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  • il y a 1 semaine
Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot se retrouvent pour parler d'un objet qui nous donne l'illusion de tenir l'univers entre nos mains, qui contient toute notre intimité, toutes nos traces : notre smartphone. La vie numérique nous promettait le meilleur mais, entre addiction, troubles de l'attention et exposition continue, a-t-elle ouvert devant nous les portes de l'enfer ?
Pour en discuter, le Banquet reçoit Delphine de Vigan, romancière, auteure de « Je suis Romane Monnier » (Gallimard, 2026), Bruno Patino, président d'Arte, auteur de "9 secondes, la civilisation du poisson rouge" (Dupuis, 2026), Raphaël Gaillard, psychiatre membre de l'Académie française, Paul Larrouturou, reporter, et Louise Aubery, créatrice de contenu et vidéaste.

Parce qu'il manquait une émission qui prenne la culture au sérieux sans se prendre au sérieux. Parce que comprendre le monde, c'est aussi comprendre les récits qui le façonnent. Parce qu'il est temps de réconcilier le savant et le populaire. « Le banquet » est une émission qui parle de la culture savante de manière populaire et de la culture populaire de manière savante. Un temps long, une respiration, un espace de réflexion, dans un monde saturé d'informations et de débats immédiats. Aux manettes : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot, tous deux journalistes et écrivains, dressent une table singulière où se croisent idées, oeuvres, figures et imaginaires.

Deux fois par mois, « Le banquet » s'attaque à un grand thème culturel, éclairé à la fois par l'histoire des idées, la sociologie, la politique, et la pop culture. Dans un esprit résolument humaniste, mais jamais élitiste, l'émission fait dialoguer Platon et Netflix, Molière et Marvel, Barthes et les réseaux sociaux.

C'est vendredi, installez-vous à table, la discussion peut commencer.
Présenté par : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot

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Transcription
00:00Bonsoir à tous, bonsoir Christophe.
00:02Bonsoir Anna.
00:03Et ce soir nous allons parler d'un objet qui nous donne l'illusion de tenir l'univers entre nos
00:07mains
00:07et qui contient toutes les traces que nous laissons en ce bas monde, notre smartphone.
00:11Oui, qui est en train de devenir notre drogue préférée.
00:14La vie numérique nous promettait le meilleur et Christophe n'a-t-elle pas finalement ouvert devant nous les portes
00:20de l'enfer ?
00:21On se retrouve tout de suite avec nos invités pour le banquet.
00:43Bonjour, bienvenue à tous, bienvenue au Point de son.
00:47Delphine de Vigan, vous êtes une romancière qu'on ne présente plus,
00:50vous faites partie des écrivains français les plus lus, les plus traduits aussi dans le monde.
00:54Votre nouveau roman, je suis Romane Monnier chez Gallimard,
00:57déjà en tête dans les palmarès de vente.
01:00Et au centre de votre livre, il y a justement ce smartphone dont nous parlions.
01:04Bruno Patino, bonjour.
01:06Bonjour.
01:06Vous êtes le président d'Arte, spécialiste du numérique auquel vous avez consacré de nombreux essais remarques,
01:12dont un best-seller, la civilisation du poisson rouge qui vient d'être adaptée en bande dessinée chez Dupuis.
01:19Bonjour Raphaël Gaillard, vous êtes psychiatre, chercheur en neurosciences, essayiste, membre de l'Académie française.
01:25Et on compte sur vous pour nous éclairer sur le fonctionnement et aussi les dysfonctionnements de notre cerveau.
01:32Paul Larouturou, bonjour.
01:34On vous écoute chaque matin à 8h30 sur France Info, vous avez un podcast pour info.
01:39Et vous, on vous écoute dans C'est à vous.
01:40Et aussi tous les jours sur les réseaux sociaux où votre communauté ne cesse de grandir.
01:44Vous allez nous raconter comment vous avez réussi à vous emparer de cet instrument.
01:48Merci de l'invitation, je suis ravie d'être là.
01:50Louise Aubry, bonjour.
01:52Vous êtes créatrice de contenu, podcasteuse.
01:55Votre compte Instagram compte plus de 600 000 followers.
01:58Et on vous connaît aussi sous le nom de My Better Self.
02:02Bienvenue à vous tous.
02:04Alors avant de commencer, je voudrais qu'on regarde une archive qui a l'air d'avoir un siècle
02:09et qui pourtant n'est pas si vieille.
02:11Elle a moins de 20 ans.
02:12Regardez, c'est peut-être ce jour-là que notre vie a basculé.
02:15Un, trois, deux, un.
02:2118h30 sur les Champs-Elysées, plus de 2000 personnes.
02:25Pour un téléphone, le sacrifice, trois heures de queue.
02:28Trois heures d'attente pour être parmi les premiers à l'arborer comme un trophée.
02:33Baladeur musical, album photo que l'on feuillette grâce à un écran tactile.
02:38Et l'accès à Internet illimité.
02:41Même le PDG de France Télécom s'amuse à jouer les démonstrateurs.
02:44C'est comme si vous aviez une peau élastique.
02:46Vous tirez dessus, ça l'a grandi.
02:49Alors ça vous fait tous rire, je vois ça.
02:51Delphine de Vigan, dans votre roman,
02:54donc Romane Monnier, qui a donné son titre au livre,
02:57disparaît en échangeant à son insu son smartphone avec un inconnu,
03:01un certain Thomas.
03:02Ça se passe un samedi soir dans un bar.
03:04Et elle lui fait ensuite parvenir son code
03:06pour mieux l'inciter à fouiller à l'intérieur de son smartphone
03:09et connaître sa vie et ses secrets.
03:11Alors pourquoi vous avez choisi de vous intéresser à un smartphone ?
03:15Je pense que c'est vraiment cette question qui m'est venue un jour.
03:19Qu'est-ce qu'on fait de nos smartphones quand nous ne sommes plus là,
03:22quand nous disparaissons ?
03:24Soit parce qu'on s'est volatilisé, soit parce qu'on est mort.
03:27Qu'est-ce qu'on fait du smartphone de quelqu'un qui disparaît ?
03:30Puisque précisément, il contient toutes nos traces,
03:34à la fois les plus intimes, les plus anecdotiques.
03:37Il a une antériorité absolument folle.
03:39C'est-à-dire que pour les gens qui ont eu les premiers iPhones
03:41et qui ont ensuite fait les transferts d'un iPhone à l'autre,
03:45ça peut remonter assez loin.
03:47Et qu'est-ce qu'on fait de tout ça ?
03:48Est-ce qu'on regarde ?
03:49Est-ce qu'on entre dans le téléphone de quelqu'un qui n'est plus là ?
03:52Est-ce qu'on considère au contraire que c'est sacré,
03:54que c'est secret et qu'il ne faut pas y entrer ?
03:57Et jusqu'ici, je ne m'étais jamais posé cette question.
03:59Et donc, quand j'ai commencé à dérouler ce fil,
04:01je me suis dit, oui, finalement,
04:03aujourd'hui, le téléphone de quelqu'un d'une trentaine d'années
04:06contient quand même quasiment l'essentiel de sa vie.
04:09Vous dites, plus que ces tiroirs, plus que ces cartons,
04:12enfin, au fond, tout est dedans.
04:13C'est toute notre relation à l'extérieur,
04:16toute notre relation à autrui, à nos enfants, à nos parents,
04:19à nos amours, à nos amis.
04:21C'est les rendez-vous médicaux que, éventuellement, nous avons,
04:25notre compte en banque, bien sûr,
04:27et j'en passe.
04:27On sait bien à quel point cet outil, aujourd'hui,
04:29est devenu complètement indispensable.
04:31Vous avez voulu nous mettre en face de notre aliénation ?
04:34Non, non, je n'ai pas cette prétention.
04:36C'est vraiment, j'avais envie d'explorer ça de l'intérieur,
04:38en fait, à travers des personnages.
04:40Louise Aubéry, vous aviez choisi comme nom de compte
04:43My Better Self.
04:44Est-ce que ça fait partie de ce que vous attendiez,
04:46au fond, des réseaux sociaux,
04:47c'est-à-dire permettre de projeter une meilleure image de soi ?
04:52En effet, j'ai choisi ce nom
04:54quand j'ai commencé il y a presque 10 ans, maintenant.
04:56Ce n'était pas tellement lié aux réseaux sociaux,
04:59je pense que c'était plutôt lié à une injonction de perfection
05:02qui, en effet, peut être vraiment aussi partagée par les réseaux sociaux.
05:07Et je pense, je me berçais dans l'illusion
05:10que je pouvais devenir la meilleure version de moi-même.
05:13Et je pense que les réseaux sociaux, finalement,
05:15étaient un moyen de le montrer au monde.
05:17Parce que je pense que quand on cherche à être parfait,
05:19c'est avant tout pour les autres, plus que pour nous.
05:21Et c'est réalisant cet écueil que j'ai finalement changé mon nom,
05:24du coup, sur les réseaux, parce que je me suis dit...
05:26C'est pour ça que vous parlez d'illusion, quand vous me dites...
05:27Mais exactement, en fait, je pense que c'était un fantasme.
05:29Et c'est le piège dans lequel on est beaucoup à tomber,
05:32enfin, beaucoup de jeunes de ma génération.
05:34En fait, on veut partager le meilleur de nous-mêmes,
05:37ou en tout cas de la vie qu'on mène ou qu'on aimerait mener.
05:40Et on est plus, j'ai l'impression, concentré sur le fait
05:43de paraître heureux que réellement l'être.
05:46Et à quel moment vous avez pris cette conscience de cette illusion-là ?
05:51Alors, quand j'ai vécu vraiment une descente aux enfers
05:55au niveau de ma santé mentale, et que j'ai réalisé que malgré ma volonté,
06:00quand on pouvait, quand on voulait, on ne pouvait pas toujours.
06:04Et j'ai réalisé que finalement, peut-être malgré moi,
06:07je partageais cette idée à ma communauté,
06:09et je n'avais pas envie de leur faire croire
06:11que devenir la meilleure version d'eux-mêmes, en fait, c'était possible,
06:14et que même c'était souhaitable.
