00:00Et on est justement en duplex avec Benoît Payan, le maire sortant de Marseille. Bonsoir, M. Payan.
00:06D'abord, question très simple. Avez-vous négocié, discuté de ce retrait avec M. Delogui ?
00:13Ou est-ce que vous pouvez nous dire ce soir qu'il n'y a eu absolument aucun contact entre
00:16lui et moi ou entre nos équipes ?
00:17Non, écoutez, non. J'ai été constant depuis le début. Je l'ai dit dès dimanche soir. Je l'avais
00:24dit avant le premier tour.
00:26Je m'en tiens à ce que je dis. Je crois que c'est vrai que c'est assez rare
00:29en politique et que ça surprend.
00:31J'ai dit que je ne ferais pas d'accord dans les conditions qui avaient été posées par la France
00:35insoumise.
00:36Il n'y a pas eu d'accord. J'ai déposé ma liste. Et ensuite, vous savez, les gens sont
00:40face à leur conscience.
00:42Marseille n'est pas Paris. Je n'ai pas Rachida Dati en face de moi. Moi, j'ai le Rassemblement
00:46national.
00:47Je n'ai pas une liste macroniste. J'ai les héritiers de Jean-Marie Le Pen qui sont face à
00:54moi.
00:54Et cette ville représente finalement tout l'inverse de ce qu'est le Rassemblement national.
01:00Et le Rassemblement national est aux portes de la ville. Face à ça, j'avais deux choix.
01:05Soit je considérais qu'il fallait dans un couloir la nuit s'arranger et qu'on passait sur tout ce
01:11qui avait pu se passer dans la campagne.
01:12Je vous rappelle que l'objectif de LFI n'était pas de gagner la ville. L'objectif de LFI était
01:17de me faire perdre, de faire perdre la gauche à Marseille.
01:20Mais faire perdre la gauche à Marseille, c'est faire gagner le RN. Et les mots ont du sens.
01:26Et moi, je crois que les mots doivent être, en général, en adéquation avec les actes.
01:31Ce soir, je prends acte de sa décision. Il s'est retiré. Ça m'est arrivé à trois reprises de
01:37me retirer.
01:38D'un mot, Benoît Payan, est-ce qu'à titre personnel, au-delà des désaccords que vous venez de rappeler,
01:42des désaccords politiques avec Sébastien Delogu,
01:44est-ce qu'à titre personnel, vous l'avez remercié pour ce retrait, est-ce que vous le faites ce
01:48soir ?
01:51En fait, il faut saluer les gestes quand ils sont posés. Et c'est un geste républicain qui l'a
01:59fait.
01:59On voit bien que la candidate de la droite, vous aviez tout à l'heure sur votre plateau Jean-François
02:04Copé,
02:05qui explique que lui, qui est censément un grand républicain, n'est pas concerné par l'élection d'Homère-Hérène
02:11à Marseille,
02:11dans la deuxième ville de France. Et que sa candidate, elle, fait comme si...
02:17Elle a fait le même score que M. Delogu, d'ailleurs. Je ne sais pas si vous imaginez, dans la
02:20ville de Jean-Claude Godin,
02:23la dégringolade. Et ça ne me réjouit pas. Je préfère avoir face à moi une droite républicaine que le Rassemblement
02:28national.
02:29Donc je ne sais pas si vous imaginez la dégringolade de la droite à Marseille, mais c'est absolument terrible.
02:35Elle aurait pu, elle aussi, prendre ses responsabilités et se désister, comme il m'est arrivé à moi de le
02:42faire, dans une élection.
02:44Quand on a des adversaires politiques, d'abord on ne quémande pas de place, je crois qu'on ne fait
02:48pas d'accord, pas de tambouille.
02:49Et moi, avec la France insoumise, je n'ai voulu aucun accord, aucune tambouille.
02:53C'est-à-dire, il n'y a pas de « passe-moi le poivre, je te passe le sel
02:56». Les Français ne supportent plus ça.
02:59Il n'y a qu'à regarder le spectacle affligeant que les politiques sont en train de donner pour conserver
03:03des postes.
