Dans les années 90, Gérard de Suresnes, de son vrai nom Gérard Cousin, était passé de simple auditeur à animateur sur Fun Radio.
Pendant près de 6 ans, ce SDF au parcours fracassé fut la bête de foire de la station, avant d’en être évincé en 2002.
Thibault Raisse, ancien journaliste au Parisien, vient de publier « Le Con de minuit » aux éditions Denöel, un livre dans lequel il retrace le parcours de Gérard Cousin, décédé en 2005 à l’âge de 43 ans. Il raconte son histoire pour Code source au micro de Jules Lavie.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : Youtube
#funradio #radio #auditeur
Pendant près de 6 ans, ce SDF au parcours fracassé fut la bête de foire de la station, avant d’en être évincé en 2002.
Thibault Raisse, ancien journaliste au Parisien, vient de publier « Le Con de minuit » aux éditions Denöel, un livre dans lequel il retrace le parcours de Gérard Cousin, décédé en 2005 à l’âge de 43 ans. Il raconte son histoire pour Code source au micro de Jules Lavie.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Un livre, paru début septembre 2024, raconte une histoire oubliée.
00:16Celle de Gérard Cousin, surnommé Gérard de Surenne, un SDF devenu à la fin des années 1990 une voix familière
00:25des auditeurs de Fun Radio.
00:26Gérard, qui au départ appelait Fun Radio d'une cabine téléphonique au pied de son immeuble HLM à Surenne dans
00:32les Hauts-de-Seine,
00:33s'est vu confier une émission, Les Débats de Gérard, une vraie fausse émission dont le véritable but était en
00:40réalité de rire aux dépens de son animateur.
00:43Ce livre, intitulé Le Cont de Minuit, est paru chez De Noël.
00:47Son auteur est un journaliste indépendant, un ancien du Parisien, Thibaurès, il est dans Codesources aujourd'hui.
01:04Thibaurès, vous êtes un ancien fédiversier du Parisien, et cette histoire commence le soir des attentats du vendredi 13 novembre
01:102015 à Paris et Saint-Denis.
01:12Ce soir-là, vous êtes dans le quartier du Bataclan, vous allez ensuite couvrir cette actualité dramatique tous les jours
01:17qui suivent, en dormant le minimum.
01:19Et après coup, il y a une chose tout à fait anecdotique et beaucoup moins dramatique que vous retenez de
01:25cette soirée.
01:26Oui, quand on suit une actualité comme les attentats du 13 novembre, il y a un aspect évidemment enquête, et
01:32puis il y a aussi un aspect veille.
01:34Voir ce que les confrères sortent sur les attentats, sur le récit de cette soirée.
01:39Et il y a un article sur lequel je tombe comme ça, qui est un portrait du speaker du Stade
01:44de France, qui était présent ce soir-là au match France-Allemagne.
01:47Et ce soir-là, il a réussi à garder son calme, et de cette manière, d'évacuer le Stade de
01:55France, en évitant des mouvements de foule meurtriers.
01:59Et ce speaker, c'était Max. Et ce nom, Max, la photo de cet homme, va me ramener 25 ans
02:07en arrière.
02:08Il était animateur d'une émission de libre-antenne sur Fun Radio.
02:11Et voir ce nom, voir ce visage, va me ramener dans le secret de mon lit, de mes insomnies adolescentes,
02:18où j'écoutais cette émission sur Fun Radio, au casque, avec mon Walkman, avec mes parents qui dormaient dans la
02:25chambre d'à côté,
02:25et où je me bidonnais, parce que c'était une émission pour les jeunes, qui était vraiment hyper marrante.
02:31Vous vous replongez sur Internet dans l'histoire de cette émission, et finalement, c'est un autre personnage qui retient
02:37votre attention,
02:38Gérard, un habitant de Surenne, qui va devenir Gérard de Surenne.
02:42Gérard de Surenne, c'était un auditeur au départ de cette libre-antenne de Fun Radio.
02:47Un simple auditeur qui récitait des poèmes d'amour depuis une cabine téléphonique en bas de son HLM.
02:52Et au fur et à mesure, il est devenu un peu la coqueluche des auditeurs, jusqu'à obtenir sa propre
02:58émission,
02:59le jeudi soir, sur Fun Radio, une émission qui était une émission de débat,
03:04où Gérard venait avec un thème et discutait avec des auditeurs.
