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Qui a tué le petit Grégory, 4 ans, retrouvé pieds et poings liés dans une rivière le 16 octobre 1984 ? Un nouveau rebondissement vient d’intervenir avec la possible mise en examen de sa grand-tante. Récit.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Grouzis, Pénélope Gualchierotti et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France Inter, BFMTV, France TV.

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Chapitres:

00:00 : Affaire Grégory : Fiasco judiciaire et médiatique
03:22 : Chronologie des faits et piste familiale
06:06: Rebondissements et erreurs judiciaires dans l'affaire Grégory
09:45 : Jacqueline Jacob et les soupçons actuels
14:56 : Affaire Grégory : Jacqueline Jacob bientôt mise en examen ?

#gregory #faitsdivers #affairegregory

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News
Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En juin, on a reparlé dans l'actualité de l'affaire Grégory,
00:15l'un des cold case les plus emblématiques des dernières décennies en France.
00:19Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans une rivière des Vosges,
00:24pieds et poings liés, c'était le 16 octobre 1984.
00:27L'enquête a donné lieu à un fiasco judiciaire et médiatique.
00:33Le 18 juin, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon
00:37a estimé qu'il fallait envisager la mise en examen d'une grandante de Grégory,
00:43Jacqueline Jacob, 80 ans, mise en examen potentiel pour association de malfaiteurs criminels.
00:49Dans Codesources, aujourd'hui, on explique ce que ça signifie
00:51et quel est le soupçon qui pèse aujourd'hui sur cette femme, Jacqueline Jacob,
00:56qui clame son innocence.
00:58On fait le point avec Timothée Boutry du service Police Justice du Parisien.
01:06Timothée Boutry, le 15 octobre 2024, à l'occasion des 80 ans du Parisien,
01:10vous avez écrit un article sur les 40 ans de l'affaire Grégory.
01:14Vous expliquez que cette affaire a été à la fois un fiasco judiciaire et médiatique.
01:19Qu'est-ce qu'on peut reprocher à une grande partie des journalistes, des reporters, dans les débuts de l
01:24'enquête ?
01:25Quand ce fait d'hiver se produit, ça va attirer l'attention des médias.
01:28Les habitants du village de Lépanche-sur-Vologne, dans les Vosges, ont l'impression de vivre un véritable cauchemar.
01:33Il y a un monstre en liberté.
01:36Tout a basculé dans l'horreur en cette soirée du 16 octobre.
01:39Un enfant est mort, il s'appelait Grégory.
01:41Grégory a été enlevé devant chez lui alors qu'il jouait sur ce tas de grabiers.
01:45Les enquêteurs ont, semble-t-il, tenté de reconstituer avec exactitude le minutage du drame de mardi dernier.
01:50Ça va partir totalement en vrille, si je puis dire,
01:53parce que les journalistes vont parasiter et l'enquête et la vie de toute cette famille.
01:58Ils vont être extrêmement intrusifs.
01:59Il va y avoir des fautes gravissimes qui vont être commises par les journalistes aussi,
02:03qui vont mettre en scène l'information et aussi vouloir influencer le cours de la justice.
02:09On sait qu'il y avait un couple de journalistes qui alimentaient plusieurs radios
02:14et plusieurs organes de presse écrite sous différents noms.
02:17Et à un moment donné, ils vont partir sur l'idée que la coupable, c'est la mère.
02:23Ils vont intoxiquer le juge d'instruction.
02:26Le journaliste est allé totalement au-delà de son rôle,
02:30qui est celui de rendre compte, mettre en perspective, trouver des témoignages.
02:33Mais il n'est évidemment pas celui d'influer et d'influencer le cours de la justice.
02:40Vous, Timothée Boutry, vous avez commencé à travailler sur cette affaire à partir de 2017.
02:44J'imagine que du coup, on est particulièrement vigilant, prudent, quand on s'attaque à ce dossier.
02:50C'est un peu la kryptonite du journaliste, l'affaire Grégory.
02:53Il y a eu tellement d'excès, tellement d'erreurs qui ont été commises.
02:57On n'a pas envie de rajouter un chapitre à cette mauvaise histoire.
