- il y a 4 jours
Cinq ans après le coup d'État ayant renversé la Conseillère d'État Aung San Suu Kyi et le président Win Myint et placé la junte au pouvoir, la Birmanie est plongée dans une violente guerre civile qui semble insoluble et qui fracture le pays. Alors que des élections ont été organisées pour consolider le pouvoir en place, le pays fait face à une forte répression et à une grave crise économique et humanitaire.
Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Tin Tin Htar Myint, présidente de l'association Doh Atu-Ensemble pour le Myanmar et Christian Lechervy, envoyé spécial pour la Birmanie en France.
LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Tin Tin Htar Myint, présidente de l'association Doh Atu-Ensemble pour le Myanmar et Christian Lechervy, envoyé spécial pour la Birmanie en France.
LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
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00:00:09Générique
00:00:16Bienvenue à tous, au menu de ce débat doc aujourd'hui, la Birmanie, avec le documentaire qui va suivre tout
00:00:21d'abord,
00:00:22Birmanie, le rappeur qui défia la junte, réalisé par Thomas Dandois.
00:00:26Un retour, vous allez le voir, sur le destin tragique de Zayar Tav, jeune star du rap birman, exécuté, voilà,
00:00:34bientôt 4 ans, par la junte militaire birmane.
00:00:37Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après, sur ce plateau, en compagnie du diplomate Christian Le
00:00:43Chervi et de la médecin birmane Tintin Tarmint, avec eux.
00:00:49Nous nous interrogerons sur la guerre civile qui se perpétue en Birmanie.
00:00:54Bon doc.
00:01:12C'était l'un des tout premiers rappeurs birman, quand il a fondé le groupe Acid avec ses amis.
00:01:22Il était trop cool.
00:01:25On a fait un vrai cartoon.
00:01:30Et c'est là que nos problèmes avec les dictateurs ont commencé.
00:01:39Quand leur album est sorti, cette musique, ça nous donnait envie de briser nos chaînes.
00:01:51C'était la première fois qu'un rappeur se lançait en politique.
00:01:57Un rappeur, élu député, c'était tellement cool.
00:02:01C'était une source d'inspiration pour nous les jeunes.
00:02:27Je ne m'attendais pas à autant de violence.
00:02:34Il m'a dit, il y a eu un coup d'état.
00:02:36Je ferai ce que j'ai à faire.
00:02:38Il a osé se dresser contre le mal.
00:02:52Zeyarto était un homme honnête.
00:02:54Un homme bon qui a eu le courage de prendre la parole pour dénoncer le mal.
00:03:12Ils l'ont traîné hors de sa cellule en pleine nuit pour l'exécuter.
00:03:16Ça me fait mal d'y penser.
00:03:25Je ne peux pas m'empêcher de penser à son exécution.
00:03:31J'y pense tout le temps.
00:03:34Chaque seconde.
00:03:36Zeyarto a lutté pour le bien de tous jusqu'à son dernier souffle.
00:03:40Tu l'ouyat maré tu l'ouyat.
00:03:42L'ouyat!
00:03:51L'ouyat!
00:03:53L'ouyat!
00:03:55L'ouyat!
00:03:56L'ouyat!
00:03:58L'ouyat!
00:04:01C'est parti, c'est parti.
00:04:42C'était le plus casse-coup de tous nos potes.
00:04:51Il a été le dernier de la bande à se mettre au skate, mais il a foncé tout de suite
00:04:56avec nous.
00:04:57Il avait peur de rien.
00:05:00En quelques jours, il a rentré des figures qu'on avait mis des mois à apprendre, mais son corps était
00:05:06couvert d'air à flûte.
00:05:19On a grandi dans la même rue.
00:05:23On faisait tout ensemble.
00:05:25Des choses bien et les conneries aussi.
00:05:35Je m'appelle Yayang Chan.
00:05:37J'ai fondé le groupe ACID avec mon ami Zeyarto.
00:06:03Je m'appelle Anaga.
00:06:06Je suis aussi un des fondateurs du groupe ACID.
00:06:13Au début, on s'est connus par la musique.
00:06:22On composait la plupart de nos chansons dans la chambre de Zeyarto.
00:06:29On n'avait pas spécialement d'ambition.
00:06:31On voulait juste chanter des nouvelles chansons et qu'elles soient écoutées par quelques personnes.
00:06:47À cette époque, personne ne faisait du hip-hop.
00:06:52Et nous, on voulait écouter du hip-hop en birman.
00:06:55Alors, on a chanté nos espoirs et nos rêves de jeunesse.
00:06:59On parlait aussi de notre désespoir parfois.
00:07:02Mais c'est tout.
00:07:04Mais le bureau de la censure et le gouvernement, ils ont cru que c'était contre eux.
00:07:18On est né et on a grandi sous le règne des dictateurs.
00:07:28À la télévision, il ne passait que des informations de propagande du régime.
00:07:38Ou alors des défilés militaires ou des films à la gloire de l'armée.
00:07:45Cette époque a été terrible pour le Myanmar.
00:07:49Les gens étaient terrorisés.
00:07:52Il y avait plein de lois qui pouvaient vous envoyer en prison à tout moment.
00:07:57Du jour au lendemain, les gens disparaissaient.
00:08:03Nous, on pensait que c'était tout ce qu'on pouvait espérer dans la vie.
00:08:07On ne savait pas comment ça se passait dans les autres pays.
00:08:10C'était notre vie. C'était comme ça.
00:08:13Avant, en 1988, on n'avait jamais vu de manifestation ou de soulèvement.
00:08:22Peut-être plus d'un million de manifestants dans les rues de Rangoon, la capitale,
00:08:26et Mandalay, la deuxième ville du pays.
00:08:28La raison en est simple.
00:08:29La déception dans un contexte économique catastrophique.
00:08:36La troupe sur les toits des bâtiments publics n'a pas hésité.
00:08:39A tirer dans la foule, une foule bravant l'interdiction faite de tout rassemblement.
00:08:43De plus de cinq personnes.
00:09:00Je voyais tous les jours des étudiants se faire tuer par les militaires.
00:09:05Les médecins et les infirmières de l'hôpital de Rangoon n'en pouvaient plus.
00:09:10Ils sont sortis et ils ont écrit sur les draps des lits de l'hôpital pour demander une trêve de
00:09:1524 heures.
00:09:18Pour toute réponse, les militaires les ont mitraillés.
00:09:22Et puis, ils leur ont roulé dessus avec les camions.
00:09:25Des médecins et des infirmières qui demandaient une trêve.
00:09:30J'ai vu ça de chez moi, depuis mon balcon.
00:09:34Cette scène a sans doute changé toute ma vie.
00:09:37Je n'ai jamais pu l'oublier.
00:09:39Jamais.
00:09:54Zeyarto et moi, on s'est connus sur les bandes d'écoles primaires.
00:09:59Au moment de notre adolescence, la liberté d'expression n'existait quasiment pas chez nous.
00:10:12On n'avait même pas le droit de se rassembler pour discuter.