03:09Mais la particularité de cette émission, c'est que c'était en réalité un dîner de cons radiophonique géant,
03:14où Gérard de Surenne était le souffre-douleur.
03:19Vous découvrez à ce moment-là que Gérard est mort en 2005, à 43 ans.
03:23Il est mort seul dans l'indifférence générale.
03:26Et cette histoire d'un marginal qui a été SDF, qui est devenu une voix de Fun Radio, vous fascine.
03:31Vous décidez d'en faire un livre et vous allez travailler sur ce sujet pendant 5 ans.
03:36Vous allez maintenant nous résumer cette histoire.
03:38Je précise que dans votre livre, Le Conte Minuit, il y a énormément de détails.
03:42Ici, on va simplement résumer l'histoire.
03:45Le vrai nom de Gérard de Surenne, c'est Gérard Cousin.
03:48Il est né le 17 juin 1961, à Putot, et il a une enfance compliquée.
03:54Ses parents sont deux ouvriers alcooliques.
03:59Ils vivent dans ce qu'on appelait un meublé à l'époque,
04:01c'est-à-dire une espèce d'hôtel social dans le centre-ville de Putot.
04:06Très rapidement après la naissance de Gérard, quand il a 5 mois,
04:09son père va être déchu de son autorité parentale.
04:12C'est un homme qui était devenu quasiment un SDF sous son propre toit,
04:16qui était en voie de marginalisation avancée,
04:18et donc qui va être mis à la porte par la mère de Gérard,
04:23sachant qu'ils avaient précédemment 7 enfants,
04:25dont la garde leur avait été déjà retirée par les services sociaux.
04:29Et puis, pendant les années qui suivent,
04:32Gérard va être placé dans des structures sociales par sa mère,
04:37et récupéré de manière intempestive pendant des années et des années.
04:42jusqu'à être placé dans un institut spécialisé à la campagne,
04:46où à nouveau sa mère va demander à le récupérer, puis va le replacer,
04:51ce qui va créer évidemment chez Gérard d'énormes carences affectives.
04:55Gérard de Sueren a des capacités intellectuelles limitées,
04:58il est aussi immature, et il a du mal à s'insérer dans la vie active.
05:02Oui, il a beaucoup de mal, parce qu'il y a toujours cette figure tutélaire de la mère,
05:07qui, lorsque Gérard a 18 ans, va le mettre au travail sans aucun diplôme,
05:12et ses petits boulots d'intérim qu'il va faire, ça ne va pas le rendre très heureux.
05:17Donc il va régulièrement prendre la poudre d'escampette,
05:20prendre des trains, aller à la campagne, pêcher le gardon,
05:23et échapper comme ça à cette tutelle très encombrante de sa mère.
05:28Et puis, petit à petit, il va sombrer dans la marginalité.
05:32Gérard se retrouve à la rue, quand il a une petite vingtaine d'années,
05:35il est hébergé à plusieurs reprises dans un foyer pour sans-abri,
05:38à Nanterre, près de Paris.
05:40Gérard va quand même être marié pendant quelques années.
05:43Oui, il va rebondir à Lyon, il va trouver un petit boulot,
05:46il va rencontrer une femme, il va se marier avec elle,
05:49il va avoir un enfant, et tous vont s'installer en région parisienne,
05:54tout près de là où vit la mère de Gérard,
05:57qui reste cette figure quand même très importante dans sa vie,
06:00quoique toxique.
06:02Mais finalement, Gérard ne va pas s'occuper de cette fille Roselyne
06:06qu'il a avec sa femme Eliane.
06:07Il a du mal à garder un travail, Gérard,
06:09il est déjà assez adepte de la boisson,
06:12et puis va survenir un accident, un accident de camion.
06:16Gérard travaille comme chauffeur routier à l'époque,
06:18et cet accident de camion va être un accident très grave,
06:22qui va l'obliger à se mettre d'abord en arrêt de travail,
06:25et puis qui va le rendre incapable de poursuivre son activité.
06:29Et à partir de là, c'est un peu la descente aux enfers.
06:33Sa femme va partir avec leur fille,
06:35ils vont divorcer,
06:37et là ça va être véritablement le début d'une longue descente aux enfers.
06:40Après son divorce, il parvient à trouver un logement HLM à Surrenne.