06:15Je suis assez persuadée maintenant que faire de son mieux,
06:18c'est déjà énorme, et que c'est plutôt cela qu'on devrait rechercher,
06:22plutôt qu'une version parfaite qui finalement n'existe pas.
06:24– Bruno Patineau, vous avez fait partie de ceux qui ont cru d'abord
06:27à cette utopie numérique,
06:30qu'Internet allait changer le monde, mais évidemment, en bien, en mieux,
06:34et puis, bam, vous avez déchanté.
06:36Qu'est-ce qui s'est passé ?
06:37– Il s'est passé tout ça à la fois,
06:39c'est-à-dire qu'Internet, c'est deux histoires parallèles.
06:42C'est d'abord l'histoire du réseau,
06:44qui nous met tous ensemble, qui nous rassemble,
06:46et donc qui peut à un moment donné être un outil formidable
06:49de socialisation ou de partage, c'est ça.
06:51Mais de notre côté, c'est aussi, puisqu'on en parle de façon sous-jacente,
06:56surtout là, c'est-à-dire que c'est, à un moment donné,
06:58un modèle économique d'économie de la donnée,
07:01et donc cette économie de la donnée, elle nous fragmente,
07:05elle nous partage, elle extrait de nous beaucoup de choses,
07:07qui restent d'ailleurs dans le téléphone portable,
07:09ensuite, de l'héroïne de Delphine de Vigan.
07:12Et donc, si vous voulez, ce qui se passe petit à petit dans les années,
07:15c'est que, dans les années de développement numérique,
07:18c'est que petit à petit, cette économie de la donnée
07:21prend le pas, on va dire, sur la logique du réseau.
07:24Et donc, la connexion permanente, petit à petit,
07:27se met au service de l'économie de l'attention,
07:30donc du fait de capter le plus possible
07:31le temps d'attention des gens, des utilisateurs,
07:35y compris en utilisant des outils
07:37qui provoquent une certaine forme de dépendance.
07:40Et en fait, c'est ça qui se passe, c'est-à-dire que
07:42la compétition sociale, la comparaison permanente,
07:45la polarisation même politique,
07:46ce sont des conséquences qui ne sont pas dues
07:48à la technologie elle-même,
07:50mais, on va dire, au modèle économique des grandes plateformes.
07:53Et donc, ces outils de socialisation
07:55ne sont pas neutres en tant que tels,
07:56ils sont biaisés par leur modèle économique.
07:58Et je pense que c'est ça qui s'est passé.
08:00Vous avez bien trouvé une façon d'exonérer
08:03en partie les réseaux sociaux.
08:04On n'exonère pas les réseaux sociaux, c'est ça.
08:06Mais je vais vous donner un exemple très, très simple.
08:09Imaginez qu'à un moment donné, Facebook ou Twitter
08:13aient été des réseaux sociaux sur abonnement,
08:16qu'on ait payé un euro ou un dollar par mois
08:18pour avoir ce réseau social.
08:20Ils ne ressembleraient pas du tout à ce qu'ils sont aujourd'hui.
08:23Ils ne mettraient pas en avant les mêmes contenus.
08:25Ils ne vous proposeraient pas, quand vous les suivez,
08:27de suivre tel ou tel type de personnes.
08:30Et je pense qu'on ne serait pas du tout,
08:33du tout dans la même situation de déploiement des outils
08:36qui visent à capter le plus possible votre temps,
08:39puisque l'enjeu, ce serait que vous soyez abonné.
08:42Ce ne serait pas que vous restiez 5, 6, 7, 8, 9 heures par jour
08:45devant les réseaux.
08:46Et ça ne ressemblerait pas du tout à ce qu'on voit aujourd'hui.
08:48– Monsieur le docteur Raphaël Gaillard,
08:51est-ce que l'évolution des réseaux sociaux
08:54est au fond le symptôme d'une magnité malade de son narcissisme ?
08:59– Alors le narcissisme, pour nous, c'est un faux ami
09:01parce que ce qu'évite le psy, toujours,
09:03c'est l'effondrement narcissique.
09:05Et donc c'est une force interne, le narcissisme,
09:08ce qu'il faut cultiver,
09:09qui doit avoir sa résistance face à l'adversité.
09:14La différence, c'est qu'ici, tout est externalisé.
09:17C'est-à-dire qu'au lieu d'être une force interne,
09:21au lieu d'être quelque chose qu'on cultive de l'intérieur,
09:24il s'agit de quelque chose qui prend attache à l'extérieur.
09:27Et puisqu'il est externalisé,
09:28il peut tomber en même temps que les choses à l'extérieur se transforment.
09:33– On a à côté de vous, n'est-ce pas,
09:34la personne de Christophe Onodibio,
09:36un homme qui aime se plonger dans l'Antiquité
09:38pour éclairer le présent.
09:39Et alors, il va nous dire pourquoi tout commence
09:41et tout fini avec narcissisme ?
09:43– Oui, le mot, son nom a été prononcé à narcissisme.
09:46Évidemment, c'est la première chose qui vient à l'esprit
09:48quand on parle des réseaux sociaux.
09:51Tout le monde connaît l'histoire racontée par Ovid dans Les Métamorphoses.
09:54Donc, ce jeune garçon d'une beauté absolument exceptionnelle
09:57qui tombe amoureux de son reflet.
09:59Évidemment, dès qu'il s'approche de son reflet,
10:02ce reflet se dérobe à son étreinte.
10:04Donc, il ne peut pas vivre cet amour.
10:05Et il se consume et il meurt.
10:08Mais en fait, quand on regarde bien,
10:10ce mythe dit une chose qui est,
10:12tout le monde en conviendra ici,
10:14c'est l'idée que le reflet peut,
10:16vous en parliez aussi,
10:18devenir plus réel que le réel.
10:20Et donc, là, il y a véritable danger de confusion.
10:24Et quand on regarde le mythe,
10:25on s'aperçoit, malheureusement,
10:27qu'il est en deçà de la réalité.
10:31D'abord, Narcisse, il est fasciné par une image naturelle.
10:34Même si elle est trompeuse,
10:35c'est son image à lui.
10:37Or, sur les réseaux sociaux,
10:38l'image, elle est constamment retouchée,
10:41constamment filtrée,
10:42boostée par des algorithmes
10:43qui savent comment mettre notre cerveau sous emprise.
10:47Deuxièmement, Narcisse, en fait,
10:49il se contente d'aimer sincèrement son reflet.
10:51Ses sentiments ne sont pas notés
10:53par des likes en permanence
10:55ou des commentaires, parfois malveillants aussi,
10:59qui nous mettent dans un état de dépendance
11:01vis-à-vis du jugement des autres.
11:03Alors, l'avantage avec les mythes,
11:05c'est qu'ils contiennent leur antidote, souvent.
11:07C'est pour ça qu'il faut relire le mythe.
11:08Et je ne résiste pas à vous lire
11:11juste deux lignes, justement, d'Ovid,
11:13dans les Métamorphoses,
11:14qui évoquent le mythe de Narcisse,
11:17par plaisir,
11:18parce que je me dis aussi
11:19que peut-être il faudrait faire relire
11:21ce mythe à nos adolescents,
11:22pas seulement aussi aux adultes
11:23que nous sommes,
11:24qui nous abreuvons parfois
11:25de ces reflets aussi,
11:27quitte à en être prisonniers.
11:29C'est Ovid qui s'adresse
11:30à son personnage, Narcisse.
11:31Tu veux ce qui n'est point,
11:34éloigne-toi et tu verras s'évanouir
11:36le fantastique objet de ton amour.
11:37L'image qui s'offre à tes regards
11:39n'est que ton ombre réfléchi,
11:41elle n'a rien de réel.
11:43Et c'est par ça qu'il faut commencer, non ?
11:44Paul Laroutou.
11:46Comment on fait pour ne pas finir comme Narcisse ?
11:49Très bonne question.
11:52J'espère que je ne suis...
11:53On va voir la réponse.
11:54Wow, pourquoi c'est moi qui me répond ?
11:56Non, mais je crois que c'est un...
11:58Ce n'est pas qu'une question de génération,
11:59je pense que c'est effectivement
12:00l'avènement des réseaux
12:02et de la tyrannie du like
12:03et le fait qu'on regarde tous
12:04qui a liké,
12:05pouvoir savoir en temps réel
12:06qui a regardé la story,
12:08telle personne.
12:09Je pense qu'on a tous en nous
12:10une faille narcissique,
12:11quelle qu'elle soit.
12:13Narcissique, Narcisse, ça va ?
12:14J'ai répondu ?
12:14Non, et je pense que c'est un vrai, vrai sujet.
12:17Moi, en tant que journaliste,
12:18en tout cas, je pense que
12:19quand on devient le sujet,
12:20c'est qu'on a perdu.
12:21Je pense que vous,
12:22en tant qu'immense fan de littérature
12:23et moi, plus reporter politique,
12:25on aime aussi rencontrer des gens,
12:26raconter des histoires.
12:28Et donc, notre travail,
12:28c'est de raconter les histoires des autres.
12:30Et il me semble que,
12:31outre le temps d'attention
12:32qui est un vrai...
12:33qui pour moi est la corollaire
12:35de la question de Narcisse,
12:36c'est qu'on est tous concentrés
12:38sur nos petits égaux,
12:38sur nos petites vies,
12:39sur nous, sur nos likes.
12:40Et je pense que l'enjeu, justement,
12:42c'est de rester concentrés sur les autres,
12:44de s'intéresser aux autres,
12:45de se reconstruire.
12:46Et, en termes d'informations,
12:47le grand enjeu de la prochaine présidentielle,
12:49de la décennie, voire du siècle aussi,
12:50me semble-t-il,
12:51ça va être de sortir
12:51de nos bulles cognitives.
12:53On quitte,
12:53et Bruno Bottino le raconte
12:55divinement mieux que moi,
12:57cette histoire de poisson rouge.
12:58On avait tous une grande...
12:58On va y revenir au poisson rouge,
13:00je vous le promets.
13:01C'est notre héros, le poisson rouge.
13:02On est vraiment...
