00:00Et on a l'immense plaisir de recevoir ce matin Guillaume Durand, bonjour Guillaume.
00:04Bonsoir, j'allais dire bonsoir.
00:06C'est le type qui a fait trop longtemps les matinales, il ne sait plus où il est.
00:09Il n'est que 9h40.
00:11Bienvenue en tout cas sur RTL, vous publiez Bande à part.
00:16Je vais enlever mes lunettes d'Adjani, comme ça c'est rien mieux.
00:18Oui, en plus on voit vos yeux.
00:21Publié chez Plon, alors c'est un livre de conversation, de souvenirs,
00:25avec Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, mais aussi David Bowie.
00:30Julien Clerc, ou encore lui, tiens.
00:32Toute la musique que j'aime, elle vient de l'art, elle vient du blues.
00:40Johnny Hallyday, et vous racontez notamment ce dîner avec lui à New York.
00:45Oui, à New York, aucune de nos cartes de crédit ne passait.
00:49Parce qu'il n'arrêtait pas de commander des bouteilles de whisky,
00:52des bouteilles de vin de plus en plus chères.
00:55Et à chaque fois, c'est un restaurant asiatique très célèbre qui s'appelle Indochine.
01:00Et on lui ennait une bouteille de Château Margaux,
01:02et il disait « This wine is bouchonné ».
01:06Alors au bout de la cinquième, je regardais dans ma poche arrière,
01:09je me dis « Merde ! »
01:10Et ça n'a pas raté, parce qu'il a donné sa carte de crédit.
01:13Puis après, évidemment, on a entendu « Ling ling ling ling ling »
01:16dans l'arrière du restaurant, ça ne marchait pas.
01:19Il m'a dit « Tu pourrais me passer ta carte ? »
01:21Alors je passe ma carte, qui elle-même n'est pas passée.
01:25Et donc, on s'est retrouvés coincés.
01:27En plus, nous, on était arrivés à 8h du soir,
01:31et je lui avais dit, j'étais avec mes enfants,
01:33je lui avais dit « Non, j'aimerais bien qu'on aille dîner tôt,
01:34parce qu'on débarque à New York. »
01:37Et à ce moment-là, il a eu cette réplique historique,
01:39il m'a dit « Si tu veux dîner tôt, appelle Sardou ! »
01:44Et donc, il avait débarqué à quelle heure dans ce restaurant ?
01:46Il a débarqué entièrement habillé en indien, cow-boy,
01:50avec son préparateur physique, dans un truc qui était très le New York des années 80.
01:54Christopher Walken, ils avaient tous des costumes Yamamoto.
01:57Enfin, on était en plein milieu du restaurant.
01:59Mais je l'aimais énormément, c'était un type prodigieusement émouvant.
02:03Vous avez cette phrase, vous écrivez
02:05« Johnny pouvait rendre les gens extrêmement heureux,
02:08puis très malheureux quand il les répugnait. »
02:10Oui, parce qu'il y a un côté roi-lire.
02:13C'est un personnage qui pouvait vous dire...
02:18Il voit arriver Alex, par exemple, de loin, Vizorek.
02:21Il dit « Putain, qui est con ce Vizorek ?
02:24Je ne veux pas le voir. »
02:25Pourquoi moi ?
02:26Ça, ce n'est pas dans le livre.
02:28Au moment où Alex approche...
02:29Non mais je ne vous connais pas, je vous aime beaucoup.
02:31Et au moment où il s'approche, il dit « Alors Alex, viens, on va déjeuner. »
02:35Donc, il y avait quelque chose comme ça de...
02:37Et d'ailleurs, il a un peu transformé aussi son épouse en Lady Macbeth.
02:42C'est-à-dire que c'est un homme de pouvoir, comme tous les gens qui ont été entourés.
02:47À chaque fois que j'allais chez lui le voir, Villa Molitor, c'est le seul type.
02:52Il y avait 200 personnes en bas de la maison,
02:54cette espèce de petit hôtel particulier, un peu ringard, avant qu'il ne parte à Los Angeles.
02:59Mais il avait conscience de ce poids, parce que beaucoup le faisaient passer pour un imbécile.
03:02Non mais c'était tout sauf un imbécile.
03:04Il avait un petit problème avec le blanc.
03:07Quand il n'était pas bouchonné.
03:09Voilà, donc, mais c'était tout sauf un imbécile.