00:10:15Il y avait une censure très stricte.
00:10:18La plupart des livres étaient censurés à l'époque.
00:10:27Mais le truc avec Zeyarto, c'est que ses parents étaient professeurs à l'école de médecine.
00:10:36Ils avaient plein de livres chez eux.
00:10:42Zeyarto lisait beaucoup, de la littérature, mais aussi des livres plus politiques.
00:10:53Le sujet qui nous obsédait, c'était la liberté.
00:10:57Zeyarto, lui, il nous en parlait tout le temps.
00:11:19Quand on a commencé à écrire des chansons comme
00:11:21« Tout ira bien si on reste unis »,
00:11:25en fait, les paroles, elles évoquaient plutôt l'attitude à tenir dans une bagarre de rue.
00:11:31On parlait un peu comme un gang ou une espèce d'organisation.
00:11:37Mais ce mot « unis », en fait, ça pouvait aussi évoquer l'unité du pays.
00:11:53Ce mot « unis », il était tellement puissant.
00:11:58Il avait un sens tellement fort dans un pays comme le nôtre, à cause de la dictature.
00:12:06Il faut savoir qu'on n'avait pas le droit de se réunir à plus de cinq personnes.
00:12:11C'était strictement interdit.
00:12:14Si on avait osé se rassembler à plus de cinq personnes,
00:12:18on aurait été arrêtés immédiatement.
00:12:30Cette chanson « Tout ira bien si on reste unis »,
00:12:35tout le monde l'a perçue comme une chanson politique.
00:12:44C'est à ce moment-là que nos problèmes avec les dictateurs ont commencé.
00:12:50Ils ont voulu nous faire changer les paroles.
00:12:57Le truc avec le bureau de la censure,
00:13:00c'est qu'ils ne voulaient pas seulement vérifier les paroles.
00:13:11Les membres du bureau,
00:13:13ils étaient tellement ringards,
00:13:15tellement vieux jeu,
00:13:17ils ne comprenaient rien à la musique moderne.
00:13:25Et ils détestaient la plupart de nos paroles.
00:13:28Les mots d'argot ou les mots d'anglais qu'on utilisait,
00:13:33ils les ont tous censurés.
00:13:38On en a vraiment bavé avec eux.
00:14:04Nous, les musiciens,
00:14:06on était vraiment oppressés par le bureau de la censure.
00:14:10« Mon nom est Azine,
00:14:12je suis la femme de Zeyarto.
00:14:14Je suis rappeuse comme lui.
00:14:17Les hommes, à l'époque,
00:14:19n'avaient pas le droit d'avoir les cheveux longs.
00:14:23Pour les femmes,
00:14:25interdiction de montrer les genoux
00:14:27ou de porter des décolletés.
00:14:29C'était l'oppression permanente.
00:14:35Si les paroles des chansons évoquaient
00:14:37le gouvernement militaire
00:14:38ou les dictateurs,
00:14:41ils censuraient les textes
00:14:42avec un bruce trident.
00:14:45Ça faisait bip
00:14:47et ça ruinait la chanson.
00:15:02Les jeunes connaissaient nos chansons
00:15:03parce qu'ils les recopiaient sur des cassettes
00:15:05et ils se les passaient entre eux.
00:15:11Ils les rapportaient chez eux
00:15:12et ils les partageaient avec leurs copains.
00:15:14C'est comme ça que nos chansons
00:15:16ont commencé à se répandre chez les jeunes.
00:15:25Au début,
00:15:26on a pensé que notre album avait fait un flop
00:15:28mais ça s'est répandu petit à petit
00:15:31dans tout le pays.
00:15:37Partout où on allait,
00:15:39il passait notre musique.
00:15:48On a fait un vrai carton.
00:15:54Avec cet album,
00:15:55Acid a vraiment mis le feu chez les jeunes.
00:15:57Toute l'école en parlait.
00:16:12Un succès aussi énorme,
00:16:14on n'osait même pas en rêver.
00:16:22On a commencé à recevoir des lettres de fans.
00:16:25On était tellement heureux,
00:16:26on recevait des piles de lettres.
00:16:29On a battu tous les records de vente.
00:16:33On a vraiment marqué l'histoire de la musique.
00:16:37Et puis on est devenus des vrais figures révolutionnaires
00:16:40et des leaders pour la jeunesse.
00:16:45Quand Acid a sorti cet album,
00:16:47leur musique,
00:16:48elle nous donnait envie de briser nos chaînes.
00:16:52C'est là que notre génération
00:16:53a commencé à avoir envie de se rebeller.
00:17:12Au cours de l'année 2007,
00:17:17on a commencé à entendre les gens
00:17:19se plaindre un peu partout.
00:17:21Les étudiants se plaignaient beaucoup.
00:17:23et il y avait beaucoup de problèmes.
00:17:31Le prix de l'essence avait explosé.
00:17:36En fait,
00:17:37tous les prix avaient augmenté.
00:17:48En septembre 2007,
00:17:50les moines sont sortis pour protester.
00:17:52Et on les a rejoints.
00:17:59Quand j'ai vu de mes propres yeux
00:18:00que d'autres osaient sortir
00:18:02et se battre pour nous,
00:18:04j'ai vraiment voulu les soutenir.
00:18:08Et c'est pour cette raison
00:18:09que j'ai rejoint la Révolution Safran,
00:18:11le 17 septembre 2007.
00:18:20À cette époque-là,
00:18:21on vivait nos vies chacun de son côté.
00:18:25Mais quand le soulèvement a commencé,
00:18:27on a tous rejoint les manifestations.
00:18:31Et c'est à ce moment-là
00:18:32qu'on s'est retrouvés,
00:18:32lui et moi.
00:18:45La répression de la Révolution Safran
00:18:47a été affreuse,
00:18:49brutale
00:18:50et inhumaine.
00:18:52Après ce soulèvement,
00:18:54j'ai commencé à avoir peur de l'armée.
00:18:56Je les ai vus arrêter les gens
00:18:57et tirés dans le tas.
00:19:03Après ça,
00:19:05oui,
00:19:05j'ai eu vraiment peur.
00:19:10Ces chiens de militaires,
00:19:12ils sont prêts à tout.
00:19:14Ils ont osé piétiner la robe des moines.
00:19:16Ils ont tué les moines.
00:19:35Ils sont prêts à tout
00:19:36pour conserver leur pouvoir.
00:19:38Ils sont prêts à tout
00:19:39pour continuer à exploiter
00:19:41les ressources économiques
00:19:42de notre pays.
00:19:58On a fondé le mouvement
00:20:01Generation Wave
00:20:02le 9 octobre 2007.
00:20:05C'est une conséquence directe
00:20:09de la Révolution Safran
00:20:10du mois de septembre.
00:20:15On menait des actions
00:20:17de défiance politique.
00:20:18Mais il faut bien dire
00:20:20qu'on était pacifiques
00:20:21et non violents.
00:20:26On avait des techniques
00:20:27inspirées du marketing.
00:20:29À chacune de nos actions,
00:20:31on laissait notre logo.