06:44En 1995, quand il a 34 ans, il écoute Fun Radio,
06:48comme des centaines de milliers de personnes,
06:50principalement des adolescents, il faut le dire.
06:53Fun Radio est notamment une émission de libre-antenne,
06:56présentée par l'animateur Max.
07:01A quoi ressemble cette libre-antenne ?
07:04C'est vraiment une libre-antenne foutraque.
07:06C'est-à-dire qu'on est à l'époque où l'AFM française
07:10copie un peu les codes de l'AFM américaine,
07:12et notamment Howard Stern,
07:14qui est cet animateur totalement déglingo,
07:17qui interview des tueurs en série,
07:19qui invite des stars du porno à l'antenne.
07:21Et l'émission Max,
07:23c'est un petit peu la version française
07:25de cette libre-antenne un peu punk.
07:28On appelle pour raconter ses problèmes de chœur,
07:31pour faire un canular à sa grand-mère,
07:33pour chanter une chanson à la guitare sèche.
07:36J'ai bien ?
07:37Ouais.
07:39Tout ça dans les jardins et dans les squares,
07:43pour les aider, il y a une association,
07:45pour les nains de jardin, le fond de libération.
07:48Et donc c'est une émission
07:50où tout peut se passer, tout est possible,
07:52et où aussi, on donne la parole à des gens
07:55que les autres radios ont tendance un peu à écarter,
07:57avec le filtre du standard,
07:59des gens qui appellent
08:00et qui racontent tout et n'importe quoi,
08:02parfois avec un petit coup dans le nez.
08:04Et ça amuse beaucoup les auditeurs,
08:06ça amuse beaucoup Max aussi.
08:08Gérard appelle au standard de fun
08:10pour la première fois un soir d'hiver 1995.
08:13Il est comment à l'antenne dans ses premiers appels ?
08:16Il appelle depuis la cabine téléphonique
08:19en bas de son HLM,
08:20il est en tong, il fait assez froid,
08:22on est au mois de décembre,
08:23il a manifestement bu un petit coup
08:25et il veut réciter des poèmes d'amour.
08:28Il se trouve que Gérard, à ce moment-là,
08:29il est célibataire,
08:30sa femme est partie avec leur fille
08:33et il souffre de cette solitude sentimentale.
08:36Et donc son but, quand il appelle Fun Radio
08:38et qu'il récite ses poèmes d'amour,
08:40très clairement, c'est d'essayer de séduire une auditrice.
08:43Gérard, qui nous a fait la surprise d'être là ce soir,
08:46certains poèmes que tu as écrits,
08:48on va les écouter.
08:48C'est parti.
09:03Les auditeurs réagissent comment
09:04quand ils l'entendent à l'antenne ?
09:06Alors au départ, c'est de la moquerie.
09:08On ne peut pas dire que ce soit des poèmes très inspirés,
09:11ce n'est pas très bien écrit,
09:13c'est très naïf en vérité.
09:14Et donc la première réaction de l'animateur
09:17et des auditeurs, c'est de rigoler.
09:34Au bout de quelques jours,
09:36puisque Gérard va repasser à l'antenne dans les jours suivants,
09:39il va y avoir un petit retournement de situation,
09:41c'est-à-dire que Max, avec la complicité des auditeurs,
09:44va couvrir Gérard de Louange,
09:47lui dire que ses poèmes sont magnifiques.
09:49Et c'est comme ça que Gérard va devenir une figure de l'antenne.
09:52À partir du mois de décembre 1996,
09:55Gérard Cousin, surnommé Gérard de Surenne,
09:58vient régulièrement à la radio, à Fun Radio,
10:00et il anime sa propre émission.
10:02Il va commencer par discuter avec les auditeurs
10:04de manière tout à fait informelle.
10:06Et puis ça fonctionne bien,
10:08il interagit bien, il n'a pas peur du micro.
10:10Et au bout d'un moment,
10:12il va avoir sa propre émission
10:14avec l'obligation de venir en studio
10:17avec un sujet, un sujet de débat.
10:19Et c'est comme ça que vont naître
10:20les fameux débats de Gérard.
10:22Donc le premier débat,
10:23l'intelligence est-il nécessaire pour vous ?
10:25Dans l'intelligence, on ne pense à rien.
10:27Non mais attends,
10:28tu n'as pas besoin de vivre avec l'intelligence ?
10:31Regarde Gérard, c'est typé !
10:33Par exemple sur Gérard, par exemple.
