00:00La maison Paul Anjo a été créée en 1995, dans une période où il y avait beaucoup à faire dans
00:05la mode, essentiellement masculine.
00:07Et mon idée, c'était de remettre au goût du jour les années yéyées, les années 60-70, les années
00:14happy days,
00:15en mettant en avant de la fantaisie, de la couleur, des imprimés qui n'existaient pas, qui n'étaient pas
00:20sur le marché à l'époque.
00:25Paul Anjo a commencé dans les années 95 avec une volonté de faire de la mode masculine qui tout de
00:30suite a séduit les femmes.
00:31Les femmes qui ont commencé aussi à puiser dans la garde-robe des hommes.
00:36Et très très vite, la marque s'est développée, mais d'une façon exponentielle.
00:39On a eu d'emblée les plus belles boutiques à travers le monde.
00:43C'était vraiment absolument extraordinaire.
00:45Donc c'est allé très vite, la production s'est énormément accrue, parce que beaucoup de demandes.
00:52La demande a été telle qu'à un moment donné, je ne pouvais pas vendre à tout le monde.
00:56Et là, on a décidé de créer Paul Anjo Sister, qui était la ligne plus abordable.
01:00Et là, on a été obligés de délocaliser.
01:02Donc nous sommes allés en Europe de l'Est, nous sommes allés en Chine.
01:05En fait, sur le coup, ça a été un carton plein.
01:07La première année, on a fait 8 millions d'euros chiffres d'affaires,
01:10avec vraiment une profitabilité, avec une distribution accrue,
01:15avec une demande de gros, gros, gros clients.
01:17En plus, grandes distributions, grandes, moyennes distributions.
01:21Et qui a été assez bluffant, parce qu'on n'a jamais vu des chiffres pareils pour une première année.
01:26Mais on a eu un petit peu un retour de boomerang.
01:28C'est que la ligne, du fait des prix, du fait de la clientèle,
01:33qui était, comment dire, un petit peu plus populaire,
01:37ça a un petit peu cannibalisé la ligne principale.
01:39Et puis, ça a été aussi dans ces années-là,
01:41donc c'est les années un peu, on va dire, 2010,
01:45l'émergence des marques un peu contemporaries, low luxury,
01:51qui ont ouvert des boutiques partout,
01:52qui sont mises à faire aussi des vêtements un peu dans l'esprit de Paul Anjo,
01:55c'est-à-dire l'esprit prépi, l'esprit coloré, l'esprit fun, l'esprit jeune.
02:00La concurrence m'a fait beaucoup de mal, mais c'est de ma faute, et j'ai reconnu.
02:03J'étais un petit peu aussi grisée par le succès,
02:06j'étais grisée par la demande des agents,
02:08qui, eux, ne cherchaient qu'à faire du chiffre,
02:11qui ne voyaient pas tellement à long terme.
02:12C'était faire pour faire des collections tout le temps,
02:14sans même penser à se faire plaisir,
02:16parce que, moi, je sais que mes clientes,
02:18elles aiment les produits Paul Anjo,
02:19parce qu'elles savent que les produits sont énormément identifiés,
02:23à qui je suis, à mon caractère,
02:26à mon tempérament et à mon style personnel.
02:28Donc, à un moment donné, il y a eu suffocation,
02:31trop de Paul Anjo, trop de Paul Anjo sister,
02:34au détriment de l'année principale,
02:36et au détriment de ce que j'aime faire, et de ce que je sais faire.
02:38Et j'ai eu, moi-même, personnellement, un ras-le-bol.
02:41Début 2020, j'ai pris la décision de stopper Paul Anjo sister,
02:44et de me recentrer sur la ligne principale.
02:48Et donc là, maintenant, je me sens plus sereine aujourd'hui,
02:53parce qu'effectivement, j'ai pris cette décision,
02:55c'était un très grand chiffre d'affaires pour l'Anjo sister,
02:57parce qu'à l'apogée de la marque, c'était 18 millions de chiffre d'affaires.
03:02Pour une ligne BIS, c'est quand même pas mal.
03:04La grande ligne faisait plus de 45 millions de chiffre d'affaires,
03:08mais je sentais que c'était le bazar,
03:10parce que, du coup, les clients, à l'époque,
03:12voulaient acheter moins la grande ligne, plus la petite ligne.
03:14J'ai réagi, et j'ai réagi fermement,
03:17parce qu'il y avait aussi des gens qui travaillaient pour la marque,
03:20dont j'ai dû me séparer.
03:22Il y a eu des clients qui avaient besoin de la marque,
03:24et à qui j'ai prévenu que ce n'était plus possible.