00:20:33Et on revendiquait
00:20:35nos actions de résistance
00:20:36dans des vidéos
00:20:36ou des photos
00:20:37et on les envoyait
00:20:38aux médias locaux
00:20:39ou internationaux.
00:20:44Les dictateurs
00:20:45sont terrorisés
00:20:46à l'idée
00:20:47qu'on découvre
00:20:47ce qu'ils font.
00:20:49Les disparitions,
00:20:51les tueries.
00:20:55Quand on a fondé
00:20:56ce mouvement
00:20:57avec Zéarto,
00:20:58lui, à ce moment-là,
00:20:59il était déjà
00:21:00une vraie star.
00:21:06Alors j'ai vraiment
00:21:06été sidéré
00:21:07quand il nous a rejoints
00:21:08dans la lutte politique.
00:21:17En mars 2008,
00:21:19on avait prévu
00:21:20d'organiser
00:21:21une manifestation.
00:21:22Mais ma maison
00:21:23a été perquisitionnée
00:21:24juste avant,
00:21:26le 6 mars.
00:21:28Et moi,
00:21:28j'ai dû prendre la fuite.
00:21:36Alors Zéarto
00:21:36a pris ma place.
00:21:38Il a essayé
00:21:38de contacter
00:21:39les réseaux
00:21:39pour organiser
00:21:40la manifestation
00:21:41quand même.
00:21:44Quand je l'ai eu
00:21:45au téléphone
00:21:45à propos
00:21:46de la réunion
00:21:46de préparation,
00:21:47je me souviens
00:21:48de ces mots.
00:21:49Il a dit
00:21:50« On peut se faire
00:21:51arrêter à tout moment,
00:21:52soit en se cachant,
00:21:53soit en luttant. »
00:21:55Ils ont déjà
00:21:56interpellé
00:21:56tous nos camarades.
00:21:58Autant se faire
00:21:58arrêter en luttant.
00:22:00Alors on y va.
00:22:09Tout le monde
00:22:09le mettait en garde.
00:22:11Il était sur le point
00:22:12de se faire arrêter.
00:22:14Parfois,
00:22:14il venait
00:22:14se cacher chez moi.
00:22:16En fait,
00:22:16non,
00:22:17il ne se cachait
00:22:17même pas.
00:22:18Il était là,
00:22:19relax.
00:22:26Moi,
00:22:28je lui disais
00:22:28qu'il allait
00:22:28se faire serrer.
00:22:30il me répondait
00:22:31« C'est comme ça. »
00:22:34Il connaissait
00:22:35son destin
00:22:37et il s'en fichait.
00:22:44On a commencé
00:22:45la réunion
00:22:46pour préparer
00:22:46l'action du 13 mars.
00:22:48On évoquait
00:22:49l'itinéraire
00:22:50et tout le reste.
00:22:56des types
00:22:56des types en civils
00:22:57nous ont encerclés
00:22:58et nous ont arrêtés.
00:23:06On s'était dit
00:23:06que si on se faisait prendre,
00:23:08il fallait réussir
00:23:09à ne rien dire,
00:23:10à ne rien lâcher
00:23:11pendant au moins 24 heures
00:23:12pour laisser le temps
00:23:13à nos camarades
00:23:14de se mettre à l'abri.
00:23:18ça leur permettait
00:23:19de s'enfuir.
00:23:20Alors,
00:23:20on n'a rien dit
00:23:21pendant l'interrogatoire.
00:23:26On ne savait pas
00:23:27où on était.
00:23:28Mais on savait
00:23:29qu'on était
00:23:29dans un centre
00:23:30d'interrogatoire.
00:23:31On entendait
00:23:32juste nos voix.
00:23:36Ils nous ont interrogés
00:23:37toute la nuit,
00:23:38Zahirto et moi.
00:23:39Ils nous ont cognés
00:23:40tellement fort.
00:23:43Ils lui ont cassé
00:23:44le nez
00:23:45et les dents.
00:23:47C'était vraiment
00:23:48très brutal.
00:23:50Ils l'ont gardé
00:23:51pendant des jours
00:23:51et des jours.
00:23:59Zahirto,
00:24:00c'était un vrai camarade.
00:24:01C'était le suspect
00:24:02principal
00:24:03dans ce dossier.
00:24:04Alors,
00:24:05il a tout fait
00:24:05pour endosser
00:24:06un maximum
00:24:06de responsabilités.
00:24:10Et en prison,
00:24:11quand il y avait
00:24:12un problème
00:24:12avec des policiers
00:24:13ou des gardes,
00:24:14il s'interposait
00:24:14toujours
00:24:15pour nous protéger.
00:24:21Il est resté
00:24:22longtemps en prison.
00:24:23Trois ou quatre ans,
00:24:24je crois.
00:24:39après,
00:24:39il s'est passé,
00:24:41il s'est passé.
00:24:42C'est la liesse, l'assignation à résidence de la dissidente.
00:24:47Sang-Soo-Chi est levé.
00:24:49C'est la fin de cette année de résidence surveillée.
00:25:03Ang Sang-Soo-Chi est sorti de résidence surveillée en 2010.
00:25:12Zayarto, pour sa part, est sorti de prison en 2011.
00:25:15Il représentait la relève.
00:25:18Moi, j'ai eu le sentiment qu'en prison, il était devenu un homme politique à part entière.
00:25:23C'est à ce moment-là qu'il s'est rapproché d'Ang Sang-Soo-Chi.
00:25:32Ce jour-là, c'était un jour mémorable.
00:25:35Cette photo, elle a été prise le 23 mai, une semaine après ma sortie de prison.
00:25:45À la fin de l'année 2011, il est devenu un membre de ce qu'on appelait le « compound
00:25:51».
00:25:52Ça signifie la maison d'Ang Sang-Soo-Chi.
00:25:56C'est là qu'ils établissaient les stratégies politiques.
00:26:03Han Sang-Soo-Chi ne choisissait pour être près d'elle que les politiciens les plus talentueux.
00:26:12Alors oui, c'est vrai, j'étais très fier de mon ami.
00:26:16Mais la communauté politique était sidérée.
00:26:19On se demandait pourquoi elle l'avait choisi.
00:26:22On se disait, c'est qui ce type ?
00:26:24Quelles compétences il peut bien avoir ?
00:26:26Qu'est-ce qu'il peut faire ?
00:26:31Il avait beaucoup de talent.
00:26:32Il était plein d'atouts.
00:26:35Et puis je crois aussi qu'elle voyait un fils en lui.
00:26:48En 2012, quand le parti d'Ang Sang-Soo-Chi a décidé de se présenter aux élections partielles,
00:26:54on a entendu dire que Zayarto allait se présenter.
00:27:06Il a dû se débrouiller à peu près seul pour mener sa campagne électorale.
00:27:46Il a fait campagne dans le district Pobatiri
00:27:55et à Népidoro.
00:27:57En fait, ce sont des bastions de l'armée.
00:27:59C'est là que se trouvent tous les fonctionnaires.
