00:00Alors d'abord, Mickaël, d'abord bonjour, bonjour à tous.
00:03Mais d'abord, ce qu'il faut souligner, c'est que les prises de parole de l'État islamique,
00:07prises de parole physiques, je veux dire, même s'ils sont évidemment à distance,
00:10sont devenues très rares.
00:12Abu Tarifa Al-Ansari, le porte-parole de la mouvance,
00:17ne s'était pas exprimé depuis deux ans par crainte des frappes américaines,
00:21d'être repérée, etc.
00:22C'est souvent soit dans la communication, soit dans les liaisons
00:24que les terroristes sont repérés, ciblés, frappés.
00:29Donc, c'est une démonstration de force, enfin, ça a voulu être une démonstration de force,
00:34montrer que le groupe État islamique était toujours vivant.
00:38Et effectivement, ça s'est suivi, cette prise de parole a été suivie par une dizaine d'attentats
00:43qui, après un des comptes du Figaro, ont fait 12 morts en 3 ou 4 jours.
00:49Donc, ça ne prouve peut-être pas que c'était attendu, cette prise de parole,
00:52mais qu'en tout cas, l'État islamique a la capacité de mobiliser des cellules dormantes
00:58pour frapper en Syrie aujourd'hui.
01:01Alors, on n'est plus du tout dans la situation d'il y a dix ans,
01:04à l'époque du califat, bien entendu.
01:07C'est très difficile d'évaluer exactement l'importance du groupe en Syrie.
01:12On pense qu'ils sont entre 3 000 et 10 000 combattants dispersés dans tout le pays,
01:16mais surtout dans le nord et le nord-est, un peu à Damas,
01:19un peu dans d'autres villes, par des cellules dormantes.
01:22Mais ils gardent clairement une capacité de nuisance.
01:25Et la Syrie reste pour eux un épicentre.
01:28C'est là qu'est née l'aventure, l'odyssée, si on peut dire, du groupe État islamique.
01:34Claude, l'ennemi, le premier ennemi désigné par Daesh,
01:38c'est clairement le nouveau pouvoir en place,
01:41pourtant aux mains des anciens djihadistes d'Ahmed al-Shara.
01:45Oui, alors ça semble paradoxal, évidemment,
01:49mais uniquement en surface, quand on connaît le Moyen-Orient,
01:53quand on connaît les rivalités entre groupes islamistes et entre personnes,
01:57c'est tout à fait normal, en fait.
01:59Il faut se rappeler qu'Ahmed al-Shara était un djihadiste,
02:03reste très certainement un djihadiste,
02:05mais qui a mis un costume cravate,
02:06mais qui est intelligent, qui est opportuniste,
02:10qui est pragmatique,
02:15et qui, effectivement, a eu la chance inouïe djihadiste quand même
02:19de prendre le pouvoir en Syrie, de renverser Bachar al-Assad,
02:22et puis de pouvoir chercher des alliances à l'Ouest,
02:26aux États-Unis, à Paris.
02:29Il est devenu le meilleur ami d'Emmanuel Macron ou de Donald Trump.
02:33Il est même entré dans la coalition anti-Daesh,
02:36la coalition internationale anti-Daesh.
02:38Donc, c'est une cible toute naturelle,
02:40d'autant plus que c'est une rivalité qui ne date pas d'hier.
02:43Al-Shara était un des chefs du front al-Nusra.
02:46Le front al-Nusra, c'était, il y a 15 ans,
02:48l'émanation d'Al-Qaïda en Irak,
02:50qui a créé, qui a porté le projet islamique en Syrie,
02:54qu'il a créé.
02:55Et Al-Shara avait rompu le projet islamique dès sa naissance.
02:58Et pendant des années, ça fait 15 ans qu'il leur mène la guerre.
03:02Donc, il est tout à fait logique que l'État islamique
03:05veuille se débarrasser de lui
03:07et en fasse une cible principale de lui
03:09et de ses services de sécurité.
03:11Alors, au-delà d'attentats qui pourraient être gravissimes,
03:14est-ce que l'État islamique a aujourd'hui encore les moyens
03:17de rétablir un califat dans le pays,
03:19voire de renverser le pouvoir en place ?
03:23Alors, il faut toujours être extrêmement prudent.
03:25L'histoire nous l'a appris quand on parle du terrorisme
03:28et du Moyen-Orient parce que la réalité d'aujourd'hui
03:32n'est plus celle d'hier et celle de demain sera encore différente.
03:35C'est un virus mutant, c'est un cancer évolutif
03:38qui métastase le terrorisme islamiste.
03:41Mais très franchement, recréer un califat,
03:45ça semble très, très difficile à imaginer
03:50parce que la pression aujourd'hui est maximale
03:53et que le groupe État islamique n'a plus la force
03:56qu'il avait il y a 15 ans.
03:57Il y a 15 ans, c'était des dizaines de milliers d'hommes.
04:00Aujourd'hui, je le dis, entre 3 et 10 000 maximum.
04:04Renverser le régime, encore moins.
04:06En revanche, il y a une capacité de nuisance réelle,
04:08mais très localisée souvent.
04:10C'est essentiellement dans le nord-est du pays
04:12que se commettent les attentats, avec des exceptions.
04:15La principale exception, c'était, si vous vous en rappelez,
04:18le 22 juin 2025 à Damas, l'église Sainte-Élie,
04:23qui est une église grecque-orthodoxe, qui a été visée.
04:2525 morts, 63 blessés.
04:28Et ça souligne quelles sont les cibles principales
04:30du groupe État islamique.
04:32Ce sont les services de sécurité,
04:34ce sont les autorités et les représentants du nouvel État syrien,
04:38ce sont les minorités religieuses ou ethniques,
04:42ce sont, quand on peut, la coalition internationale,
04:45deux soldats américains et un interprète
04:47qui avaient été tués le 13 décembre 2025 à Palmyre,
04:50et puis c'est le chef de l'État lui-même,
04:52Ahmed Al-Shara, a été l'objet en 2025
04:55de cinq tentatives d'assassinat
04:57venant soit de l'État islamique,
04:59soit de groupes qui lui sont ralliés,
05:01qui lui sont très proches,
05:02ou qui sont des couvertures, des faunées de Daesh.
05:06Donc, renverser l'État, non.
05:08Lui nuire gravement, oui.
05:10Voilà quelles sont aujourd'hui les capacités
05:13du groupe État islamique.
05:15Sous-titrage Société Radio-Canada
05:17Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires