00:00Notre invité ce matin dans la Une, c'est Pascal Hausser.
00:03Bonjour, merci d'être avec nous.
00:05Vous êtes ancien amiral, directeur général de la Fondation Méditerranéenne d'études stratégiques.
00:12On va revenir sur ce détroit d'Hormuz, si stratégique dans ce conflit.
00:19Juste cette petite question pour commencer.
00:21On est maintenant au 13e jour du conflit.
00:24Donald Trump qui répète au site d'information Axios que la guerre prendra bientôt fin.
00:30Ça vous inspire quoi ?
00:32Ça m'inspire qu'on est comme dans une partie de poker.
00:37Chacun fait monter les enchères et il y a une partie de bluff dans le poker.
00:41Lequel des deux craquera entre le régime iranien d'un côté ou Donald Trump de l'autre ?
00:46Chacun est convaincu que l'autre est plus fragile et joue de ses armes pour faire craquer en quelque sorte
00:53son adversaire.
00:55On voit que le régime utilise le Hezbollah très fortement.
01:00Il commence à taper beaucoup plus sur les cibles qui étaient là depuis très longtemps.
01:05C'est les bateaux qui étaient mouillés dans le golfe Persique qui sont à portée et assez faciles finalement à
01:10frapper.
01:11Et de l'autre côté, les Américains qui renforcent leur frappe à terre sur le régime et notamment près d
01:20'Hormuz.
01:21Et puis il y a toute cette communication qui dit nous sommes prêts à durer, nous allons bientôt gagner, c
01:27'est vous qui allez craquer.
01:28On voit bien qu'on est dans le choc des volontés et qui escalade doucement.
01:34Je ne pense pas qu'on soit encore arrivé à un tout pour le tout.
01:38Mais c'est clair qu'on est à un moment important où chacun pense que l'autre va baisser les
01:44bras.
01:45L'Iran qui effectivement, vous le mentionniez à l'instant, se dit prêt à une guerre d'usure.
01:50L'Iran qui a frappé, on vient de le voir, un peu tous azimuts et notamment qui exerce une énorme
01:57pression sur les pays du Golfe.
02:00À votre avis, c'est le champ du signe ou est-ce qu'au contraire, comme on en parlait tout
02:04à l'heure avec notre chroniqueur international,
02:07est-ce qu'on a pu sous-estimer l'arcelan iranien selon vous ?
02:12Je ne crois pas qu'on ait sous-estimé l'arsenal iranien parce qu'il était connu et on savait
02:16que c'était un pays qui était puissant
02:19et qui a des forces de sécurité, des forces militaires très développées.
02:23Les précédentes attaques qui ont été faites par les Israéliens et les Américains,
02:27c'était essentiellement sur la défense aérienne pour permettre aux avions de survoler l'Iran en sécurité
02:34et puis bien sûr le programme nucléaire.
02:37Mais tout le système de militaires et paramilitaires iraniens, on savait qu'il existait.
02:43Donc je pense qu'il n'y a pas eu de ce côté-là une sous-évaluation.
02:46Après, ce qui a surpris probablement, ou en tout cas peut-être, il y a toujours une part d'inconnu
02:53quand on se lance dans une guerre,
02:54c'est la résilience, j'allais dire presque psychologique, intellectuelle de l'organisation du régime,
03:00qui est policentrée, qui a des ressources, et puis même en décapitant l'élite, il y a des seconds couteaux
03:07qui ont pris le pouvoir.
03:10Il y a aussi le rapport avec la population.
03:13Peut-être que les Américains et les Israéliens espéraient que la population prendrait le relais,
03:18mais la population a fait sa révolution un mois plus tôt, quelques semaines plus tôt.
03:23Elle a été très, très violemment réprimée.
03:27On parle de plus de 30 000 ou 40 000 morts.
03:29Vous imaginez bien que, en plus, les gens qui sont morts, c'était les plus engagés.
03:33Je ne veux pas dire les plus courageux, parce que ça porterait un jugement sur les autres,
03:36mais les plus engagés, ceux qui étaient prêts à prendre des risques.