00:28:06Dans un des bureaux de vote,
00:28:08il n'y avait que des policiers inscrits sur les listes.
00:28:11Ils étaient 700 votants.
00:28:13Et bien même là, il a obtenu plus de 600 voix.
00:28:23Il avait tellement de talent.
00:28:25Il s'est tout de suite tissé au-dessus du lot.
00:28:39Cette élection, nous l'avons remportée largement.
00:28:42Ça a été un vrai raz-de-marée.
00:28:43C'est un vrai raz-de-marée.
00:28:44C'est parti.
00:29:17C'est parti.
00:29:52C'est parti.
00:30:14C'est parti.
00:30:17C'est parti.
00:30:21C'est parti.
00:30:37C'est parti.
00:30:40C'est parti.
00:30:41C'est parti.
00:30:43C'est parti.
00:30:54C'est parti.
00:30:54C'est parti.
00:30:55C'est parti.
00:30:56C'est parti.
00:31:00C'est parti.
00:31:04C'est parti.
00:31:07C'est parti.
00:31:21C'est parti.
00:31:36C'est parti.
00:31:40C'est parti.
00:31:53C'est parti.
00:32:07C'est parti.
00:32:20C'est parti.
00:32:22C'est parti.
00:32:35C'est parti.
00:32:38C'est parti.
00:33:07C'est parti.
00:33:13C'est parti.
00:33:25C'est parti.
00:33:25C'est parti.
00:33:25C'est parti.
00:33:29C'est parti.
00:33:55C'est parti.
00:33:57C'est parti.
00:34:05C'est parti.
00:34:08C'est parti.
00:34:10C'est parti.
00:34:23Le pire est arrivé en 2017 quand ils ont commis des crimes contre l'humanité.
00:34:27Ils ont massacré et torturé les Rohingyas.
00:34:31C'est même allé jusqu'au génocide.
00:34:33C'est parti.
00:34:33On serait de voir un peu par écrit.
00:34:34Alors vous, c'est parti.
00:34:37C'est parti.
00:34:38La crise des Rohingyas en 2017 a brisé la réputation d'Ang Sean Tucci et celle de son gouvernement.
00:34:48Madame Tucci, c'est parti.
00:34:49Prennez-vous que les droits de l'homme sont respectés pour la minorité Rohingya ?
00:34:52Non.
00:34:53Ne filmez pas !
00:34:55Non.
00:34:56Vous ne pouvez pas filmer.
00:34:58Non.
00:34:59Vous ne pouvez pas filmer.
00:34:59Vous ne pouvez pas filmer.
00:34:59Vous ne pouvez pas filmer.
00:35:04Durant cette période, Zeyarto était un représentant important du gouvernement au Parlement.
00:35:11Il ne pouvait pas s'exprimer librement.
00:35:14Il ne pouvait pas aller contre la politique de son parti.
00:35:21Mais ce qui est sûr, c'est qu'à ce moment-là, il a décidé de ne pas être candidat
00:35:26aux élections suivantes.
00:35:51Il avait décidé de faire un break avec la politique et de reprendre sa carrière de musicien.
00:35:57C'est à ce moment-là qu'il m'a contacté par Internet pour qu'on travaille ensemble.
00:36:15Ça fait tellement longtemps que je n'étais plus dans l'industrie de la musique.
00:36:19J'avais d'autres responsabilités ailleurs.
00:36:21Et en plus, ce soir, on a essayé sur scène des chansons qu'on n'avait encore jamais interprétées.
00:36:26Alors oui, c'est vrai, j'avais un peu la pression.
00:36:31On avait plein de projets.
00:36:34On était trop contents qu'il soit de retour et qu'il puisse chanter avec nous sans risquer de compromettre
00:36:39sa carrière politique.
00:36:41C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai.
00:36:45C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai.
00:37:13Il avait commencé à écrire de nouvelles chansons et on préparait ça.
00:37:19On discutait quel type de chansons, quelle stratégie, ce genre de choses.
00:37:34Comme quand on a parlé de ça?
00:37:37Il est assez intéressant.
00:37:51On écrivait même des chansons à caractère politique pour le nouvel album d'Acide.
00:37:55A ce moment-là, c'était encore possible, mais il y a eu le coup d'État.
00:38:12Et là, notre avenir a été brisé, et tous nos rêves sont partis en fumée.
00:38:23Dès que j'ai entendu l'information à propos du coup d'État, j'ai eu peur pour lui.
00:38:28Je sentais qu'il était en danger. Il pouvait être arrêté à tout moment.
00:38:43Les gens ont commencé à sortir dans les rues. Internet était coupé.
00:38:53On est tous descendus dans la rue pour manifester. On était tous là.
00:39:03Au début des manifestations, on a tendu la main aux forces de police.
00:39:10On leur offrait des fleurs, des bouteilles d'eau.
00:39:27Il allait manifester tous les jours. Pas question pour lui de rester à la maison.
00:39:37Moi, je dis aux jeunes, rejoignez-nous.
00:39:41Je serai avec vous, épaules contre épaules.
00:39:43Et s'il y a du danger, je me mettrai devant vous, en première ligne, pour vous protéger.
00:40:16Dès les premiers jours du coup d'État,
00:40:19ils ont commencé à arrêter des gens en pleine nuit.
00:40:38Ils disaient que c'était pour de simples interrogatoires de police.
00:40:43Et le lendemain, ils rendaient des corps sans vie.
00:40:47Ça se passait comme ça.
00:40:50Et malgré ça, on a continué à manifester pacifiquement, sans violence.
00:41:06J'ai été élevée par une famille de militaires.
00:41:15Je les connais tellement bien.
00:41:18Je savais qu'ils seraient prêts à tout pour conserver leur pouvoir.
00:41:46Pour tout vous dire, Zayarto, il nous avait prévenu dès le début.
00:41:51Il avait dit, ce sont des bruts et ils vont passer à l'acte.
00:41:56Mais je ne m'attendais pas à autant de violence.
00:41:59C'était pas humain.
00:42:15Dans le quartier de Lengtaya, j'ai vu les militaires et la police.
00:42:21Ils ont tué plus de 60 personnes en une seule journée.
00:42:33C'est horrible.
00:42:36Après le coup d'État, ils ont tué 3500 manifestants.
00:42:41Et ils ont arrêté 32 000 personnes à travers tout le pays.
00:42:49Ils nous ont terrorisés toute notre vie.
00:42:52Encore et toujours, ils se servent de leurs armes pour prospérer et pour se faire de l'argent.
00:43:06Ils frappent les civils et ils tuent.
00:43:09Le seul et unique langage que peuvent comprendre ces chiens de militaires, c'est le langage des chiens.
00:43:15Je veux dire le langage des armes.
00:43:34Ils ne sont pas humains, ces gens-là.
00:43:37Ils sont méprisables.
00:43:40Alors, quelque part, c'est logique d'en venir aux armes quand on a affaire à ce genre de personnes.
00:43:48Zeyarto a choisi cette voie.
00:43:52La voie des armes.