13:03J'ai lu à l'époque,
13:04mais je n'imaginais pas
13:04à quel point il marquerait son époque
13:06et il avait raison là-dessus.
13:07Et nous, encore plus les journalistes,
13:09c'est vrai qu'un fait chasse l'autre,
13:10etc.
13:11Donc, il fallait à la fois avoir
13:12de la mémoire,
13:13marquer dans des pages comme vous,
13:14lire,
13:15réfléchir sur l'objet du téléphone.
13:16Mais nous, notre enjeu, je pense,
13:17c'est de sortir des bulles cognitives
13:19et de raconter des histoires
13:20qui peuvent intéresser le grand public
13:22et sortir de ce tout petit algorithme
13:24qui nous connecte avant tout
13:25aux gens qui nous aiment.
13:26Je pense qu'il faut qu'on arrive
13:27à se dépasser.
13:28Voilà.
13:28Raphaël Gaillard,
13:30quelles sont les conséquences
13:31de la vie numérique
13:31sur notre cerveau ?
13:32Sur la mémoire, par exemple.
13:34En gros, est-ce que ça nous rend malades ?
13:36Avant de rendre malades,
13:37ce que l'on sait,
13:38c'est que si quelque chose existe
13:40à l'extérieur de soi
13:42et que l'on peut s'y référer,
13:44alors on l'oublie.
13:46Ça, c'est facile de le mesurer.
13:48Il suffit de tester des étudiants
13:49selon qu'ils ont accès
13:51ou non à une information
13:52ou même selon qu'ils savent
13:54que cette information
13:55est disponible quelque part
13:56dans un ordinateur, par exemple.
13:57S'ils savent qu'elle est disponible
13:58quelque part ?
13:59Alors, un processus de dégradation
14:01de la mémoire s'entame
14:03et de fait,
14:04ils se souviennent moins des choses.
14:06Donc, un effet sur la mémoire,
14:07c'est certain.
14:08Cela étant,
14:09puisqu'on a parlé de mythologie,
14:11un peu plus proche de nous,
14:13je vous rappelle
14:13que le script Thoth,
14:15quand il invente l'écriture,
14:17a à peu près le même propos
14:18en disant que son invention
14:20augmentera chaque homme
14:22de la mémoire de tous les autres
14:23puisqu'ils disposeront
14:24de ce qui est écrit.
14:25Et le pharaon Tammuz,
14:26qui n'est peut-être pas pharaon pour rien,
14:27lui répond,
14:28« Détrompe-toi,
14:30elle ne fera qu'affaiblir
14:31la mémoire des hommes
14:32puisqu'ils n'auront plus besoin
14:33de se souvenir. »
14:34Donc, il y a déjà,
14:35dès la lecture,
14:36quelque chose de cet homme.
14:37C'est la question de l'IA aujourd'hui,
14:38ça ?
14:39C'est le même muscle aujourd'hui
14:39que l'intelligence artificielle
14:40qui empêche de penser ?
14:41C'est le même muscle ?
14:43En tout cas,
14:43le point commun,
14:44le plus important
14:45entre l'IA d'aujourd'hui,
14:46c'est-à-dire les IA génératives,
14:47et ce que je viens de dire
14:48sur la lecture,
14:49c'est que ce qui a rendu
14:51l'IA intelligente,
14:52c'est d'avoir lu
14:53des millions de pages
14:54et pas avoir vu
14:55des millions d'images,
14:56ce qui est une information majeure.
14:58Mais surtout,
14:59la différence,
15:00c'est que la lecture
15:01nécessite une forme d'endurance,
15:02une forme de constance,
15:04quelque chose qui tient
15:05dans le temps
15:05et qui là aussi
15:07part d'un ressort interne.
15:08Lire,
15:09c'est s'approprier quelque chose,
15:11l'intégrer en soi,
15:12l'incorporer,
15:12qui est d'une autre nature
15:14que cette façon
15:16de se balader,
15:17de papillonner
15:18d'une image à l'autre.
15:20Alors,
15:20un patron de la tech
15:21a récemment affirmé
15:22qu'Internet allait effacer
15:23le concept même
15:24de vie privée.
15:25La perte de l'intime
15:26auquel s'intéressait déjà
15:28l'écrivain Milan Kundera
15:30sur le plateau de Bernard Pivot,
15:31c'était
15:31« Il y a plus de 40 ans,
15:32j'aimerais qu'on regarde ».
15:34Nous vivons dans une époque
15:36quand l'intimité
15:37qui, jadis,
15:40était une valeur,
15:41n'est plus une valeur.
15:42On dévalorise
15:43complètement l'intimité.
15:45C'est-à-dire,
15:46qu'est-ce que c'est
15:47la personnalité humaine
15:48sans l'intimité,
15:50sans sa vie privée ?
15:52Au moment
15:53quand la vie privée
15:54n'est plus la vie privée,
15:55la personnalité humaine
15:57s'évapore.
16:00Delphine de Vigan,
16:01vous avez, vous,
16:02chiqué l'art
16:03pour raconter
16:04l'impact sur notre intimité
16:05des dérives sociétales.
16:07Est-ce que les téléphones portables
16:09nous ont volé
16:09notre intimité,
16:11notre vie privée ?
16:12Non, je ne dirais pas ça.
16:14C'est plutôt quelque chose
16:14que j'avais abordé
16:15dans mon roman précédent,
16:16« Les enfants sont rois »
16:18sur la manière
16:18dont on se met en scène
16:19sur les réseaux sociaux,
16:21dont éventuellement
16:22on peut documenter
16:23sa vie quotidienne
16:24et par la même
16:26celle de ses enfants,
16:27ce qui me posait question.
16:29Justement,
16:29ce qui m'intéressait,
16:30c'est qu'à l'inverse,
16:32nos téléphones,
16:33il y a ce qu'on médiatise,
16:34bien sûr,
16:35mais là, moi,
16:35dans « Je suis Romane Meunier »,
16:37je n'ai pas eu envie
16:37de m'intéresser à ça.
16:39Ce n'est pas un personnage
16:40qui est sur les réseaux.
16:42Elle a une pratique
16:43finalement assez peu
16:45importante
16:46de mise en scène
16:47d'elle-même.
16:47Mais c'est plutôt
16:48ce que nos téléphones
16:50contiennent
16:50de plus intime
16:51qui n'est accessible
16:52à personne
16:53et qui demeurent.
16:54Et que ce soit
16:54dans un cahier,
16:55j'ai envie de vous dire,
16:55ou que ce soit
16:56dans un téléphone,
16:57cette intimité,
16:57elle est la même.
16:58Les traces.
16:59Les traces,
17:00sauf qu'il me semble
17:01que dans un téléphone,
17:02cette intimité,
17:03elle est tellement noyée,
17:05tellement multipliée,
17:06tellement envahie,
17:09j'ai envie de dire,
17:09de mille autres traces
17:11qu'on risque de la perdre.
17:12Encore une fois,
17:13je reviens à cette question
17:14de si on disparaît
17:15ou comment on gardera
17:17trace de tout ça.
17:18Aujourd'hui,
17:19on a 16 000,
17:19moi j'ai 17 000 photos
17:20dans mon téléphone.
17:22Auparavant,
17:23quand je faisais tirer
17:23les photos,
17:24je les choisissais,
17:26éventuellement je les mettais
17:27dans un album,
17:27etc.
17:28Si je meurs,
17:30il y aura,
17:30comme étant d'une génération
17:32qui a vraiment connu
17:32l'avant et l'après,
17:34l'arrivée du smartphone,
17:36si je meurs aujourd'hui,
17:37les gens qui me succéderont,
17:38ils auront d'une part
17:38des photos que j'ai triées
17:40moi-même,
17:40que j'ai fait développer,
17:41qui sont dans des albums,
17:42etc.
17:43Où là,
17:43j'aurais choisi justement
17:44quelque chose
17:45de très intime
17:46qui raconte mon histoire
17:48familiale,
17:49etc.
17:49Et puis,
17:50je ne sais combien
17:51de milliers de photos
17:52qui seront dans mon téléphone,
17:53qui seront quasiment
17:54même impossibles à trier.
17:56On ne saura pas
17:57quelle valeur
17:58j'ai accordée
18:00à tel ou tel.
18:00C'est un exemple
18:01parmi d'autres.
18:02Et il me semble
18:03qu'à la fois,
18:04nos téléphones contiennent
18:05vraiment quelque chose
18:05de très intime.
18:06Aujourd'hui,
18:06beaucoup de jeunes gens
18:07prennent des notes
18:08sur leur téléphone,
18:09par exemple.
18:09Moi, je vois mes enfants,
18:10souvent ils font ça.
18:11Mais ne les sauvegardent pas forcément.
18:13Il n'y a pas du tout
18:14la même valeur,
18:15d'ailleurs,
18:15quelque part accordée
18:16à la trace.
18:17Et c'est plus la perte
18:19de l'intimité
18:20de cette manière-là
18:21qui m'interpelle
18:22dans le roman
18:23que cette idée
18:24qu'on déballe
18:26notre intimité
18:26à travers le téléphone.
18:28Oui, bien sûr,
18:28certains le font.
18:30Mais au fond,
18:30en tout cas,
18:31dans ce roman-là,
18:32ce n'était pas
18:32ce qui m'intéressait.
18:32Oui, parce qu'en fait,
18:33votre héros Thomas,
18:34il va plonger
18:35dans le téléphone
18:37de Romane,
18:38Romane Meunier.
18:38Et ça va être
18:40une longue exploration,
18:41un long voyage
18:43sans hiérarchie
18:44entre les informations
18:46qui vont s'offrir
18:48à lui
18:48à l'intérieur du téléphone.
18:49Oui, précisément
18:50parce qu'elles ne sont pas
18:53hiérarchisées.
18:54Elles sont disséminées
18:55à travers différentes applications.
18:58Et c'est au prix
19:00d'un long voyage
19:01qu'il va éventuellement
19:02atteindre quelque chose
19:03d'un peu essentiel.
19:05On voit les méandres
19:06de ce voyage
19:08et les imbrications
19:09et les différents langages
19:11que contient
19:12un smartphone aujourd'hui.
19:13Oui, tout à fait.