10:34L'animateur Max, les auditeurs,
10:37jouent avec Gérard,
10:38ils se moquent de lui,
10:39plus ou moins indirectement.
10:41Ils s'amusent à le faire sortir de ses gonds.
10:44Qu'est-ce qui énerve Gérard ?
10:45Ce qui va l'énerver,
10:47ce sont les allusions à sa vie privée.
10:50Gérard a eu le tort, dès le début,
10:52de partager des moments de vie privée.
10:54Par exemple, ses conquêtes féminines.
10:56Il y a aussi le sujet de sa fille.
10:58Alors c'est une ligne rouge quand même
11:00qui est rarement franchie,
11:01mais parfois de faux auditeurs
11:03font allusion à cette fille
11:05et à cette blessure en vérité
11:07que porte Gérard.
11:08On va se moquer de son alcoolisme
11:11qui est notoire.
11:12On va se moquer de son hygiène,
11:14paraît-il douteuse.
11:16Ça fait partie comme ça
11:17de ces légendes qui sont perpétuées à l'antenne.
11:19Puis on va se moquer aussi
11:20de ses fautes de français,
11:22de son inculture
11:23qui elle aussi est notoire.
11:25Semaine après semaine,
11:26Gérard revient au micro,
11:27continue à être persuadé
11:29qu'il anime une émission de débat,
11:30alors qu'en fait,
11:32tout le monde sait
11:32que le but principal du programme
11:35c'est de le faire s'énerver.
11:36Sandrine, bonsoir.
11:37Bonsoir Gérard.
11:38Sex machine.
11:39Bonsoir les filles,
11:40bonsoir Gérard,
11:41bonsoir Olivier.
11:42Hop, dégage.
11:43Dégage-moi, sex machine.
11:45Pourquoi ?
11:46J'ai rien fait.
11:46Non, non, mais attends.
11:48J'ai dit, je ne veux pas
11:49que tu es habituel.
11:49Je ne suis pas un habituel.
11:51Non, presque pas.
11:52C'est un habituel, tu crois ?
11:53On verra après, on verra.
11:54Non, non, mais attends.
11:55On verra après, Gérard.
11:56Continue à présenter les gens.
11:57Non, non, non, non.
11:58Continue, Gérard, d'accord.
12:00Continue à présenter les gens.
12:01Ok, il va changer de prénom,
12:02il dégage.
12:03Au fur et à mesure,
12:04une mécanique s'installe.
12:05D'abord,
12:06quel rôle jouent les standardistes ?
12:07Ils ont un peu un rôle de thermostat.
12:09C'est-à-dire que
12:11des auditeurs sont conviés à l'antenne,
12:14vont se moquer frontalement de Gérard,
12:16qui va s'énerver.
12:17Et donc, à partir de là,
12:18les standardistes vont essayer
12:19de faire rentrer à l'antenne
12:20des auditeurs qui vont avoir pour rôle,
12:22au contraire, de le calmer.
12:23Et donc, on va être tout le temps
12:25dans cette espèce de chaud-froid
12:26qui permet de maintenir Gérard
12:29à température,
12:30jusqu'au moment où,
12:32dans une liste de bons clients
12:34qui a été fait par les standardistes,
12:36ces bons clients qui ont compris
12:37la mécanique secrète du programme,
12:40eh bien, quatre auditeurs,
12:41faux auditeurs vont être sélectionnés
12:42et vont obtenir le statut
12:44de convive exclusif
12:45de ces dîners de cons.
12:46Et donc, ils changent de casquette
12:48à chaque fois ?
12:48Ils changent de personnage ?
12:49Oui, ils changent de pseudonyme
12:51à l'antenne.
12:51Il y en a qui se couvrent la voix,
12:53il y en a qui essayent
12:54de prendre des accents,
12:55par exemple.
12:56Et le prodige, si je puis dire,
12:58c'est que Gérard
12:59tombe dans le panneau
12:59à chaque fois.
13:00Max, il a quelle attitude ?
13:01Il a quel rôle face à tout ça ?
13:03Alors, Max,
13:04pendant l'émission
13:05des débats de Gérard,
13:06il n'est pas en studio.
13:07Il est dans son bureau
13:08qui est attenant au studio.
13:11Et il écoute l'émission.
13:12Il en est le premier fan.
