00:07Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans l'émission.
00:10Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir pour 12 minutes le ministre de l'Emploi, de l'Économie et
00:16de l'Agriculture belge, David Clarenval,
00:19pour justement parler de l'économie de la Belgique et de l'Europe en ce temps de guerre, celle en
00:24Iran et celle en Ukraine, bien sûr.
00:26Monsieur le ministre, merci d'être venu aujourd'hui sur notre plateau.
00:32Alors commençons par le sujet géopolitique qui occupe le devant de la scène depuis plusieurs semaines.
00:39Donc l'Europe est depuis plus de trois semaines maintenant le témoin d'une guerre dont la Trump a choisie
00:47avec Israël contre l'Iran,
00:50ce qui a de graves répercussions économiques en Europe, notamment la flambée des prix énergétiques.
00:57Alors comment comptez-vous protéger les entreprises et les agriculteurs belges contre cela ?
01:03Mais en fait, il faut bien se rendre compte qu'il y a des effets directs engendrés par la guerre
01:08en Iran.
01:09Les effets directs sont connus, par exemple l'impact sur les prix notamment des produits pétroliers, le gaz,
01:17avec un détournement d'une partie des capacités de gaz qui devait fournir l'Europe vers l'Asie,
01:23et avec une augmentation des prix qui se reflète déjà très fortement pour les citoyens et pour les entreprises,
01:30mais aussi des effets indirects.
01:31On voit que, par exemple, il y a déjà une augmentation des coûts des matériaux,
01:36toute une série de produits qui sont plus chers d'ores et déjà.
01:41Nous voulons donc, au niveau fédéral, proposer ce que l'on appelle le cliquet inversé,
01:47c'est-à-dire une diminution des axes, une diminution des taxes que l'État perçoit sur les carburants
01:54pour permettre d'amortir la hausse des coûts énergétiques.
01:58Et on veut aussi, pour les entreprises, sauver un système qui s'appelle le système du diesel professionnel,
02:05qui vise notamment les entrepreneurs et les transporteurs,
02:10avec aussi un mécanisme de plafonnement pour les coûts énergétiques dans les entreprises.
02:15Donc, deux mesures qui vont permettre de donner un peu d'oxygène, tant aux citoyens qu'aux entreprises.
02:20À partir de quel moment une guerre en Iran obligerait-elle votre gouvernement à revoir ces décisions en matière fiscale
02:30ou en autre matière ?
02:31Au contraire, je pense que notre gouvernement a déterminé à faire de la compétitivité des entreprises vraiment le cœur de
02:39notre action.
02:40Et on a décidé toute une série de mesures qui visent à protéger la compétitivité.
02:44On a diminué les coûts énergétiques de 1 milliard d'euros avec la norme énergétique.
02:51On a aussi diminué de 1 milliard d'euros les cotisations sociales qui pèsent sur les coûts du travail.
02:58On s'inscrit vraiment fortement dans les mécanismes de simplification administrative.
03:03Tous ces éléments-là ne doivent pas être retardés par la guerre en Iran, la réforme des pensions, la réforme
03:10du marché du travail.
03:11Toutes ces mesures vont rapporter au minimum 26 milliards d'euros pour le budget.
03:17Pour mettre notre budget droit sur les rails budgétaires européens, on doit respecter les règles.
03:24Et la guerre en Ukraine et la guerre en Iran ne doivent pas nous empêcher de mener à bien ces
03:30mesures-là.
03:31Par contre, vous avez raison, il faudra peut-être quand même qu'on prenne une mesure pour protéger le pouvoir
03:38d'achat des citoyens
03:39et protéger la compétitivité des entreprises par le cliquet inversé, par le plafonnement des taxes.
03:47Et donc, ce ne sont pas des dépenses en plus, ce sont plutôt des recettes en moins que nous aurons
03:51dans ce mécanisme.
03:53Alors, autre sujet qui fâche en ce qui concerne la guerre en Iran, c'est le vaste réseau financier en
03:59Europe
04:00qui pourrait être lié au nouveau guide suprême de l'Iran, Mouitaba Kamenei.
04:04Alors, est-ce que Kamenei, fils, a des actifs et des intérêts financiers en Belgique ?
04:10Et seriez-vous prêt à les saisir ?
