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  • il y a 1 jour
Séquence diffusée le 22 novembre 2024 dans l’émission RTL Matin. Le journaliste Guillaume Durand partage plusieurs anecdotes marquantes autour de Johnny Hallyday, mais aussi de David Bowie et de Jacques Chirac. Un moment radio riche en souvenirs et en histoires issues de sa carrière de journaliste et d’intervieweur.

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Musique
Transcription
00:00Et on a l'immense plaisir de recevoir ce matin Guillaume Durand, bonjour Guillaume.
00:04Bonsoir, j'allais dire bonsoir.
00:06C'est le type qui a fait trop longtemps les matinales, il ne sait plus où il est.
00:09Il n'est que 9h40.
00:11Bienvenue en tout cas sur RTL, vous publiez Bande à part.
00:16Je vais enlever mes lunettes d'Adjani, comme ça c'est rien mieux.
00:18Oui, en plus on voit vos yeux.
00:21Publié chez Plon, alors c'est un livre de conversation, de souvenirs,
00:25avec Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, mais aussi David Bowie.
00:30Julien Clerc, ou encore lui, tiens.
00:32Toute la musique que j'aime, elle vient de l'art, elle vient du blues.
00:40Johnny Hallyday, et vous racontez notamment ce dîner avec lui à New York.
00:45Oui, à New York, aucune de nos cartes de crédit ne passait.
00:49Parce qu'il n'arrêtait pas de commander des bouteilles de whisky,
00:52des bouteilles de vin de plus en plus chères.
00:55Et à chaque fois, c'est un restaurant asiatique très célèbre qui s'appelle Indochine.
01:00Et on lui ennait une bouteille de Château Margaux,
01:02et il disait « This wine is bouchonné ».
01:06Alors au bout de la cinquième, je regardais dans ma poche arrière,
01:09je me dis « Merde ! »
01:10Et ça n'a pas raté, parce qu'il a donné sa carte de crédit.
01:13Puis après, évidemment, on a entendu « Ling ling ling ling ling »
01:16dans l'arrière du restaurant, ça ne marchait pas.
01:19Il m'a dit « Tu pourrais me passer ta carte ? »
01:21Alors je passe ma carte, qui elle-même n'est pas passée.
01:25Et donc, on s'est retrouvés coincés.
01:27En plus, nous, on était arrivés à 8h du soir,
01:31et je lui avais dit, j'étais avec mes enfants,
01:33je lui avais dit « Non, j'aimerais bien qu'on aille dîner tôt,
01:34parce qu'on débarque à New York. »
01:37Et à ce moment-là, il a eu cette réplique historique,
01:39il m'a dit « Si tu veux dîner tôt, appelle Sardou ! »
01:44Et donc, il avait débarqué à quelle heure dans ce restaurant ?
01:46Il a débarqué entièrement habillé en indien, cow-boy,
01:50avec son préparateur physique, dans un truc qui était très le New York des années 80.
01:54Christopher Walken, ils avaient tous des costumes Yamamoto.
01:57Enfin, on était en plein milieu du restaurant.
01:59Mais je l'aimais énormément, c'était un type prodigieusement émouvant.
02:03Vous avez cette phrase, vous écrivez
02:05« Johnny pouvait rendre les gens extrêmement heureux,
02:08puis très malheureux quand il les répugnait. »
02:10Oui, parce qu'il y a un côté roi-lire.
02:13C'est un personnage qui pouvait vous dire...
02:18Il voit arriver Alex, par exemple, de loin, Vizorek.
02:21Il dit « Putain, qui est con ce Vizorek ?
02:24Je ne veux pas le voir. »
02:25Pourquoi moi ?
02:26Ça, ce n'est pas dans le livre.
02:28Au moment où Alex approche...
02:29Non mais je ne vous connais pas, je vous aime beaucoup.
02:31Et au moment où il s'approche, il dit « Alors Alex, viens, on va déjeuner. »
02:35Donc, il y avait quelque chose comme ça de...
02:37Et d'ailleurs, il a un peu transformé aussi son épouse en Lady Macbeth.
02:42C'est-à-dire que c'est un homme de pouvoir, comme tous les gens qui ont été entourés.
02:47À chaque fois que j'allais chez lui le voir, Villa Molitor, c'est le seul type.
02:52Il y avait 200 personnes en bas de la maison,
02:54cette espèce de petit hôtel particulier, un peu ringard, avant qu'il ne parte à Los Angeles.
02:59Mais il avait conscience de ce poids, parce que beaucoup le faisaient passer pour un imbécile.
