
01:46qui doit jouer à l'écran.
01:47Donc, si vous voulez, moi j'ai été passionné par ce métier depuis que j'ai commencé très tôt, d
01:55'ailleurs.
01:56J'ai eu mon premier chèque de metteur en scène à 19 ans et demi.
02:00Et donc, ce qu'il y a de passionnant, c'est justement, si vous voulez, d'avoir tous ces métiers
02:06à faire.
02:06Vous voyez là, je vois des statues.
02:07Mais ces statues-là, elles ont été faites pour le film, par les sculpteurs Khmer, d'encore.
02:14Les costumes, ils ont tous été faits pour le film.
02:17Et à quoi ça sert ?
02:19D'abord, de faire une image qui transporte le spectateur dans un autre monde,
02:24mais aussi de faire que mes acteurs, qui sont les porteurs de l'émotion et du sens du film,
02:30se sentent eux-mêmes dans un autre monde.
02:33Et donc, quand ils voient les figurants autour d'eux,
02:38habillés d'une manière cohérente avec une époque,
02:41mais ils ne sont plus les mêmes.
02:42Oui, ça parle d'immergente.
02:43Mais oui, donc si vous voulez, c'est de la mise en scène.
02:48Vous voyez, il n'y a pas si longtemps, je dînais,
02:52l'ambassadeur de France à Pékin voulait dîner avec moi,
02:56donc je dînais avec lui.
02:57Et je reçois ce jour-là un appel de mon acteur, de l'amant,
03:03et qui me dit, ça me ferait plaisir de te voir,
03:05quand est-ce que tu es libre ?
03:06Je lui écoute, là je suis à un dîner.
03:08Ah bon, tu étais où ?
03:10Il me dit, moi je suis en...
03:12C'était avant le dîner.
03:13Je suis à Hong Kong, mais je viens te voir.
03:16C'est quand même trois heures de vol.
03:17Il vient, et au moment où je présente à l'ambassadeur,
03:22il me dit, Jean-Jacques, est-ce que tu te souviens
03:23que tu ne m'as donné qu'une seule indication ?
03:26Je lui dis, je te fous de ma gueule.
03:28J'étais là tous les jours, il me dit, non.
03:31Quand tu m'as reçu pour le casting au Peninsula,
03:33qui est l'hôtel en face,
03:35tu m'as dit, votre rôle c'est d'être la dignité de l'Asie.
03:40Il m'a dit, ça m'a suffi.
03:43Mais j'ai été amené à le mettre dans des décors
03:47qui étaient des décors d'époque que j'ai fait repeindre au Saigon.
03:52Les scènes d'amour, je les ai fait faire à Paris
03:55parce que mon équipe vietnamienne était très pudique.
04:00Et savoir qu'on faisait une scène d'amour
04:02aurait dérangé mon équipe,
04:04donc ça aurait dérangé mes acteurs.
04:07Donc si vous voulez, je suis très...
04:10Je pense d'abord au sens de mon film
04:14et ensuite je pense
04:16que ce sens, il va être porté par les acteurs.
04:20Donc tout ce que je fais,
04:23c'est au service de l'histoire,
04:25au service du sentiment
04:28et non pas de ce que parfois les gens ont cru
04:30pour que ça soit beau.
04:32Non, ce n'est pas le propos que ça soit beau.
04:35Tant mieux si c'est beau.
04:36Que ça soit immersif.
04:37Mais bien sûr.
04:39Donc si vous voulez, tout...
04:41Et j'ai souhaité,
04:43quand Pathé m'a dit
04:44« ça serait bien de faire une exposition sur ton travail »,
04:46je lui ai dit
04:47« mais il faudrait faire que cette exposition
04:50permette de comprendre
04:52la diversité de mon métier
04:55et la complexité
04:56et la maîtrise nécessaire
04:58de l'outil cinéma.
05:00Parce qu'on est des bricoleurs au bout du compte.
05:02On a un matériel très technique
05:04pour faire un truc artistique.
05:07On est un peu comme les architectes.
05:08Si vous voulez, les architectes,
05:11ils dépensent beaucoup de sous,
05:12c'est beaucoup de budget
05:14et ça doit être un concept intéressant.
05:15Les lieux et les décors
05:17jouent en général un rôle très important
05:18dans vos films.
05:19Est-ce que c'est ce qui vous inspire en premier,
05:21ce qui vous donne envie de tourner,
05:22les décors extérieurs,
05:24la nature, l'environnement ?
05:25Non, non, non, c'est le sujet.
05:26Le sujet ?
05:27C'est le sujet.
05:28C'est l'univers que ça décrit.