03:12Maintenant, il y a un décalage entre la vie de cette génération,
03:16parce que moi je rends hommage à David Bowie,
03:18parce que, et à Claude Lévi-Strauss, c'est une autre chose,
03:20qui sont des gens qui ont beaucoup dominé ma vie.
03:23C'est-à-dire cette génération d'anglais que nous célébrons tous,
03:26et souvent Artel en partenariat, c'est-à-dire Bowie, évidemment les Stones, évidemment.
03:32Et lui, c'était la version française de ça.
03:34Et je me souviens par exemple qu'un jour, à l'avenue de Versailles,
03:38il a dit, bon, on prend les voitures, on va remonter à l'avenue de Versailles.
03:40On a remonté à l'avenue de Versailles à 180 à l'heure.
03:43Lui était en Ferrari avec un autre copain qui était en Ferrari.
03:47Et moi j'avais une espèce de voiture, genre BMW Z1, ça n'existe plus.
03:51C'était une voiture avec une espèce d'aile comme ça.
03:54C'est une vie qui n'existe plus, avec un personnage qui n'existe plus,
03:59qui avait d'ailleurs les mêmes musiciens à la fin de sa vie que McCartney.
04:02Enfin, pas la version Yaron Le Poupeau,
04:04mais la version d'Abraham Laboriel sur les musiciens
04:07qui tournent toujours avec McCartney.
04:09C'était un chanteur énorme, qui a vécu un chagrin énorme.
04:14C'est de ne jamais pouvoir sortir de ses frontières en fait.
04:18Vous évoquez David Bowie, on a entendu quelques notes.
04:20Vous l'avez rencontré, vous l'avez interviewé.
04:23Même quand on s'appelle Guillaume Durand,
04:25comment on est quand on est face à David Bowie ?
04:27Quel souvenir vous gardez de ça ?
04:28Écoutez, il y a une chose qui est, c'est que juste avant,
04:30il m'était arrivé un drame personnel épouvantable.
04:33Parce que moi j'ai écrit ce livre sur la politique
04:36poursuivi par une écriture pleine de chagrin.
04:39Il se trouve que voilà, c'est la vie.
04:41J'ai eu un cancer tragique,
04:42j'ai vécu des événements tragiques,
04:44mon père a fait être assassiné.
04:46Donc forcément, quand on est un petit joufflu de la télé
04:50qui fait soi-disant rire tout le monde,
04:52y compris Laurent que j'adore tous les matins,
04:55il y a une espèce de moment où il faut quand même,
04:57c'est l'avantage de l'écriture,
04:58qu'un secret émerge.
05:00Et Bowie, donc on est ensemble,
05:03comme là avec mon camarade syndiqué à mes côtés.
05:06Il est pas un petit peu de baisse.
05:07Et il chante Modern Love.
05:09Moi je sortais d'une clinique psychiatrique
05:12parce que j'avais perdu un être cher,
05:15donc j'avais un mal fou à me remettre,
05:17j'avais le cœur qui battait à 160.
05:19Et donc moi j'étais le triste, lui il était le gay.
05:21Et puis le lendemain, il fait deux concerts en Allemagne
05:24et puis il disparaît.
05:25Il disparaît dix ans.
05:27Il a eu des problèmes cardiaques,
05:28puis après il a eu un cancer.
05:31Et à l'occasion de cette interview,
05:33il avait une connaissance de la culture française extraordinaire.
05:37Et je lui parlais d'une chanson dans Black Star
05:39où il parlait de New York après les attentats.
05:41Et il me dit, vous, vous avez un tort,
05:43les Français considérables,
05:44c'est que vous êtes trop, référence à Sarthe,
05:47vous êtes beaucoup trop existentialiste.
05:49Et donc j'en ai tiré comme conclusion pour moi-même
05:52qu'il y a une certaine forme d'élégance
05:54que ces fameux Anglais,
05:55qui sont tous nés dans des quartiers ultra populaires.
05:58Parce que Bowie, comme Chaplin,
06:00c'est le East End de Londres.
06:02Ces aristocrates, beaux, etc.
06:04C'est des types qui sont nés dans la zone.
06:06McCartney aussi, beaucoup plus que Jagger
06:09qui a fait la London School of Economics.
06:11Donc ils nous ont tous donné des leçons.