19:14Ce qui est d'ailleurs
19:14une forme d'intimité
19:15dont on n'avait pas forcément
19:16trace d'ailleurs auparavant
19:17de savoir comment on s'adresse
19:19à ses parents,
19:19comment on s'adresse
19:20à ses amis,
19:21comment on s'adresse
19:21à son amoureux,
19:23la différence entre
19:24le langage écrit
19:25et le langage oral,
19:26les messages vocaux,
19:27etc.
19:27Tout ça m'a beaucoup
19:29passionnée bien sûr
19:30dans le livre
19:31et là il me semble
19:31qu'on est au cœur
19:32de quelque chose
19:32de très intime.
19:34Mais ça n'est pas
19:34l'intimité qu'on expose
19:37dont on parlait
19:38à l'instant.
19:39D'ailleurs l'intimité
19:40qu'on expose,
19:41est-ce que c'est vraiment
19:42l'intimité
19:42ou est-ce que c'est plutôt
19:43une histoire
19:44qu'on raconte de soi,
19:45un récit de soi
19:45qui au fond,
19:47et il me semble
19:47qu'on s'accorde à le dire,
19:48n'a pas forcément
19:49grand-chose à voir
19:50avec notre vérité
19:52la plus intime justement.
19:54Qu'est-ce qui nous pousse,
19:56Raphaël Gaillard,
19:57à rendre public
19:58ce que nous avons
19:58de plus intime ?
19:59Est-ce que c'est parce
20:00qu'on serait devenus
20:01ou parce qu'on est
20:02en fait au fond
20:03obscènes ?
20:04Obscènes,
20:05le mot est fort,
20:06mais on revient à la question
20:08du narcissisme
20:09dont je vous disais
20:09que nous,
20:10nous cherchons à le cultiver
20:11comme une force intérieure.
20:13Quand il s'affaiblit,
20:14quand on le perd,
20:17on va chercher des béquilles,
20:19on va chercher un exosquelette,
20:20on va chercher des choses
20:21qui à l'extérieur
20:22viennent l'abriter,
20:24lui donner une réalité.
20:26Et la difficulté,
20:27c'est qu'en fait,
20:27c'est un mécanisme sans fin.
20:29À partir du moment
20:30où c'est à l'extérieur
20:31de nous-mêmes,
20:32ça peut faire défaut,
20:33ça se dérobe
20:34et donc la conséquence,
20:36c'est en fait
20:36l'hémorragie narcissique,
20:38c'est-à-dire quelque chose
20:39qui nous échappe.
20:40Et on en rajoutera toujours.
20:41Donc c'est la prolifération
20:42des traces,
20:43des informations
20:43pour exister plus encore
20:45alors qu'au fur et à mesure
20:46qu'on le fait,
20:46on se vide d'autant plus.
20:48Donc il y a un bon narcissisme
20:49et un mauvais narcissisme.
20:50Pour nous,
20:51il y a un bon narcissisme,
20:53celui dont nous aimerions
20:54qu'il ne s'effondre pas.
20:55Et puis il y a une façon
20:56de penser
20:57que le narcissisme
20:59habitera des choses
20:59à l'extérieur de soi.
21:01Alors ces choses
21:01à l'extérieur de soi,
21:02l'image pour un narcissisme,
21:05sont des choses
21:06dans lesquelles au mieux
21:06on se perd
21:07et bien plus souvent
21:08qui nous perdent,
21:10c'est-à-dire
21:10qui partent
21:12et nous laissent exsangues.
21:13Et là,
21:14c'est l'hémorragie.
21:15Et voilà,
21:16le mauvais.
21:17Voilà.
21:18Bruno Patino,
21:19l'intimité,
21:19on le disait,
21:20c'est une forme
21:21de matière
21:22dont les entreprises
21:24de la tech
21:24vont se servir
21:25pour s'enrichir.
21:26Et vous,
21:27on est en quelque sorte
21:28leur matière première.
21:29Moi,
21:29j'ai beaucoup aimé
21:30le roman
21:31de Delphine de Vigan
21:32parce que
21:33c'est vrai
21:34que son héroïne
21:36ne s'expose pas
21:37mais elle transmet
21:38tout ça.
21:39Par exemple,
21:39il y a des moments
21:40où on parle
21:41de l'application dictaphone
21:43mais l'application dictaphone
21:44ne reste pas uniquement
21:45sur son portable.
21:46C'est quelque part
21:47là-bas,
21:49chez les gens
21:49qui hébergent
21:50l'application dictaphone.
21:52Et tout ce qu'on transmet
21:53à son portable,
21:53c'est-à-dire son intimité,
21:55le livre montre bien
21:56que d'abord,
21:56c'est totalement fragmenté
21:58puisque c'est ça,
21:58l'univers de l'économie
21:59de la donnée,
22:00mais on le transmet.
22:02Et donc,
22:02en réalité,
22:03pour expliquer
22:04le fonctionnement
22:04de tout notre rapport
22:06au téléphone portable,
22:07on ne peut pas totalement
22:09le comprendre,
22:10à mon avis,
22:11si on oublie
22:11que tout ça
22:12est transmis
22:13et que donc,
22:14justement,
22:15derrière,
22:16tout ce qu'on a transmis
22:17permet de construire
22:18à un moment donné
22:19une activité,
22:20une économie,
22:21des revenus colossaux,
22:22des géants économiques
22:23aujourd'hui
22:24qui sont parmi
22:24les plus grandes entreprises
22:26mondiales
22:26et qui récoltent
22:28tout ça.
22:29C'est-à-dire
22:29toutes ces données,
22:30ces milliards et milliards
22:31de données d'abord
22:32identitaires,
22:33puis comportementales,
22:34tout ce qu'on livre
22:35parce qu'on pense
22:36qu'on livre quelque chose
22:37qui est notre doudou
22:38personnel numérique
22:40et donc ça va nulle part
22:41mais en fait,
22:41ça va partout
22:42et donc aussi bien
22:44les données médicales,
22:45les données de sommeil,
22:46tout ce qui est montré
22:47très bien dans le livre.
22:48Oui, c'est vertigineux honnêtement.
22:49Tout ça nourrit
22:49une économie derrière
22:50et cette économie derrière,
22:52évidemment,
22:53elle ne fait pas
22:53que recevoir ça,
22:55elle utilise ces données
22:56pour nous vendre
22:58de la publicité,
22:59des abonnements,
22:59des services ou autres
23:00et donc,
23:01au total,
23:02se met en route
23:02à ce moment-là
23:03un mécanisme transactionnel
23:05et transactionnel,
23:06une transaction
23:07qu'on ne maîtrise pas totalement,
23:09c'est-à-dire,
23:09on donne plein de choses
23:10et vous allez voir
23:11avec les intelligences artificielles,
23:12on va adorer
23:13parce que c'est puissance 1000,
23:15on donne plein de choses
23:16et en retour,
23:17on a l'impression
23:17d'avoir un service
23:18sauf que c'est un service
23:20qui,
23:20voulant développer
23:21encore une fois
23:22son chiffre d'affaires,
23:23va essayer de nous rendre
23:24de plus en plus dépendants
23:26par rapport au service
23:27qu'il nous propose
23:28et qu'on va avoir du mal
23:29à s'en passer en réalité.
23:30C'est ça dont on parle,
23:32c'est-à-dire même
23:33les personnages
23:34du roman
23:35de Delphine de Vigan,
23:36ils reconnaissent eux-mêmes
23:37qu'ils ont du mal
23:37à s'en passer
23:38de ce portable.
23:39Paul Larouturon,
23:40on peut s'en passer ?
23:41Non.
23:42Non ?
23:42Deux questions ?
23:43Je vais prendre des notes
23:43sur mon téléphone,
23:44j'ai adoré
23:45l'hémorragie narcissique,
23:46je trouve qu'on est
23:46vraiment beaucoup
23:47là-dedans,
23:48je pense qu'on ne peut pas
23:48s'en passer,
23:49je pense qu'on est tous
23:49accroits à des degrés divers,
23:50parfois...
23:51On est foutus !
23:51Non mais vous le dites
23:52juste au titre,
23:52elle n'est pas exposée
23:53votre héroïne
23:55qui disparaît,
23:56elle ne s'expose pas,
23:57elle n'est pas
23:57dans l'hémorragie narcissique
23:58mais ses datas
23:59parlent pour elle.
23:59Moi, il y a quelque chose
24:00qui m'interroge beaucoup,
24:01c'est que j'ai l'impression
24:01qu'on est passé vraiment
24:02dans la civilisation
24:03de l'image aussi
24:04et je trouve fascinant
24:05le dialogue entre l'image,
24:06notamment les selfies,
24:07les likes
24:07et les datas derrière.
24:09Je trouve que c'est
24:09vraiment intéressant
24:10la dualité
24:11entre le texte et l'image
24:12et je voulais vous partager
24:14au rayon
24:15Ce n'est pas l'enfer
24:16pour répondre à la thématique
24:17de votre émission,
24:19j'ai fait une rencontre
24:19incroyable,
24:20Olivier Goua,
24:20qui est un entrepreneur
24:21qui a la maladie de Charcot,
24:22c'est-à-dire qu'il est
24:23complètement paralysé
24:24et il y a un laboratoire
24:25qui s'appelle
24:25le laboratoire Qtai
24:26qui est notamment financé
24:27par Xavier Niel,
24:29par Rodolphe Saladé
24:29et par Eric Schmitt
24:30et qui ont créé
24:31Ex Nilo,
24:32ce qu'on appelle
24:33un robot conversationnel
24:35et c'est incroyable,
24:36Olivier Goua,
24:37il ne peut plus parler,
24:38ils ont pris un podcast
24:38vieux de 10 ans,
24:39ils ont recréé sa voix
24:40donc rien que ça,
24:41je trouve que ça
24:41complètement fou
24:41qu'une intelligence artificielle
24:42recrée ça
24:43et on peut dialoguer
24:44avec lui
24:45grâce à l'infinance artificielle
24:46et donc je trouve
24:50ces lignes de code
24:51et donc je trouve
24:53intéressant
24:54qu'on s'interroge
24:55sur tout le négatif
24:57de ces technologies
24:57qui est énorme
24:58et sur l'intensitisme
24:59qui est collectivement colossal
25:01et je me mets dedans
25:01et j'essaie de me soigner
25:02et en même temps
25:03tout ce que ça peut apporter
25:04et aussi la profondeur
25:06je suis certain
25:07que sur les réseaux
25:08il y a des gens
25:08qui vont partager
25:09des extraits
25:10de vos livres
25:11en rentrant par l'image
25:12et moi le dialogue
25:13entre l'image et le texte
25:14m'intéresse beaucoup.