05:34Je ne veux pas faire tout le temps
05:35un film dans le même endroit.
05:37Je ne veux pas faire un film
05:38toujours sur le même thème.
05:40C'est très ennuyeux.
05:41C'est-à-dire que j'aime me mettre en orger,
05:44c'est-à-dire aborder des sujets
05:47que au départ je ne connais pas.
05:50J'étais très attiré par l'Asie,
05:53mais j'en avais peur en même temps.
05:54Est-ce que j'allais comprendre l'Asie ?
05:56J'ai commencé par l'amant,
05:58j'ai adoré,
05:59et du coup j'ai fait deux frères au Cambodge
06:01et ensuite j'ai passé quatre ans en Chine
06:04avec un énorme plaisir.
06:07Donc,
06:10j'essaie au contraire
06:11de m'imposer une variété
06:13de façon à ne pas être un façonnier
06:16de mes propres...
06:18Le drame de ce métier,
06:19c'est qu'on est mis dans un tiroir.
06:20Donc, vous faites un beau film sur l'Afrique.
06:24Moi, j'ai eu la chance d'avoir l'Oscar
06:26sur mon premier film,
06:27c'était en Afrique,
06:27on m'a proposé des films africains
06:29pendant 20 ans.
06:30Après,
06:31quand je fais le nom de la Rose,
06:32des films médiévaux pendant 20 ans.
06:35Les films d'aniveaux,
06:36je ne vous dis pas,
06:36le zèbre,
06:37le cochon,
06:39le chameau,
06:40le machin.
06:41Infernal.
06:42Donc,
06:42il faut sortir de ça.
06:46Et sortir...
06:47Je pense que j'ai un métier
06:49comme les boxeurs.
06:50Je risque mon titre
06:51et je risque d'être défiguré
06:53parce que je reçois un mauvais coup.
06:57Donc,
06:58je suis très, très conscient de ça,
07:01qu'il faut prendre des risques.
07:04de façon,
07:05si vous voulez,
07:05à être en situation de danger.
07:08Si je pense que c'est facile,
07:10que j'ai déjà fait ça mille fois,
07:13mais je vais le faire de la main gauche.
07:16Je vais le faire sans passion.
07:19Quand vous découvrez un sujet
07:21au fur et à mesure de l'écriture,
07:23au fur et à mesure de la recherche,
07:25des décors,
07:26des personnages,
07:27etc.,
07:27vous vivez un truc nouveau.
07:29C'est comme un couple.
07:31Vous changez de partenaire.
07:34Justement,
07:34sur le tournage de Stalingrad,
07:36vous avez installé des explosifs,
07:38enfin,
07:38des fois explosifs,
07:39mais qui risquaient quand même
07:39de rendre aveugles les figurants.
07:42Sur le tournage de L'ours,
07:43vous avez failli mourir avec L'ours.
07:45Sur Notre-Dame qui brûle,
07:46vous avez fait effondrer 75 mètres carrés
07:50de matériaux enflammés.
07:52Donc,
07:52j'ai l'impression que si le film
07:53ne demande pas une préparation extrême,
07:55comme vous en avez l'habitude,
07:56est-ce que ça vous intéresse moins ?
07:58Est-ce que c'est tout ça
07:58qui vous intéresse aussi ?
07:59Tout le danger autour du film,
08:01toute la préparation ?
08:03Non, non.
08:05C'est en fait ma seule inquiétude.
08:06On me pose souvent la question
08:08quelles sont les scènes
08:09qui vous font peur ?
08:10Mais rien.
08:12Je suis metteur en scène
08:13depuis tellement d'années
08:14que c'est ma vie.
08:16Tous les jours,
08:17je fais du cinéma,
08:18d'une certaine manière.
08:19Là aussi,
08:20on fait du cinéma.
08:23En revanche,
08:25quand j'ai une charge,
08:26comme dans Stalingrad,
08:27où j'ai quand même
08:28mille figurants,
08:29mille,
08:29qui courent sur un terrain miné,
08:33on répète pendant des mois,
08:35sous la direction
08:37du chef de groupe de 10,
08:39qui va diriger un groupe.
08:41Donc j'ai 100 chefs de groupe
08:44qui font attention
08:45que les chutes
08:48vont être au bon endroit.
08:49Si vous tombez sur un endroit
08:50où il y a des explosifs,
08:52ils sont évidemment bidons,
08:53c'est du ciment
08:54et du liège
08:55pour évoquer
08:58les rochers,
08:59les pierres.
09:00Mais si vous tombez là-dessus,
09:02vous perdez les yeux.