13:14Et parfois,
13:15quand vraiment ça dérape,
13:17quand Gérard ne cesse de hurler,
13:19quand les auditeurs font preuve
13:21d'une agressivité
13:23trop importante,
13:25il va rentrer en studio,
13:26il va calmer tout le monde.
13:27Puis, il va retourner
13:28dans son petit bureau
13:29et il va continuer
13:29à écouter l'émission.
13:30Et Gérard,
13:30il ne comprend pas en clair
13:32qu'on se moque de lui ?
13:33Non, il ne comprend pas
13:34qu'on se moque de lui.
13:34On a plusieurs indices
13:35qui nous permettent
13:36de l'affirmer.
13:37D'abord, Gérard continue
13:39de venir semaine après semaine
13:41avec ses thèmes de débat,
13:43alors qu'il n'est jamais question
13:44de débattre de ses thèmes
13:45à l'antenne.
13:46Et d'ailleurs,
13:47sur deux heures de débat,
13:48il va être question du thème
13:49peut-être cinq ou dix minutes,
13:51mais pas plus.
13:52Et puis, Gérard,
13:53systématiquement,
13:54quand l'émission s'ouvre,
13:55il demande aux standardistes
13:56de faire correctement
13:57leur travail.
13:58C'est-à-dire qu'il n'a pas compris
13:59que précisément,
13:59il faisait très bien leur travail
14:01en sélectionnant des auditeurs
14:02qui sont là
14:03pour le faire bisquer.
14:04Ça va durer des années
14:06pour des centaines
14:07de milliers d'ados
14:07qui écoutent ça tard le soir
14:09après minuit
14:10avec leurs Walkmans
14:11sous leur couette.
14:12Gérard devient
14:13un personnage familier.
14:14Oui, c'est tout le paradoxe
14:15de cette histoire.
14:16C'est-à-dire que,
14:18évidemment,
14:18les auditeurs sont avant tout
14:19là pour se moquer de Gérard.
14:21Et en même temps,
14:22on ne peut pas s'empêcher
14:23d'avoir une vraie affection
14:24pour cet homme-là.
14:25On a été touché
14:26par cette sincérité,
14:27par cette naïveté
14:28totalement désarmante.
14:30Et donc,
14:31autant on se moque
14:32de lui à l'antenne,
14:33autant hors antenne,
14:34Gérard devient
14:35une petite célébrité,
14:36signe des autographes.
14:37Et partout où il va,
14:38notamment en boîte de nuit,
14:39il est suivi par une nuée
14:40d'admirateurs.
14:41Et Gérard,
14:42avec ses cheveux bruns,
14:43sa petite moustache noire
14:45devient effectivement
14:46un visage connu.
14:47Au printemps 1997,
14:49au mois de mai,
14:50Max réussit à faire venir
14:51Gérard à Cannes,
14:52au festival de Cannes,
14:53avec la petite délégation
14:54de fan radio.
14:55Et bien sûr,
14:56il a une idée en tête,
14:58provoquer des situations
14:59improbables,
14:59avec Gérard de Surenne.
15:01Oui,
15:01Gérard de Surenne,
15:03ancien routier au chômage,
15:04qui vit en HLM à Surenne,
15:06dans le cadre cannois,
15:08du festival,
15:09des paillettes et des stars,
15:11ça peut donner un cocktail
15:12assez détonnant
15:12et assez amusant.
15:14Et donc,
15:14quand Gérard vient,
15:16il est équipé
15:17d'un micro sans fil,
15:19et il va avoir pour mission
15:21d'aller récupérer
15:22les clés de sa chambre d'hôtel,
15:24c'est ce qu'on lui dit,
15:24à l'antenne,
15:25tout ça se passe à l'antenne,
15:27et qu'il faut qu'il aille
15:28au Carlton
15:28pour récupérer sa clé,
15:29sans quoi il va dormir dehors
15:30le soir même.
15:32Et évidemment,
15:32tout ça est à nouveau
15:33un canular,
15:34Gérard va au Carlton,
15:35demande la clé de son hôtel,
15:37évidemment,
15:37le réceptionniste ne l'a pas,
15:39et à ce moment-là,
15:39Max va lui dire,
15:40mais on s'est trompé,
15:41il faut que tu ailles au Martinez,
15:42c'est au Martinez
15:42que ta clé t'attend.