03:38Donc vous imaginez qu'aujourd'hui, après 40 000 morts, quelques semaines après,
03:42c'est très difficile de trouver des gens qui redescendent dans la rue pour prendre des risques.
03:46Donc je pense que c'est ce tempo, peut-être, cette organisation qui n'avait pas été perçue.
03:50En tout cas, je dis ça, c'est toujours très compliqué d'anticiper la guerre.
03:56Il y a quand même un brouillard et des hypothèses qui sont faites.
03:59Je pense qu'aujourd'hui, on sent bien que la pression monte,
04:04mais vraiment, personne ne peut dire ce qui peut se passer demain.
04:08L'Iran détient un levier, un moyen de pression particulièrement fort
04:15avec ce quasi-blocus du détroit de Hormuz.
04:19On a vu certains bateaux qui ont tenté de la traversée finir en flamme.
04:25Qui, selon vous, est le plus exposé ?
04:29En tout cas, qui en pâtit le plus ?
04:33Les pays du Golfe.
04:34Là, c'est les pays arabes du Golfe qui en pâtissent le plus.
04:36Mais le blocus d'Hormuz, le vrai blocus,
04:39qui, en fait, le plus facile, c'est vraiment de lancer des centaines et des milliers de mines.
04:44Et là, plus personne ne bougera, parce que les mines, c'est vraiment l'arme de dissuasion suprême
04:50dans ce genre de configuration.
04:52Je note que les Iraniens n'ont pas, à ce stade, ils n'ont pas véritablement joué cette arme-là.
04:59Là, ça serait vraiment la fuite en avant.
05:00Parce que les Iraniens profitent encore d'Hormuz.
05:03Ils continuent à exporter un peu de pétrole vers la Chine.
05:08Mes sources sont bonnes à peu près autant pendant cette guerre qu'avant la guerre.
05:13Donc, en gros, 2 millions de barils par jour, ce qui n'est pas beaucoup.
05:17Mais enfin, c'est un petit flux d'exportation qui leur apporte de l'argent
05:23et qui leur permet aussi de faire marcher le système.
05:25Donc, le jour où, si véritablement les Iraniens jouent cette carte,
05:33c'est un peu, là, on pense que ce sera leur va-tout, je pense,
05:36parce qu'ils se tirent une énorme balle dans le pied,
05:38mais ils savent qu'ils tirent une balle dans le pied de tout le monde autour.
05:40C'est ce que j'allais vous demander, est-ce qu'il n'y a pas un risque pour Téhéran
05:43de se tirer une balle dans le pied, effectivement, avec cette menace de miner le Détroit ?
05:49– Si, bien sûr. Ils joueraient leur va-tout.
05:54C'est-à-dire que je pense qu'ils ne le feront que, véritablement,
05:57s'ils se sentent complètement acculés.
05:59N'oublions pas que ce régime est aux abois de toutes les façons, même s'il tient.
06:04Il est aux abois en extérieur, pas sous les frappes américaines et israéliennes,
06:08mais il est aussi aux abois à l'intérieur avec sa population.
06:12Et je pense que ceux qui sont en responsabilité jouent leur vie personnelle,
06:17parce que si, admettons qu'ils se rendent,
06:19il faut qu'ils trouvent un moyen de s'extrader pour partir en Russie ou ailleurs,
06:22parce que sinon, leur population les pendra.
06:26Enfin, en tout cas, ça va très mal se passer pour eux,
06:29et ils le savent pertinemment.
06:30– Alors, du coup, cette menace, elle est crédible ?
06:33– La solution, elle sera politique.
06:34– Alors, qu'est-ce que vous pensez de cette menace iranienne, justement ?
06:37Avec tous les risques que ça fait peser sur Téhéran lui-même,
06:41est-ce que cette menace, elle est crédible ?
06:43– Je pense que cette menace est crédible,
06:46parce qu'elle est entre les mains d'une petite partie de la population
06:51qui est dans le coin du ring, si je puis prendre cette expression,
06:56c'est-à-dire qu'il n'y a pas vraiment d'échappatoire.
07:00Elle se bat pour sa propre survie.
07:01La population est contre elle, et les bombardements sont contre eux.