25:15Oui Zobéry,
25:16tu vous voyais opiné
25:17quand Paul Larouturou
25:19parlait
25:20aussi de ce qu'il pouvait y avoir
25:21de magique
25:24dans cet univers
25:25Oui, en fait
25:25au-delà des réseaux sociaux
25:26non mais c'est plus
25:27je pense
25:28rappeler
25:29après ce qu'on cherche
25:30tous à ramener
25:31à savoir de la nuance
25:33donc en fait
25:33je trouve ça très intéressant
25:34en effet
25:35après avoir montré
25:35les dérives
25:37de rappeler
25:38avant tout
25:38aussi les progrès
25:39que ça permet
25:40et l'exemple
25:41que vous avez partagé
25:41est quand même édifiant
25:43et en fait
25:44c'est là
25:44où je trouve
25:46finalement
25:46que c'est extrêmement difficile
25:48d'arbitrer
25:49c'est qu'en fait
25:49il faudrait laisser
25:51progresser la science
25:53tout en
25:55soyant certain
25:55qu'on en maîtrise
25:58les éventuelles dérives
25:59et qu'elles ne nous dépassent pas
26:00et je pense que c'est juste ça
26:02aujourd'hui
26:02qui fait peur
26:03qui je pense fait très peur
26:04à ma génération
26:05et voilà
26:05vous sentez votre génération
26:07effrayée par ça ?
26:08oui je sens vraiment
26:08ma génération effrayée
26:10par finalement
26:12l'incertitude
26:13et le fait
26:14de ne pas savoir
26:15ce que l'intelligence artificielle
26:16va devenir
26:16c'est à dire qu'aujourd'hui
26:17on l'utilise
26:18toutes et tous au quotidien
26:19avec les assistants
26:20qu'on a sur nos téléphones
26:22en effet
26:23on n'en voit que les bénéfices
26:24et pas forcément les risques
26:25comme Bruno Patineau
26:26le rappelait
26:27c'est à dire que
26:27quand on écrit HGPT
26:28et aujourd'hui
26:29je suis assez surprise
26:31de voir à quel point
26:32il fait partie du quotidien
26:33même des collégiens
26:35en fait
26:35on ne se rend pas compte
26:36derrière de tout ce qu'on sacrifie
26:37parce que
26:38on voit un peu ça
26:39presque comme un pacte
26:39avec le diable
26:40c'est juste qu'on ne sait pas
26:41à quoi il ressemble
26:42et quel est finalement
26:44ce qu'on a décidé
26:45d'octroyer
26:46enfin nos données
26:47mais quelles sont les conséquences
26:48on ne sait pas
26:49donc là aussi
26:50je pense qu'il faut vraiment
26:51éduquer
26:52et je pense qu'aujourd'hui
26:54le fait qu'on consomme
26:55qu'on crée du contenu
26:56qu'on partage
26:58sans vraiment connaître
26:59les conséquences
27:00c'est vraiment là
27:02où le bas blesse
27:02et il faudrait agir
27:04collectivement
27:04pour qu'on puisse
27:06finalement avoir
27:07plus de connaissances
27:08et sortir de l'ignorance
27:09mais on ne peut pas
27:09on ne peut pas s'arrêter
27:10est-ce que c'est possible
27:10d'en sortir
27:11de ce pacte avec le diable
27:12pour prendre vos expressions
27:14si on a le libre arbitre
27:15on est beaucoup dans le sang
27:16l'hémorragie
27:16le pacte avec le diable
27:18parce qu'en fait
27:18c'est vrai que j'ai l'impression
27:20on a tous et toutes
27:21le libre arbitre
27:22bien sûr
27:22mais c'est un peu comme si
27:23on donne un bonbon
27:24à un enfant
27:24et on lui dit
27:25de ne pas le manger
27:26pour moi c'est ça
27:27aujourd'hui
27:27on nous donne tellement
27:28de manière accessible
27:29les outils qui
27:30sur le court terme
27:31facilitent grandement nos vies
27:32et je trouve qu'au fond
27:34il y a ça aussi
27:35qui m'inquiète beaucoup
27:35c'est que
27:37notre capacité
27:37à faire des efforts
27:38est vraiment en train
27:39de se réduire
27:39moi je l'observe même
27:40avec j'ai 28 ans
27:42avec les personnes
27:43qui ont 10 ans
27:43de moins que moi
27:44on recherche
27:46finalement une forme
27:46d'ubérisation
27:47de nos vies
27:48perpétuelles
27:49tout ce qui peut
27:49faciliter nos vies
27:50est vu comme
27:51un grand progrès
27:52en tout cas quelque chose
27:54à vraiment accueillir
27:55finalement sans avoir
27:56vraiment conscience
27:57de ce que cela entraîne
27:58sur le long terme
27:58donc je pense que
28:00voilà tout ça
28:00nécessite vraiment
28:03une éducation
28:03collective
28:04pour qu'on puisse
28:05ensuite choisir
28:06si on le souhaite
28:07vraiment
28:07de manger ce bonbon
28:08ou de le reposer
28:10oui une question
28:11c'est le diable
28:12qui vous plaît
28:12oui le diable
28:14est dans les détails
28:15sur la question
28:16de l'hémorragie
28:16il en est question
28:18dans votre livre
28:19Delphine de Vigan
28:20c'est l'idée aussi
28:21et Bruno Patineau
28:22en parlait
28:22d'hémorragie data
28:23je voudrais savoir
28:24si justement
28:25la jeune génération
28:26est consciente de ça
28:27est-ce qu'elle a conscience
28:28chez la jeune génération
28:29de cette hémorragie
28:30de data permanente
28:32où au fond
28:32c'est déjà plus un problème
28:33on se dit
28:34bah oui
28:34ils auront des data
28:35mais les services
28:37reçus sont tellement importants
28:38qu'au fond
28:38sacrifier
28:39je reviens à Kundera
28:40notre vie privée
28:41tout ce qui fait
28:42le dictaphone
28:43les photos etc
28:44au fond c'est pas important
28:45c'est pas grave
28:46de plus avoir de vie privée
28:47en fait je pense
28:48que le bas blesse
28:49dans le fait
28:50qu'il y a une asymétrie
28:50d'informations
28:52c'est à dire
28:52que d'un côté
28:53on nous propose
28:54de pouvoir utiliser
28:55des outils
28:56qui nous facilitent
28:58la vie
28:58c'est un peu ça
28:59l'objectif
28:59de tous ces outils
29:00et de l'autre côté
29:02on sait vaguement
29:04qu'on finalement
29:05on donne
29:06toutes nos données
29:07qui sont nos amis
29:08qui sont nos ex
29:10qui on aime
29:10qui on n'aime pas
29:11ce qu'on aime
29:11ce qu'on n'aime pas
29:12mais comme
29:13on n'a pas
29:15assez connaissance
29:15de ce que ça implique
29:16on choisit
29:17de fermer les yeux
29:18pour moi c'est ça
29:19aujourd'hui le vrai sujet
29:20c'est que
29:20c'est plus facile
29:21de fermer les yeux
29:22que de regarder
29:23la vérité en face
29:24mais aussi parce qu'on
29:25ne la montre pas assez
29:26en fait si on ne se renseigne pas
29:28on ne le sait pas
29:30Monsieur le Docteur
29:32est-ce que nous sommes
29:33parce que là on parle
29:34de tout ce qu'on donne
29:34au fond de tout ce qu'on donne
29:35de tout ce qui nous est pris
29:37de fait
29:38est-ce qu'on est en train
29:38de se vider de notre substance
29:40ou alors de devenir double
29:43C'est ce qu'on a dit
29:44avec l'hémorragie narcissique
29:46en même temps
29:47je pense que
29:49la subtilité
29:49dans le roman
29:51de Delphine de Vigan
29:52c'est que
29:53toutes ces traces
29:54qui certes
29:55sont fragmentées
29:56qui sont éparses
29:58finissent par constituer
30:00reconstituer
30:01la personne
30:01ou en tout cas
30:02on a l'impression
30:03on a presque l'impression
30:03de la connaître
30:04à la fin du roman
30:05cette Romane Meunier
30:06donc il y a quelque chose
30:08quand même
30:09qui a une portée
30:10même si c'est fragmenté
30:11même si c'est diffus
30:12qui finit par reconstituer
30:14quelque chose
30:15et c'est d'ailleurs là
30:16le piège pour chacun d'entre nous
30:17parce que
30:18à partir du moment