02:59On se dit, ouais, attention.
03:01Et quand on est sur place, évidemment, on a envie de faire très attention.
03:05On a envie de ne pas commettre les mêmes erreurs que nos prédécesseurs.
03:08Et en même temps, il faut rendre compte de ce qui se passe.
03:11Il y a beaucoup de journalistes qui sont sur place.
03:12C'est une actualité évidemment très importante.
03:14Donc, on fait attention, on marche sur des oeufs.
03:16Et on essaie d'être le plus prudent possible, tout en produisant de l'information, évidemment.
03:22Dans cet épisode de Code Source, on va expliquer ce qu'il y a de nouveau,
03:25pourquoi on reparle de l'affaire depuis quelques semaines
03:28et pourquoi elle reviendra dans l'actualité d'ici quelques mois.
03:30On va juste rappeler d'abord quelques dates importantes, des moments clés.
03:35Le mardi 16 octobre 1984, dans les Vosges,
03:38le corps d'un petit garçon de 4 ans, Grégory, est retrouvé à Dossel.
03:43C'est à 7 km de son domicile familial, à Lépange-sur-Vologne,
03:47dans une rivière, la Vologne donc.
03:49Grégory est retrouvé pieds et poings liés,
03:52avec son bonnet descendu sur le visage.
03:55Il y a une photo très célèbre, sans doute qu'on ne publierait plus de la même manière aujourd'hui,
03:58avec un pompier qui sort le corps de Grégory de l'eau.
04:01Il fait nuit, les lumières des flashs, voilà, qui illuminent cette scène atroce.
04:05Il ne faut jamais oublier que Grégory, c'est un enfant de 4 ans qui a été assassiné.
04:09Quelques heures avant, l'auteur, ou un des responsables du crime,
04:12a passé un coup de fil et a eu l'oncle de Grégory pour lui dire
04:17« Voilà ma vengeance, j'ai jeté le fils du chef dans la Vologne ».
04:21Ce meurtre a été revendiqué et le lendemain,
04:24les parents de Grégory vont aussi recevoir un courrier de revendication
04:26qui a été posté la veille, donc à peu près au moment où Grégory a été enlevé.
04:29C'est la piste familiale qui est privilégiée dès le début de l'enquête
04:32parce qu'il y a des jalousies dans la famille et un corbeau, donc une personne anonyme
04:37qui passe des appels téléphoniques malveillants.
04:39Un, voire plusieurs corbeaux.
04:41C'est beaucoup d'appels téléphoniques, vous l'avez dit, depuis plusieurs années
04:43qui visent notamment les grands-parents de Grégory, les parents de Jean-Marie, le père de Grégory.
04:49Le ou les corbeaux savent beaucoup de choses sur la vie de famille, sur les secrets.
04:52C'est un corbeau qui est évidemment très malsain.
04:55Par exemple, le corbeau va appeler une société de pompes funèbres en disant
04:58« Albert Villemin, qui est le grand-père de Grégory, s'est suicidé, il s'est pendu,
05:03il faut aller chercher son corps. »
05:04Les pompes funèbres arrivent et Albert Villemin ouvre la porte et on lui dit
05:08« Vous n'êtes pas mort ? »
05:09Non, voilà, il faut voir le degré de mise en scène morbide et malsain qui a été mis en place.
05:13Donc la famille se fait pourrir au téléphone et il y a aussi ensuite des courriers
05:19qui sont envoyés, toujours aussi malsains.
05:23« Le mobile serait la vengeance, une vengeance familiale, dont la cible serait le père,
05:28Jean-Marie, surnommé le chef dans la famille. »
05:31Dans les messages du corbeau, il y a souvent la notion de chef qui vise Jean-Marie Villemin.
05:35Pourquoi d'un mot ?
05:36Jean-Marie Villemin, il est un peu comme tout le monde dans cette famille ouvrier,
05:40sauf que lui, il est passé contre maître et ça a suscité la jalousie de ses proches.
05:44C'est pour ça qu'on l'appelle le chef.
05:46Dès le départ, la revendication, c'est « je me suis vengé du chef ».
05:50Ce n'est pas le terme exact, mais enfin, il y a cette dimension-là tout de suite.