09:04Donc moi,
09:04quand je donne le coup de sifflet
09:06du démarrage de la scène,
09:07je suis inquiet
09:08non pas pour la beauté
09:09de la scène,
09:09mais je suis inquiet
09:10de ne pas voir
09:13un hélicoptère
09:14de la sécurité civile
09:15arriver pour emporter
09:16un blessé.
09:18Et ça,
09:19c'est une préoccupation
09:20très grande que j'ai.
09:22et quand je me fais attaquer
09:23par mon copain l'ours,
09:26quand je suis sous lui
09:27et qu'il y a 800 kilos
09:29de haine
09:29à mon égard,
09:32je me dis
09:32j'ai pris un risque,
09:33je vais peut-être mourir,
09:34mais c'est de ma faute.
09:36Ce n'est pas de sa faute à lui.
09:37C'est le risque.
09:40Je crois qu'il y a
09:41à peu près 5 de vos films
09:42qui ont été adaptés
09:43de romans.
09:45La littérature,
09:46elle occupe une place
09:46assez importante
09:47dans votre travail.
09:48Vous avez dit
09:48que vous aimez beaucoup
09:49par exemple la poétique
09:50d'Aristote, etc.
09:51Est-ce que c'est aussi
09:52ce qui vous pousse
09:53à vous investir autant
09:54dans la préparation des films,
09:55rendre le meilleur hommage
09:56possible au livre ?
09:59Est-ce que ça part aussi
10:00de la littérature,
10:01de l'amour de la littérature ?
10:03Je crois qu'une bonne adaptation
10:05doit être une bonne trahison
10:07parce que je travaille
10:08dans un autre support.
10:10Et donc,
10:13pour rendre les mêmes sentiments,
10:16je suis obligé
10:17d'utiliser d'autres méthodes
10:18et parfois
10:19de trahir le texte
10:21afin de respecter
10:23le sens.
10:24Donc,
10:25avec Umberto Eco,
10:27c'était extrêmement facile
10:27parce qu'il me disait
10:28si tu veux faire
10:29une comédie musicale,
10:30vas-y.
10:32Mais avec Marguerite,
10:33c'était terrible
10:34parce qu'elle disait
10:35toi tu vas faire
10:36les images,
10:38c'est mon film
10:38et ça sera tes images.
10:40Qu'est-ce que tu te racontes ?
10:41Ce sera mon film,
10:42c'est ton livre.
10:43Ton livre est accessible
10:44en librairie,
10:45moi c'est mon film
10:46il va être visible
10:47sur les écrans.
10:48C'est deux métiers différents.
10:49Mais ce qu'il faut respecter,
10:51c'est le sens profond,
10:52c'est l'émotion profonde.
10:54Quand j'ai lu
10:55Le Nom de la Rouge,
10:56je me suis dit
10:56mais là,
10:56il y a une plongée
10:57dans le Moyen-Âge
10:59qui me passionne
11:00plus une réflexion
11:01sur l'inaccessibilité
11:04de la connaissance
11:06que nous vivons actuellement
11:08avec le problème
11:09de censure
11:10qu'il peut y avoir
11:10dans certains pays.
11:13C'est de ça qu'il s'agit.
11:14Donc mon travail,
11:15c'est de parler de ça
11:17et après,
11:18de tripoter.
11:21Évidemment,
11:22je fais une trahison
11:23très grande
11:23en donnant un rôle
11:25tout à fait important
11:25à la fille
11:27parce que d'abord,
11:28c'est mon point de vue,
11:29qu'on ne sort pas indemne
11:33du premier amour
11:34que l'on a
11:34en plus que
11:36Umberto termine son livre
11:37en disant que
11:39le seul souvenir
11:40qu'il est
11:40après toutes ces années
11:41de lecture,
11:42c'est cette rencontre
11:43dans l'ombre malodorante
11:44d'une cuisine.
11:46Et je trouve ça formidable.
11:47Et donc,
11:48moi,
11:48ça me plaît
11:49de terminer
11:51par cette relation
11:52de voir cette fille
11:53de ne pas la perdre.
11:54Et Umberto dit
11:55« T'as qu'à la tuer,
11:58moi je l'ai tué
11:59de manière littéraire. »
12:00Mais je lui dis
12:00« Mais je fais comment, moi ? »
12:02Ton livre,
12:03il demande 16 heures
12:03de lecture.
12:05Quand tu as
12:05la scène d'amour,
12:07tu vas lire
12:08la suite le surlendemain
12:09ou la semaine d'après.
12:10Mais moi,
12:12j'ai des gens
12:13qui sont prisonniers
12:13devant l'écran.