00:43:57Il disait que c'était son devoir de s'engager.
00:44:01Il savait ce qu'il avait à faire.
00:44:05Il n'a eu besoin de personne pour prendre sa décision et rejoindre le mouvement.
00:44:17Nous avons décidé de les attaquer directement.
00:44:20Les dirigeants de la junte et leurs familles aussi.
00:44:27Nous tous, y compris Zeyarto,
00:44:30de tous milieux confondus,
00:44:32des médecins, des étudiants,
00:44:34des enseignants,
00:44:36nous avons laissé tomber nos rêves
00:44:38et notre avenir pour prendre part à la lutte armée.
00:44:49J'ai participé à des opérations à Rangoon.
00:44:55C'est Zeyarto qui était le chef de la résistance armée dans le secteur.
00:45:03Zeyarto était tout sauf un homme de violence.
00:45:06Il n'aimait pas ça.
00:45:08Toute sa vie, il a lutté et il a œuvré pour réformer le pays sans violence.
00:45:13On peut même dire qu'il était un pacifiste.
00:45:16Mais quand il a vu de quoi étaient capables les militaires,
00:45:19il a compris qu'il n'avait plus le choix.
00:45:27J'ai travaillé moi aussi sous la direction de Zeyarto.
00:45:32J'ai fait partie de la guérilla urbaine.
00:45:35J'ai mené plusieurs opérations commando.
00:45:45Selon moi, il n'y avait aucune autre façon de les arrêter.
00:45:49La guérilla, c'était le seul moyen.
00:45:56Jamais je n'aurais imaginé faire une chose pareille.
00:45:59Je ne voulais pas.
00:46:00Et je ne veux toujours pas.
00:46:03Je suis bouddhiste.
00:46:06Toute ma vie, je me suis tenue à l'écart de la violence, du meurtre.
00:46:10Mais je n'avais pas le choix.
00:46:28Pour ma première opération,
00:46:30j'ai lancé un cocktail Molotov sur un commissariat.
00:46:36Ensuite, j'ai placé des explosifs.
00:46:44J'en ai placé sur des checkpoints militaires
00:46:46ou dans des commissariats.
00:46:48Je faisais ça la nuit.
00:46:53Ensuite, on a décidé de passer à la vitesse supérieure
00:46:55avec une opération spéciale.
00:47:06Nous avons reçu des informations
00:47:08sur le dirigeant d'un quartier de Rangoon.
00:47:17Apparemment, c'était un informateur très actif de la junte.
00:47:23Il dénonçait les manifestants
00:47:24et après, ces gens-là se faisaient arrêter.
00:47:29Alors, nous avons décidé de l'éliminer.
00:47:37D'abord, on a fait exploser
00:47:40une bombe artisanale à son bureau en pleine nuit.
00:47:48Dès qu'il a appris la nouvelle,
00:47:50il s'est précipité hors de chez lui pour aller voir.
00:47:54Deux de nos camarades l'attendaient dehors.
00:47:57Ils l'ont abattu.
00:48:00Ils n'ont tiré qu'une seule balle.
00:48:02La première, ça fait l'impero.
00:48:04C'est l'impero.
00:48:14Il a permis de fédérer et de coordonner
00:48:17tous ces différents réseaux de résistance.
00:48:21Il leur a permis de se concerter
00:48:23et de communiquer entre eux.
00:48:32Un homme comme Zeyarto, un politicien célèbre qui a serré la main d'Obama, a forcément plein d'options.
00:48:42Beaucoup de pays lui ont proposé de l'accueillir.
00:48:45Il lui a offert l'asile politique et la sécurité.
00:48:51Mais il a refusé.
00:48:59Il craignait d'être moins efficace pour mener la lutte s'il quittait Rangun.
00:49:08On le conduisait en secret d'un endroit à un autre.
00:49:13Il fallait faire attention et ne pas laisser de traces derrière nous.
00:49:19La situation évoluait tout le temps.
00:49:26Moi, je l'aidais à trouver des logements.
00:49:29S'il devait aller quelque part, je le conduisais.
00:49:33Je faisais des petites choses comme ça pour lui.
00:49:35Ce genre de petits services.
00:49:43Les derniers jours, il y avait de plus en plus de descentes de police.
00:49:50Il y avait des arrestations à la chaîne.
00:49:59En fait, on voulait changer de planque.
00:50:01Mais on avait de moins en moins d'options.
00:50:05L'espace se réduisait de plus en plus autour de nous.
00:50:10Le lendemain, ils sont venus.
00:50:14En cinq minutes à peine, ils ont encerclé l'immeuble.
00:50:21On était fait comme des rats.
00:50:24J'ai jeté un coup d'œil dehors.
00:50:27Ils étaient déjà partout.
00:50:36À ce moment-là, je ne savais pas quoi faire.
00:50:40J'étais paralysée.
00:50:43Je l'ai regardée.
00:50:45J'étais perdue.
00:50:46Il m'a dit de sortir vite,
00:50:49de l'enfermer de l'extérieur
00:50:50et de descendre rejoindre les autres.
00:50:53J'étais incapable de dire un mot.
00:50:56Je lui parlais avec les yeux.
00:50:58Je ne voulais pas le quitter.
00:51:07Peu après, Tazi nous a rejoints chez nous.
00:51:11On les entendait défoncer toutes les portes à l'étage du dessus.
00:51:14Et puis tout d'un coup, ils ont trouvé.
00:51:17C'était leur jackpot, dans le dernier studio.
00:51:21Le monde s'écroulait.
00:51:23On entendait le fracas, les cris.
00:51:26Rien qu'au son, on pouvait dire que c'était très violent.
00:51:32On les entendait, elles frappaient depuis notre chambre.
00:51:34C'était juste au-dessus de chez nous.
00:51:36On entendait tout.
00:51:38Je n'arrivais pas à y croire.
00:51:43Juste après l'arrestation de Zayarto,
00:51:45la pluie a commencé à tomber.
00:51:47Une pluie lourde et intense.
00:51:52On a profité d'un moment d'inattention des militaires.
00:51:55Deux minutes et on s'est enfui.
00:51:59On a roulé comme ça sous la pluie,
00:52:01sans trop savoir où aller.
00:52:02On avait peur.
00:52:04On pleurait.
00:52:14On a roulé comme ça.
00:52:16On a roulé comme ça.
00:53:02Sur les images, j'ai vu qu'il portait un tee-shirt rayé bleu et blanc.
00:53:08C'était mon tee-shirt.
00:53:14Je pense qu'il l'a enfilé avant d'être arrêté.
00:53:20Ça m'a bouleversé de voir ça.
00:53:23C'était comme un message.
00:53:25J'ai tout de suite compris ce qu'il avait voulu me dire.
00:53:37Sur les images prises juste après l'arrestation, on peut déjà voir qu'il a été tabassé.
00:53:43Et je n'ose même pas imaginer comme ils l'ont torturé par la suite.
00:53:50Sur les images, il avait les yeux boursouflés et des hématomes.