05:53On comprend que Grégory n'a pas été tué par un rôdeur.
05:56Ce n'est pas le hasard.
05:57Il a vraiment été assassiné et qu'on est dans ce contexte de jalousie
06:01et que ce meurtre a été perpétré par vengeance.
06:06Le 29 mars 1985, Jean-Marie Villemin, donc le père de Grégory,
06:10qui est convaincu à ce moment-là que le tueur de son fils et son cousin, Bernard Laroche,
06:16tue celui-ci.
06:17Bernard Laroche, il a donc été inculpé parce qu'il a été mis en cause par sa belle-sœur,
06:22Muriel Boll, qui indique qu'il est venu la chercher à la sortie du collège
06:26et qu'ensemble, ils sont allés devant la maison de Grégory à l'éponge-sur-Volonne,
06:31qu'il a récupéré Grégory et qu'à un moment donné, il est parti à Grégory
06:35et qu'il est revenu sans Grégory.
06:37Donc, sur la base de ce témoignage, le juge d'instruction de l'époque va inculper Bernard Laroche.
06:42Il va être brièvement incarcéré avant d'être remis en liberté.
06:45Depuis, il faut dire que Muriel Boll s'est rétractée en disant
06:48« Non, non, mon beau-frère est innocent, il n'est jamais venu me chercher,
06:52j'ai pris le quart aujourd'hui. »
06:54Donc, voilà, depuis, elle disculpe son beau-frère.
06:57Bernard est innocent. Mon beau-frère, il est innocent.
07:00Jamais été avec mon beau-frère.
07:02Jean-Marie Villemin est convaincu de l'implication de Bernard Laroche
07:05dans l'assassinat de son fils.
07:07Bernard Laroche est remis en liberté.
07:09Jean-Marie Villemin se saisit d'un fusil et va la battre devant chez lui.
07:13En juillet 1985, la mère de Grégory, Christine Villemin, est arrêtée.
07:18Vous l'évoquiez, elle est inculpée pour le meurtre de son fils.
07:21Elle est suspecte aux yeux du juge Jean-Michel Lambert qui instruit ce dossier,
07:26mais c'est une erreur judiciaire.
07:28C'est même aérissant qu'elle ait pu être mise en cause dans ce crime.
07:32Il n'y a rien du tout qui la rattache.
07:34Si ce n'est la volonté de la PJ de Nancy,
07:36qui a repris le dossier après que les gendarmes ont été désaisis.
07:40Et en gros, il y a cette idée que la police veut faire l'inverse de la gendarmerie.
07:44Donc, la police va aller sur la thèse de Christine Villemin,
07:47avec aussi l'aide journaliste malfaisant.
07:49Ça va polluer l'esprit du juge Lambert,
07:51qui va se laisser convaincre qu'elle peut être impliquée.
07:54Elle va bénéficier d'un non-lieu en 1993,
07:57un arrêt de non-lieu extrêmement développé.
07:59Un document qui fait encore référence aujourd'hui dans cette affaire,
08:02puisqu'elle va lister toutes les investigations
08:04et toutes les implications potentielles des uns et des autres dans cette affaire,
08:08sans aboutir à un renvoi de quiconque devant une juridiction.
08:10Mais en tout cas, ça va blanchir totalement Christine Villemin,
08:13puisque les juges vont déclarer qu'elle est innocente
08:17et qu'il y a une absence totale de charge.
08:23Timothée Boutry, on fait un saut dans le temps d'une trentaine d'années.
08:26En juillet 2017, le juge Lambert,
08:28dont la défaillance dans cette enquête est devenue publique,
08:32se suicide.
08:32Il y a eu plusieurs rebondissements dans l'enquête.
08:34Il y en a eu un un mois plus tôt,
08:36avec de nouvelles gardes à vue et des mises en examen.
08:39C'est vraiment la réouverture du dossier.
08:41Et les journalistes vont alors exhumer les carnets du juge Simon.
08:45Alors le juge Simon, c'est un magistrat de la cour d'appel de Dijon
08:48qui, à un moment donné, a été chargé de reprendre toutes les investigations
08:52après le juge Lambert.
08:53Et on découvre qu'il avait des carnets intimes
08:56dans lesquels il notait ses réflexions sur l'affaire en cours.
08:59On va à la fois se rendre compte qu'il a été totalement happé par cette histoire
09:02au point d'écrire des poèmes à Grégory, d'aller prier en pensant à lui.
09:06Donc voilà, il s'est totalement investi,
09:08mais je dirais corps et âme dans cette affaire.
09:11Et dans ses carnets, il a des propos très négatifs
09:15envers son collègue Jean-Michel Lambert
09:17en disant qu'il a vraiment instruit tout ça en dépit du bon sens
09:19et que ça a été une catastrophe.
09:21Et en fait, on peut penser que l'exhumation de ses carnets
09:23aura été fatale à Jean-Michel Lambert
09:27qui se retrouve à nouveau sous le feu des projecteurs.
09:30Beaucoup de mal a été dit de son instruction à l'époque.
09:33Et là, on reparle de lui énormément.
09:35Et peut-être que c'était la foi de trop.
09:37Et dans son écrit posthume, il dit
09:38« Je ne veux pas être le bouc émissaire de cette affaire. »
09:41Et il a préféré partir.
09:44Timothée Boutry, aujourd'hui, dans l'actualité,
09:47on parle de Jacqueline Jacob.
09:49Elle a 80 ans.
09:50D'abord, qui est-elle ?
09:51Et quel est son lien précisément avec Grégory ?
09:54Jacqueline Jacob, c'est la grande-tante par alliance de Grégory.
09:58Alors, il faut comprendre l'arbre généalogique.
09:59Partons de Jean-Marie Villemin, le père de Grégory.
10:02Jean-Marie, il a une maman qui s'appelle Monique,
10:05naît Jacob, Monique Jacob.
10:07Et Monique, elle a plusieurs frères et sœurs,
10:09dont un frère qui s'appelle Marcel Jacob,
10:11lequel Marcel Jacob a épousé Jacqueline,
10:14qui est devenue, par ce mariage,
10:16la grande-tante de Grégory.
10:18Qu'est-ce qu'on sait de ce couple,
10:19Jacqueline Jacob et Marcel Jacob ?
10:21C'est un couple d'ouvriers de la vallée de la Vologne.
10:25Ils habitent sur les hauteurs d'Aumonzé,
10:28qui est un des villages au cœur de l'affaire.
10:31Et notamment, Marcel Jacob, il était très proche de Bernard Laroche.
10:35Bernard Laroche, vous vous en souvenez, on en a parlé.
10:38C'est lui qui avait été inculpé pour l'enlèvement de Grégory
10:41avant d'être abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory.
10:44La mère de Bernard Laroche est morte en couche,
10:47donc il a été élevé par sa grand-mère,
10:49et donc aux côtés de Marcel Jacob,
10:51qui avait dix ans de plus que lui,
10:53mais qui était un peu comme son grand-frère.
10:54Et on sait s'ils sont proches des parents de Grégory,
10:57Jean-Marie et Christine Villemin ?
10:58Alors, on sait surtout qu'ils ont eu des problèmes
11:00avec les grands-parents de Grégory,
11:02il y a eu des disputes,
11:03il y a aussi eu des disputes avec Jean-Marie Villemin,
11:07où il a été traité de chef,
11:09ce terme qui revient à ce moment-là.
11:11C'était un peu le clan des jaloux, si je puis dire,
11:14des jaloux de la réussite de Jean-Marie Villemin.
11:18Après 48 heures de garde à vue,
11:20Jacqueline Jacob, la grand-tante de Grégory Villemin,
11:22et son mari Marcel Jacob ont été placés en détention provisoire.
11:27En juin 2017, Jacqueline et Marcel Jacob
11:30sont soupçonnés d'être liés au crime.
11:32Quel est le soupçon qui pèse sur eux ?
11:34Jusque-là, on imaginait que le kidnappeur était l'assassin.
11:39Il y avait de lourds soupçons qui pesaient sur Bernard Laroche,
11:41qui est mort, mort innocent,
11:44qui n'a jamais été jugé.
