00:00Tu arrives à l'hôpital, Jade est très vite prise en charge, parce que c'est l'hôpital de Pointe
00:07-à-Pitre, qui est un bon hôpital.
00:10Oui, tout à fait, pas de problème vis-à-vis de ça.
00:12J'arrive là-bas, on nous met dans une petite pièce, et il n'y a pas vraiment de nouvelles.
00:17Et moi, je sais qu'à un moment, ils viennent nous voir en disant que c'était effectivement extrêmement grave
00:20et qu'ils ne peuvent pas se prononcer.
00:22Moi, j'étais par terre, en train de me rouler de douleur par terre.
00:25On a attendu plusieurs heures avant de pouvoir la voir.
00:28Et là, il démarre quelque chose qui est assez bizarre, mais que malheureusement, j'avais anticipé.
00:33Ils nous disent qu'on va essayer de la réveiller demain ou après-demain, donc revenez demain, comme ça, et
00:38on nous laisse partir.
00:39On ne vous explique pas pourquoi ce procédé ?
00:42Non, non, on ne les explique pas. On nous dit qu'elle est plongée en coma artificiel, donc ça, on
00:47nous l'explique.
00:47On vous explique qu'elle a sans doute un hématome, tu sais, souvent, c'est parce qu'il y a
00:54un hématome,
00:55et que l'on doit attendre que l'hématome se résorbe avant de réveiller le patient.
01:01Alors, je ne sais plus si il y a ce niveau de détail, mais ce qui est sûr, c'est
01:03qu'ils voulaient faire d'autres analyses le lendemain.
01:05Oui.
01:05Et ils nous disent de rentrer, de revenir le lendemain.
01:08Mais ce qui est aussi étonnant, c'est qu'ils nous laissent vraiment, ce qui ne nous a pas aidé,
01:12c'est qu'on est vraiment laissé à nous-mêmes.
01:13Ils nous laissent partir comme ça, à plus de minuit, une heure du matin, sans autre consigne.
01:17Il n'y a pas de prise en charge psychologique, du tout, pendant tout le séjour, même après en France,
01:20il n'y a pas, sauf que je suis allé à le demander.
01:23Donc, on rentre, et là, c'est la vie, comment dire, cet endroit qui était, comme tu dis, paradisiaque.
01:30Ça devient une sorte d'enfer, c'est-à-dire qu'on est tout seul dans la nuit en train
01:32de rouler.
01:33Bien entendu, je ne dors pas, ça c'est évident, je ne dors pas du tout.
01:36Le matin, on se lève, et là, forcément, lorsqu'on arrive, ils nous disent,
01:39ben non, ils n'ont pas pu la réveiller, ça n'a pas marché, il faut encore entendre un jour.
01:43Et ils commencent à nous dire que les analyses, il y a un point positif,
01:46c'est qu'elle n'a pas été touchée à la moelle épinière, donc elle n'est pas tétraplégique.
01:51Ce qui était une inquiétude réelle de mon côté, entre autres, parce qu'il y a un plein d'autres.
01:56Ce qui est une très bonne nouvelle.
01:58Oui, ce qui reste une très bonne nouvelle, donc elle n'est pas touchée là.
02:03Par contre, elle a plusieurs impacts au niveau de la tête préfrontale.
02:09Ils disent que là, ça peut prendre du temps, et dès le début, on me dit,
02:11de toute façon, préparez-vous à un marathon.
02:13Donc, un marathon, c'est difficile à éviter.
02:15C'est un professeur qui te dit ça ?
02:17Alors, chirurgien ?
02:18On n'était en Guadeloupe.
02:19C'est beaucoup d'interne, en fait.
02:21Donc ça, le changement d'interlocuteur n'était pas évident.
02:24Mais ce qu'il laisse penser, c'est que c'est très, très grave, sans en dire plus,
02:28qu'il faudra des années.
02:31Ça, ils le disent dès le début.
02:32Ça, d'emblée.
02:32D'emblée.
02:33Et il faut le remettre, je reviens sur ce que tu as dit tout à l'heure,
02:35quand tout se passait bien, qu'on le remet dans son contexte,
02:38c'est impossible de percevoir qu'il faut attendre 3, 4, 5 ans pour qu'il se passe quelque chose.
02:42On n'arrive pas à le réaliser.
02:43C'est que tout, d'un seul coup...
02:45Mais comment veux-tu accepter ça ?
02:47On aimerait qu'elle se remette, comme dans les films,
02:50en disant, mais ça y est, elle va se réveiller.
02:51Non, ça ne marche pas comme ça.
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