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  • il y a 14 heures
Chaque semaine, nos critiques cinéma commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, “Les Rayons et les ombres”, le dernier film de Xavier Giannoli, avec Jean Dujardin et Nastya Golubeva

En salles le 18 mars 2026.
Transcription
00:00Cette semaine, on va au cinéma pour voir un film qui dure 3h15.
00:03Oui, c'est long, mais ça en vaut la peine.
00:05C'est Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli.
00:07Plus jamais ça, car la guerre ne résout rien.
00:12À la table-là, il y a ma petite-fille Corinne.
00:15Elle ne grandira pas dans une Europe déchirée par les conflits armés entre les peuples.
00:19Je voudrais raconter comment on en est arrivé là.
00:26Au début des années 30, mon père et Otto étaient des pacifistes convaincus.
00:30L'Allemagne veut la paix.
00:32Je crois qu'il faut maintenir le dialogue avec Hitler.
00:36Xavier Giannoli a placé son film sous le signe de Victor Hugo.
00:39Le titre Les rayons et les ombres, c'est un titre d'un recueil de poèmes de Victor Hugo.
00:42Dans ce film, il en extrait un des poèmes qui s'appelle Sagesse.
00:46Il y a une longue citation du poème qui est lue pendant le film.
00:50Je ne vais pas vous la dire in extenso, parce que je ne m'en souviens pas très bien.
00:52Mais il y a quand même ce qu'il dit, en gros, c'est que tout homme sur Terre a
00:56deux faces, le bien et le mal.
00:58Tout blâmer, c'est ne rien comprendre.
00:59C'est un peu le propos du film, c'est-à-dire de pointer que le manichénisme n'a pas
01:04de raison d'être dans ce film.
01:05Au contraire, on va aller chercher la complexité en toutes choses,
01:08ce qui est très courageux pour une période aussi complexe que la collaboration.
01:12Il va aller chercher à travers trois personnages,
01:15pas forcément ce qu'il faut sauver chez eux,
01:17mais d'essayer de comprendre pourquoi ils sont arrivés dans cette position-là.
01:21Alors, Xavier Gennoli dit qu'il n'essaye pas d'orchestrer leur défense.
01:26Il est effectivement dans une ligne d'ambivalence, de complexité, etc.
01:30Il y a quand même deux, trois moments où on sent qu'il aimerait bien les sauver, ces personnages.
01:34Je pense à un moment où le personnage de Dujardin, Jean Luchère,
01:39n'est pas à son bureau, comme c'est opportun au moment où son collaborateur fait un édito dégueulasse d
01:46'antisémitisme, etc.
01:48Sur l'aveuglement des personnages, le film est assez gentil.
01:54Il ne le sera pas toujours et il est vraiment passionnant dans les tergiversations, les questions qu'il pose.
02:01Qu'est-ce que c'est que l'aveuglement ?
02:02Alors, l'aveuglement dans ces années noires et puis peut-être l'aveuglement aujourd'hui.
02:06C'est les années sombres, ce n'est pas pour ça qu'il faut faire un film sombre.
02:09C'est un film avec beaucoup de couleurs, beaucoup d'énergie, beaucoup de rythme.
02:13En termes de mise en scène, on n'est pas si loin de ce que peut faire Scorsese dans Casino.
02:17Et puis à d'autres moments, forcément, il y a les Allemands qui sont en France,
02:21il y a pas mal de sexe aussi dans cette histoire-là.
02:22On est chez les derniers de Visconti.
02:24Le film est très différent, par exemple, de Laissez-passer de Tavernier,
02:27qui était un film merveilleux sur le cinéma français pendant l'Occupation.
02:32Ce film-ci est très différent parce qu'il y a à la fois l'histoire de la presse,
02:36à la fois la collaboration, et il ne montre jamais ce qu'on a vu
02:41dans moult films français sur l'Occupation.
02:44Mais tout le monde a ça en tête pendant ces images de soirées,
02:48de ces femmes sublimes en robe de soie, on boit du champagne, on mange du caviar.
02:53Et vous, vous le savez, pendant le film qu'on est en 1942,
02:56que les gens crèvent de faim, qu'il y a la rafle du Veldiv,
02:59que la France crève, il y a le STO.