12:14Ils sont dans l'émotion
12:16d'une scène
12:17qu'ils ont vue
12:17il y a trois quarts d'heure.
12:18Et donc,
12:19si je perds
12:20le personnage de la fille,
12:21je perds le film.
12:23Et donc,
12:24si vous voulez,
12:24il ne faut pas être...
12:25si vous voulez
12:27faire une adaptation
12:28très fidèle,
12:29vous achetez le livre
12:30et vous filmez le livre.
12:32Voilà.
12:33Mais ce n'est pas
12:34mon métier.
12:35Encore une fois,
12:37l'avantage
12:38de prendre
12:39un livre
12:41célèbre,
12:42c'est
12:43d'être assuré
12:44d'avoir une jolie fin.
12:46Parce que,
12:46vous savez,
12:47un film,
12:48c'est une bonne accroche
12:49au départ
12:49et une fin
12:52j'ai envie de dire
12:53responsable
12:54ou en tout cas
12:54une fin
12:55qui va laisser
12:56le spectateur
12:57dans un sentiment
12:58d'avoir voyagé,
13:00d'avoir vécu
13:02deux heures
13:04ailleurs.
13:05C'est vraiment
13:06le sens profond
13:07du divertissement.
13:08Alors,
13:08je me suis fait allumer
13:09par la presse française
13:12parce que je faisais
13:13du divertissement
13:13qui marchait en plus.
13:15Donc,
13:15c'est un scandale
13:16de faire un film
13:16qui marche.
13:18Il faut tuer
13:18tout de suite
13:19de cette personne.
13:20Il faut être un auteur,
13:21c'est-à-dire
13:22quelqu'un
13:22qui fait un échec
13:23honorable.
13:24Et donc,
13:26j'ai heureusement
13:27connu quelques échecs.
13:28Mais,
13:30si vous voulez,
13:32c'est ce qui m'a...
13:33Vous savez,
13:34c'était triste
13:35d'une certaine manière
13:35parce que moi,
13:38j'adore la France,
13:39je suis français,
13:40je n'ai jamais changé
13:41de passeport.
13:43Mais j'ai été accueilli
13:44partout dans le monde,
13:46mais j'ai été chassé
13:47par la presse française
13:48parce que finalement,
13:50on trouvait que...
13:51D'abord,
13:52j'avais du succès.
13:53Quelle horreur !
13:55Attendez,
13:56il faut être subventionné
13:57pour faire des films
13:58que personne n'a envie
13:59d'aller voir
14:00parce que,
14:01comme le public
14:02est un aggloméré
14:04de cons,
14:05si vous vous plaisez
14:07un grand nombre,
14:08c'est que vous êtes
14:08vous-même très cons.
14:10Donc,
14:10ça a été...
14:11En fait,
14:12le seul combat
14:13que j'ai eu à livrer,
14:14c'est celui-là.
14:14le reste,
14:15je me suis battu
14:16pour faire les films
14:17de mon cœur
14:18avec les moyens nécessaires
14:19à faire les films
14:20de mon cœur.
14:22Et justement,
14:23l'ours,
14:23c'est aussi une adaptation.
14:25Comment ça...
14:25Oh non,
14:25c'est tellement loin.
14:27C'est plus loin,
14:27c'est plus loin.
14:28C'était un vieux roman
14:30qu'avait lu Gérard Brage
14:32qui est le point de vue
14:32du chasseur.
14:34Là,
14:35j'avais...
14:35Au contraire,
14:36je voulais,
14:37après La guerre du feu,
14:39qui était un film
14:40quasiment sans parole,
14:43où je parlais
14:44de l'universalité
14:45du sentiment humain
14:46à travers des gens
14:47qui ne le sont pas encore
14:48tout à fait
14:49dans notre stade d'évolution.
14:51Et je me suis dit,
14:52puisqu'on a aimé,
14:53le film a eu beaucoup
14:54de succès dans le monde,
14:56je me suis dit,
14:57mais pourquoi pas
14:58donner la parole
14:59à un animal ?
15:01Enfin, la parole.
15:01Pourquoi ne pas faire
15:02que le premier rôle
15:03soit le point de vue
15:04de l'animal ?
15:05Et vous voyez,
15:06même mon auteur,
15:07mon co-auteur,
15:08Gérard Brage,
15:09qui est très doué,
15:10les premières pages
15:11qui me sortent,
15:13qu'on n'avait pas fait ensemble,
15:15c'était le point de vue
15:15du chasseur.
15:17Mais non,
15:18je lui dis,
15:18c'est le point de vue
15:19de l'ourson.
15:20Tu es ourson.