00:53:54En regardant bien, on voit aussi des traces de sang sur son tee-shirt.
00:54:02Ça m'a tout de suite fait penser à notre passage par le centre d'interrogatoire.
00:54:07Mais cette fois, cette fois, j'avais vraiment peur pour sa vie.
00:54:16En janvier 2022, ils ont diffusé une vidéo de ses aveux lors d'une conférence de presse.
00:54:32C'est ce que j'avais dit, c'est ce que j'avais dit.
00:54:53C'est ce que j'avais dit, c'est ce que j'avais dit.
00:54:57Je me suis dit, 21 ans, j'avais dit qu'en avait un autre solution.
00:55:27La première mission qu'il a avouée, c'est celle qu'on avait montée ensemble.
00:55:38« Tout le monde sait qu'il a été torturé avant d'apparaître à la télévision. C'est pas grave
00:55:43ce que Zayarto a dit. C'est pas grave. »
00:55:51Il n'a avoué que le strict minimum. Beaucoup de gens, comme moi par exemple, ont pu s'échapper grâce
00:55:58à lui. Même ses collaborateurs les plus proches ont pu s'en sortir parce qu'il ne les a pas
00:56:04balancés.
00:56:25« C'est vrai que je me faisais du souci pour lui. Mais j'étais pas préparé à ça. »
00:56:38« Je n'arrive pas à chasser son exécution de mon esprit. J'y pense tout le temps. Chaque seconde.
00:56:48»
00:56:49« Apparemment, ils ne savaient pas qu'il allait être exécuté. Ils ne lui ont pas dit. Ils sont venus
00:56:58le traîner de sa cellule en pleine nuit et ils l'ont exécuté.
00:57:02« Depuis ce jour-là, il y a cette pensée qui m'obsède. Je me demande qu'est-ce qu
00:57:10'il a ressenti cette dernière nuit. Ça me fait tellement mal. »
00:57:20« Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai pas dormi. J'ai pas mangé pendant une semaine. »
00:57:34« Zeyarto a lutté pour le bien de tous jusqu'à son dernier souffle. Je serai toujours fière de lui.
00:57:49»
00:58:03« Si je suis encore en vie, c'est parce que j'ai l'impression qu'il est toujours là,
00:58:07à côté de moi. C'est ce qui me donne la force de tenir. »
00:58:18« Je veux pas pleurer, mais c'est plus fort que moi. »
00:58:43« Il savait mieux que personne ce qui pouvait lui arriver. Mais il s'est quand même battu. Il s
00:58:50'est sacrifié jusqu'au bout. »
00:59:54« Et dans toutes les autres à venir. »
00:59:59« Je veux pas pleurer, mais c'est plus fort que moi. »
01:00:10« Je veux pas pleurer, mais c'est plus fort que moi. »
01:00:29« Et dans toutes les autres à venir. »
01:00:59« Vous êtes diplomate, ancien ambassadeur de France en Birmanie. »
01:01:03« Il est entre 2018 et 2023. »
01:01:33« C'est l'association d'eau à tout ensemble pour le Myanmar qui s'est donné pour objectif de
01:01:38promouvoir la Birmanie et mettre en lumière la situation politique du pays pour y défendre les droits humains et soutenir
01:01:44sur place l'assistance humanitaire. »
01:02:17« Le premier passage en fait, l'engagement dans la résistance. »
01:02:20« Ça restera dans nos cœurs. »
01:02:21« Mais il a inspiré énormément de la jeunesse et qu'ils ont sous le front dans la résistance à
01:02:27Birmanie. »
01:02:40« Tout à fait. »
01:02:41« Montre-nous ces trouvages. »
01:02:44« Voilà. »
01:02:45« C'est un poète qui est devenu chef militaire et qui est aussi une figure très importante dans la
01:02:53résistance armée militaire actuellement en Birmanie. »
01:02:56« Je pense qu'il y a énormément d'artistes, des chanteurs, des peintres, des réalisateurs, des acteurs, des poètes
01:03:02bien évidemment, des auteurs. »
01:03:04« Ils ont... Il fait partie vraiment de la résistance qui nous a vraiment encore soutenus et fait révolutionner vraiment
01:03:12d'une manière... »
01:03:13« Ce n'est pas que la résistance en fait et aussi la transformation sociétale. »
01:03:17« Ça fait partie vraiment de base de l'époque actuelle. »
01:03:21« Il y a eu des élections générales en Birmanie. »
01:03:25« Elles étaient demandées justement évidemment par les opposants à cette jeunte militaire aujourd'hui. »
01:03:30« Qu'ont donné ces élections ? La jeunte l'a emportée ? »
01:03:33« Est-ce qu'on peut seulement parler d'élections libres ? »
01:03:35« Certainement pas. Ce sont des élections qui ne rencontrent aucune des normes internationales. »
01:03:43« C'est un élément, une étape du coup d'État militaire qui s'est tenu en février 2021. »
01:03:50« Quand le coup d'État se tient, les militaires vont confisquer une élection qui, elle, avait été libre, ouverte,
01:03:57compétitive, mais qui avait été remportée par le gouvernement civil sortant qui avait exercé le pouvoir pendant cinq années autour
01:04:04de la prix Nobel de la paix. »
01:04:06« C'est le fameux printemps birman, c'est comme ça qu'on l'a appelé ? »
01:06:39« C'est un peu en fait, 30% à peu près. »
01:07:09« Qu'il contrôle, pas qu'il contrôle, il fait partie des groupes où il contrôle. »
01:07:14« Mais ce qu'il est maintenant, on est quasiment cinq ans de la résistance maintenant, et la résistance est
01:07:19beaucoup plus, plusieurs formes de résistance. »
01:07:23« Là, dans les militaires, là maintenant, je pense qu'on est de mieux en mieux coordonnés, mieux en mieux
01:07:27alliés stratégiquement avec des groupes ethniques existés depuis des années. »
01:07:33« C'est là que ça, c'est mieux coordination, professionnalisation, et tout en gardant stratégique derrière la politique. »
01:07:40« C'est pour ça, en fait, même si la guerre civile, ça endure, on peut dire, mais en même
01:07:45temps, en termes d'alliance, parce que le Sankra, ce poète,
01:07:49lui, ils ont fait une alliance militaire de plusieurs groupements, en fait, actuellement, c'était l'année dernière, fin novembre,
01:07:58je pense.
01:07:59Et ça, ça apparaît un petit peu l'alliance militaire pour mieux stratégiquement coordonner, et ça sera suivi par des
01:08:07agences politiques.
01:08:08Ça sera vraiment cette année. »
01:08:09« On a vu apparaître, pendant que vous parliez, une carte pour essayer de déterminer ce que sont les zones
01:08:14aujourd'hui,
01:08:15contrôlées par le pouvoir en place, l'agent militaire, et puis les zones contrôlées par la résistance.
01:08:21On va sans doute la revoir, cette carte.
01:08:24Sur le rapport de force, aujourd'hui, sur le terrain, que peut-on dire ?
