00:00Bonjour Carlos Lopez.
00:01Bonjour.
00:02Quel est l'impact de la hausse du prix du pétrole sur les économies africaines à ce stade ?
00:07Concrètement, est-ce que les prix à la pompe ont augmenté ?
00:10Est-ce qu'il y a des conséquences pour les industries, les transports ou les centrales électriques ?
00:14Il y a deux conséquences.
00:16D'abord, il y a la conséquence des prix pour les importations qu'on va faire dans l'avenir immédiat.
00:22On peut s'imaginer que les prix vont continuer à grimper.
00:25Un certain nombre de pays n'ont pas de réserve suffisante pour pouvoir faire face aux difficultés logistiques qu'on
00:32va avoir avec toute la demande qui est désorganisée.
00:37Soit elle passait du point de vue de raffinage par les pays du Golfe, soit elle émanait des pays du
00:43Golfe.
00:44Donc, nous avons tout un tas de difficultés avec les assurances.
00:48Les transports maritimes sont perturbés dans une réorganisation complète.
00:54Toutes ces conséquences qui auront, bien sûr, un reflet dans le prix dans les pompes.
00:59Mais nous avons aussi deux autres difficultés logistiques énormes, c'est-à-dire les exportations africaines qui passaient par le
01:06Golfe,
01:07notamment de l'or qui était en train d'aider pas mal de pays africains.
01:12Et ça fait normalement en voie aérienne, donc il y a beaucoup de perturbations dans le trafic aérien.
01:18Il y a aussi un certain nombre de minéraux qui passaient pour raffinage dans les pays du Golfe.
01:24Donc, on aura des problèmes de trésorerie dans ces pays.
01:28Et nous avons aussi les fertilisants.
01:30Donc, un certain nombre de fertilisants qui sont utilisés en Afrique viennent du Golfe.
01:35Et maintenant que le détoit d'Ormus est pratiquement fermé,
01:38donc on aura des perturbations aussi dans les campagnes agricoles.
01:44Voilà, tout cela va augmenter l'inflation, va faire dégringoler la valeur des monnaies africaines,
01:49va nous amener à une situation, à mon avis, bien plus difficile que celle que nous avons connue
01:56pendant le début de la guerre en Ukraine et la crise de 2008-2009 du système financier international.
02:04Nous sommes là dans un mécanisme qui peut être très coûteux pour l'Afrique
02:11parce que dans les cinq dernières années, la plupart des investissements de grande importance
02:18étaient en provenance des pays du Golfe, notamment des Émirats arabes unis en particulier.
02:24Et donc, tout cela va être extrêmement perturbé.
02:27Donc, cela vous inquiète ?
02:28Je suis très inquiet parce que je pense que nous ne nous sommes pas préparés à cette éventualité
02:33et ça arrive à un moment où, disons, il y a une réduction drastique de l'aide au développement,
02:41où les difficultés d'accès au marché se sont multipliées, notamment le coût de capital.
02:49Et nous avons aussi une espèce de pause de la part de la Chine
02:52qu'on a vérifiée depuis l'arrivée au pouvoir du président Trump.
02:56C'est comme si la Chine s'attendait un peu à un certain nombre de développements
03:02qu'elle ne contrôle pas complètement.
03:04Donc, en ce qui concerne l'Afrique, elle a démontré moins d'appétit qu'auparavant.
03:09Et c'est pourquoi, d'ailleurs, les pays du Golfe ont occupé un peu l'espace.
03:12Et l'autre pays qui était en train de monter dans l'intérêt pour l'Afrique, c'était l'Inde.
03:20Et l'Inde sera extrêmement perturbée par ces différents développements.
03:23Donc, il y a une conjonction de facteurs qui m'amènent à être extrêmement pessimiste pour les prochains mois.
03:31Mais pour les pays qui disposent de réserves importantes, comme le Nigeria ou l'Angola,
03:35pour les pays producteurs de pétrole, est-ce que la situation peut être, à l'inverse, perçue comme une opportunité
03:41?
03:42Bien sûr que la montée des prix du pétrole va aider un certain nombre de pays africains,
03:47notamment les pays producteurs, comme l'Angola, le Nigeria, la Libye.
03:53Mais, à mon avis, ces pays vont souffrir beaucoup plus de l'importation d'inflation
03:57et d'autres difficultés, notamment logistiques.