11:45Il n'en demeure pas moins que,
11:46dans les cercles de l'enquête,
11:47l'hypothèse privilégiée est toujours celle
11:51selon laquelle il aurait enlevé Grégory.
11:53À partir de 2017,
11:55la justice évoque un scénario un peu différent,
11:58selon lequel la personne qui a enlevé Grégory
12:00l'aurait ensuite remis à d'autres personnes
12:03qui, eux, l'auraient ensuite tué et jeté dans la Bologne.
12:06Aux dieux de l'accusation de l'époque,
12:09ces personnes-là, ça pourrait être Jacqueline et Marcel Jacob.
12:12Et donc, à ce moment-là,
12:13ils sont mis en examen pour enlèvement et séquestration,
12:16suivi de mort.
12:16D'emblée, ils contestent toute implication dans ce crime
12:20et en 2018, leur mise en examen est levée.
12:24Pourquoi ?
12:24Alors, elle est levée pour des raisons de forme.
12:27C'est que leur mise en examen a été prononcée
12:29par la présidente de la chambre de l'instruction
12:31qui mène l'enquête.
12:32Or, il aurait fallu que cette décision soit collégiale,
12:36c'est-à-dire qu'elle soit prise par l'ensemble des magistrats
12:38qui composent la chambre de l'instruction.
12:40C'est un vice de forme et donc,
12:41les mises en examen sont levées.
12:43Alors, on aurait pu rectifier cette erreur
12:46en se disant, bon, on va les remettre en examen
12:48de manière collective.
12:49Mais la justice a décidé de prendre le temps
12:52de poursuivre les investigations
12:53pour envisager de nouvelles poursuites.
12:55Mais à ce stade,
12:56les mises en examen sont toujours levées.
12:59En 2021, une nouvelle technique est utilisée
13:02pour tenter d'établir un lien entre Jacqueline Jacob et les lettres
13:06ou les appels du corbeau.
13:07Ça s'appelle une expertise en stylométrie.
13:10De quoi il s'agit ?
13:11C'est une technique assez nouvelle
13:13qui vise à étudier un texte,
13:15sa composition, mais aussi sa syntaxe.
13:18Alors, on n'est pas sur l'expertise graphologique,
13:20ce n'est pas la calligraphie,
13:21c'est plutôt le corps du texte,
13:23la manière dont la personne qui a écrit s'exprime.
13:25Quelles sont les conclusions
13:27de cette analyse en stylométrie ?
13:29Dans le dossier, il y a plusieurs lettres du corbeau
13:31directement liées au crime de Grégory,
13:33dont la lettre postée au moment de l'enlèvement
13:37qui va arriver le lendemain au domicile des parents de Grégory.
13:41Et selon les experts,
13:43Jacqueline Jacob a de fortes probabilités
13:45d'être l'autrice de ses courriers.
13:46Sachant qu'une précédente expertise en écriture,
13:50la plus graphologique,
13:52avait attribué une partie des lettres à Jacqueline Jacob,
13:54mais pas d'autres.
13:56Là, l'expertise en stylométrie
13:57est plus incriminante pour Jacqueline Jacob.
14:00Sachant qu'il y a une expertise complémentaire
14:02sur le message audio
14:04qui a été passé par le ou les auteurs du crime
14:07à l'oncle de Grégory au moment où il était enlevé.
14:10Et là encore, selon les experts,
14:12la stylométrie permet d'imputer ce texte
14:15à Jacqueline Jacob,
14:16en considérant que les formules employées correspondent.
14:20On est sur une technique inédite,
14:22nouvelle et controversée.
14:24C'est un élément parmi d'autres du dossier.
14:25Que disent les avocats de Jacqueline Jacob ?
14:28Les avocats disent que cette technique ne vaut rien,
14:31elle ne repose sur aucune base scientifique,
14:35qu'on est reparti dans un nouveau délire de l'affaire Grégory
14:37et que cette recherche de responsabilité
14:40amène la justice à commettre de nouvelles erreurs
14:43et que la justice n'a pas appris de tous ces errements
14:46et qu'on est en train encore
14:48de partir sur des éléments totalement délirants
14:51pour mettre en cause quelqu'un.
