00:00On va commencer par évoquer cette annonce de l'armée israélienne tout à l'heure.
00:03Elle a déployé des soldats dans le sud du Liban, dans la zone frontalière.
00:07Parallèlement, Israël continue de bombarder des positions du Hezbollah.
00:12On écoute les précisions d'Alexandra Quarigny.
00:15Dans la banlieue sud de Beyrouth, les pompiers sont à pied d'œuvre pour éteindre les flammes.
00:20Conséquence des frappes israéliennes qui se poursuivent au Liban.
00:24L'État hébreu annonce en parallèle prendre le contrôle de nouvelles positions.
00:28Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et moi-même avons autorisé les forces de défense israéliennes à avancer
00:34et à prendre le contrôle de positions stratégiques supplémentaires au Liban
00:38afin d'empêcher les attaques contre les communautés frontalières israéliennes.
00:42L'armée israélienne était déjà stationnée dans cinq postes avancés le long de la frontière avec le Liban.
00:47Mais ce renforcement, présenté comme une mesure tactique par l'armée,
00:52marque une nouvelle étape après la salve de frappe qui s'abat depuis lundi sur le pays.
00:57Israël affirme agir en représailles de tirs du Hezbollah vers Israël.
01:01Des attaques menées en solidarité avec l'Iran,
01:05condamnées par le Premier ministre libanais dans une prise de parole lundi.
01:09Nawaf Salam a proclamé l'interdiction des actions militaires du Hezbollah.
01:13Une décision inédite mais insuffisante pour faire retomber la pression.
01:18L'ONU, inquiète de cette nouvelle flambée de violence, appelle toutes les parties à la plus grande retenue.
01:26Gauthier, face à cette offensive israélienne au Liban, est-ce que le Hezbollah peut résister ?
01:32Lui qui a subi hier les foudres du gouvernement libanais qui a décidé d'interdire sa branche armée.
01:37Oui. Il n'est pas dit que ce soit ça qui fragilise profondément le Hezbollah.
01:44Le Hezbollah est tributaire de la société libanaise.
01:47C'est-à-dire qu'il prétend la représenter, ce qui est une usurpation,
01:52puisqu'elle est autre que le Hezbollah.
01:54Il y a le Hezbollah mais il y a autre chose.
01:56Il prétend la représenter mais il en a besoin aussi.
02:00Il repose sur cette société libanaise.
02:02Et cette société libanaise, si elle venait à s'effondrer, si le système qui est déjà chancelant venait à s
02:09'effondrer,
02:10bien le Hezbollah serait obligé de procéder à des révisions déchirantes,
02:14c'est-à-dire tout simplement de se demander à quoi il sert.
02:17Puisque jusqu'à présent, ça a toujours été le cas, c'était d'être le bras armé,
02:21d'être une sorte d'ambassadeur militaro-politique de la République islamique.
02:26S'il n'y a plus cela, que devient le Hezbollah ?
02:29Et là, c'est toute la complication pour ce groupe,
02:34qui est d'ailleurs un groupe, n'hésitons pas à le rappeler,
02:37c'est un groupe terroriste aussi, le Hezbollah.
02:39Alors, il y en a d'autres, bien sûr,
02:40mais la complexité de la chose, c'est de se dire,
02:45comment survivre dans un contexte où le parrain iranien est fragilisé ?
02:52Comment survivre dans un contexte où la situation même risque de fragiliser encore plus la société libanaise ?
02:58Et donc, quelle raison d'être on peut se trouver ?
03:02Et on voit par exemple qu'en ce moment,
03:05les chiites que le Hezbollah est censé aussi représenter sont partagés,
03:08sont divisés au Liban,
03:10et que la question qui s'est souvent posée pour un certain nombre d'autres représentants de la société libanaise,
03:17c'était de se demander s'ils n'étaient pas un peu prisonniers du Hezbollah.
03:20Alors certes, le Hezbollah a réussi à croire, à accréditer l'idée,
03:27ce n'est pas totalement faux, bien sûr, mais ce n'est pas non plus complètement vrai,
03:30que lui seul avait résisté à l'occupation israélienne depuis l'opération paix en Galilée,
03:37que si Israël s'était retiré du Liban et même du Sud-Liban par la suite,
03:42c'était grâce au Hezbollah.
03:44Donc, il y a une légitimité qui est très forte.
03:45Mais elle se retrouve interrogée, cette légitimité, à l'instar, à la lumière des événements.
03:51Que vaut-elle si l'État libanais est en totale des errances ?
03:55Que vaut-elle si la République islamique elle-même est,
03:58alors peut-être pas amenée à disparaître immédiatement,
04:00mais en tout cas à être moins sur le devant de la scène ?
04:03Dans cette guerre, l'une des cibles cette nuit, ça a été l'ambassade américaine à Riyad, en Arabie Saoudite.
04:09Elle a été visée par deux drones qui n'ont pas fait de victime, puisque le bâtiment était vide.
04:13Washington conseille à ses ressortissants en Arabie Saoudite de rester à l'abri.
04:16A noter aussi que l'ambassade américaine au Koweït a annoncé sa fermeture jusqu'à nouvel ordre.