03:04Or, il faut rester droit dans ses bottes et rester qui on est.
03:08Je n'ai jamais masqué que j'étais un homme de gauche. Je n'ai jamais renié qui j'étais.
03:13Certes, je ne suis plus socialiste, mais je garde mes convictions. Elles ne changeront pas.
03:18Néanmoins, l'enjeu qui est devant nous, Marc Fauvel, dans la deuxième ville de France, c'est de savoir si
03:23le clan Le Pen s'empare de la deuxième ville de France.
03:27Parce que ce serait un séisme, évidemment, pour Marseille, mais aussi pour la France.
03:31Parce que c'est la première marche, c'est la première marche.
03:33Je vous interromps sur cette question parce qu'elle me semble importante, Benoît Payon.
03:35Vous avez dit que l'arrivée du RN à Marseille dans la deuxième ville de France, ce serait une catastrophe.
03:40Une catastrophe. Est-ce que vous êtes en train de jouer un peu sur les peurs ?
03:44On est dans une campagne d'entre-deux-tours. Il faut aussi sonner le rappel des troupes.
03:48Ou est-ce que vous pensez sincèrement que le quotidien des Marseillaises et des Marseillais changerait ?
03:53Et c'est oui en quoi si M. Alizio prenait les clés de l'hôtel de ville dimanche ?
03:57Bien sûr. Bien sûr. Je vais vous le dire très clairement.
04:02Une ville comme Marseille, d'abord, c'est une grande ville.
04:04C'est une ville qui fait deux fois et demi Paris, cinq fois Lyon.
04:06Et c'est une ville qui existe depuis longtemps et qui vit aussi avec des politiques qui sont faites pour
04:13des habitants qui ont des écarts de salaire et de différences qui sont énormes.
04:17C'est la ville la plus inégalitaire de France et c'est contre ça que je me bats au quotidien.
04:21C'est-à-dire les kits scolaires pour tous les enfants de Marseille.
04:24La cantine gratuite pour 15 000 enfants.
04:28Les stages pour pouvoir passer son permis.
04:30C'est des associations culturelles, des théâtres, c'est de l'éducation, c'est de l'éducation populaire, c'est
04:37l'économie, c'est l'attractivité aussi.
04:39Vous imaginez cette ville qui attire 5 millions de touristes par an, dirigée par un maire Rassemblement National ?
04:44C'est une ville qui recrée des emplois.
04:46C'est une ville qui, sur la question de la sécurité, n'a pas besoin d'un maire qui raconte
04:50des absurdités.
04:51J'ai eu, pardonnez-moi, vous n'y êtes pour rien, mais dans le débat sur BFM TV, j'avais
04:56l'impression d'avoir un débat de futurs candidats à la place Beauvau.
05:03Un maire n'a pas les pouvoirs, ni de la chancellerie, ni du ministère de l'Intérieur.
05:08Bien sûr qu'il y a la police municipale, bien sûr que ce sont des sujets qui sont extrêmement importants,
05:12mais j'ai vécu une campagne de caniveau.
05:14Vous savez, moi j'ai vécu une campagne où, au premier tour, j'avais l'héritier direct des nostalgiques du
05:22maréchal Pétain.
05:24Une dame qui cite le maréchal, enfin qui cite Pétain, parce qu'il n'est plus maréchal, il a été
05:29déchu de ce maréchal-là.
05:31Une de ses priorités, ce serait travail famille Patry, qui s'en est expliqué ensuite.
05:35Famille Patry, et quand on lui pose la question, et quand on lui pose la question et qu'on lui
05:38dit « c'est la devise de Pétain », elle dit « oui, oui, bien sûr, ce sont mes valeurs
05:42».
05:42Mais vous imaginez où on en est, là, en fait ?
05:45Question de Guillaume Tabard.
05:47De culture on en est.
05:48Pardon, Guillaume Tabard.
05:50Oui, M. Payon, on vous pose en héros du combat et de la résistance contre le Rassemblement National.
05:55Je vous en prie, M. Tabard, n'exagérons pas.
05:57Et voici donc ma question.