01:08:27C'est la cinquième année, finalement, de guerre civile, aujourd'hui.
01:08:32La résistance birmane semble avoir souffré d'une certaine balkanisation.
01:08:38C'est ce que j'ai pu lire, aussi, une balkanisation ethnique.
01:08:42Et en revanche, du côté de l'agent militaire, on a, semble-t-il, marqué quelques points sur le terrain.
01:08:46Où en est-on exactement sur ce rapport de force qui existe aujourd'hui dans ce pays ?
01:08:50Les combats se déroulent sur une bonne partie du territoire.
01:08:57Les évolutions, je dirais, les plus préoccupantes tiennent à la forme d'affrontements.
01:09:03Une armée qui, aujourd'hui, recrute massivement, y compris par la force.
01:09:11Par une conscription obligatoire ?
01:09:12Par une conscription, ça, c'est un phénomène tout à fait nouveau,
01:09:15et sur un rythme à peu près de 5 000 recrues par mois.
01:09:19Ce qui veut dire qu'au cours des deux dernières années,
01:09:22cette armée au service de l'agent a à peu près doublé ses effectifs.
01:09:25Deuxième élément, il y a une volonté, je dirais, d'écraser l'opposition
01:09:30en utilisant en particulier la voie aérienne,
01:09:32avec des bombardements qui ciblent aussi bien des infrastructures,
01:09:37mais aussi des espaces de soins, des écoles, des monastères, des églises.
01:09:43On est dans une logique de terreur qui vise à essayer de couper autant que possible
01:09:47les mouvements de résistance des populations environnantes.
01:09:51Il y a aussi des effets probablement sur le long terme,
01:09:54parce que la Birmanie est redevenue un lieu où on utilise massivement
01:09:58les mines antipersonnelles, non seulement dans les zones frontières,
01:10:02mais également dans les zones agricoles du centre.
01:10:06Donc c'est une guerre civile qui est très meurtrière.
01:10:09On estime que depuis février 2021, c'est à peu près 90 000 morts
01:10:15qui sont liées directement à ces armées.
01:10:17Avec deux alliés du côté de l'agent, la Chine d'une part,
01:10:21pour des intérêts particuliers,
01:10:23et la Russie pour des intérêts sécuritaires, si on comprend bien.
01:10:28Voilà les deux grands alliés de l'agent militaire aujourd'hui, non ?
01:10:31Oui, en tout cas, en termes d'approvisionnement, avions de combat, drones, conseillers,
01:10:38c'est clair que ce sont des partenaires extrêmement...
01:10:40Tout ce qui a fait la différence, si j'ai bien compris, sur le terrain.
01:10:43C'est l'avantage aérien, notamment, face à la résistance.
01:10:46En tout cas, c'est une guerre qui a de multiples fronts,
01:10:50où les territoires se gagnent, je dirais, en grignotant,
01:10:54et où les populations civiles payent le prix le plus fort,
01:10:59non seulement des affrontements eux-mêmes,
01:11:00mais aussi des conséquences économiques et sociales.
01:11:02Dans le domaine de la santé,
01:11:04on a un effondrement des vaccinations des enfants.
01:11:08Sur le plan, je dirais, la nourriture,
01:11:11il y a aujourd'hui des poches de famine qui sont liées aux affrontements,
01:11:16et les prix, évidemment, de toutes les denrées de première nécessité
01:11:20sont en très forte hausse.
01:11:21Sur cette balkanisation de la résistance birmane,
01:11:27qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?
01:11:28C'est un point faible du côté de la résistance aujourd'hui,
01:11:32qui aurait perdu un peu de terrain face à l'agent militaire aujourd'hui.
01:11:37Elle est due à quoi, cette balkanisation ?
01:11:39Il y a une difficulté à rassembler ?
01:11:41Il y a peut-être un manque de leaders, un manque d'organisation ?
01:11:46Comment est-ce qu'on peut l'expliquer,
01:11:47cette difficulté aujourd'hui à rassembler pleinement cette résistance birmane ?
01:11:52Si on revoit la période de 2021,
01:11:55parce que c'est là où on a commencé vraiment de rien,
01:11:57en fait, on commençait par les moyens de borde,
01:12:00et quand on a commencé la résistance armée,
01:12:03ça a commencé aux alentours d'avril 2021,
01:12:06mais c'est vraiment avec tous les moyens de borde,
01:12:08et c'est vraiment, les gens ne sont pas encore,
01:12:11ils sont un peu plutôt dispersés par la géographie tout court,
01:12:15cette époque-là,
01:12:15et aussi, il y a en périphérique,
01:12:18il y a des armées ethniques qui existaient depuis des années.
01:12:22Avec le temps,
01:12:24je ne pense pas qu'on est dans la phase de balkanisation,
01:12:28mais c'est vrai, il y a plusieurs poches et plusieurs groupes,
01:12:32mais maintenant, c'est là que je venais à dire de coordination,
01:12:35il est beaucoup plus, mieux organisé en ce moment,
01:12:39mais après, le destin et le feu nous dira comment on peut,
01:12:43les arrangements politiques, comment ça peut aboutir.
01:12:46Pour l'instant, le central, l'agent militaire au centre,
01:12:49est complètement encyclé,
01:12:51entrapé complètement,
01:12:52parce que maintenant, les frontières qu'ils ont prises par les groupes de résistance,
01:12:56et plus de 70% de, à peu près 70% de territoire par les groupes de résistance,
01:13:01est mieux organisé, mais je ne suis pas encore...
01:13:04Qui aide aujourd'hui la résistance birmane ?
01:13:07On a évoqué la Chine et la Russie,
01:13:09aux côtés de l'agent militaire,
01:13:12qui aide la résistance birmane aujourd'hui ?
01:13:14Principalement, je peux me permettre,
01:13:16c'est plutôt des biens entre nous,
01:13:18les entraides étaient très importantes,
01:13:20et il n'y a pas de aide de communauté internationale
01:13:26en termes d'assistance militaire,
01:13:30mais humanitaire,
01:13:31même si c'est vraiment très peu par rapport aux besoins,
01:13:35mais quand même, ça reste encore très insuffisant.
01:13:38Oui, les ressources de la résistance,
01:13:41elles sont prélevées localement,
01:13:43soit sous forme de solidarité de ceux qui soutiennent l'opposition,
01:13:48soit sous la forme de gestion de territoire.
01:13:52C'est ce qui laisse à penser à la balkanisation,
01:13:54mais en réalité, il s'agit d'apporter de la santé,
01:13:58de l'éducation, des services de proximité,
01:14:02et donc se développent effectivement des formes de gouvernance
01:14:06avec une fiscalité sur le transport,
01:14:09sur les exploitations,
01:14:11sur la mise d'une plaque minéralogique sur un véhicule.
01:14:16Donc c'est des résistances qui s'autofinancent très largement,
01:14:21parfois avec beaucoup d'imagination,
01:14:23par exemple en faisant des loteries,
01:14:27en commercialisant des produits agricoles,
01:14:31en développant des activités d'actionnariat.