15:22Raconte-moi l'histoire
15:22de l'ourson.
15:24Et comment vous avez
15:25fait du coup pour,
15:26quand on regarde le film,
15:27on a vraiment l'impression
15:28de voir,
15:29on a l'impression
15:29que vous dirigez
15:30des acteurs presque,
15:31de voir des ours jouer.
15:32Comment vous avez fait
15:33pour rendre compte de ça ?
15:35Je fais comme
15:35pour les acteurs humains,
15:36je les mets dans la situation
15:38qui va les inspirer
15:39à faire ce qui est écrit
15:41sur le scénario.
15:42La situation de la grenouille
15:43que vous avez...
15:44Oui,
15:44mais si vous voulez,
15:47en fait,
15:48on parlait de la scène
15:49de la grenouille,
15:50je suis chez Brache,
15:51je suis à quatre pattes
15:54et je lui montre
15:55la scène de l'ourson
15:56parce qu'on se dit
15:57qu'est-ce qu'il fait ?
15:57Il a perdu sa maman,
16:00il descend la pente
16:01et sur la pente,
16:02ce qu'il va rencontrer,
16:03on réfléchit un peu,
16:04une grenouille.
16:06Donc je me mets
16:06à quatre pattes,
16:07je fais la grenouille,
16:09donc moi je suis l'ourson,
16:12il prend des notes,
16:13il rencontre la grenouille
16:16qui fait comme ça,
16:17ça l'étonne,
16:19elle saute,
16:20il se met à sauter.
16:22Alors tout ça,
16:22c'est bien beau à faire
16:23quand vous êtes
16:25sur le tapis
16:25de chez Gérard Brache,
16:27mais après,
16:29j'ai mon premier assistant
16:30qui dit
16:30et comment on fait la scène ?
16:34Là, effectivement,
16:35je me dis,
16:35merde,
16:36ça ne va pas être facile,
16:37donc je prends
16:38un dresseur de chien,
16:40je fais faire
16:40un petit costume d'ours,
16:43un petit poule,
16:44comment on dit en français,
16:45un caniche,
16:47et je fais exercer
16:49pendant six mois
16:49le caniche
16:50à être un ours.
16:53Mais je me dis
16:54que ça n'a peut-être
16:54pas marché,
16:55il vaut mieux prendre
16:55quand même
16:56peut-être un lilliputien
16:58et je prends
16:59le lilliputien
16:59qui était
17:00Artuditou
17:02qui vivait en Angleterre,
17:03je lui fais faire
17:04un costume,
17:06un costume d'ours,
17:08évidemment,
17:09je fais faire
17:09une grenouille
17:10en proportion,
17:11grenouille mécanique,
17:12pneumatique et tout ça.
17:14Arrive le jour
17:14du tournage
17:16et j'avais
17:16un ourson
17:17qui était en fait
17:18une oursonne
17:18qui était notre numéro 12
17:20et je dis
17:21voyons ce qui se passe
17:23avec le vrai ours
17:25et une grenouille.
17:28J'avais choisi un décor
17:29où il y avait
17:29une petite rivière à côté.
17:31vous ne dis pas
17:32que mon ours
17:35fait exactement
17:36le storyboard.
17:38Prise 1.
17:41Je ne vous dis pas
17:42la tête
17:43du mec
17:44qui a son chien
17:44sous le bras
17:45avec son petit costume
17:46d'ours
17:46et du lilliputien
17:48qui s'exerce
17:49depuis six mois
17:50dans les forêts
17:53près de Londres
17:55et on leur dit
17:56finalement
17:57vous pouvez retourner
17:58à Venise
17:58et prendre l'avion
18:00c'est fini pour vous.