03:02Non mais c'était tout sauf un imbécile.
03:04Il avait un petit problème avec le blanc.
03:07Quand il n'était pas bouchonné.
03:09Voilà, donc, mais c'était tout sauf un imbécile.
03:12Maintenant, il y a un décalage entre la vie de cette génération,
03:16parce que moi je rends hommage à David Bowie,
03:18parce que, et à Claude Lévi-Strauss, c'est une autre chose,
03:20qui sont des gens qui ont beaucoup dominé ma vie.
03:23C'est-à-dire cette génération d'anglais que nous célébrons tous,
03:26et souvent Artel en partenariat, c'est-à-dire Bowie, évidemment les Stones, évidemment.
03:32Et lui, c'était la version française de ça.
03:34Et je me souviens par exemple qu'un jour, à l'avenue de Versailles,
03:38il a dit, bon, on prend les voitures, on va remonter à l'avenue de Versailles.
03:40On a remonté à l'avenue de Versailles à 180 à l'heure.
03:43Lui était en Ferrari avec un autre copain qui était en Ferrari.
03:47Et moi j'avais une espèce de voiture, genre BMW Z1, ça n'existe plus.
03:51C'était une voiture avec une espèce d'aile comme ça.
03:54C'est une vie qui n'existe plus, avec un personnage qui n'existe plus,
03:59qui avait d'ailleurs les mêmes musiciens à la fin de sa vie que McCartney.
04:02Enfin, pas la version Yaron Le Poupeau,
04:04mais la version d'Abraham Laboriel sur les musiciens
04:07qui tournent toujours avec McCartney.
04:09C'était un chanteur énorme, qui a vécu un chagrin énorme.
04:14C'est de ne jamais pouvoir sortir de ses frontières en fait.
04:18Vous évoquez David Bowie, on a entendu quelques notes.
04:20Vous l'avez rencontré, vous l'avez interviewé.
04:23Même quand on s'appelle Guillaume Durand,
04:25comment on est quand on est face à David Bowie ?
04:27Quel souvenir vous gardez de ça ?
04:28Écoutez, il y a une chose qui est, c'est que juste avant,
04:30il m'était arrivé un drame personnel épouvantable.
04:33Parce que moi j'ai écrit ce livre sur la politique
04:36poursuivi par une écriture pleine de chagrin.
04:39Il se trouve que voilà, c'est la vie.
04:41J'ai eu un cancer tragique,
04:42j'ai vécu des événements tragiques,
04:44mon père a fait être assassiné.
04:46Donc forcément, quand on est un petit joufflu de la télé
04:50qui fait soi-disant rire tout le monde,
04:52y compris Laurent que j'adore tous les matins,
04:55il y a une espèce de moment où il faut quand même,
04:57c'est l'avantage de l'écriture,
04:58qu'un secret émerge.
05:00Et Bowie, donc on est ensemble,
05:03comme là avec mon camarade syndiqué à mes côtés.
05:06Il est pas un petit peu de baisse.
05:07Et il chante Modern Love.
05:09Moi je sortais d'une clinique psychiatrique
05:12parce que j'avais perdu un être cher,
05:15donc j'avais un mal fou à me remettre,
05:17j'avais le cœur qui battait à 160.
05:19Et donc moi j'étais le triste, lui il était le gay.
05:21Et puis le lendemain, il fait deux concerts en Allemagne
05:24et puis il disparaît.
05:25Il disparaît dix ans.
05:27Il a eu des problèmes cardiaques,
05:28puis après il a eu un cancer.
05:31Et à l'occasion de cette interview,
05:33il avait une connaissance de la culture française extraordinaire.
05:37Et je lui parlais d'une chanson dans Black Star
05:39où il parlait de New York après les attentats.
05:41Et il me dit, vous, vous avez un tort,
05:43les Français considérables,
05:44c'est que vous êtes trop, référence à Sarthe,
05:47vous êtes beaucoup trop existentialiste.
05:49Et donc j'en ai tiré comme conclusion pour moi-même
05:52qu'il y a une certaine forme d'élégance
05:54que ces fameux Anglais,
05:55qui sont tous nés dans des quartiers ultra populaires.
05:58Parce que Bowie, comme Chaplin,
06:00c'est le East End de Londres.
06:02Ces aristocrates, beaux, etc.
06:04C'est des types qui sont nés dans la zone.
06:06McCartney aussi, beaucoup plus que Jagger
06:09qui a fait la London School of Economics.
