00:00Les menaces iraniennes envers les monarchies du Golfe, on en revient aussi, sont d'une position de très grande fragilité
00:06en cette quatrième semaine de conflits.
00:08On vous retrouve à Doha, au Qatar. Laura Cambo, vous êtes avec Anthony Métrault.
00:11Si on prend l'exemple du Qatar, le Qatar dépend à 99% de ses trois stations de dessalement pour
00:17son approvisionnement en eau douce.
00:20Il y a...
00:22Exactement, c'est dire si les enjeux sont vitaux.
00:25Vous parliez du Qatar, mais il y a également 90% de l'eau fournie par ses usines pour le
00:30Koweït, 50% à l'Arabie Saoudite, 40% aux Émirats Arabes Unis.
00:35Au total, il y a plus de 60 millions d'habitants qui consomment cette eau.
00:40Une eau qui est également indispensable pour plusieurs industries et également pour l'agriculture locale.
00:46Il faut préciser qu'il y a beaucoup d'usines qui pourraient être visées puisqu'il y en a au
00:50total plus de 400 dans la région.
00:52Et la principale difficulté, c'est que ces usines sont complètement éparpillées, isolées les unes des autres et que donc
00:59ce serait très compliqué de les protéger militairement.
01:02Il y a également un autre point qui est dangereux, c'est que les stocks d'eau ne sont actuellement
01:08que de quelques jours.
01:09L'Iran a également des usines de dessalement, mais Téhéran est beaucoup moins dépendant que les pays du Golfe où
01:15nous nous trouvons, notamment le Qatar.
01:17En tout cas, si l'eau devenait une arme de guerre, il pourrait y avoir une escalade dans le conflit
01:23puisque jusqu'à présent, les monarchies du Golfe restent plutôt en retrait.
01:27Mais voilà, elles pourraient monter au créneau si ces usines de dessalement étaient visées.
01:31Merci beaucoup Laura Cambou avec Anthony Métraud à Doha au Qatar.
01:35Esther Krauser-Delbourg, là on voit qu'on est vraiment sur un point existentiel pour toutes ces pétromonarchies au fond.
01:42Qu'il y ait des débris de drones ou de missiles qui tombent, on le voit depuis trois semaines, on
01:45s'en accommode et il y a une retenue.
01:48Là, on est vraiment sur un point qui pourrait embraser toute la région si jamais l'Iran mettait ses menaces
01:54à exécution.
01:54Oui absolument, alors ce serait un peu le scénario du pire, c'est celui qu'on redoute depuis trois semaines
01:58et que je pensais en tout cas ne pas forcément voir aussi vite.
02:00Il y a deux choses à savoir, c'est que un, comme ça a été dit, en fait ce sont
02:03des régions qui sont extrêmement dépendantes de la dessalinisation.
02:06Dans des villes comme Dubaï ou Riyad, ça va jusqu'à 90% de l'eau potable qui vient de
02:11la dessalinisation.
02:12Donc si vous touchez la dessale, comme on dit, c'est-à-dire que vous touchez non seulement de l
02:15'eau potable, mais vous touchez toute l'agriculture, l'industrie.
02:18Plus de 80% de l'agriculture en Arabie Saoudite, elle vit grâce à la dessalinisation.
02:23Donc c'est un coup dur à la ressource la plus essentielle.
02:25Alors qu'au début c'était une guerre sur les hydrocarbures qu'on pensait être le plus stratégique.
02:29Mais là effectivement, on va vers la dessalinisation.
02:32La deuxième chose intéressante, c'est qu'en fait les usines de dessalinisation sont comme des infrastructures énergétiques, sont aussi
02:37importantes.
02:38Et en fait, on peut tout à fait se passer de les frapper directement.
02:41Puisque si on frappe le réseau électrique, comme c'est déjà le cas, il y a des réseaux, il y
02:44a des coupures.
02:45Et bien en fait, ça va directement empêcher la dessalinisation qui est très énergivore.
02:48Et je rappelle qu'il faut à peu près 2 litres d'eau salée pour produire 1 litre d'eau
02:52douce.
02:52Ça demande beaucoup, beaucoup d'énergie.
02:54Et donc sans cette énergie-là, on arrête aussi le système.
02:56Et en fait, on passe d'un front où on est sur une guerre du pétrole, vous le dites, à
03:00une guerre de l'eau.
03:00Et on s'aperçoit, quand on prend les chiffres, que ces pays du Golfe, ils sont extrêmement dépendants.
03:06Ils ont moins de 2% des réserves mondiales d'eau douce.