18:02Donc si vous voulez
18:04encore une fois
18:05c'est que
18:06si vous écrivez
18:07une scène
18:09complètement
18:11inadaptée
18:12à la vie
18:13d'un jeune animal
18:16et des qualités
18:17et des défauts
18:18des ours
18:18ils ont une très
18:19mauvaise vision
18:20par exemple
18:20il faut le savoir
18:21donc quand je fais
18:23l'ourson
18:24je suis un d'ourson
18:25avec une mauvaise vision
18:26quand je dirige
18:26l'amant
18:27je ne suis pas
18:27une jeune fille
18:29mais je m'identifie
18:30à une jeune fille
18:31et de l'autre côté
18:31j'ai un chinois
18:32je ne suis pas chinois
18:32non plus
18:34mais je suis obligé
18:35de devenir
18:38de penser
18:39que je suis
18:40le personnage
18:42et donc
18:44c'est pour ça
18:44que j'ai cette technique
18:45avec les acteurs
18:46de les mettre
18:47à côté de figurants
18:48qui sont habillés
18:49de manière
18:50qui va leur indiquer
18:52dans quel film on est
18:53dans des décors
18:55qui va les inspirer
18:59je fais la même chose
19:00avec les animaux
19:01et du coup
19:03très souvent le matin
19:04je pars de l'hôtel
19:04je me dis
19:05mais quel est le con
19:06qui a écrit cette scène
19:07et je me dis
19:08c'est moi
19:09il faut la faire maintenant
19:11et bien vous savez quoi
19:13quand je reviens
19:14du tournage
19:15je me dis
19:15ça a marché
19:17ça a marché
19:18parce que finalement
19:21quand je filme des tigres
19:23je vais voir Thierry Leportier
19:24j'étudie la vie des tigres
19:26je lui demande
19:28quelle est son expérience
19:30avec les tigres
19:30et finalement
19:33vous avez eu quelque chance
19:34de tomber juste
19:36et autrement
19:37vous savez
19:37c'est comme diriger des bébés
19:40ben vous faites comment
19:41pour dire
19:41à un petit
19:42tu montes sur la table
19:44tu te vôtres dans le gâteau
19:46à la crème chantilly
19:48ben il sait pas le bébé
19:49mais
19:51il va peut-être le faire
19:52si vous le laissez tout seul
19:53avec un beau gâteau
19:55à la crème chantilly
19:55il va peut-être pousser le tabouret
19:57y arriver
19:58et se planter la gueule
19:59dans la crème chantilly
20:02donc si vous voulez
20:02les gens se trompent
20:03complètement
20:04sur mon travail
20:05c'est-à-dire que
20:07ils ne comprennent pas
20:08que les décors
20:10que tout ça
20:10alors oui c'est beau
20:11on me reproche
20:12d'avoir pris des beaux acteurs
20:13mais je suis désolé
20:14les grecs
20:15ils faisaient des statues
20:16de gens
20:17plutôt agréables à regarder
20:20sauf que
20:20quand je fais le nom de la rose
20:21avec des personnages
20:23qu'on appelait des grotesques
20:24autrefois
20:25mais moi je les trouve passionnants
20:26ces gens
20:27je les trouve beaux
20:28et j'ai
20:30si vous voulez
20:31un des plus beaux paysages
20:32à filmer
20:33c'est le visage
20:34des humains
20:35parce que c'est très compliqué
20:36c'est très complexe
20:37et tout
20:37mais
20:41en fait
20:42tout est au service
20:43du sentiment
20:44et du sens
20:46du film
20:46c'est-à-dire que
20:49c'est beau
20:50pour permettre
20:52une meilleure identification
20:55du public
20:56avec
20:57les personnages
20:58auxquels
20:59on doit s'identifier
21:01vous avez filmé
21:02la nature
21:02à peu près
21:03sous tous ses ongles
21:04chaque film représente
21:05un vrai challenge
21:06pour réussir
21:06à capturer son hostilité
21:08est-ce que
21:09le prochain défi
21:10ce serait pas justement
21:11de filmer
21:11la nature
21:12confrontée
21:13au dérèglement climatique
21:14est-ce que c'est quelque chose
21:15qui vous intéresse
21:16écoutez
21:18on avait travaillé
21:19avec
21:20Brach
21:21sur l'histoire
21:22d'un arbre