15:44Et à nouveau,
15:44il était conduit,
15:45en vérité,
15:46Gérard dormait,
15:48comme tout le reste de l'équipe,
15:49dans un appart-hôtel
15:50à la Boca,
15:51et donc tout ça
15:51était une nouvelle fois
15:52un show-strap.
15:53En avril 1998,
15:55Gérard va même à New York
15:56avec sa compagne du moment,
15:57Sandy.
15:58Fun l'envoie là-bas
15:59pour assister
15:59à l'avant-première mondiale
16:01du film Godzilla
16:02avec Jean Reynaud
16:03et Mathieu Broderick.
16:04À l'antenne de Fun,
16:05ça ne donnera
16:06rien de croustillant.
16:07Dans ses points en direct,
16:09Gérard ne semble pas inspiré,
16:10mais quand même,
16:12pour lui,
16:12Thibaurès,
16:13ce n'est pas rien
16:13d'aller à New York.
16:15C'est incroyable quand même,
16:16c'est-à-dire que,
16:18à nouveau,
16:18on parle de quelqu'un
16:19qui était en voie
16:20de marginalisation
16:21dans son HLM seul,
16:23qui buvait toute la journée,
16:24et qui va se retrouver
16:26sur le tapis rouge
16:27du Madison Square Garden,
16:29entouré d'une nuée
16:30de photographes,
16:31de reporters
16:32et d'un parterre
16:34de stars incroyables.
16:35On parle ici
16:36de Jean Reynaud,
16:37Mathieu Broderick,
16:38Sarah Jessica Parker.
16:39À l'after-party
16:40où Gérard est convié,
16:41il y aura Jennifer Lopez,
16:42qui est peut-être
16:43la plus grande star mondiale
16:44à l'époque.
16:45Puis, il faut aussi dire
16:46quand même
16:46que pendant ce séjour
16:48new-yorkais
16:48qui va durer deux jours,
16:49il va être logé
16:50au World of Astoria,
16:52qui est peut-être
16:53encore aujourd'hui
16:53le plus beau palace
16:54de New York
16:55et donc, par extension,
16:57peut-être le plus beau
16:58palace du monde.
17:01Tiborès, au fil des années,
17:02le concept
17:03des débats de Gérard
17:04s'épuise.
17:05Le concept va quand même
17:06finir par s'essouffler.
17:07Il y a des standardistes
17:08qui quittent l'antenne,
17:09qui trouvent que la blague
17:10a suffisamment duré.
17:12Il y a même certains
17:13directeurs d'antenne
17:14qui n'approuvent pas
17:14l'émission,
17:15mais elle perdure,
17:17comme si Max,
17:18finalement,
17:19n'arrivait pas
17:19à appuyer
17:20sur le bouton stop.
17:20Et au tournant
17:22de l'année 2001-2002,
17:24les débats de Gérard,
17:25ça devient vraiment
17:26un jeu de massacre,
17:27c'est totalement inaudible.
17:28Les personnes autour de lui
17:29n'ont plus aucune forme
17:31de respect
17:32et Gérard s'énerve
17:34de plus en plus rapidement
17:36et de plus en plus fort.
17:37À cette période,
17:38après l'émission,
17:39Gérard dialogue
17:39avec les auditeurs
17:40les plus motivés
17:41la nuit sur Internet,
17:43sur le chat de Fun Radio
17:45et il noue des liens,
17:46ce qui le rapproche
17:47d'une partie
17:48de ses auditeurs
17:49très fidèles.
17:50À la rentrée 2002,
17:51Max et la direction de Fun
17:52semblent sur le point
17:54de remercier
17:55Gérard de Surenne.
17:56Le 30 octobre 2002,
17:58celui-ci va leur donner
17:59une occasion rêvée
18:00avec un dérapage
18:01à l'antenne.
18:02Oui,
18:03alors c'est un débat
18:03qui est consacré
18:04ce soir-là
18:05au bisutage.
18:07Au début de l'émission,
18:08Gérard dialogue
18:09avec un collégien
18:11qui se fait passer
18:11pour une femme
18:12et qui,
18:13depuis déjà plusieurs semaines,
18:14fait semblant
18:15de séduire Gérard.
18:17Et alors que l'émission
18:18a commencé
18:18depuis une vingtaine
18:19de minutes,
18:20Gérard va se mettre
18:21à hurler
18:22« Heil Hitler ! »
18:24en plein studio
18:24et alors que la discussion
18:25ne portait sur rien
18:27qui pourrait expliquer
18:29ce dérapage verbal.