01:14:36Donc il y a une structure financière
01:14:39pour financer à la fois les affrontements,
01:14:42la guerre ça coûte cher,
01:14:43c'est probablement les deux tiers des ressources
01:14:46qui sont ainsi mobilisées,
01:14:47et puis le reste pour, je dirais, l'action sociale.
01:14:51Le rappeur, bien sûr, dont il a été évidemment question
01:14:53dans le film que nous avons regardé ensemble,
01:14:55a été l'un des conseillers d'Anson Suki,
01:14:58bien sûr l'ancienne prix Nobel de la paix.
01:15:01A-t-on des nouvelles d'Anson Suki aujourd'hui ?
01:15:03Elle a été condamnée à la prison par le pouvoir en place,
01:15:07à 17 années, je crois, de réclusion de mémoire.
01:15:10A-t-on des nouvelles d'Anson Suki aujourd'hui ?
01:15:12Nous n'avons pas de nouvelles depuis des mois,
01:15:15des mois, donc on ne sait pas.
01:15:16Il y avait des rumeurs qu'elle était malade,
01:15:20mais la réponse officielle de la jeune,
01:15:22elle est toujours en bonne santé,
01:15:24mais on soupçonnait beaucoup qu'on est très inquiets.
01:15:30Elle a incarné cette résistance, elle a incarné, d'une certaine manière,
01:15:34le printemps birman dont on a parlé tout à l'heure.
01:15:36Qui incarne aujourd'hui la résistance birmane ?
01:15:39À la place d'Anson Suki, si on peut dire les choses comme ça ?
01:15:42Pour l'instant, on n'a pas encore vraiment une figure importante,
01:15:45unique, qui peut remplacer Anson Suki.
01:15:48Elle a toujours une influence énorme sur le peuple
01:15:52et sur la résistance birmane.
01:15:53Mais par contre, le jour au jour, la résistance est vraiment menée
01:15:56par les jeunes générations de 30-40 ans
01:16:00et qui prend vraiment la place dans le niveau de politique
01:16:03et également de militaires.
01:16:07Et M. Le Chéville vient de dire aussi,
01:16:09il y a des émergences, des unités gouvernance
01:16:12et qu'ils ont un peu parfois maintenant par région.
01:16:15Et je crois que ça, c'est à la fin,
01:16:17ça se finit par une coordination beaucoup plus accordée.
01:16:20et ce qui a été le voire.
01:16:21Cette guerre, je crois, a jusqu'à maintenant fait
01:16:23quelques 90 000 morts.
01:16:25C'est considérable.
01:16:26On meurt en silence aujourd'hui en Birmanie
01:16:28depuis plusieurs années.
01:16:30Comment est-ce qu'on peut sortir de cette guerre civile ?
01:16:32Est-ce que la communauté internationale
01:16:34met en œuvre des négociations
01:16:36qui laisseraient espérer une sortie de cette guerre civile ?
01:16:39Alors, c'est plutôt une recherche de médiation.
01:16:43L'ASEAN et les pays d'Asie du Sud-Est,
01:16:45collectivement, cherchent à le faire.
01:16:47Chaque présidence de l'ASEAN,
01:16:49s'y emploient.
01:16:50C'est le cas des Philippines
01:16:51depuis le 1er janvier 2026,
01:16:55avec des navettes,
01:16:57aussi bien du côté de la junte à Naipido
01:17:01qu'avec les groupes d'opposition.
01:17:03Et l'envoyé spécial de l'ASEAN,
01:17:05qui est aujourd'hui la ministre des Affaires étrangères
01:17:07des Philippines,
01:17:09vient d'effectuer cet exercice
01:17:11à rapporter à ses partenaires.
01:17:13Mais la solution, si elle existe par la voie négociée,
01:17:18est d'être entre les mains des Birmans eux-mêmes.
01:17:21La communauté internationale peut préparer le terrain,
01:17:25fournir une aide si elle est souhaitée,
01:17:28mais pour leur force est de constater
01:17:30qu'aussi bien du côté du régime militaire
01:17:32que de ses opposants,
01:17:34le moment du conflit est quand même celui que l'on vit,
01:17:38avec les drames que vous rappelez.
01:17:41Cette attrition des territoires d'un côté et de l'autre
01:17:46se fait quand même très lentement.
01:17:49Et les cessez-le-feu qui avaient été esquissés,
01:17:51notamment après le drame du tremblement de terre
01:17:54de l'année dernière...
01:17:56Il y a bientôt un an, maintenant.
01:17:57Ces cessez-le-feu sont morts-nés
01:17:59et n'existent pas.
01:18:02Donc il faudrait engager une désescalade de la violence
01:18:04et faciliter les dominitaires aux populations dans le besoin.
01:18:07Vous évoquiez ce fameux séisme du 28 mars 2025.
01:18:103 500 morts, 5 000 blessés, une centaine de disparus.
01:18:15C'était le décompte dont on disposait
01:18:17quelques mois après ce séisme
01:18:19qui a traumatisé une bonne partie du pays.
01:18:22Des solutions pour sortir de cette guerre civile ?
01:18:25Vous y croyez à court terme ?
01:18:27À court terme, peut-être non, parce que c'est cette année
01:18:29que ça peut continuer encore des affrontements militaires.
01:18:32Ce qui est, je pense, le plus important, je pense,
01:18:35il faut que la communauté internationale reconnaisse la réalité
01:18:38et aussi l'existence des groupes, différents groupes militaires
01:18:43et aussi de résistance et l'apparition et aussi l'émergence
01:18:46des groupes gouvernance.
01:18:48Et il faut l'aider, il faut dialoguer visiblement,
01:18:52mais ce n'est pas qu'invisiblement et confidentiel.
01:18:54Il faut vraiment sortir de silence
01:18:56et soutenir vraiment les gens qui en ont besoin.
01:19:00Ils sont dans les zones complètement hors de contrôle de l'agent,
01:19:03ils sont non-accessibles.
01:19:05Vu que ça, c'est les périphériques et les frontières
01:19:08sont complètement prises par les groupes de résistants,
01:19:11il faut que l'international reconnaisse cette situation
01:19:13et c'est de trouver des moyens, mécanismes, flexibles
01:19:16pour aider les gens et aussi reconnaître ces existants
01:19:20et dialoguer avec eux.
01:19:21Ce sera le mot de la fin.
01:19:22Vraiment un grand merci à tous les deux
01:19:24pour avoir évoqué, après ce film,
01:19:27la situation politique, sociale, cette fameuse guerre civile
01:19:29qui gangrène la Birmanie depuis maintenant, depuis cinq ans.
01:19:33Vos réactions, ça sera sur hashtag DébatDoc.
01:19:36Merci aussi à Félicité Gavalda, Thibaut Brosset et Cal
01:19:39qui m'ont aidé à préparer cette émission comme à l'accoutumée.
01:19:42Je vous donne rendez-vous pour un prochain DébatDoc
01:19:44et ça sera bien sûr avec son documentaire et son débat.
01:19:48A bientôt.
01:19:48Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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