00:00C'est un rare mea culpa qui nous a été proposé hier.
00:03Ursula von der Leyen a admis que l'abandon de l'énergie nucléaire en Europe était une erreur.
00:08Bon, oui, ça. Thomas Bonnet, vous revenez sur cette prise de parole ce matin.
00:11Oui, parce que Romain, comme le dit l'adage, faut avouer à moitié pardonner,
00:15mais je ne crois pas que ça s'applique dans cette situation.
00:18C'était donc à Paris hier, il y avait un sommet sur le nucléaire civil
00:21et Ursula von der Leyen est revenue sur les ratés de Bruxelles concernant le nucléaire.
00:26Écoutez-la.
00:30Cette réduction de la part du nucléaire découle d'un choix.
00:35Avec le recul, il s'agissait là d'une erreur stratégique pour l'Europe de tourner le dos
00:42à une source fiable et abordable d'électricité à faible émission.
00:48Quel aplomb, j'allais dire presque même, quelle légèreté de la part de la présidente de la Commission européenne.
00:53À l'entendre, on dirait presque qu'elle parle d'une erreur de caisse.
00:56Sauf que la différence, c'est qu'une caissière, si elle se trompe dans les comptes,
00:59elle risque le licenciement, elle ne va pas parader sur une estrade quelques années plus tard
01:03pour dire à quel point elle est désolée.
01:05Madame von der Leyen vient nous dire aujourd'hui que les décisions de l'Union européenne d'hier
01:09nous ont mis dans le mur.
01:10Eh bien, ça appelle des conséquences, que des responsabilités soient établies.
01:13On parle de décisions qui ont provoqué un retard sur le continent
01:16et qui ont sûrement provoqué des milliards d'euros de manque à gagner.
01:20Imaginez simplement qu'un chef d'entreprise ait eu aussi peu de sens stratégique.
01:25Croyez-moi que le conseil d'administration lui aurait gentiment montré la porte.
01:29Alors, sur le fond, vous n'êtes pas convaincu par ces explications ?
01:31Eh bien, pas du tout, parce que Ursula von der Leyen parle, vous l'avez entendu, d'erreur stratégique.
01:35Or, il s'agissait d'une politique délibérée, poussée par l'Allemagne.
01:39Berlin ne voulait pas que la France puisse la devancer grâce à son parc nucléaire.
01:43C'est donc de manière méthodique que les Allemands ont tout fait
01:46pour empêcher le développement de l'atome en Europe.
01:49Et ce, encore très récemment, puisqu'en 2022, l'Allemagne a mis tout son poids
01:53pour empêcher que le nucléaire ne soit catégorisé comme une énergie verte.
01:57Et puis, il y a le poids des lobbies.
01:58En Allemagne, les Verts ont été éclaboussés par un scandale XXL.
02:02Des élus auraient dissimulé certains rapports d'experts
02:05afin de nuire à la filière nucléaire.
02:07En France, rappelez-vous, on a aussi eu Dominique Voinet, ministre écolo,
02:11qui avait désobéi au chef du gouvernement de l'époque, Lionel Josselin.
02:15Elle aussi, elle voulait favoriser les énergies renouvelables en Europe.
02:18Ce sont des comportements qu'on pourrait assimiler à une forme de trahison.
02:21Et c'est ce qu'on paye encore aujourd'hui.
02:23Je note d'ailleurs que dans ce pseudo mea culpa de von der Leyen,
02:26le nucléaire est encore indissociable des énergies renouvelables.
02:29On peut donc, en plus, douter de la sincérité de ce revirement bruxellois.
02:33En France aussi, Emmanuel Macron tente de faire oublier
02:35qu'il avait cédé à la folie antinucléaire.
02:37Oui, parce que quand on écoute aujourd'hui le chef de l'État,
02:39on pourrait presque oublier qu'il a accompagné la fermeture de nos centrales.
02:42Il a en fait poursuivi le mouvement initié par le président Hollande,
02:45dont il a été ministre.
02:47Écoutez ce que disait Emmanuel Macron, c'était le 27 novembre 2018.
02:53Concrètement, 14 réacteurs de 900 MW seront arrêtés d'ici à 2035.
02:58Ce mouvement commencera à l'été 2020,
03:02avec l'arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim.
03:06Évidemment, depuis, Emmanuel Macron a changé d'avis.
03:09Les archives, elles font mal.
03:09Il dit ça face à lui.
03:10Il y a Nicolas Hulot, qui était le numéro 2 du gouvernement,
03:13qui a eu évidemment un rôle de ministre de l'écologie.
03:15Mais tous ces revirements ne sont pas sans conséquence,
03:17parce que quand l'heure était à l'abandon de l'atome,
03:20c'est toute une génération d'ingénieurs en herbe
03:22qui n'ont pas choisi cette filière,
03:23parce qu'évidemment, il y avait des craintes sur l'avenir.
03:25Ils sont allés soit s'installer ailleurs dans le monde,
03:28soit ils ont choisi d'autres carrières.
03:29Et on risque donc de payer longtemps la folie antinucléaire
03:33sur notre continent.
03:34Et puis, ça pose la question de la capacité de nos dirigeants
03:37à anticiper, à avoir une lecture stratégique des événements.
03:40D'ailleurs, c'est la même chose qui est en train de se passer
03:42avec les moteurs thermiques.
03:43On interdit la vente des véhicules thermiques à l'horizon 2035.
03:46Conséquence, l'industrie automobile s'écroule en Europe.
03:49Là aussi, on peut se poser la question de la compétence
03:52de nos dirigeants.
03:53Donc, la question à la fin, c'est celle des compétences,
03:55je le disais, celle aussi des agendas,
03:56parfois plus ou moins dissimulés de la part de ces dirigeants.
04:00Le bilan commence à être lourd pour la technostructure européenne.
04:03Elle est censée nous rendre plus forts.
04:05En fait, elle nous rend surtout plus dépendants
04:07des puissances étrangères.
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