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00:00On accueille tout de suite notre invité, c'est vous Emmanuel Massard.
00:03Bonjour à vous, vous êtes le coordinateur médical d'urgence pour Médecins sans frontières.
00:06Vous vous trouvez en ce moment même à Saïda dans le sud du Liban.
00:09Merci beaucoup de prendre quelques instants pour répondre à nos questions.
00:12On évoquait à l'instant avec notre correspondant la situation humanitaire dans le pays.
00:16830 000 déplacés à échelle du Liban.
00:19Sur 6 millions de personnes, c'est immense.
00:22Où est l'urgence au moment où l'on se parle pour vous et pour vos équipes sur place ?
00:30Bonjour. L'urgence aujourd'hui, on est vraiment sur des choses excessivement basiques.
00:36Votre correspondant à Beyrouth l'a dit.
00:38Là aujourd'hui, on a presque 830 000 déplacés.
00:42Et de ces 830 000, on a presque 300 000 enfants qui sont déplacés,
00:48qui vivent dans des conditions qui sont horribles, soyons très clairs.
00:54Un certain nombre n'ont pas trouvé d'abri.
00:55Et les abris qui sont disponibles sont tout à fait surchargés.
01:01Dans ces abris, on manque un petit peu de tout.
01:05La nourriture, c'est un grand défi.
01:08Mais aussi, trouver un matelas, trouver une couverture.
01:12Les soins médicaux sont hautement inaccessibles aussi.
01:17Et puis, on a aussi toutes les conséquences de ce rassemblement de populations.
01:27Aujourd'hui, on a 14% du territoire libanais qui est sous ordre d'évacuation.
01:32Et un des grands problèmes, c'est qu'en dehors de ces 14%,
01:35on voit encore de façon quotidienne des frappes sur des cibles un petit peu partout.
01:43Cette nuit, ici sur Saïda, on a eu cinq frappes pendant la nuit.
01:51Donc, un des grands problèmes, c'est que ça reste toujours la protection des civils.
01:57Et il faut le rappeler aujourd'hui, les sites civils ne sont absolument pas protégés.
02:03Et je vais me permettre ici de faire, hélas, un lien avec ce qu'on connaît depuis maintenant plus de
02:09deux ans à Gaza,
02:12où on continue à voir aujourd'hui aussi des attaques contre les structures médicales.
02:17L'armée israélienne attaque de façon relativement indiscriminée toutes les cibles qu'il a en vie.
02:27Et il ne semble pas y avoir de condamnation de ça.
02:31Ça reste un peu préoccupant.
02:34Mais clairement, la première chose, c'est la protection des civils
02:39et la protection des infrastructures civiles et médicales.
02:44Et puis ensuite, on a bien entendu les besoins.
02:47J'en ai parlé, l'accès à l'eau aussi, qui est excessivement important aujourd'hui.
02:51L'accès à l'eau qui est excessivement important, vous le rappelez.
02:55Certains États, nommons la France d'abord, a acheminé de l'aide humanitaire à hauteur de 60 tonnes d'aide.
03:00Est-ce que ça, c'est déjà suffisant par rapport aux besoins que vous évoquiez un peu plus tôt dans
03:05votre réponse ?
03:08Alors, je ne vais pas…
03:09C'est assez difficile à dire.
03:12Ce qu'on voit sur le terrain aujourd'hui, c'est que très clairement, l'aide qui est disponible est
03:16absolument insuffisante.
03:17Ça, c'est très, très clair.
03:19Je vais vous donner un exemple très simple sur un des abris dans lesquels on est allé cette semaine
03:25pour faire ce qu'on appelle des cliniques mobiles, c'est-à-dire apporter des soins ou déplacer là-bas.
03:30On a à peu près 1 000 personnes dans cet abri.
03:34Il y a huit toilettes qui sont disponibles.
03:37Et donc, huit toilettes et huit douches qui sont disponibles.
03:39De façon… Enfin, voilà, c'est clairement tout à fait insuffisant.