18:31L'émission est tout de suite
18:32suspendue
18:33et là,
18:34c'est terminé
18:34pour Gérard.
18:35Il ne passera plus
18:36à la radio ?
18:36Il ne passera plus
18:37à la radio.
18:38A l'époque,
18:39et depuis déjà
18:39plus de deux ans,
18:41Gérard vit dans un foyer
18:42pour SDF
18:43à Nanterre.
18:44Il continue à faire
18:45ses débats bénévolement
18:47le jeudi soir
18:48dans les locaux
18:49de la rue Bayard
18:50où se trouve
18:51le siège d'RTL
18:52et où se trouvent
18:53les studios
18:53de Fun Radio.
18:54Et donc après
18:55cette éviction
18:56de l'antenne,
18:57il va retourner
18:57dans son foyer
18:58à Nanterre.
18:59Il ne va plus jamais
19:00avoir de contact
19:01avec Fun Radio
19:02qui lui envoie
19:03une lettre d'ailleurs
19:03pour lui interdire
19:05de remettre les pieds
19:06dans les studios.
19:07Et à ce moment-là,
19:08il va se créer
19:08une espèce de chaîne
19:09de solidarité
19:10chez les auditeurs
19:11de Gérard
19:12qui vont venir
19:13lui rendre visite
19:14dans son foyer
19:14pour SDF,
19:15qui vont essayer
19:16de le sortir un peu,
19:17de lui faire changer
19:17les idées
19:18parce qu'évidemment,
19:19pour Gérard,
19:19l'interruption
19:20de cette émission
19:21est vécue
19:22comme un cataclysme.
19:24En décembre 2002,
19:25Gérard de Suren
19:26part vivre
19:27dans l'Allier
19:27à Montluçon.
19:28Il vit un temps
19:29avec une jeune femme
19:30qui souffre
19:31comme lui d'alcoolisme
19:32et qu'il a rencontrée
19:33pendant un séjour
19:33en hôpital psychiatrique.
19:36Physiquement,
19:36Gérard de Suren
19:37décline,
19:38il ne sait pas pourquoi.
19:39Il va mourir
19:41d'un cancer des poumons
19:42le 6 mai 2005,
19:43très isolé.
19:44Oui,
19:44dans la solitude,
19:45en vérité,
19:45la plus absolue.
19:47Il n'a plus de contact
19:48avec Fun Radio,
19:49il n'a plus de contact
19:50avec sa famille,
19:51son ex-femme
19:52ou sa fille.
19:53Il n'a pas d'amis.
19:55Et donc,
19:56les derniers jours
19:57à l'hôpital,
19:58on lui demande
19:59s'il veut essayer
20:00de contacter des gens
20:02de son entourage
20:03puisque la fin,
20:04manifestement,
20:04est proche.
20:05Et il refuse.
20:07Il refuse d'ailleurs aussi
20:08les traitements.
20:09Et donc,
20:10il va être enterré
20:12au carré des indigents
20:13dans la banlieue
20:14de Montluçon
20:15à Désertine.
20:16Notre Gérard de Suren
20:18on l'a appris
20:19par votre intermédiaire
20:21il y a un jour ou deux.
20:22On a vérifié l'information
20:23et il est vrai,
20:23c'est pour ça qu'hier
20:24nous ne l'avons pas fait.
20:25On a malheureusement
20:26perdu la vie,
20:26décédé.
20:27J'ai toujours eu
20:28une pensée affective
20:28pour Gérard
20:29et en apprenant la nouvelle
20:30en début de semaine,
20:32forcément,
20:32on a été tous,
20:33moi le premier,
20:34extrêmement touchés.
20:35Thibaurès,
20:36la fille de Gérard de Surenne,
20:38Roselyne,
20:39a découvert toute cette histoire
20:40deux ans après la mort
20:42de son père
20:42qu'elle n'a donc pas connue.
20:44Roselyne a perdu
20:45tout contact avec son père
20:47à partir de l'âge de 4 ans
20:48et donc deux ans
20:49après son décès,
20:50c'est une adolescente,
20:52elle discute avec un copain
20:53sur internet
20:54qui lui dit
20:55tiens,
20:56j'ai vu une fiche
20:58Wikipédia
20:58sur ton père.
21:00Ah bon ?
21:00Ah bon ?