04:12Je ne peux pas vous dire s'il y a des actifs en Belgique, mais la réponse que je peux
04:18vous donner est la même que celle que l'on a eue,
04:21par exemple, avec le dossier des avoirs russes.
04:23La Belgique, elle héberge sur son territoire des entreprises qui sont des références mondiales en termes de sécurité des marchés
04:32financiers.
04:33Et nous, nous veillons à ce que cette connaissance, cette reconnaissance qui est faite au niveau international ne soit pas
04:43attaquée.
04:44Et donc, s'il y a des décisions internationales de l'ONU ou d'autres instances internationales qui demandent à
04:52la Belgique d'agir, nous le ferons.
04:54Mais évidemment, on le fera seulement sur un mandat international qui sera très large et partagé.
05:00L'autre grande crise actuelle internationale, c'est bien sûr la guerre menée par la Russie en Ukraine.
05:06Alors, votre Premier ministre, Bardeveva, a récemment proposé de normaliser les relations avec Moscou.
05:13Êtes-vous favorable à cette idée ou plutôt ?
05:17Je pense que c'est un faux débat.
05:19Le Premier ministre a eu l'occasion de bien préciser ses propos par la suite.
05:24Nous sommes tous alignés au niveau belge et au niveau européen.
05:28Nous devons vraiment défendre l'Ukraine.
05:33Nous devons protéger ce pays qui est agressé par la Russie.
05:38Et donc, ça passe par de l'aide financière, de l'aide militaire, toute une série d'aides que l
05:45'on apporte depuis des années en Belgique
05:47et avec les partenaires de l'OTAN et de l'Union européenne.
05:52Donc, il n'y a pas d'équivoque là-dessus.
05:55C'est clair que, par contre, on le voit aujourd'hui, les conflits sont tous entremêlés.
06:01On le voit à cause de la guerre en Iran.
06:05Donald Trump a demandé à ce que l'on puisse permettre l'exportation de pétrole russe jusqu'au mois d
06:12'avril.
06:13Donc, c'est assez étonnant de voir ce genre de phénomène qui n'était pas possible auparavant.
06:19Alors, lors du dernier Conseil européen, la Hongrie a maintenu son veto auprès de 90 milliards d'euros à l
06:28'Ukraine.
06:29Qu'en pensez-vous ? Y a-t-il d'autres solutions ?
06:32Moi, je suis persuadé qu'on trouvera une solution, que les partenaires européens trouveront une solution.
06:37Mais il serait vraiment, en tout cas, regrettable que l'on ne puisse pas, à court terme,
06:43apporter les moyens nécessaires à nos alliés ukrainiens pour pouvoir poursuivre la défense
06:48qui est, on l'a vu encore cette nuit ou la nuit précédente,
06:511000 drones se sont abattus en 24 heures sur l'Ukraine.
06:56C'est vraiment dramatique.
06:59Et donc, on doit pouvoir poursuivre l'aide à nos alliés ukrainiens.
07:04Et cela passera peut-être par un peu de créativité au sein du Conseil européen.
07:09Mais je ne doute pas qu'on trouvera une solution sur ce problème.
07:11Ok. Alors, parlons de la compétitivité en Europe et des moyens de l'améliorer.
07:17Il existe divers programmes et propositions au niveau européen.
07:21Made in Europe, Europe Inc.
07:24Il y a le 28 régime.
07:26Alors, ces programmes permettront-ils d'atteindre l'objectif visé ?
07:31Et surtout, est-ce que suffisant ?
07:33En tout cas, moi, je me réjouis parce que pendant des années,
07:35l'Europe était quand même un peu naïve face à la situation internationale.
07:42On subissait un dumping de chinois majeur sur toute une série de produits.
07:49On subissait aussi une posture assez agressive dans le chef des Américains,
07:54avec l'IRA pour attirer nos entreprises,
07:56mais aussi avec les tarifs que Trump a mis en place plus récemment.
08:00Donc, tous ces éléments-là font qu'on était un peu, comme l'avait dit Macron,
08:04un herbivore au milieu de carnivores.
08:07Je crois que l'Europe a compris le message qu'il fallait maintenant changer de paradigme.
08:14On est maintenant dans une vision qui est de soutenir la compétitivité des entreprises,
08:20de comprendre que la souveraineté européenne, c'est quelque chose de fondamental.