03:44Et là, aujourd'hui, ce qu'on voit sur le terrain, c'est un manque d'acteurs, très clairement,
03:50qui sont capables de répondre à ces besoins-là et répondre à la magnitude de cette crise.
03:57Donc, voilà, ça reste… Les besoins humains restent énormes et hélas, en très grande partie, pas encore adressés, oui.
04:11Et on entend le message que vous lancez.
04:13Emmanuel Massard, je voudrais qu'on s'arrête un instant sur les populations les plus vulnérables.
04:17Je pense aux enfants. Près de 300 000 d'entre eux ont été contraints à ces déplacements.
04:24Dans quel état émotionnel, ceux que vous observez, ceux que vous soignez, ceux que vous accompagnez, sont-ils aujourd'hui
04:30?
04:32Alors, au niveau des besoins très médicaux, on a bien entendu toutes les pathologies qui sont liées au confinement.
04:45Donc, on va retrouver des pathologies infectieuses, principalement.
04:51Mais aussi, en termes de santé mentale, les besoins sont énormes.
04:57Il faut comprendre que les gens qui sont déplacés aujourd'hui, une bonne partie de ces gens ont été déplacés
05:03plusieurs fois.
05:04Là, on a ici, à Saïda, pas mal de gens qui ont été déplacés deux, trois fois parfois,
05:10et qui espèrent arriver dans un endroit qui est safe et qui se rendent compte que toutes les nuits, il
05:15y a des bombardements à côté d'eux
05:16et que cet environnement n'est absolument pas safe.
05:19Et donc, en termes de santé mentale, les besoins sont énormes pour les adultes, mais aussi en très grande partie
05:26pour les enfants.
05:27Ça reste, bien entendu, quelque chose d'excessivement inquiétant
05:31et quelque chose qui aura des impacts sur le long terme, sur la santé mentale de ces enfants.
05:36Et comment est-ce que ça se traduit, ce traumatisme, cette peur, ce danger permanent pour ces petits ?
05:43Mais, bon, voilà, il y a plusieurs symptômes qu'on voit.
05:49Ce qu'on essaye de faire, c'est mettre en place aussi des activités pour ces enfants,
05:53via nos équipes de psychologues et de promoteurs de la santé, des jeux, des choses comme ça.
06:00Mais il y a bien entendu, on trouve bien entendu des enfants parfois très mutifs, prostrés,
06:07voilà, des symptômes qui sont bien entendu très inquiétants et très difficiles à voir chez des enfants.
06:17Et difficile de compter sur les parents parfois pour les rassurer quand eux-mêmes font face à toute cette détresse.
06:24C'est aussi quelque chose que vous observez ?
06:27Oui, bien sûr, les besoins en santé mentale sont un petit peu partout.
06:32Et bien entendu, quand on est soi-même traumatisé, on essaye d'abord de prendre soin de soi et puis
06:39de prendre soin de ses enfants.
06:40Alors, aujourd'hui, on voit aussi des élans de solidarité, énormément de générosité.
06:46Il y a beaucoup de gens qui se sacrifient, mais tout le monde est un petit peu, j'ai envie
06:52de dire, dans le même bateau.
06:55Et j'ai envie de dire que quand je discute avec certains patients, je pense que c'est un peu
07:02le désespoir qui prime,
07:03que ce soit avec les patients, mais aussi avec les collègues avec lesquels on travaille ici au Liban,
07:08qui sont aussi victimes de ces attaques indiscriminées.
07:16Ce que vous êtes en train de dire là, c'est que c'est pour vous aussi tout un défi
07:20de pouvoir à la fois composer avec ce qui se passe
07:22et pouvoir aussi intervenir auprès de ces enfants.
07:24À quoi est-ce qu'il ressemble le quotidien de ces plus petites, ces plus jeunes ?
07:28On sait que près d'un million d'élèves est à ce jour privé d'école en raison de cette
07:32guerre.
07:33D'abord, qu'en est-il à Saïda où vous trouvez l'école qui est d'ordinaire un refuge, un
07:37sanctuaire et un lieu d'épanouissement pour les enfants ?