14:56Cette année, le 18 juin,
14:57la Chambre de l'instruction estime
14:59qu'il faut envisager une mise en examen
15:02de Jacqueline Jacob.
15:03Oui, là encore, c'est un rebondissement
15:05puisqu'on l'a dit, 2017, réouverture,
15:08des mises en examen.
15:092018, les mises en examen sont levées.
15:11Et là, depuis, le dossier était,
15:12je dirais, un peu au point mort.
15:14On savait que de nouvelles expertises
15:17scientifiques, notamment ADN,
15:18avaient été diligentées,
15:19dont on attendait le retour.
15:20Mais enfin bon,
15:21on était dans une espèce d'entre-deux.
15:24Et là, la décision de la Chambre de l'instruction,
15:26un nouveau coup de tonnerre, si je puis dire,
15:28puisque les magistrats envisagent
15:30une mise en examen de Jacqueline Jacob,
15:32seule, plus de Marcel,
15:33puisque Marcel, il n'en est plus question à ce stade,
15:36en estimant qu'il y a suffisamment d'éléments
15:38pour envisager à nouveau son implication dans le crime.
15:42Timothée Boutry,
15:43le parquet général de Dijon,
15:44donc l'accusation,
15:45n'était pas du même avis.
15:47Rappelez-nous d'abord le rôle de chacune
15:49de ces instances,
15:50le parquet et la Chambre de l'instruction.
15:52La particularité, c'est que l'enquête
15:53se mène au niveau de la Cour d'appel de Dijon.
15:55Ça a été délocalisé.
15:56Au départ, on était à Epinal,
15:58mais aujourd'hui, on est au niveau
15:58du ressort de la Cour d'appel de Dijon.
16:00La Chambre de l'instruction,
16:01c'est comme un juge d'instruction,
16:02en fait, sauf que c'est une instance collégiale
16:04au niveau de la Cour d'appel.
16:05Et ce sont ceux qui vont enquêter
16:06à charge et à décharge,
16:08qui vont être en lien avec les enquêteurs
16:09de la section de recherche
16:11de la Gendarmerie de Dijon
16:12pour orienter les axes d'enquête.
16:14Ça, ce sont les juges qui décident,
16:16si je puis dire,
16:17in fine, si un tel ou un tel
16:20doit être renvoyé devant
16:21une juridiction de jugement
16:23pour être jugé.
16:24Dans le cadre de la justice pénale,
16:26il y a des parties au procès,
16:27si je puis dire,
16:28et une autre partie,
16:28c'est l'accusation,
16:30le ministère public,
16:31nous, la société,
16:33et c'est le parquet.
16:34Mais là, comme on est au niveau
16:35de la Cour d'appel,
16:36c'est ce qu'on appelle
16:36le parquet général.
16:38Le procureur général,
16:40lui, qui a été évidemment
16:42invité à s'exprimer
16:43sur une éventuelle relance
16:45ou non des investigations,
16:46comme la procédure le veut,
16:48le parquet, lui, estime
16:49que les éléments, certes,
16:52orientent potentiellement
16:53vers Jacqueline Jacob,
16:54mais lui, le procureur, dit
16:56que ce n'est pas suffisant
16:57pour envisager une mise en examen.
16:59Et donc là,
16:59il y a une divergence de point de vue,
17:01mais ce sont les magistrats
17:03de la chambre de l'instruction
17:04qui ont la main,
17:05si je puis dire,
17:06et eux, envisagent potentiellement
17:08une nouvelle mise en cause
17:09de Jacqueline Jacob.
17:10Et donc, qui va trancher ?
17:11C'est la chambre de l'instruction
17:13qui va trancher,
17:13puisque cet arrêt
17:15ordonne une audition
17:16de Jacqueline Jacob
17:17et avec, à l'issue,
17:20potentiellement,
17:21une nouvelle mise en examen
17:22de Jacqueline Jacob.
17:24C'est à l'occasion
17:25de cet arrêt
17:26de la chambre de l'instruction
17:27sur une future audition
17:28de Jacqueline Jacob
17:29que l'on a su
17:30que sa mise en examen
17:32était de nouveau envisagée,
17:34mise en examen
17:34pour association de malfaiteurs.