08:25La souveraineté européenne, ça passe par la maîtrise de ses capacités industrielles,
08:31ça passe par la maîtrise de ses capacités énergétiques.
08:34Ça passe par la maîtrise de sa défense.
08:36Il faut qu'on ait des moyens de défense, parce que la guerre, malheureusement, ça existe.
08:41Et aussi, au niveau agriculture, on doit pouvoir maîtriser notre production agricole.
08:47Ce sont ces quatre piliers-là qui doivent vraiment nous guider.
08:49Si on ne maîtrise plus ces quatre piliers,
08:52on n'est plus un État, ou en tout cas un ensemble d'États souverains,
08:55et on perd le contrôle.
08:58Et donc, on est à la merci des continents voisins.
09:04Alors, la Belgique affiche l'un des niveaux d'endettement public les plus élevés de l'Union européenne.
09:09Comment éviter les mesures d'austérité, tout en respectant les règles budgétaires de la Commission européenne ?
09:16C'est vrai que nous avons décidé, avec ce gouvernement, de prendre le taureau par les cornes
09:20et de s'inscrire dans une trajectoire budgétaire qui est en conformité avec les règles européennes,
09:26ce qu'on a souvent un peu procrastiné en Belgique.
09:30C'est-à-dire qu'on a reporté un peu à plus tard ce qu'il fallait faire hier.
09:35Donc, on a pris des mesures strictes.
09:37Réforme des pensions, réforme du marché du travail, on a une réforme fiscale.
09:43On a aussi des mesures d'économie assez fortes,
09:48tout en augmentant à 2% notre effort de dépense en défense,
09:53alors qu'on était parmi les élèves qui étaient ceux qui dépensaient le moins en défense.
09:57On fait un effort considérable.
09:59Et donc, cette addition à la fois d'économies, de réformes et de dépenses supplémentaires en défense
10:05fait vraiment un effort considérable.
10:08On parle de plus de 32 milliards.
10:09Alors, l'industrie belge a été durement touchée par les coûts énergétiques, évidemment.
10:14Quelle est votre stratégie pour maintenir la compétitivité du secteur manufacturier ?
10:20Pourquoi un grand fabricant devrait-il aujourd'hui choisir la Belgique
10:26et pas, par exemple, les Pays-Bas ou la Maine ?
10:28On a vraiment mis le paquet sur plusieurs mesures.
10:31La première, c'est la norme énergétique, donc qui se décline en deux volets.
10:35On va mettre près d'un milliard d'euros pour diminuer les coûts énergétiques des industries énergivores.
10:41Donc, vraiment celles qui consomment beaucoup d'énergie,
10:43elles sont handicapées par le fait que le prix de l'énergie en Belgique est plus cher qu'en France,
10:48par exemple.
10:48Eh bien, on va permettre de s'aligner grâce à une diminution des coûts de transport.
10:53C'est la norme énergétique et ça vise vraiment les industries énergivores.
10:58Ensuite, de manière plus globale, moi, j'ai fait prendre une décision qui consiste à diminuer les cotisations sociales
11:04parce qu'en Belgique, les coûts salariaux sont parmi les plus élevés aussi d'Europe.
11:08Et donc, certes, on a une productivité qui est très bonne en Belgique, mais on a des coûts salariaux élevés.
11:13Donc, là, on a étalé sur plusieurs années une diminution structurelle des coûts salariaux.
11:21Je parle évidemment des coûts bruts parce qu'on protège le pouvoir d'achat des travailleurs.
11:26Et alors, en tant que ministre de l'Emploi, moi, j'ai mis une cerise sur le gâteau.
11:29C'est-à-dire que je fais toute une série de réformes en matière du marché du travail,
11:33limitation du chômage dans le temps, réformes des heures de nuit pour s'aligner sur les standards européens.
11:39Ce sont des réformes dont on n'avait plus vu cela depuis des dizaines d'années
11:43qui permettent vraiment de moderniser complètement notre marché du travail
11:46et d'avoir un marché du travail compétitif.
11:49David Clarenvan, ministre belge de l'Emploi, de l'économie et de l'agriculture.
11:53Merci pour cette interview.
11:55Avec plaisir. Merci.
11:57Sous-titrage ST' 501
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