03:08Ils dépendent vraiment de leurs usines.
03:10Oui, absolument. En fait, ce sont les endroits qui sont, quand on regarde les cartes, alors de stress hydrique dès
03:14les dernières années.
03:15Et puis les projections, c'est absolument rouge.
03:17D'ailleurs, l'Iran a perdu 40% de ses pluies les dernières.
03:20Et en 2023, avait même arrêté pendant deux jours l'économie entièrement.
03:24Parce qu'il faisait tellement chaud que les réserves en eau n'arrivaient plus à suivre.
03:27Donc c'est absolument critique.
03:28Bizarrement, on parle plus de pétrole quand on parle de sécuriser les ressources stratégiques dans le monde que celle de
03:33l'eau.
03:33L'eau dont le prix reste extrêmement faible par rapport à la valeur qu'elle apporte.
03:36Et donc c'est vrai qu'un conflit sur l'eau, pour le coup, on dépasserait complètement la mesure du
03:41conflit aujourd'hui.
03:41On passerait dans quelque chose de complètement innommable.
03:44Parce que sans eau potable, effectivement, il y a 5, 6, voire 7 jours de réserve.
03:48Mais si on coupe eau potable, on va devoir voir un exode massif.
03:51Alors d'abord, potentiellement, des populations les plus aisées.
03:53Et puis progressivement, un exode plus massif vers des endroits où on peut avoir de l'eau.
03:57Et là, personne ne serait gagnant.
03:58C'est-à-dire qu'il n'y a aucun de ces pays qui peut s'en sortir.
04:01Rappelons effectivement que c'est quand même l'Arabie saoudite, l'Israël, le Koweït, les Émirats arabes unis,
04:05qui sont davantage dépendants que l'Iran, qui n'a pas beaucoup de structures de désalinisation,
04:09mais qui, à l'inverse, n'a pas une stratégie eau aujourd'hui très structurée.
04:13Donc beaucoup de problèmes structurels sur l'eau déjà.
04:15Et chaque jour qui passe, effectivement, la tension qui monte dans le golfe entre l'Iran et ses voisins.
04:20L'Iran qui menace les Émirats arabes unis de frappe.
04:23Écoutez le porte-parole du commandement opérationnel de l'armée iranienne.
04:28Au nom de Dieu, le très miséricordieux.
04:30Comme nous l'avons déjà affirmé et démontré par les faits,
04:33nous répondrons à toute agression visant notre honneur et notre souveraineté nationale.
04:39Nous avertissons les Émirats arabes unis que tout atteint à notre dignité,
04:43notamment en direction des îles iraniennes d'Abu Moussa et de Grandes-Tombes,
04:47dans le golfe Persique, entraînera une riposte directe et écrasante des forces armées iraniennes
04:51contre l'Émirat de Ras al-Khaïma.
04:56La victoire ne vient que de Dieu le Tout-Puissant.
05:02Pierre Bertelot, c'est ces menaces et cette guerre de l'eau qui se dessinent ?
05:06Oui, alors comme l'avait rappelé l'ambassadeur François Gouillette,
05:08qui était sur votre plateau ici même, il avait été ambassadeur en Arabie Saoudite,
05:12il avait expliqué que c'est 7 à 6 millions de personnes qui, à Riad,
05:17pourraient fuir la capitale en cas de frappe.
05:19Et pour travailler moi-même depuis 20 ans sur le sujet de l'eau au Moyen-Orient,
05:23avec notamment Franck Galland, qui est un excellent expert,
05:26effectivement il y a un enjeu majeur qu'on n'avait pas vu venir.
05:29On pensait qu'au départ ce seraient les infrastructures militaires,
05:31les infrastructures énergétiques,
05:33et aujourd'hui il y a un troisième échelon de dissuasion,
05:36qui est les infrastructures hydrauliques.
05:38Mais qui a frappé en premier ?
05:40C'est l'Iran qui a été frappé en premier une usine de dessalement,
05:43et elle a répliqué en tapant sur le Bahreïn.
05:46Donc elle considère qu'elle-même elle est une cible,
05:48et donc elle réplique.
05:49Alors après, elle veut mettre en porte-à-faux ces pétro-monarchies,
05:52par rapport à leur propre opinion,
05:54comment s'engager dans un conflit avec un pays musulman, voisin, etc.,
05:59et soutenir Israël indirectement.
06:01Et c'est aussi les pousser à rompre, plus ou moins, avec Washington,
06:06ou en tout cas à faire pression sur Washington,
06:08parce qu'il y a les enjeux futurs, l'IA, les investissements, etc.
06:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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