30:19où il existe une trace
30:20de nous à l'extérieur
30:21elle est susceptible
30:23de ne plus être interne
30:25la photographie
30:26qui existait
30:27dans vos albums photos
30:28elle avait déjà
30:29une tendance
30:30à se substituer
30:31aux souvenirs
30:33que traduisait
30:34cette photographie
30:35et là
30:35on le démultiplie
30:36à l'infini
30:37par la parole
30:38par l'image
30:39par tous les dispositifs
30:42de traces
30:42de nous-mêmes
30:43qui n'étant plus
30:44à l'extérieur
30:45de nous-mêmes
30:45sont en voyage
30:47à l'extérieur
30:47d'ailleurs
30:48assez curieusement
30:49ce qu'un jeune
30:50dira régulièrement
30:52c'est en vrai
30:53en vrai
30:54ça veut bien dire
30:55que c'est menacé
30:57et il va jusqu'à
30:58et il va jusqu'à
31:00un retour
31:00de l'inscription
31:01en soi
31:02peut-être même
31:02qu'on pourrait
31:03considérer
31:04le tatouage
31:05comme une sorte
31:05de retour sur soi
31:06de l'inscription
31:07qui se faisait
31:08à l'extérieur
31:08c'est pas seulement
31:09une marque d'affiliation
31:10c'est pas quelque chose
31:11de quasi-tribal
31:12je crois que c'est un retour
31:14de l'écriture en soi
31:15c'est l'anti-story
31:16ça reste quoi
31:16ça reste
31:17mais ça reste sur soi
31:19et c'est comme
31:20une tentative désespérée
31:21d'inscrire quelque chose
31:22qui ne soit pas perdu
31:23moi je trouve
31:24que cette question
31:26du langage
31:26elle me fascine
31:27c'est vrai qu'en vrai
31:29on l'entend beaucoup
31:30en vrai en fait
31:31en fait est un tic
31:32de langage
31:33très très largement
31:34partagé en ces temps-ci
31:36mais par les adultes
31:37oui bien sûr
31:37moi-même
31:37j'ai eu une période
31:38où je disais en fait
31:39toutes les trois phrases
31:40j'avoue
31:41des choses comme ça
31:42et une autre chose
31:43qui me frappe
31:44c'est l'utilisation
31:44du mot partager
31:47normalement la langue française
31:48voudrait qu'on partage
31:49avec quelqu'un
31:50et de plus en plus
31:51on dit je te partage
31:53je partage de manière
31:54comme si c'était
31:54un verbe intransitif
31:55et je trouve que ça raconte bien
31:57cet isolement
31:58dans lequel finalement
31:59nous sommes avec ces téléphones
32:01qui nous donne l'illusion
32:02d'une immense fenêtre infinie
32:04sur le monde
32:04qui nous donne l'illusion
32:06d'être en réseau
32:06vous le disiez
32:08de pouvoir communiquer
32:09tous tout le temps
32:09les uns avec les autres
32:11et au fond
32:12quand on parle
32:13et notamment d'ailleurs
32:13avec les jeunes
32:15gens
32:15j'aime pas trop dire
32:16les jeunes
32:16ça veut évidemment pas dire
32:17grand chose
32:18mais on sent
32:19qu'il y a un sentiment
32:20d'isolement
32:21qui est très fort
32:22et il me semble d'ailleurs
32:23dans ce que vous disiez
32:25à l'instant
32:25une grande lucidité
32:26malgré tout
32:27c'est juste un sentiment
32:28d'impuissance
32:29en fait
32:29on s'en rend bien compte
32:30de toutes ces datas
32:32débraillées
32:33qu'on livre en pâture
32:34sans très bien savoir
32:35ce qu'elles vont devenir
32:37mais comment on lutte
32:39contre ça
32:40qui peut se passer
32:41d'avoir un téléphone portable
32:42aujourd'hui
32:42c'est très compliqué
32:43moi je connais encore
32:44un ou deux
32:45personnes qui essayent
32:46de résister
32:46pour aller au musée
32:47pour aller voir
32:49une pièce de théâtre
32:51pour la banque
32:52pour prendre un billet de train
32:54etc
32:54tout ça
32:54est quasiment impossible
32:56aujourd'hui sans téléphone
32:57oui je pense
32:58il y a une espèce de fatigue
32:59presque de fatalisme
33:01en se disant
33:01oui mais que faire
33:02que faire
33:03que faire contre ça
33:05ou probablement
33:06comme vous le disiez
33:07à l'instant
33:07bon ben voilà
33:08c'est comme ça
33:08on va plutôt essayer
33:11de se pencher
33:11sur ce qu'on a
33:12à y gagner
33:13que sur ce qu'on y perd
33:15Christophe
33:16vous nous avez préparé
33:17un petit quiz
33:18un petit quiz
33:18je vais faire appel
33:19à votre
33:20un quiz
33:20sur les doubles
33:21sagacité comme on dit
33:22ben oui sur ce thème
33:23du double
33:24cet avatar
33:25qui est construit
33:25par nos données
33:26par nous
33:27si on va sur les réseaux sociaux
33:29ou par d'autres
33:30qui ont déjà
33:30nos données
33:31qui nous constituent
33:32alors la littérature
33:33a exploré
33:34Delphine de Vigan
33:35mais avant vous Delphine
33:36le thème du double
33:38de nous même
33:38bien avant les profils
33:40Instagram
33:40ou les avatars numériques
33:41souvent il est
33:42il est maléfique
33:43c'est intéressant
33:44mais je voudrais vous proposer
33:45un petit quiz
33:46qui vous permettra
33:47de deviner
33:48de quel double littéraire
33:49je parle
33:49je reste
33:50éternellement jeune
33:51beau séduisant
33:52pourtant dans une pièce
33:54fermée inaccessible
33:55une image de moi
33:56se déforme
33:57et je le sais
33:58elle se vieillit
33:59elle se ride
34:00de toutes mes fautes
34:01morales
34:02de tous mes mensonges
34:03de tous mes excès
34:04c'est mon secret
34:05cette image cachée
34:06supporte les conséquences
34:08de mes actes
34:09je suis
34:09Dorian Gray
34:11voilà
34:11Dorian Gray
34:12dans le portrait
34:12Dorian Gray
34:13on était en 1890
34:14c'est ce qu'il y a
34:16le plus proche
34:16de nos profils
34:17aujourd'hui
34:18c'est le côté
34:19dissociation
34:20entre l'image
34:21publique
34:21ça ne vous rassure pas
34:22et la réalité intérieure
34:23merci beaucoup
34:23alors
34:24je suis un médecin
34:25très respecté
34:27soucieux de mon honneur
34:28de ma réputation
34:29grâce à une potion
34:30je parviens
34:31à séparer
34:32mes pulsions sombres
34:33de ma façade respectable
34:37Dr Jekyll
34:38exactement
34:39l'étrange cas
34:40du Dr Jekyll
34:40et de Stevenson
34:41on est en 1886
34:43là c'est le côté
34:44des inhibitions toxiques
34:45sur les réseaux sociaux
34:47c'est à peu près ça
34:48qui contamine
34:49il y a ça
34:49la psyché du réel
34:51la plus compliquée
34:53il faut aimer
34:54la littérature russe
34:56je suis un fonctionnaire
34:57timide et maladroit
34:58mais l'histoire est géniale
34:59un jour
35:00un autre homme surgit
35:01même nom
35:02même visage
35:03mais lui
35:04il est sûr de lui
35:04il est brillant
35:05c'est ce qu'on met
35:05sur les réseaux sociaux
35:06qui n'est pas forcément nous
35:08parfaitement à l'aise
35:08en société
35:09et peu à peu
35:10il prend ma place
35:10au bureau
35:11dans le regard des autres
35:12et dans ma propre tête
35:13au point que l'on finit
35:15par m'enfermer
35:16qui suis-je ?
35:18voilà
35:18c'est le double
35:20le double
35:21de Dostoevsky
35:231846
35:25et enfin
35:25je vis seul
35:27et paisiblement
35:27jusqu'au jour
35:28où je sens une présence
35:29invisible à mes côtés
35:30elle boit ma place
35:33elle agit à travers moi
35:34elle prend le contrôle
35:35de mes gestes
35:35et de ma volonté
35:36je ne suis plus sûr
35:37d'être celui
35:38qui décide
35:38suis-je encore moi
35:40ou bien l'autre
35:41qui m'habite ?
35:42quel est ce double
35:42insaisissable ?