17:36Mais, Timothée Boutry,
17:38il y a un débat
17:38sur la qualification
17:40de cette mise en examen.
17:41Oui, parce que, rappelez-vous,
17:42en 2017,
17:43quand l'affaire éclate à nouveau,
17:45Jacqueline Jacob
17:46est mise en examen
17:47pour enlèvement
17:48et séquestration
17:48suivie de mort.
17:49C'est-à-dire qu'à l'époque,
17:50on considère
17:51qu'elle a eu un rôle direct
17:53dans l'assassinat de Grégory.
17:54C'est une qualification criminelle.
17:57Là, dans l'arrêt,
17:58il est question
17:58d'une autre qualification
17:59qui est celle
18:00d'association de malfaiteurs
18:02criminelles.
18:03Or, jusqu'à très récemment,
18:05l'association de malfaiteurs,
18:07c'est une infraction délictuelle,
18:08c'est-à-dire un délit.
18:09Ce sont des faits
18:11qui sont passibles
18:12au maximum
18:12de 10 ans de prison.
18:14Sachant qu'en 1984,
18:16l'association de malfaiteurs
18:18était un délit.
18:19Et donc,
18:20on voit mal à ce stade
18:21comment Jacqueline Jacob
18:23pourrait être mise en examen
18:25pour une infraction
18:26qui, à l'époque des faits,
18:28n'existait pas.
18:29L'association de malfaiteurs
18:30existait,
18:31mais c'était un délit.
18:35Vous l'avez dit,
18:36c'est la chambre
18:37de l'instruction
18:38de la cour d'appel de Dijon
18:39qui va trancher.
18:40On connaîtra quand
18:42sa décision ?
18:42Dans son communiqué,
18:44le procureur général dit
18:45dans quelques mois,
18:46pas avant la rentrée,
18:47c'est certain.
18:48Alors,
18:49pourquoi ce délai ?
18:50J'avoue que je n'en sais rien,
18:51pour être très honnête
18:52avec vous,
18:53sachant qu'il y a toujours
18:54des investigations
18:54qui sont en cours,
18:55notamment sur des expertises ADN.
18:57Est-ce que,
18:58la justice se dit peut-être
18:59que d'ici là,
19:00des nouveaux éléments
19:01seront rentrés ?
19:02Je ne sais pas.
19:03Ou si peut-être
19:03qu'il faut préparer
19:05cette audition,
19:06que ça nécessite
19:07un travail en amont
19:08et que la chambre
19:09de l'instruction
19:09prend le temps
19:10de bien préparer
19:11cet événement.
19:12On peut parler
19:13d'événement
19:13puisque une convocation
19:15de Jacqueline Jacob
19:16dans ce dossier,
19:17c'est quelque chose
19:18d'important,
19:18à plus forte raison
19:19si, à l'issue,
19:21elle est mise en examen.
19:25Timothée Boutry,
19:25on revient au début
19:26de cet épisode
19:27de Code Source
19:27dans votre papier
19:29d'octobre 2024,
19:3040 ans après
19:31la mort de Grégory.
19:32Vous racontiez
19:33que ses parents
19:34ont trouvé la force
19:35de continuer à vivre,
19:36sans oublier Grégory,
19:38bien sûr,
19:38mais ils ont eu
19:39d'autres enfants.
19:40Oui, c'est assez exceptionnel
19:41parce que Christine
19:42et Jean-Marie Villemin
19:43sont toujours ensemble
19:44et déjà en soi.
19:45Ce n'est pas évident
19:46combien de couples
19:48explosent après un drame,
19:49un accident de la vie.
19:50c'est des parents
19:51qui étaient très jeunes
19:52à l'époque,
19:52qui ont perdu un enfant
19:53et il n'y a rien de pire
19:55et qui l'ont perdu
19:56dans des circonstances
19:57effroyables
19:58puisque c'est un assassinat
19:59et c'est une vengeance.
20:00Et qu'est-ce qu'on peut faire
20:01de pire à quelqu'un
20:02que d'assassiner son enfant ?
20:03Donc déjà,
20:04il faut s'en remettre.