07:41Mais les écoles, c'était probablement un sanctuaire pour les enfants dans le passé.
07:46Aujourd'hui, c'est devenu un abri parce que vu la magnitude de cette crise,
07:54quasiment toutes les écoles publiques ont été réquisitionnées
08:00et sont maintenant utilisées comme abri pour les déplacer.
08:04Et donc, il est évident que l'école ne pourra pas recommencer de si tôt.
08:08On a presque 130 000 personnes qui sont réparties dans les différentes écoles
08:15et donc, ces écoles ne vont pas du tout pouvoir recommencer tout de suite.
08:22Donc, voilà.
08:23Hélas, le quotidien, c'est beaucoup d'inactivité
08:28parce que dans ces écoles qui sont normalement des lieux de joie et d'apprentissage
08:34qui sont aujourd'hui transformés,
08:36les classes sont aujourd'hui transformées en chambres
08:39où on a, dans certaines classes, deux à trois familles
08:42où on a parfois 20, 30 personnes qui vivent en permanence.
08:49Ici, pas très loin de Ubero,
08:51on a un abri où on a des classes où on a jusqu'à 50 personnes qui vivent,
08:5624 sur 124,
08:58avec, au final, très peu d'alternatives
09:01et très peu de choses qui peuvent être faites en dehors.
09:04Et donc, hélas, c'est beaucoup d'inactivités
09:06et très peu d'activités qui sont disponibles pour ces enfants.
09:10Vous disiez tout à l'heure qu'il y aurait forcément des conséquences
09:14sur le long terme pour ces enfants, encore une fois,
09:17qui ont connu d'autres guerres par le passé,
09:18si on ne devait citer que celles de l'automne 2024.
09:22Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour que ça s'arrête de votre point de vue
09:25s'il y avait un appel, un message que vous souhaiteriez adresser ?
09:31Je pense que la première chose, c'est d'abord de protéger les civils
09:35et d'arrêter les bombardements indiscriminés.
09:38Ça, je pense que c'est la première chose.
09:40Il faut aujourd'hui que ces enfants,
09:42mais aussi que tous les civils libanais,
09:45puissent se sentir en sécurité dans leur pays.
09:49Ça reste une situation qui est tout à fait inacceptable aujourd'hui.
09:53Et hélas, j'ai bien peur que, personnellement,
09:57que ce ne soit que le début.
09:59Les autorités israéliennes, je ne sais plus quel ministre,
10:01a dit il y a quelques jours que l'objectif était de transformer
10:05le sud du Liban en un nouveau Ragnonis,
10:08Ragnonis qui est cette ville à Gaza.
10:10C'est Alex Motrich, le ministre des Finances israéliens.
10:13Ah, voilà.
10:15Donc, c'est Smotrich qui a dit ça,
10:19de transformer le sud du Liban en Ragnonis,
10:22c'est-à-dire plus aucun bâtiment qui subsiste,
10:26c'est juste un champ de ruines.
10:27Si c'est ça l'objectif, ça fait quand même excessivement peur
10:31pour l'avenir de ces gens, très clairement.
10:35Parce qu'il faut juste rajouter une chose,
10:37c'est qu'aujourd'hui, on a ces zones évacuées,
10:39mais les zones évacuées, il n'y a pas tout le monde qui peut évacuer.
10:43On a, qui restent derrière, beaucoup de vieillards,
10:46beaucoup de personnes vulnérables qui ne peuvent pas évacuer
10:48parce qu'ils ne pourront pas se permettre un voyage,
10:52et donc qui restent derrière parce qu'ils ne peuvent pas partir.
10:55Et au final, ces gens, c'est une condamnation à mort,
10:58soyons très clairs.
10:59Si l'objectif, c'est de raser tout ce qu'il y a dans le sud du Liban
11:02et qu'il y a des gens qui ne peuvent pas en partir,
11:03je ne sais pas exactement quelle est la solution pour ces gens-là.
11:07Merci beaucoup, Emmanuel Massard.
11:08Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions sur France 24,
11:11coordinateur d'urgence pour Médecins sans frontières au Liban.
11:14Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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