35:44Normandie
35:45fin 19ème
35:47il est mort fou
35:49syphilis
35:50L'Orla
35:50L'Orla
35:51Bravo
35:51L'Orla
35:53Gui de Maupassant
35:54ici le double
35:54c'est une menace
35:55pour l'intégrité psychique
35:57une forme de schizophrénie
35:59si ça vous arrive
36:00sur les réseaux sociaux
36:00c'est vraiment grave
36:03on est très très rassuré
36:04on est très très rassuré
36:04là maintenant Christophe
36:05alors merci
36:06avant de continuer
36:07cette émission
36:07je voudrais faire
36:08une hypothèse
36:09et si au fond
36:10on a un petit peu
36:11esquisse ça
36:11mais si on faisait
36:12fausse route
36:13tous
36:13et si internet
36:15au lieu d'être
36:16cette espèce de saison
36:17en enfer
36:17pouvait encore
36:18devenir un paradis
36:20si on pouvait sortir
36:21de ce pacte
36:22avec le diable
36:22le diable
36:23devenait un ange
36:24à chaque fois
36:25c'est pareil
36:25les inventions
36:26suscitent autant
36:27d'enthousiasme
36:27que de méfiance
36:29on va regarder
36:29on archive
36:30on va retrouver ça
36:31c'était bien avant
36:32que Patrick Lelay
36:33nous parle du temps
36:34de cerveau disponible
36:34la télévision accélère
36:37la maturation des esprits
36:38c'est surtout vrai
36:39je crois
36:40dans le milieu paysan
36:41là où l'enfant
36:42est isolé
36:43dans son village
36:44il a enfin l'impression
36:46d'être relié
36:47au reste du monde
36:48il n'est plus
36:49coupé
36:49isolé
36:50il est enfin
36:52un citoyen
36:53présent
36:54au reste des activités
36:55du monde
36:55et la télévision
36:56brusquement
36:57fait éclater
36:58les murs
36:59de l'école
36:59les murs
37:01de l'appartement
37:03familial
37:03et leur révèle
37:04enfin
37:05ce qu'est le monde
37:06et leur montre
37:07ce que pourra être
37:08leur futur
37:09ce que pourra être
37:10leur devenir
37:12Bruno Patinot
37:13vous avez souri
37:14quand on a diffusé
37:16cet extrait
37:16même un peu plus
37:17que souri
37:17rit
37:18oui
37:19non mais
37:20encore une fois
37:22je ne crois pas du tout
37:23qu'internet
37:24soit la descente
37:24aux enfers
37:25que vous dites
37:26moi je vous provoque
37:27oui mais bien sûr
37:28c'est à dire que
37:29encore une fois
37:31ça fait l'internet
37:32à quoi
37:3230 ans
37:34si vous regardez
37:3530 ans
37:35après l'invention
37:36de l'imprimerie
37:38en 1480
37:391500
37:39s'annonce
37:40les guerres
37:41de religion
37:41les libelles
37:42sont là
37:43les pamphlets
37:44commencent à arriver
37:45donc si vous voulez
37:46une nouvelle technologie
37:47cognitive
37:49forcément
37:50elle provoque
37:51énormément de bouleversements
37:53de l'ordre cognitif
37:54ancien
37:54et tant qu'on n'a pas trouvé
37:56on va dire
37:57une façon
37:58d'équilibrer les choses
38:00ça provoque
38:01beaucoup de
38:01beaucoup de désastres
38:02moi ce que je crois
38:03profondément
38:04encore une fois
38:04vous avez tout à l'heure
38:05souris
38:06parce que
38:06la télé
38:07ça devait montrer
38:08l'univers entier
38:09moi je me souviens
38:10au début de l'internet
38:11vous avez eu
38:11la délicatesse
38:12de dire que j'étais là
38:13au début de l'internet
38:14je suis donc
38:15suffisamment âgé
38:16pour ça
38:16Louise ne souriez pas
38:17merci de votre sourire
38:18j'ai connu
38:20le modem 14K
38:22c'est du bruit là
38:24au début
38:24non non mais
38:25au début
38:25on parlait tous
38:26de l'internet
38:26comme de la nouvelle
38:27bibliothèque d'Alexandrie
38:28parce que c'était ça
38:30on allait mettre
38:31en réseau
38:32toutes les connaissances
38:34toute l'information
38:35humaine
38:35sauf que la bibliothèque
38:36ne serait plus à Alexandrie même
38:38mais disponible
38:38à tout le monde
38:39on parlait à l'époque même
38:41de pouvoir égalisateur
38:42du clic
38:42c'est à dire que
38:43quel que soit l'endroit
38:44sur la planète
38:45où vous alliez pouvoir
38:47habiter
38:47vous auriez accès
38:48à toute cette connaissance là
38:50dans la réalité
38:52c'est le cas
38:53mais qu'est-ce qui s'est passé
38:54entre temps
38:55il s'est passé évidemment
38:56une centralisation
38:58et une privatisation
38:59de ce réseau
39:00qui devait être
39:00un bien public
39:01ou bien commun
39:02mais est-ce que c'est pour toujours
39:03je ne le crois pas
39:04je crois qu'on est encore une fois
39:06dans un moment
39:07où vous allez me dire
39:08que c'est obsessionnel
39:09mais c'est sans doute le cas
39:12ce qu'a provoqué
39:14ce boom économique
39:15de l'économie de l'attention
39:16c'est une multiplication
39:17de la distraction
39:18on est pour reprendre
39:19on est pour reprendre
39:20les mots de Thia Siliot
39:21que j'aime bien
39:21distrait de la distraction
39:23par la distraction
39:23c'est à dire que
39:24comme il s'agit à chaque fois
39:25d'attirer votre attention
39:27on vous envoie des notifications
39:28des alertes
39:29on vous dit ça
39:30t'as liké
39:30t'as aimé
39:31t'as machin etc
39:32etc
39:32mais ça n'est pas intrinsèque
39:34au réseau
39:34si on arrive à un moment
39:36à calibrer
39:38les responsabilités
39:39des grandes entreprises
39:40parce que moi je crois
39:41que c'est ça le vrai problème
39:42aujourd'hui de l'internet
39:43c'est qu'on a des gens
39:44qui innovent
39:45sans vouloir accepter
39:46les responsabilités
39:47de leur innovation
39:48mais un savant
39:49sans responsabilité
39:50c'est un savant fou
39:51et c'est ça
39:53qu'on est en train
39:53de voir en ce moment
39:54donc si on arrive
39:55à calibrer
39:56la responsabilité
39:58qu'on peut appeler
39:58algorithmique
39:59d'un côté ou autre
40:00je pense que petit à petit
40:01on n'arrivera pas
40:02sur l'utopie du réseau
40:03du départ
40:04mais au moins
40:05quelque chose
40:06qui nous amènera
40:06encore une fois
40:07une expérience
40:08de savoir
40:09de socialisation
40:10de relation
40:11qui à mon avis
40:13va pouvoir
40:15pouvoir être
40:15en tout cas
40:16positive
40:16voilà ça y est
40:17vous avez fait ressourir
40:18notre Paul Laroutur
40:19je trouve ça passionnant
40:21parce qu'en fait
40:21le débat
40:21il est tellement hybride
40:22vous parlez à la fois
40:23d'internet
40:24vous vous interrogez
40:25notre rapport au smartphone
40:25qui est aussi un écran
40:26par rapport au monde
40:27la distraction
40:28le smartphone c'est quoi ?
40:30c'est la connexion permanente
40:31il y a internet dedans
40:32mais il y a aussi un objet
40:33il y a aussi des applications
40:34il y a aussi un téléphone
40:35il y a tout dedans
40:36c'est plus qu'internet
40:37parce que votre
40:38héroïne est à peine connectée
40:40oui mais c'est vrai
40:42que malgré tout
40:42ces données
40:43par la connexion
40:44si vous regardez bien
40:45l'étape qu'il y a eu
40:46entre eux
40:47puisque c'est mentionné
40:48parce qu'à un moment donné
40:48c'est génial
40:49d'ailleurs l'historique
40:50de tous les portables
40:51qu'il y a eu un personnage
40:52entre le Nokia
40:53ça c'est un moment absolument génial
40:55parce qu'on a oublié
40:57comment c'était
40:57de taper un sms
40:58sur un Nokia
40:59sur un T9
41:00avec les petits clics
41:01c'est la question
41:03chez les enfants justement
41:04les parents donnent ça
41:05parce que
41:06c'est plus long
41:08même certains adultes
41:09essayent de revenir
41:10c'est plus tiré en plus
41:12parce qu'on est nostalgique
41:13de ce moment-là quand même
41:14parce qu'on a bien conscience
41:16en effet de cette hyperconnexion
41:17et de cette fuite
41:19de nos données
41:19mais cette régulation
41:22dont vous parlez
41:23est-ce que vous croyez
41:23vraiment que ça peut se produire ?
41:26Moi je pense qu'on n'aura pas le choix
41:27c'est-à-dire qu'en ce moment
41:28c'est pas le moment géopolitique
41:29qui nous dit
41:30que ça va arriver
41:31ça c'est clair
41:32que depuis un an
41:34enfin un peu plus d'un an
41:35on a fait de grands pas en arrière
41:37là-dessus je vous recommande
41:38la lecture
41:38outre du livre d'Elphine Vigan
41:40de nous nouveau maître
41:41le livre de Raphaël Baquet
41:43qui est issu de sa série
41:44dans le monde
41:45et qui raconte très bien
41:46et sur ce point
41:47je me permettrais
41:47d'être peut-être
41:48un tout petit peu moins positif que vous
41:50quand vous dites
41:50ça va arriver
41:51quand on voit le président Macron
41:52qui n'a plus beaucoup de pouvoir
41:53qui dit qu'il veut interdire
41:55notamment les téléphones
41:56avant 15 ans
41:56quand on voit
41:57qu'il y a eu une première législation
41:58au Parlement français
41:59qui s'est fracassé
42:00sur la législation européenne
42:00là qui revient
42:01qui est en train d'être voté
42:02est-ce que vous êtes vraiment sûr
42:03que face à un Elon Musk
42:05face à un Zuckerberg
42:06on a vraiment le pouvoir
42:07de les freiner ?
42:08En 2026
42:09vous avez sans doute raison
42:10mais si on
42:12moi je pense
42:14qu'on a ouvert
42:15avec Internet
42:17plus la connexion permanente
42:18plus les IA génératives
42:19maintenant
42:19une étape
42:21on va dire
42:22post-Gutenberg
42:23en réalité
42:24donc à un moment donné
42:25il va bien falloir
42:26stabiliser
42:27tout cet événement là
42:28la vraie question
42:29c'est quel va être
42:30le prix à payer
42:31est-ce que le prix à payer
42:32c'est uniquement
42:33notre dépendance actuelle
42:34l'économie
42:35l'économie de l'attention
42:37est-ce que ça va être
42:37pire que ça
42:38puisqu'on voit
42:38les polarisations politiques
42:39qui peuvent être amenées
42:40à un moment donné
42:41par tout ça
42:43moi je ne connais pas
42:44le prix à payer
42:45j'espère qu'il sera
42:46le minimum possible
42:47même si ça
42:48ça n'en prend pas le chemin
42:49mais en revanche
42:49qu'à un moment donné
42:50un nouveau type de responsabilité
42:52soit défini
42:53pour ces entreprises
42:54ça me paraît être la logique
42:55à terme
42:56qui va arriver
42:57Raphaël Gaillard
42:58on a parlé du temps
42:59de cerveau disponible
43:01est-ce que notre temps
43:02de cerveau
43:03est suffisant
43:04pour absorber
43:05toutes les stimulations
43:06que nous recevons
43:07je crois que c'est vraiment
43:08important
43:09au-delà de la critique
43:10évidente que l'on peut faire
43:11de cette notion
43:12de temps de cerveau
43:13de parler du cerveau
43:14parce que notre cerveau
43:16en lui-même
43:17il est fascinant
43:18il nous permet
43:19de faire plein de choses
43:20de discuter aujourd'hui
43:21c'est des millions
43:21de milliards de connexions
43:2385 milliards de neurones
43:25qui crépitent en permanence
43:26cet organe
43:27nous avons tout misé dessus
43:29au cours de l'évolution
43:30tout misé
43:31nous n'avons plus
43:32de griffes
43:33de crocs
43:33de fourrure
43:34tout est dans le cerveau
43:35et pour avoir fait ce choix
43:38il nous a fallu
43:39renoncer pas seulement
43:40aux griffes
43:41mais aussi
43:42à une forme
43:43de stabilité
43:44de ce cerveau
43:44si on compare
43:45le codage de l'information
43:46dans le cerveau
43:47d'un singe
43:47et chez un être humain
43:49et bien on constate
43:50qu'il est beaucoup plus robuste
43:51chez le singe
43:52que chez l'être humain
43:53et chez l'être humain
43:54il est plus complexe
43:55puisqu'il nous permet
43:55de faire des choses
43:56que le singe ne peut pas faire
43:57donc en fait
43:58au travers de l'évolution
43:59on a choisi
44:00la complexité
44:02plutôt que la robustesse
44:04et donc il y a des bugs
44:06et notre cerveau
44:07a déjà des bugs
44:08et moi mon quotidien
44:09de psychiatre
44:09c'est la réalité
44:11de ce que je rends compte
44:12pourquoi 1%
44:13de la population
44:14souffre de schizophrénie
44:15ou 2%
44:16de troubles bipolaires
44:17et bien parce que justement
44:18il faut payer
44:20et c'est un prix
44:21malheureusement très élevé
44:22le prix
44:24de la puissance
44:24de notre cerveau
44:25donc notre cerveau
44:26il est déjà en surchauffe
44:27en fait
44:27et tout ça arrive
44:29ce que nous décrivons
44:30sur un cerveau
44:31qui est déjà
44:31en surchauffe
44:33ça veut dire quoi ?