21:24mais
21:25à la différence
21:26moi j'ai un livre
21:28que j'adore
21:28qui est
21:29l'intelligence des fleurs
21:30l'intelligence des plantes
21:32de Béterling
21:33qui vous explique
21:35que
21:37les plantes
21:38elles survivent
21:38par la séduction
21:40que les femmes
21:41se déguisent en fleurs
21:42et se parfument
21:43en fleurs
21:44bon
21:45et ben
21:47les arbres aussi
21:48les arbres se battent
21:49les uns contre les autres
21:50il faut le savoir
21:51et
21:52Gérard n'avait pas du tout
21:53compris ça
21:54il racontait l'histoire
21:55d'un arbre
21:56qui avait été le témoin
21:57d'événements historiques
21:59donc j'ai arrêté
22:00mais en fait
22:01je vais raconter un détail
22:04quand
22:05j'étais en promotion
22:06de l'ours
22:07et
22:07Umberto Eco
22:08venait d'être
22:10docteur honoris causa
22:12à la Sorbonne
22:13j'arrive en retard
22:13je le trouve dans l'escalier
22:15il me sert bien fort
22:16il me dit
22:17je lis dans toute la presse
22:19que tu aimes
22:19les ours
22:20parce que
22:20ours au pluriel
22:21on se dit ours
22:23et en fait
22:24c'est pas ça
22:25tu aimes les fakes
22:25ou les chauves
22:26bon
22:26très peu de gens
22:27savent ce que c'est
22:28que l'effet coulé de chauve
22:29je lui dis
22:29écoute
22:29j'ai fait mille interviews
22:31sur ce film
22:31tu es la seule personne
22:32à comprendre
22:33que j'ai fait le film
22:34pour vérifier l'effet coulé de chauve
22:35bon
22:36un truc très technique
22:37et l'art du contre-champ
22:39si vous voulez
22:40et ben
22:42et je me souviens
22:43il enchaîne
22:44en me disant
22:46si
22:46tu as raison
22:47de ne pas le dire
22:48parce que
22:50si tu parles
22:50de l'effet coulé de chauve
22:51tu auras la couverture
22:52des cahiers du cinéma
22:54mais là
22:55tu cours à la banque
22:55je lui dis
22:56non c'est pas moi
22:56qui cours à la banque
22:57c'est mon producteur
22:59et si vous voulez
23:00et après
23:01il a enchaîné
23:01sur un truc
23:02qui m'a intéressé
23:03il me dit
23:04toi ton but dans la vie
23:05c'est de filmer une pierre
23:07qui fasse pleurer le monde
23:08ben c'était Notre-Dame
23:09en vérité
23:11c'est l'histoire
23:12d'une pierre
23:14et à propos du casting
23:15je sais que c'est Sean Connery
23:17qui est venu vers vous
23:17pour Le Nom de la Rose
23:18c'est aussi Brad Pitt
23:19qui est venu vers vous
23:20pour cette Antibé
23:21qu'est-ce que vous
23:22vous aviez imaginé
23:23à la base
23:24j'avais imaginé
23:25pour Sean Connery
23:26comme c'est un personnage
23:27du Moyen-Âge
23:29un intellectuel
23:30etc
23:30je voulais prendre
23:31un acteur
23:32d'une cinquantaine d'années
23:35qui soit pas connu
23:36mais qui soit charismatique
23:39grosse erreur
23:40grosse erreur
23:41j'ai parcouru le monde
23:42je suis même allé
23:42en Nouvelle-Zélande
23:43voir certains acteurs
23:45et je trouvais pas
23:46et l'agent Sean
23:48qui s'appelait Mikeowitz
23:50m'appelait toutes les deux semaines
23:52en me disant
23:53Jean-Jacques
23:53il faut rencontrer Sean Connery
23:54je disais
23:55tu me fais chier
23:56je vais pas
23:57déjà le personnage
23:58décrit dans le bouquin
23:59c'est le mélange
24:00de Sherlock Holmes
24:01et de cet intellectuel
24:03je vais pas rajouter
24:03la couche de James Bond
24:06et puis
24:07et puis voilà
24:08puis je suis obligé
24:09d'aller en Allemagne
24:10parce que personne
24:11ne veut financer
24:12le film en France
24:12donc je vis en Allemagne
24:14mon producteur arrive
24:15un jour
24:16j'étais en train
24:16de gribouiller
24:17mon storyboard
24:19et il me dit
24:20t'as un visiteur
24:21
24:21aujourd'hui
24:22oh c'est quoi ?
24:23qui ?