03:27Et puis, il y a eu cette floraison aussi de marque,
03:29de marque à petit prix, un peu dans l'esprit de la maison,
03:32qui était moins chère que moi, du coup,
03:33et qui était carrément en concurrence directe,
03:37et qui, à terme, m'aurait aussi fait du mal.
03:40Donc, j'aurais tout perdu.
03:41J'aurais perdu la grande ligne, la petite ligne.
03:43Donc, j'ai dit, à un moment donné,
03:44il faut se calmer, il faut tout remettre à plat,
03:46respirer un bon coup et réfléchir.
03:47Où je vais les dix prochaines années où je veux aller ?
03:51Ça arrive le Covid, évidemment,
03:52puisqu'un bonheur n'arrive jamais seul.
03:54Et là, bon, on est tous un peu face à une page blanche.
03:58Où va-t-on ?
03:59J'ai eu beaucoup d'annulations de commandes,
04:01parce qu'en plus, ça tombait sur l'été,
04:02donc on devait livrer l'été.
04:03Qu'est-ce que vous voulez dire à un client qui est fermé ?
04:05Tu dois prendre ta marchandise.
04:07Quoi qu'il arrive, tu as signé ta confirmation,
04:10tu m'as envoyé la compte,
04:11tu dois prendre ta marchandise.
04:12Mais ils sont tous fermés.
04:13Il faut bien s'aider.
04:14Alors, on s'est entraînés,
04:15donc on a fait des compromis.
04:17On s'est retrouvés avec des milliers de pièces sur les bras,
04:19il faut dire la vérité.
04:19Si je n'avais pas eu la structure
04:21et le trésor de guerre
04:22et la trésor qu'on a toujours mis de côté,
04:25justement, la poire pour la soif
04:27qu'on m'a appris mes parents au cas où,
04:29on n'aurait pas pu tenir.
04:31Malgré les aides de l'État,
04:32c'était quand même une situation très compliquée.
04:34Il fallait payer les fournisseurs,
04:36il fallait payer les façonniers,
04:38mes fabricants, mes façonniers,
04:39moi, si je ne les paye pas,
04:40comment voulez-vous qu'ils fassent
04:41pour payer leur personnel ?
04:43On allait arriver à une catastrophe.
04:44Mais je pense aussi que c'est le fait
04:45qu'on soit redevenus petits
04:47qui m'a aussi permis
04:49d'être proche de mes partenaires,
04:51d'essayer de trouver des compromis
04:53pour se sortir la tête de l'eau
04:55et pour, à un moment donné,
04:58avancer et construire pour l'avenir
05:00ce sans quoi on aurait coulé
05:02comme plein de boîtes ont coulé.
05:03Et l'après-Covid a été,
05:05pour moi, déterminant.
05:06Je décide de faire des collections
05:08plus ciblées,
05:10mieux merchandisées,
05:11c'est-à-dire moins de produits,
05:13moins de SKU, comme on dit,
05:14moins de déclinaison de produits
05:16et aller vers l'essentiel.
05:17Et je réfléchis surtout
05:18à quelque chose de capital,
05:20des looks.
05:21La cliente qui va venir,
05:22elle va aimer la veste,
05:24mais avec la veste,
05:25on va lui proposer le pantalon,
05:26on va lui proposer le pull,
05:27on va lui proposer le chemisier,
05:28on va lui proposer la ceinture.
05:29Comme ça, elle n'est pas paumée,
05:30elle va acheter un look.
05:31Pourquoi ?
05:32Pour imposer,
05:33pour réimposer
05:34le style et le look Paul & Joe.
05:36Mais le look Paul & Joe,
05:38pas par rapport à un produit,
05:39une chemise,
05:40un pantalon,
05:40une veste,
05:41mais par rapport à une silhouette.
05:42Et ça, j'adore.
05:43Donc aujourd'hui,
05:43Paul & Joe,
05:44c'est 150 points de vente
05:45dans le monde,
05:4615 millions d'euros
05:47de chiffre d'affaires
05:47avec une très, très grosse partie,
05:50comme je vous l'ai dit,
05:51licence.
05:51C'est un business online
05:53qui est exponentiel.
05:55C'est un souci
05:58de proposer des vêtements
05:59qui ne sont pas dans des boutiques,
06:02des centaines de boutiques
06:03à tous les coins de rue
06:04à travers le monde
06:05parce que c'est la spécificité,
06:07l'unicité
06:08et le fait
06:09qu'on ne va pas aussi
06:09se retrouver plusieurs femmes
06:12à une soirée
06:13ou à un dîner
06:14ou à un cocktail
06:15habillées de la même manière.