21:01Alors elle va voir
21:02et là elle tombe
21:03effectivement
21:03sur la page Wikipédia
21:04de Gérard de Surenne
21:06et elle apprend
21:07en lisant cette fiche Wikipédia
21:09dans la même minute
21:10que son père
21:11avait été animateur
21:12sur une antenne
21:13de radio nationale
21:14et qu'il est mort
21:15deux ans plus tôt.
21:1612 ans après sa mort
21:18en 2017,
21:19des fans de Gérard
21:20se sont cotisés
21:20pour lui offrir
21:21une sépulture
21:22à son nom.
21:23Ils ont procédé
21:24à sa réinhumation
21:25le 7 juillet 2017
21:27au cimetière
21:28de Désertine
21:29dans l'Allier
21:29donc près de Montluçon.
21:30Ces fans
21:31se sont rassemblés
21:32et ont lancé
21:33une cagnotte
21:34qui a atteint
21:35très rapidement
21:36l'objectif
21:37qui était de 5000 euros
21:38et avec cet argent
21:40ils vont offrir
21:41une sépulture
21:42digne de ce nom
21:43à Gérard.
21:44Et ce jour-là
21:44sa fille
21:45Roselyne
21:46est présente.
21:47Oui elle est présente
21:48c'est évidemment
21:48un moment
21:49de profonde émotion
21:50pour elle.
21:51Elle va réciter
21:53une petite lettre
21:54qu'elle a écrite
21:55pour son père.
21:56Elle lui dit
21:57qu'elle l'aime
21:57et elle regrette
21:59évidemment
21:59toutes ces années
22:01passées
22:01sans avoir pu
22:02le voir
22:03et tout le paradoxe
22:05de cette histoire
22:05c'est qu'elle est entourée
22:06d'auditeurs
22:07qui eux
22:07pendant qu'elle
22:08n'avait aucune nouvelle
22:10de son père
22:11l'écoutaient
22:11tous les jeudis soirs
22:12à la radio.
22:14Tiborès
22:15cette année 2024
22:16le vendredi 6 septembre
22:18vous avez organisé
22:19une signature
22:20de votre livre
22:21Le Compte de Minuit
22:22pour sa sortie
22:23dans une librairie
22:24juste derrière
22:24la mairie du 11ème
22:25arrondissement de Paris
22:26et sur place
22:27il y avait environ
22:28une quarantaine
22:29de fans de Gérard
22:30les fans de Gérard
22:31sont encore nombreux
22:32aujourd'hui
22:33ils sont encore
22:335000 par exemple
22:35actifs
22:35sur trois pages
22:36Facebook différentes
22:37pourquoi à votre avis ?
22:39Il y a un effet
22:39Madeleine de Proust
22:40qui joue à plein
22:41tous les auditeurs
22:43de Gérard
22:43écoutaient cette émission
22:44dans le dos des parents
22:46et forcément
22:47ça crée des souvenirs
22:48qui 25 ans plus tard
22:49on prend plaisir
22:50à convoquer
22:50tout ce qui va
22:52avec les débats de Gérard
22:53le lycée
22:53les copains
22:54la musique
22:55les sorties
22:56les premiers flirts
22:57en vérité
22:58quand on écoute
22:59on réécoute
23:00les débats de Gérard
23:01ce sont tous ces souvenirs-là
23:02qu'on convoque
23:06Merci Tiborès
23:07je redonne les références
23:08de votre livre
23:09c'est
23:09Le Compte de Minuit
23:10publié chez De Noël
23:12Cet épisode de Code Source
23:14a été produit par
23:15Raphaël Pueillot
23:15et Clara Garnier-Amouroux
23:17réalisation
23:18Julien Moncouquiol
23:19vous pouvez nous écrire
23:20pour poser vos questions
23:21ou nous faire des retours
23:23codesource
23:23at leparisien.fr
23:25Code Source
23:26est le podcast
23:27quotidien d'actualité
23:28du Parisien
23:29n'oubliez pas
23:30notre deuxième podcast
23:31Crime Story
23:32chaque samedi
23:33une grande affaire criminelle
23:34racontée par
23:35Claudia Prolongeau
23:35avec Damien Delsoni
23:37le chef du service
23:38police-justice du Parisien
23:40Madame
23:40de Valier
23:41l'arrivée
23:41qui
23:41avec Damien Delsoni
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