04:21C'est quoi au juste la stratégie iranienne en allant s'attaquer à des bases, à des ambassades américaines ?
04:26Ça, c'est plutôt logique.
04:27Enfin, ça fait partie de la guerre.
04:29C'est-à-dire que si vous êtes attaqué par tel pays,
04:32et que vous n'avez pas la capacité ou même l'opportunité...
04:37D'aller sur le territoire américain, à ce moment-là, vous attaquez à des représentations.
04:41Et comme en plus les bases militaires américaines sont légion dans la région, c'est assez facile.
04:47En revanche, ce qui est un peu plus compliqué, c'est de s'attaquer au motif qu'il y a
04:52des bases américaines,
04:54de bombarder un certain nombre d'autres pays, notamment des monarchies du Golfe,
04:58ou même, je pense au Sultana Doman, qui est plutôt favorable, non, pas exactement à terrain,
05:04mais qui a cherché à jouer le rôle de médiateur, voilà.
05:07Et les Etats-Unis.
05:08Et là, le pari est assez risqué pour l'Iran, parce que soit, de deux choses l'une,
05:12soit ces monarchies du Golfe, appelons-les comme ça pour aller vite,
05:19sont apeurées par les proportions que prennent ce conflit,
05:23et à ce moment-là, supplieront les parrains américains et israéliens sous-entendus.
05:28Mais évidemment, ces monarchies-là ne parlent pas d'Israël,
05:31mais sont relativement satisfaites quand Israël fait ce genre de boulot.
05:34Bon, pareil pour le Gaza, d'ailleurs.
05:37À ce moment-là, en leur disant, écoutez, levez le pied, parce que nous, on ne va pas survivre.
05:42Et effectivement, vous avez quantité de pays qui ont des projets pharaoniques,
05:46comme Mohamed Belsamana en Arbi Saoudite,
05:48des agendas qui reposent sur la création de richesses,
05:54pas forcément d'ailleurs en rapport avec les souhaits de la population,
05:57mais enfin, ce sont des projets qui sont à la limite,
06:00comment dirais-je, ou plutôt, oui, à la hauteur de leurs propres ambitions personnelles
06:04et l'idée qu'il faut laisser une marque dans l'histoire du pays.
06:07Très bien.
06:08Si la situation actuelle vient mettre un frein à ces projets,
06:13à ce moment-là, que peuvent dire cette monarchie, dire aux Etats-Unis,
06:17non seulement vous nous mettez dans la délicatesse,
06:20mais en plus de ça, vous-même, vous risquez d'en être, finalement,
06:24les récipiendaires indirects, en ce sens que, évidemment,
06:29la circulation commerciale des Trois-Dormous, etc., est de nature à vous gêner aussi.
06:35Donc, arrêtez.
06:37Eh bien, on peut dire exactement l'inverse.
06:39C'est-à-dire que ces pays-là, qui ont évidemment toujours pâti,
06:47ou en tout cas vu avec la plus grande méfiance,
06:49le développement de la République islamique.
06:52D'abord, mais je ne crois pas que ce soit l'axe principal,
06:54parce qu'il y a la question chiite-sunnite, mais ce n'est pas ça.
06:58Le principal, c'est que la République islamique, quand elle naît en 1979,
07:01elle se fonde, entre autres, bien sûr, sur le rejet de l'impérialisme du chat,
07:07sur le rejet de l'impérialisme américain,
07:09mais sur le rejet de ce que les molas vont appeler les mauvais musulmans.
07:16C'est-à-dire que les monarchies du Golfe sont perçues comme des hypocrites,
07:20comme, certes, des gens qui serrent la vis de leurs citoyens,
07:23plutôt de leur sujet, mais qui ne respectent pas l'islam,
07:27mais qui ne sont pas du tout dans une perspective d'émancipation sociale.
07:31Je mesure les mots parce que c'était ça, à l'origine, la République islamique.
07:35Alors, vous me direz, on ne peut pas faire ça avec une théocratie.
07:38Je suis d'accord.
07:38Mais c'était ça, l'impact voulu, c'était ça.
07:42C'était de damer le pion à tous ces régimes qui étaient serviles vis-à-vis des États-Unis.
07:48Et donc, à partir de là, bien des régimes de cette région
07:52ne seraient pas mécontents de voir, cette fois, le régime des molas battu à plate couture.
07:58Ça leur permettrait d'envisager l'avenir, et même, d'ailleurs,
08:02on voit que c'est à ce prix-là que les choses se négocient,
08:04de dire, puisqu'il n'y a plus ce danger-là pour nous,
08:07on peut très bien reconnaître Israël, s'entendre sur des choses,
08:10peut-être pas politiques, mais d'abord commerciales.
08:13Et voilà l'alternative, si vous voulez, qui est compliquée,
08:17en voyant bien que dans les deux cas, c'est-à-dire celui que j'ai signalé
08:21comme étant le plus intéressant et celui qui était le plus, peut-être, rétrograde,
08:26il n'y a pas d'intérêt autre qu'immédiatement mercantile
08:31et surtout pas de prospective sur ce que doit être la région sur le plan politique.