04:01Et donc, les gains éventuels ne seront pas suffisants pour compenser les pertes.
04:06Sur la logistique, justement, la réorganisation du trafic maritime
04:10passe notamment par un contournement de l'Afrique, par le cap de Bonne Espérance,
04:15en Afrique du Sud. Est-ce que ça pourrait être favorable aux ports africains, selon vous ?
04:19Théoriquement, oui.
04:20Mais, disons, le grand avantage, c'est qu'ils puissent se ravitailler.
04:25Et notamment se ravitailler en combustible.
04:28Et malheureusement, la logistique africaine n'est pas préparée pour bénéficier de cet avantage.
04:33Donc, bien sûr, il y aura un apport en termes de demandes.
04:39Mais cette demande, elle sera quand même assez conditionnée sur des facteurs logistiques
04:45qui ne sont pas complètement maîtrisés par les ports africains.
04:49Donc, par exemple, en Afrique du Sud, on avait déjà des problèmes de ravitaillement
04:52en combustible avec le trafic tel qu'il était.
04:55Donc, je n'imagine pas que ça va beaucoup changer.
04:57Donc, il y a des pays comme la Namibie qui sont, disons, mieux organisés
05:03pour pouvoir bénéficier, par exemple, du contournement du cadre de Bonne Espérance.
05:08Nous avons des pays comme le Kenya qui peuvent éventuellement aussi bénéficier
05:12avec le port de Mombasa.
05:14Djibouti, certainement, est bien préparé pour pouvoir absorber une partie du trafic.
05:20Mais disons, il y a beaucoup de pays qui n'ont pas, disons, l'élasticité logistique
05:24pour pouvoir profiter de ces ravitaillements.
05:27Et face à cette situation qui vous inquiète, on l'a compris, à court terme,
05:32quelle peut être la réponse des États ou des banques centrales ?
05:37Alors, tout d'abord, on avait déjà bien engagé une discussion sur la nouvelle architecture
05:44financière africaine, c'est-à-dire mieux utiliser l'épargne africaine pour le développement
05:49de l'Afrique.
05:50Ça veut dire qu'il faut réorganiser la façon dont on investit, par exemple,
05:55dans les fonds souverains, les fonds de pension, les fonds institutionnels en général.
05:59Il y a certainement énormément d'épargne qui est maintenant actuellement
06:03complètement déviée des priorités africaines.
06:08Et il faut absolument changer cela.
06:10Et je pense que c'est un peu ce qui est en train de proposer le nouveau président
06:16de la Banque africaine de développement et avec ses pairs des institutions financières
06:21africaines.
06:22Et il faut maintenant qu'ils accélèrent un peu cette nouvelle méthodologie qui permettra
06:28justement à ces différents fonds d'avoir les retours en investissement qui sont garantis
06:33pour qu'ils puissent s'intéresser davantage à ce qu'on peut appeler le papier africain
06:38plutôt qu'étranger.
06:40Donc, les agences de rating risquent de faire augmenter encore un peu le risque africain,
06:46ce qui est normal vu tout ce qui est en train de se passer.
06:50Et donc, la seule façon de contrer cette tendance est justement de pouvoir de plus en plus
06:56garantir des retours à ces investisseurs africains pour qu'ils puissent s'intéresser
07:00davantage au continent.
07:01Donc, à plus long terme, c'est peut-être cette crise aussi un signal pour certains
07:06États pour accélérer des décisions et des investissements pour mieux faire face aux
07:11chocs énergétiques mondiaux ?
07:13Tout à fait.
07:14Et politiquement, il y a déjà une volonté de changer un peu la donne.
07:19Et donc, maintenant, il va falloir, ce que je dis, accélérer parce que je pense que
07:23les pays africains ont conscience qu'ils sont maintenant largués et qu'il faut qu'ils
07:29s'occupent d'eux-mêmes. Et avec tout ce qui est en train de se passer dans le monde
07:34de l'aide au développement, il y a une réalisation que l'Afrique doit avoir, disons,
07:40une attitude plus adulte et doit s'occuper elle-même de ses problèmes, beaucoup plus
07:45que compter sur d'autres qui, effectivement, ont des priorités qui deviennent de plus en
07:51plus complexes, vu l'état du monde.
07:53Merci à vous, Carlos Lopez.
07:55Je vous en prie.
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