06:14Et évidemment pour moi, le sommet,
06:17parce qu'il fallait choisir,
06:19il y a les présidents,
06:20il y a tous ces hommes politiques.
06:21Oui, parce qu'il y a aussi beaucoup
06:22questions de politique dans le livre.
06:23Je veux dire un mot là-dessus,
06:25parce que c'est le jour de Barnier,
06:26mais si vous voulez,
06:27le sentiment que je retire de tout ça,
06:29c'est que la Ve République version de Gaulle,
06:32celle de 1962, pas celle qu'avait écrit Debray,
06:34c'est une sorte de pièce shakespearienne
06:37pour laquelle il n'y a plus aucun acteur en France
06:38pour la jouer.
06:39Donc si vous voulez,
06:41voilà la situation.
06:42Où est Richard Burton de la politique ?
06:44Il n'y en a plus.
06:45Et tous ceux que j'ai croisés,
06:47Mitterrand, il était épuisé.
06:49Chirac, je raconte un dîner avec Chirac
06:51qui était terrifiant.
06:52Il ne me reconnaissait plus.
06:54Quand je lui demandais
06:55qu'est-ce que vous pensez
06:56de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn,
07:00parce que c'était le jour...
07:00Il m'a regardé très lentement comme ça.
07:04Et il m'a regardé et il me dit
07:05« Et marder, on va manger des moules ! »
07:08Il avait perdu la tête.
07:10Et donc ce truc-là,
07:11ça pourrait faire...
07:12Moi, ça m'a fait pleurer.
07:14Et après, quand j'ai vu Nicolas Sarkozy,
07:17pas de deuxième quinquennat,
07:18François Hollande,
07:19pas pouvoir se représenter,
07:20Emmanuel Macron,
07:21qui est dans une situation
07:22qui est la malédiction des 7 ans.
07:24C'est-à-dire qu'il n'y arrive plus
07:25sur la scène internationale,
07:27sur la scène française.
07:28D'ailleurs, d'une certaine manière,
07:29à part l'étranger,
07:30c'est une sorte de vacances
07:32qu'il ne sait pas
07:33comment il va occuper le reste.
07:35Donc tout ça,
07:36ça se mélange dans quelque chose...
07:39Moi, j'adore mon pays.
07:40Mais on vous sent très nostalgique.
07:41Non, pas du tout.
07:42On vous écoute parler de ça,
07:43parler de Johnny.
07:44Non, mais j'aime mon pays.
07:46J'ai beaucoup souffert.
07:47Je fais partie d'une génération
07:50un peu comme Philippe Martinez.
07:51Pour moi, la gloire,
07:52c'était l'armée des ombres,
07:53le film de Melville.
07:54C'est ça, la gloire.
07:56Et d'ailleurs,
07:57quand j'étais à LCI
07:58et que j'ai croisé
08:00cet enfoiré de Patrick Buisson,
08:02qui non seulement était favorable
08:04à l'union des droites,
08:05il a le droit,
08:06mais qui avait au fond de lui-même,
08:08dans son âme d'historien,
08:09l'envie de réconcilier
08:10les vichistes avec les gaullistes,
08:11je trouvais ça dégueulasse.
08:12Donc je suis parti immédiatement
08:14à Canal+, à l'époque,
08:15parce qu'à un moment,
08:16les journalistes,
08:17même si on est à la télé,
08:18on n'est pas des passeurs de plats.
08:20On doit, non pas s'engager,
08:22mais exprimer une certaine forme
08:23de sensibilité.
08:24Il est intarissable.
08:26Non, mais c'est parce que
08:27je ne suis pas intéressable.
08:29Ce sont les mots qui viennent
08:30d'un type qui a failli crever.
08:32Donc je suis content de les prononcer.
08:34Et on est content de les lire,
08:35ces mots, dans Banda Park,
08:36qui est à la fois un hommage à Godard
08:37et aussi le titre de votre émission
08:39sur Radio Classique.
08:40Exactement.
08:40Et content de vous voir en forme aussi.
08:43Ben oui.
08:43Mais d'ailleurs, je trouve qu'à RTL,
08:44il y a une bonne ambiance
08:45et je peux vous dire
08:45qu'il m'arrive de faire le tour
08:46d'un peu partout en ce moment.
08:48et ce n'est pas le cas.
08:49Tant que tu rentres à la maison,
08:50Léon, c'est bien.
08:51Dans un instant, c'est...
08:52En avant, ben oui.
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