06:11Donc ils nous ont tous donné des leçons.
06:14Et évidemment pour moi, le sommet,
06:17parce qu'il fallait choisir,
06:19il y a les présidents,
06:20il y a tous ces hommes politiques.
06:21Oui, parce qu'il y a aussi beaucoup
06:22questions de politique dans le livre.
06:23Je veux dire un mot là-dessus,
06:25parce que c'est le jour de Barnier,
06:26mais si vous voulez,
06:27le sentiment que je retire de tout ça,
06:29c'est que la Ve République version de Gaulle,
06:32celle de 1962, pas celle qu'avait écrit Debray,
06:34c'est une sorte de pièce shakespearienne
06:37pour laquelle il n'y a plus aucun acteur en France
06:38pour la jouer.
06:39Donc si vous voulez,
06:41voilà la situation.
06:42Où est Richard Burton de la politique ?
06:44Il n'y en a plus.
06:45Et tous ceux que j'ai croisés,
06:47Mitterrand, il était épuisé.
06:49Chirac, je raconte un dîner avec Chirac
06:51qui était terrifiant.
06:52Il ne me reconnaissait plus.
06:54Quand je lui demandais
06:55qu'est-ce que vous pensez
06:56de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn,
07:00parce que c'était le jour...
07:00Il m'a regardé très lentement comme ça.
07:04Et il m'a regardé et il me dit
07:05« Et marder, on va manger des moules ! »
07:08Il avait perdu la tête.
07:10Et donc ce truc-là,
07:11ça pourrait faire...
07:12Moi, ça m'a fait pleurer.
07:14Et après, quand j'ai vu Nicolas Sarkozy,
07:17pas de deuxième quinquennat,
07:18François Hollande,
07:19pas pouvoir se représenter,
07:20Emmanuel Macron,
07:21qui est dans une situation
07:22qui est la malédiction des 7 ans.
07:24C'est-à-dire qu'il n'y arrive plus
07:25sur la scène internationale,
07:27sur la scène française.
07:28D'ailleurs, d'une certaine manière,
07:29à part l'étranger,
07:30c'est une sorte de vacances
07:32qu'il ne sait pas
07:33comment il va occuper le reste.
07:35Donc tout ça,
07:36ça se mélange dans quelque chose...
07:39Moi, j'adore mon pays.
07:40Mais on vous sent très nostalgique.
07:41Non, pas du tout.
07:42On vous écoute parler de ça,
07:43parler de Johnny.
07:44Non, mais j'aime mon pays.
07:46J'ai beaucoup souffert.
07:47Je fais partie d'une génération
07:50un peu comme Philippe Martinez.
07:51Pour moi, la gloire,
07:52c'était l'armée des ombres,
07:53le film de Melville.
07:54C'est ça, la gloire.
07:56Et d'ailleurs,
07:57quand j'étais à LCI
07:58et que j'ai croisé
08:00cet enfoiré de Patrick Buisson,
08:02qui non seulement était favorable
08:04à l'union des droites,
08:05il a le droit,
08:06mais qui avait au fond de lui-même,
08:08dans son âme d'historien,
08:09l'envie de réconcilier
08:10les vichistes avec les gaullistes,
08:11je trouvais ça dégueulasse.
08:12Donc je suis parti immédiatement
08:14à Canal+, à l'époque,
08:15parce qu'à un moment,
08:16les journalistes,
08:17même si on est à la télé,
08:18on n'est pas des passeurs de plats.
08:20On doit, non pas s'engager,
08:22mais exprimer une certaine forme
08:23de sensibilité.
08:24Il est intarissable.
08:26Non, mais c'est parce que
08:27je ne suis pas intéressable.
08:29Ce sont les mots qui viennent
08:30d'un type qui a failli crever.
08:32Donc je suis content de les prononcer.
08:34Et on est content de les lire,
08:35ces mots, dans Banda Park,
08:36qui est à la fois un hommage à Godard
08:37et aussi le titre de votre émission
08:39sur Radio Classique.
08:40Exactement.
08:40Et content de vous voir en forme aussi.
08:43Ben oui.
08:43Mais d'ailleurs, je trouve qu'à RTL,
08:44il y a une bonne ambiance
08:45et je peux vous dire
08:45qu'il m'arrive de faire le tour
08:46d'un peu partout en ce moment.
08:48et ce n'est pas le cas.
08:49Tant que tu rentres à la maison,
08:50Léon, c'est bien.
08:51Dans un instant, c'est...
08:52En avant, ben oui.
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