24:24il me dit
24:26il sait à peu près
24:27quel est mon avis
24:28sur le personnage
24:28il me dit
24:29c'est Sean Connery
24:30je lui dis
24:31non attends
24:31tu fais chier
24:32je lui ai déjà dit
24:34non
24:3540 fois
24:35il me dit
24:36ben là tu lui diras
24:37non
24:37les yeux dans les yeux
24:39effectivement
24:3920 minutes plus tard
24:40Sean Connery
24:41frappe à ma porte
24:42il ouvre la porte
24:44oh putain
24:45je connaissais tous ses films
24:47je me dis
24:47mais qu'est-ce qu'il est beau
24:48le mec
24:49mais quel charisme
24:50quelle puissance
24:52il y avait le scénario
24:54sous le bras
24:54il me dit
24:55lesson boy
24:56c'est moi boy
24:59il s'installe en face de moi
25:01il commence à me lire
25:02mon scénario
25:04et il le lit
25:05avec la voix
25:06que j'imagine
25:07depuis deux ans
25:09à la page 5
25:10je l'arrête
25:12et je cours
25:13voir mon producteur
25:14à l'étage en dessous
25:15je lui écoute
25:16il sera formidable
25:19le problème
25:20c'est que
25:21dans cette semaine là
25:22je reçois un coup de téléphone
25:23de mon agent
25:24qui me dit
25:24j'ai une bonne nouvelle
25:25et une mauvaise nouvelle
25:26laquelle tu vas en premier
25:27je lui dis
25:27la mauvaise
25:30la mauvaise nouvelle
25:30c'est qu'il ne peut plus
25:31être mon agent
25:31je lui dis
25:32quelle est la bonne nouvelle
25:33il me dit
25:33ton film est chez Columbia
25:34c'est moi le président maintenant
25:36donc on se précipite
25:38à Los Angeles
25:41et ce mec était francophone
25:43il me dit
25:44dans le couvert
25:44au fait
25:44t'as pris qui
25:46pour le rôle principal
25:47je lui dis
25:49je sens
25:49que ça ne va pas le faire
25:51je lui dis
25:53chante connerie
25:54il devient
25:55de la couleur du mur
25:57il me dit
25:57attends
25:58tu vas détruire ta carrière
26:00il me sort
26:01des sornettes
26:03sur Sean Connery
26:04en me disant
26:04il est extrêmement désagréable
26:08je lui dis
26:09écoute je crois
26:09qu'il va être très bien
26:10il demande en anglais
26:11à mon producteur
26:12est-ce que c'est vrai
26:12que vous avez signé
26:13Sean Connery
26:14oui
26:14dit mon producteur
26:16cet ami
26:16appelle sa secrétaire
26:17lui dit
26:18viens avec le contrat
26:19et une corbeille à papier
26:21et il déchire le contrat
26:23devant nous
26:25et on n'a plus
26:25de distributeur américain
26:27je suis en train
26:28de construire un décor
26:29qui coûte
26:29aujourd'hui
26:2925 millions de dollars
26:33on se retrouve
26:33dans une merde infinie
26:36la semaine d'après
26:38je dîne
26:38avec Umberto Eco
26:40son épouse
26:41et la mienne
26:42on sort du restaurant
26:44il me dit
26:44en fait
26:44t'as pris qui
26:45pour le rôle principal
26:47et là aussi
26:47je me dis
26:48putain
26:48ça va pas le faire
26:50je lui dis
26:50je suis une connerie
26:51et là
26:51j'assiste
26:52à un drame
26:54d'enterrement sicilien
26:55des hurlements
26:56et il se tourne
26:58vers ça
26:58tu sais quoi
27:01il a pris
27:01je peux pas y croire
27:04tout ça dans la rue
27:05alors ma femme
27:06qui disait
27:06mais si Jean-Jacques
27:07l'a trouvé très bien
27:08il pense qu'il va faire
27:10attendez
27:10j'ai l'auteur
27:12qui est contre
27:12maintenant
27:13qui pense que
27:14j'ai fait un choix débile
27:16j'ai perdu mon distributeur
27:18et je ne retrouve pas
27:19de distributeur
27:19aux Etats-Unis
27:20c'est à dire qu'on fait
27:20le film
27:23avec
27:24quelqu'un
27:25qui est rejeté
27:26par les distributeurs
27:30mais
27:31quand le film
27:32a été terminé
27:33mon père Tau
27:34est venu
27:34il avait appris
27:35qu'il y avait une projection
27:36de la copie standard
27:38et que je devais vérifier
27:39pour l'approuver
27:40du coup
27:41j'y vais pas
27:42j'attends qu'on m'appelle
27:44le film commence
27:45à 8h
27:46à 10h15
27:47je commence à m'inquiéter
27:48parce qu'on m'appelle pas
27:49à 11h
27:50on m'appelle toujours pas
27:51j'avais une bouteille
27:52de vin italien
27:53sur une étagère
27:54j'ouvre
27:56je commence
27:57à me servir un verre
27:58puis un deuxième verre
27:59parce qu'il est minuit
27:59on m'appelle toujours pas
28:01et
28:03soudain
28:03il y a des cloches
28:05c'est le matin
28:06je suis sous la table
28:09et
28:10le téléphone sonne
28:12c'est la secrétaire
28:13de mon producteur
28:14qui me dit
28:14mais Jean-Jacques
28:14où étais-tu ?
28:15j'ose pas lui dire
28:16que j'étais sous la table
28:18il me dit
28:20Humberto adore
28:20viens vite
28:21il s'en va
28:22il prend l'avion
28:24je vais rencontrer
28:25Humberto
28:26sur le départ
28:27il m'enlace très fort
28:28et il me dit
28:29ce que tu as réussi
28:30le mieux
28:31c'est ce que je créais
28:32le plus
28:32chaud de connerie
28:33et formidable
28:33c'est bon
28:34c'est ça
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