03:03Et toute cette violence-là, elle est comme finalement dans la tête,
03:07dans les bagages du spectateur, et un peu peut-être dans le corps
03:11de ces protagonistes qui sont des gens malades.
03:14La tuberculose tient un rôle extrêmement important.
03:16Ce sont des gens dont l'organisme est en train de pourrir de l'intérieur.
03:20Et là-dessus, le film est assez saisissant.
03:22Une très bonne surprise du film, c'est Jean Dujardin.
03:25On sait que c'est un excellent acteur comique.
03:27Moi, il ne m'a pas toujours convaincu dans ses rôles dramatiques.
03:29Alors là, c'est un rôle vraiment pas comique du tout,
03:32extrêmement dramatique.
03:32Et il est vraiment étonnant parce que le personnage de Jean Lucherm,
03:35ce n'est pas quelqu'un de très sympathique à la base.
03:38Et puis, Jean Dujardin, il le joue avec une certaine impassibilité
03:41qui est assez troublante, mais assez juste, je trouve.
03:44Et puis, Jean Dujardin, il arrive avec tout ce qu'il est,
03:46sa persona en tant qu'acteur, quoi.
03:48Et donc, quelqu'un de plutôt sympathique.
03:49Ce qui fait qu'on n'arrive pas totalement à le haïr tout le temps du film, quoi.
03:53Et donc, ça permet vraiment de jouer sur l'ambiguïté du personnage
03:56de manière très intelligente.
03:57Et puis, il y a une révélation.
03:59Alors, on sent que la sympathie, s'il y en a une,
04:02de Gian Oli pour ses personnages,
04:04il va à Corinne Luchère.
04:06Il est peut-être un peu trop gentil avec elle à certains moments
04:08sur son aveuglement auquel elle a l'air...
04:10Voilà, on dit que ce n'est pas de sa faute.
04:12C'est un peu la faute de son père si elle a dérivé autant.
04:15C'était peut-être un petit peu plus compliqué que ça.
04:17C'est quasiment son premier rôle à l'écran.
04:19On ne l'a vu que dans de toutes petites apparitions
04:21dans deux, trois films auparavant.
04:22C'est Nastia Golubeva,
04:24qui ne ressemble pas beaucoup à la vraie Corinne Luchère,
04:27mais ce n'est pas grave.
04:29On y croit vraiment quand elle joue les essais
04:32du premier rôle de Corinne Luchère.
04:33C'est un très, très beau moment
04:34où c'est la naissance d'une actrice de cinéma
04:37et la naissance d'une actrice qui joue une actrice de cinéma.
04:39C'est quelque chose d'assez vertigineux.
04:41Elle porte vraiment le film de bout en bout.
04:43Et bravo au département Coiff-Mac,
04:45Coiffure et Maquillage,
04:46parce que c'est vrai qu'elle correspond vraiment
04:48à l'idée qu'on se fait d'une star de ces années-là.
04:51La scène d'essai dont parlait Samuel,
04:54où elle va décrocher son premier film,
04:57est une scène, et là non plus,
04:58ça ne peut pas être innocent,
05:00où elle crie, vous êtes tous les mêmes,
05:02je suis innocente.
05:03Et elle la répète, elle la répète,
05:05et on la voit à l'écran.
05:07Et ça crée ce truc,
05:08cette empathie avec cette toute jeune femme
05:12dont l'aveuglement coupable
05:13sera néanmoins, évidemment,
05:15questionné et par le film et par l'histoire,
05:18puisqu'elle a été frappée de 10 ans
05:19d'indignité nationale.
05:21Les rayons et les ombres,
05:22Paris gonflé, Paris gagnant,
05:24c'est un grand bravo.
05:25Les rayons et les ombres, c'est très bien.
05:27On nous traitera, mon père et moi,
05:29de salauds, de collabos.
05:31Mais quand est-ce qu'on devient une collabos ?
05:33Tout ça, c'est ta faute, moi, j'ai rien fait !
05:35J'ai rien à la justifier.
05:43Rien !
05:44Il a choisi de trahir.

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