20:05Il faut que le couple survive.
20:06Le couple a été éprouvé
20:08puisque Jean-Marie Villemin
20:09a commis l'irréparable
20:10en abattant Bernard Laroche.
20:12Donc il a été emprisonné
20:14et condamné.
20:15Christine Villemin,
20:16elle a été mise en cause
20:17de manière totalement scandaleuse
20:18mais quand même,
20:19il y a eu quantité d'articles
20:21sur la mère malfaisante,
20:23elle a passé un petit peu
20:24de temps en prison,
20:25très peu de temps
20:25mais quand même,
20:27imaginez les épreuves
20:28qu'ils ont subies,
20:29et bien ils sont toujours
20:29ensemble aujourd'hui.
20:30Ils ont eu trois enfants
20:31qui sont grands aujourd'hui,
20:32qui ont fait des études brillantes,
20:34qui réussissent dans la vie
20:35et c'est vraiment une leçon,
20:38je dirais,
20:39de résilience,
20:40une force
20:40et ils sont encore aujourd'hui
20:42en attente de la vérité
20:44dans l'espoir
20:44qu'un jour,
20:45on puisse connaître
20:46le ou les responsables
20:47de ce crime
20:48et que ces auteurs,
20:49s'ils sont toujours en vie,
20:51soient traduits
20:51devant la justice.
20:53Ils sont très au courant
20:55de ce qui se passe,
20:55Jean-Marie Villemin,
20:56notamment,
20:57connaît le dossier
20:58sur le bout des doigts,
20:59il collecte des informations,
21:01ils sont toujours
21:01très très impliqués
21:02et ils n'ont jamais perdu
21:03cet espoir.
21:03En octobre 2024,
21:05Jean-Marie Villemin
21:06a rédigé la préface
21:07d'une bande dessinée
21:08consacrée à l'affaire.
21:09Il a évoqué
21:10l'anéantissement total
21:12qu'a représenté
21:12la mort de Grégory
21:13et il a eu des mots
21:14très beaux
21:15au sujet de son fils disparu.
21:17C'est un petit événement
21:18parce que les parents
21:19de Grégory
21:19se sont astreints
21:20à une diète médiatique,
21:22eux qui ont tant
21:23souffert des médias.
21:24Les dernières apparitions,
21:26c'est la marge du siècle
21:26et une interview à la croix.
21:28Ça fait des années
21:29qu'ils ne s'expriment pas
21:30ou uniquement
21:31par l'intermédiaire
21:31de leurs avocats
21:32qui sans cesse disent
21:33voilà,
21:34ils cherchent la vérité,
21:35ils se réjouissent
21:36de cette avancée
21:37mais ils restent
21:38très en retrait.
21:39Et donc là,
21:39la préface de cette BD,
21:40vous l'avez dit,
21:41et Jean-Marie
21:41qui s'exprime ainsi
21:42et qui rend hommage
21:43à son petit homme Grégory,
21:45je cite,
21:45qui nous donne la force
21:46de vivre sans lui,
21:47de vivre en dehors
21:49de la haine,
21:50sans rancœur,
21:50de vivre heureux
21:51et de vivre pour sa mémoire.
21:53Ce sont des mots
21:53évidemment extrêmement touchants
21:54de la part de quelqu'un
21:56qui a subi ce qu'il a subi.
22:09Merci Timothée Boutry.
22:10Cet épisode de Code Source
22:12a été produit par
22:13Anaïs Godard,
22:14Thibault Lambert
22:14et Clara Grosis
22:15réalisé par
22:17Pierre Chaffanjon.
22:18Code Source
22:19est le podcast quotidien
22:20d'actualité du Parisien.
22:21N'hésitez pas à vous abonner
22:23sur votre plateforme
22:24d'écoute préférée,
22:25à nous laisser des commentaires
22:26et à partager.
22:27On vous invite également
22:29à écouter notre
22:29podcast hebdomadaire
22:31consacré aux affaires criminelles
22:32Crime Story
22:33présenté par Claudia Prolongeau
22:35avec Damien Delseny,
22:37le chef du service
22:38Police Justice du Parisien.
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