06:00Entre votre élection à la mairie de Marseille il y a 6 ans et aujourd'hui, dans votre ville, le
06:05Rassemblement National, du premier tour de 2020 au premier tour de dimanche dernier, a progressé, je crois, de l'ordre
06:11de 12 ou 13 points entre la liste de M. Ravier et celle de Franck Alizio cette fois-ci.
06:15Est-ce que vous vous dites « peut-être que j'ai raté quelque chose dans ma gestion de ma
06:19ville pour que dans ma ville, le RN progresse autant ».
06:23C'est une très bonne question d'ailleurs.
06:25Et comme vous êtes un très fin analyste, et je me souviens qu'on a assisté ensemble aux obsèques du
06:29pape, et notamment on a pu lire la litanie des saints.
06:32Je ne vais pas vous la faire ce soir, M. Tabard.
06:35Mais si vous observez exactement ce qui s'est passé, d'abord évidemment, nous on est en progression aussi, et
06:41de 14 points.
06:42Mais les 12 points, en fait, qu'il manque à Mme Vassal qui faisait 24 et qui fait 12, ils
06:48sont tout simplement partis chez M. Alizio.
06:50Et donc, je crois que la droite devrait se poser de sérieuses questions.
06:54Moi, je ne m'exonère d'aucune responsabilité.
06:56Et si le RN devait gagner dimanche, je prendrais mes responsabilités, et je le prendrais comme un échec personnel.
07:03Néanmoins, vous savez, quand on singe l'extrême droite, M. Tabard, quand Mme Vassal fait du travail famille, patrie, ou
07:10pas que de ça,
07:11mais quand on récupère les mots de l'extrême droite, quand on dit « je suis moi l'original et
07:16l'extrême droite et la copie »,
07:17quand on dit « je suis maladresse verbale », c'est une drôle de maladresse verbale.
07:24Je pense que quand on veut diriger la deuxième ville de France, c'est des souvenirs lointains,
07:29mais je crois que c'est en sixième qu'on apprend la Deuxième Guerre mondiale.
07:32C'est une drôle de maladresse.
07:34Mais au-delà de ça, les mots du RN, quand on les a et quand on les prend, on fait
07:41le lit du RN.
07:43Quand tous les votes que j'ai subis en Conseil municipal de la part de la droite étaient des votes
07:47identiques, en réalité, à ceux du RN.
07:51Eh bien, on se retrouve d'une candidature qui passe de 24 points en 2020 à 12 points.
07:58Et qu'est-ce qui s'est passé dans le même temps ?
08:00Vous voyez bien que l'extrême droite a naturellement siphonné la droite.
08:04Or, le sujet pour ma ville aujourd'hui, c'est d'éviter ça.
08:08On l'a entendu.
08:09Benoît Payan, tout dernier mot.
08:10BFM TV est prête à organiser un débat à Marseille.
08:14Je rappelle que demain, ce sera le débat parisien, 21h, entre Rachida Dati pour Les Républicains
08:19et Emmanuel Grégoire pour la gauche non-mélenchoniste.
08:23Êtes-vous prêts, vous, à affronter tous les candidats dont vous venez de dire tout le bien que vous pensez
08:28?
08:31Mais aucun problème, je l'ai déjà fait.
08:33Le problème, c'est que vous êtes un certain nombre de chaînes de télévision.
08:36Mais bien sûr, vous êtes un certain nombre de télévision à me le proposer, le service public, BFM, LCI.
08:42Enfin, je ne veux pas faire de publicité pour vos conférences.
08:47Je ne suis pas là pour ça.
08:48C'est fait, pardonnez-moi.
08:49On m'excuse.
08:50Mais c'est oui sur le principe.
08:52Il y aura un rappel à l'ordre de l'ARCOM.
08:54Je ne pense pas pour ça.
08:55Mais en tout cas, on a entendu que c'est oui sur le principe.
08:57Vous êtes d'accord pour un débat d'entre deux tours à Marseille.
09:01Merci beaucoup, Benoît Payon, d'avoir été en direct avec nous ce soir.
09:04Je voudrais...
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