07:06Donc, à un moment, si véritablement, ils se disent
07:09« C'est ça où je vais mourir, moi, ma famille, mon clan, mon réseau »,
07:15ils joueront ce tout pour le tout en espérant que les Américains,
07:19que la pression sur Trump, parce que c'est quand même là que ça se joue,
07:22que la pression sur les Américains sera tellement forte
07:25que les Américains diront « Bon, ok, on arrête de bombarder ».
07:27Et là, il y a une petite fenêtre d'échappatoire
07:29pour les responsables du régime qui sont encore aux commandes.
07:32Quand on parle de ces mines, de quoi parle-t-on précisément ?
07:37C'est des mines dont Israël dispose en grand nombre,
07:40qui sont peu onéreuses, c'est ça ?
07:43Il y a de tout.
07:44Non, non, la mine, c'est plutôt l'arme du pauvre.
07:46Ce n'est pas si cher que ça.
07:48Donc, c'est une espèce de petite bombe.
07:51Peu onéreuse.
07:52Peu onéreuse.
07:53Nombreuse et peu onéreuse.
07:54Oui, oui, absolument.
07:55Et ils en ont plusieurs milliers.
07:57Je crois que l'ordre de grandeur, c'est toujours très difficile de savoir,
08:00mais on pense de l'ordre de 5 000.
08:015 000, 6 000, oui.
08:03C'est absolument énorme.
08:05Et il y a des mines de toutes sortes.
08:07Les plus modernes sont des mines qui vont sur le fond
08:09et qui peuvent même se déplacer tout doucement.
08:12On pense qu'ils en ont quelques-unes.
08:13Mais sinon, les mines les plus simples et les plus faciles à mettre en œuvre,
08:16c'est des mines qu'on jette à la mer par des bateaux de pêche,
08:19par des zodiaques.
08:20On peut faire beaucoup de choses.
08:21C'est assez simple.
08:22Et on les laisse dériver.
08:24Et là, qu'est-ce qu'on fait ?
08:25Ces mines, elles tapent de façon complètement, évidemment, aveugle
08:27des bateaux qui passent par là.
08:29Elles peuvent d'ailleurs aller dans le golfe Persique d'un côté
08:33ou dans la mer de Mans de l'autre
08:34et donc toucher des bateaux assez loin.
08:36Et là, qu'est-ce qui va se passer ?
08:38Eh bien, tous ceux qui peuvent partir partiront,
08:40mais ceux qui sont dans le golfe sont prisonniers.
08:42Et en tout cas, plus un bateau ne passera
08:44parce que les primes d'assurance vont exploser.
08:46Parce que le risque…
08:49Après, ce trafic maritime, c'est d'abord un commerce.
08:51Et ce qui est important, c'est de faire en sorte
08:56que le jeu n'envraie pas la chandelle
08:59et que le coût de risque pris par un bateau
09:03pour passer hors mousse soit trop important.
09:05C'est pour ça que toute cette affaire un peu psychologique
09:09qui a été évoquée précédemment dans vos reportages
09:11sur la mise en oeuvre des réserves,
09:15ça a été très bien expliqué.
09:17Il y avait un effet psychologique derrière qui était recherché
09:19vis-à-vis des marchés pour faire baisser les cours,
09:21pour essayer de gagner du temps.
09:23Là, c'est la carte de Trump, enfin des Américains,
09:29c'est d'essayer de gagner du temps
09:31pour continuer à frapper et faire craquer l'adversaire.
09:34Le problème, c'est que les deux camps,
09:35on peut avoir l'impression que le temps travaille pour eux.
09:39Le régime iranien pense que Trump est fragile
09:41et que plus on va se rapprocher des dates fatidiques
09:46des élections et plus il va être nerveux
09:48et il risque de changer d'avis,
09:50comme il l'a fait souvent d'ailleurs.
09:52Et les Américains se disent,
09:53ils sont très affaiblis, avec un peu de chance.
09:57Les gens en responsabilité ne changeront pas d'avis,
09:59mais autour d'eux, il va y avoir des gens
10:02qui vont se dire, on ne peut pas continuer comme ça.
10:05Il faut éliminer les gens en responsabilité
10:08et proposer un deal aux Américains.
10:10Merci beaucoup, Pascal Hausser.
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