08:36On a évoqué la stratégie iranienne et la stratégie américaine, c'est quoi en Iran ?
08:41Donald Trump a quand même laissé entendre qu'il allait laisser le peuple se débrouiller tout seul
08:44s'il voulait changer de régime.
08:45– Et puis alors, vous avez peut-être vu, c'est quelque chose qui est tout récent,
08:49je crois que ça a quelques heures à peine, vous vous souvenez qu'il avait dit
08:53« on va parler, je veux parler avec les Iraniens »,
08:56d'ailleurs avec une espèce de shadow cabinet que Harry, Larry Jany avaient confectionné.
09:01– Mais pour leur dire quoi ?
09:02– Eh bien oui, alors justement, c'est ce qu'il vient de dire, il dit « non, je ne
09:04veux pas leur parler ».
09:05Alors, bon, c'est pas grave, on va y arriver quand même, simplement,
09:11ce qui manque fondamentalement, à la fois dans la réflexion américaine,
09:16dans la réflexion aussi, évidemment, de ces monarchies dont on a parlé,
09:21c'est la question de la nécessité d'une démocratisation.
09:26Alors je sais, vous allez me dire, c'est du rêve, c'est de l'utopie.
09:28– Ok. Seulement, si on veut à terme voir une solution qui soit durable,
09:34qui soit durable aussi par rapport à la course aux armements.
09:38Vous savez que le TNP, les traités de non-prolifération,
09:40ils ont du plomb dans l'aile en ce moment.
09:42Donc, il s'agit aussi de penser à tout ça pour l'avenir.
09:46Eh bien, il n'y a pas 36 moyens.
09:47Tant que vous avez en place des régimes comme celui des Mola,
09:51et même d'autres, et comme certains de la région,
09:55vous ne serez jamais tranquille sur cette question-là.
09:58Et celui des Mola, il est encore plus clair,
10:00parce que pour eux, la République islamique,
10:03c'est quelque chose comme une assurance vie,
10:05la question du nucléaire.
10:06D'ailleurs, ils le disent eux-mêmes.
10:08Il s'agit à la fois de défendre l'identité,
10:11de menacer le voisin israélien,
10:13d'amener le pion à tel ou à autre voisin.
10:15C'est non seulement identitaire,
10:17mais en plus tactiquement intéressant.
10:19Et donc, à partir de là,
10:21vous ne pouvez pas avoir de solution concrète et durable,
10:25d'autant que, et je réponds à votre question,
10:27d'autant que pour Donald Trump,
10:29c'est quelque chose qui n'est pas en ligne de compte,
10:31qui n'entre pas en ligne de compte.
10:32Et vous voyez bien que,
10:34d'ailleurs, vous l'avez signalé dans votre question,
10:36vous voyez bien qu'il y a quelques jours,
10:37on avait droit à un discours sur la nécessité
10:40de libérer le grand peuple iranien,
10:42héritier d'une grande civilisation.
10:43Oui, tout ça, parfaitement vrai.
10:45Aujourd'hui, vous avez le secrétaire à la Défense
10:48qui vous dit, bon, il faut qu'ils se débrouillent,
10:51les Iraniens.
10:52Il faut qu'ils se débrouillent tout seuls.
10:53Et, au fond, c'est là que cette guerre
10:56est extrêmement dangereuse,
10:57parce qu'elle fait des morts,
10:59elle bouleverse le système actuel,
11:02elle met en cause des équilibres,
11:05mais sans en prévoir un autre,
11:06sans prévoir quelque chose de rechange,
11:08oui, qui puisse être vertueux.
11:10Et là, on est dans cette situation.
11:12Alors, peut-être, je ne sais pas
11:13si vous vouliez aborder d'un mot les Européens,
11:15mais...
11:15Allez-y !
11:16Non, parce que les Européens ont conscience de cela.
11:19Le problème, c'est qu'ils n'arrivent jamais à agir.
11:21Et là, on est dans quel cas de figure ?
11:23On est dans le cas de figure où la France,
11:24la Grande-Bretagne, le Royaume-Uni, pardon,
11:26et l'Allemagne sont d'accord pour protéger,
11:30pour intervenir, disent-ils.
11:32Attention, c'est intervenir,
11:33ce n'est pas intervenir dans le concert global de la canonnade,
11:38c'est de faire en sorte que les États
11:40qui sont sous accord de défense ou d'entraide
11:43avec la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni,
11:47eh bien, ne soient pas déçus par la présence de ces Européens.
11:50Donc là, ça peut vouloir dire, par exemple,
11:51faire en sorte que tel territoire,
11:53je pense aux Émirats Arabes Unis,
11:54ne soit pas bombardé,
11:56qu'il y ait un système
11:59qui est le système de captation des missiles
12:02ou de neutralisation
12:03qui puisse fonctionner pour protéger ces États.
12:06Il ne s'agit pas, malheureusement ou heureusement,
12:10d'une autre intention.
12:11C'est là qu'on voit aussi la pusillanimité
12:14des ambitions européennes et de leur attitude.
12:17Merci beaucoup, Gauthier, pour cet éclairage.
12:20Je me tourne vers vous.
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