44:34ça veut dire qu'on va
44:35multiplier
44:37la puissance
44:37de notre cerveau
44:38par cette connexion
44:39on va s'y perdre aussi
44:40c'est l'hémorragie
44:41tout ce qu'on a dit
44:43et il y a fort à parier
44:44que le prix à payer
44:45va augmenter
44:46c'est à dire
44:46que nous connaîtrons
44:47davantage de troubles mentaux
44:48parce qu'on va multiplier
44:49les bugs
44:50sauf
44:51s'il y a générative
44:52nous décharger le cerveau
44:53pourquoi pas ?
44:54alors on a beaucoup pensé
44:55à la décharge
44:56c'est à dire quelque chose
44:57qui est externalisé
44:58et qui nous repose
45:00en fait la réalité
45:01c'est qu'à chaque fois
45:01qu'on pense
45:02s'appuyer sur quelque chose
45:03on l'occupe bien davantage
45:05et donc en fait
45:06le résultat net
45:07c'est quelque chose
45:09de fascinant
45:10aujourd'hui
45:11l'humanité produit
45:13en 24-48 heures
45:14plus d'informations
45:16au sens vraiment
45:16du codage de l'information
45:18que tout ce qu'elle a produit
45:19jusqu'au début
45:20des années 2000
45:21toutes les 24-48 heures
45:23donc de toute façon
45:24on sait très bien
45:24que la complexité augmente
45:26sur un organe
45:27qui paye déjà
45:28le prix
45:29très élevé
45:30de sa complexité
45:31si on s'imagine
45:33un peu dans le futur
45:33est-ce que
45:35vous pensez
45:36que la génération
45:37actuelle
45:38enfin la nôtre aussi
45:39ou ces deux générations-là
45:40seront vues
45:41comme quelque chose
45:42d'aberrant
45:43c'est-à-dire
45:43est-ce que les médecins
45:44que vous êtes
45:44finalement
45:45en imaginant
45:46qu'ils aient eu gain de cause
45:48se retrouveront
45:49à dire
45:49ben voilà
45:49on avait prévu
45:50ce qui allait se passer
45:51etc
45:51et en fait
45:52on a laissé faire
45:53une génération
45:54on a laissé faire
45:55cette surchauffe
45:56etc
45:56est-ce que vous pensez
45:57que c'est ça
45:58qu'on se dira plus tard
45:59finalement on a été
46:00les cobayes
46:01de quelque chose
46:01qu'on ne maîtrisait
46:02absolument pas
46:02un vocabulaire geek
46:03on dirait
46:03que nous sommes
46:04les bêta-testeurs
46:06de ces technologies
46:07et nous risquons fort
46:08d'être bêta
46:09ou en tout cas
46:10fragilisés
46:10par ces technologies
46:11donc c'est vrai
46:12qu'on peut le dire ainsi
46:16mon impression
46:16on a une prise de conscience
46:17quand même
46:18vous pensez
46:18par rapport aux grandes entreprises
46:20on parlait Bruno Patino
46:21est-ce que les médecins
46:22seront plus forts
46:22la prise de conscience
46:23éventuelle
46:24c'est de se poser
46:25la question
46:26de ce qui pourrait
46:27rendre un cerveau
46:28davantage aguerri
46:29pour fréquenter
46:31cette complexité
46:32et donc je pense
46:33qu'il y a une chance
46:34du côté de l'éducation
46:35du côté des neurosciences
46:36de l'éducation
46:37du côté d'une réflexion
46:38sur ce qui permet
46:40un cerveau
46:40de faire face
46:41à cette complexité
46:42et là
46:43le cerveau bien fait
46:45de Montaigne
46:45il faut le repenser
46:46mais à l'ère
46:46des nouvelles technologies
46:49Au-delà de la complexité
46:51dont vous parlez
46:51il y a une chose
46:52sur laquelle moi
46:52je m'interroge beaucoup
46:53et je serais heureuse
46:54de vous entendre
46:55c'est la charge émotionnelle
46:57il y a évidemment
46:58ce flot ininterrompu
46:59d'informations
47:00qu'on reçoit
47:01et ça on en parle
47:02de celle de la fatigue
47:03informationnelle
47:04etc
47:04mais c'est surtout
47:05la violence des images
47:07le changement en permanent
47:09de registre
47:10entre une paella
47:11valenciana
47:12et ensuite
47:12des corps d'enfants tués
47:14là on l'a vu récemment
47:16aux Etats-Unis
47:16on voit des gens
47:17mourir sans arrêt
47:19sans arrêt
47:19sur nos téléphones
47:20qu'est-ce que ça produit
47:22dans nos cerveaux
47:22parce que ça c'est quand même
47:23quelque chose de nouveau
47:24moi je suis d'une génération
47:25où éventuellement
47:26si on avait la télévision
47:27on regardait le journal
47:27de 20 heures
47:28mais on ne voyait pas
47:30des gens mourir
47:31on voyait éventuellement
47:32au loin des cadavres
47:34sous des draps
47:34etc
47:35là en permanence
47:36moi je pense
47:37quand mon fils m'a dit
47:38qu'à 12 ans
47:39pour la première fois
47:40il a vu une vidéo
47:41de décapitation
47:42il n'avait pas de téléphone portable
47:43un copain s'est probablement
47:44chargé de lui montrer
47:45je me dis quand même
47:46qu'est-ce que ça produit
47:47ça sur nos cerveaux
47:48comment on se familiarise
47:51avec ça
47:51comment on peut accepter ça
47:53monsieur le psychiatre
47:54je ne pense pas
47:54qu'on se familiarise
47:56d'abord
47:56on a tout donné
47:58dans l'expression émotionnelle
47:59dans tout son registre
48:00dans les différentes émotions
48:03dans les différentes intensités
48:04émotionnelles
48:05et au bout d'un moment
48:06ce qui s'instaure
48:07c'est ce que j'appelle
48:08terre brûlée
48:09qui serait une sorte de vide
48:11en fait
48:12ça aboutit à quoi ?
48:14ça aboutit
48:14à une égalisation de tout
48:16par le bas
48:17une sorte de refus de tout
48:19parce que ça a été excessif
48:21en fait c'est les flammes
48:23et ensuite la terre brûlée
48:24alors pour continuer
48:25à suivre le rythme
48:26que nous imposent
48:27toutes ces machines
48:27est-ce qu'on ne va pas
48:28devoir transformer
48:30son corps
48:31son cerveau
48:32des hommes augmentés
48:33immortels
48:33vont peut-être finir
48:34par nous remplacer
48:36et nous mettre au rebut
48:37alors on regarde
48:39alors Jacques Attali
48:40nous avons été frappés
48:42par le parallèle évident
48:43qui existe
48:44entre votre livre
48:45L'Or de Cannibale
48:46et la science-fiction
48:48alors si je comprends bien
48:49vous croyez
48:49à la vieille prédiction
48:50des auteurs de science-fiction
48:51le cyborg
48:52un homme
48:52au fond
48:53qui pourrait s'allier
48:54à la machine
48:54pour perpétuer
48:55sa propre durée
48:56d'une certaine façon
48:57oui
48:57l'homme sera en situation
48:58de surveiller lui-même
49:00en permanence
49:01pour créer une sorte
49:01d'humanité absolue
49:03où la mort aura
49:04complètement changé de sens
49:05où la vie aura changé de sens
49:07et où l'homme sera
49:08de plus en plus normalisé
49:09comme une machine
49:11c'est Jacques Attali
49:12dans temps X
49:14Bruno Patino
49:15est-ce que l'homme
49:16est dépassé ?
49:17merci pour cet archive déjà
49:19mais ça fait du bien
49:20c'était bien
49:24moi je crois que
49:25de toute façon
49:26on est rentré
49:27dans un processus
49:28d'imbrication
49:28en ce moment
49:29donc il y a
49:30l'imbrication
49:30homme-machine
49:31il y a l'imbrication
49:31entre le réel
49:32et le fictif
49:33il y a l'imbrication
49:34entre le synthétique
49:35et l'authentique
49:35comme on dit aujourd'hui
49:36mais après
49:37moi je ne suis pas du tout
49:38un spécialiste
49:39mais si vous voulez
49:41quand vous dites
49:42est-ce qu'on va
49:43vers l'immortalité
49:44on parlait tout à l'heure
49:46de la possibilité
49:47de refaire parler
49:48des gens
49:48qui n'arrivent plus
49:49à parler
49:50vous savez qu'il y a des
49:50il y a des IA aujourd'hui
49:52qui vous vendent
49:53et vous vendent
49:54la possibilité
49:56de converser
49:56avec vos êtres chers
49:58décédés
49:59alors pour l'instant
50:00ça ne marche pas très bien
50:01c'est un peu ridicule
50:02mais c'est un marché
50:04prometteur
50:05en réalité
50:06Paul Larue du Vaud
50:07comment un journaliste
50:08comme vous
50:09va faire
50:09pour ne pas être remplacé
50:10par une IA
50:10qui va traiter l'information
50:11beaucoup plus rapidement
50:12beaucoup plus massivement
50:14moi je crois en l'humain
50:15tout simplement
50:16il y a des codes déontologiques
50:17et puis il y a un amour des gens
50:18et je pense que
50:19rien ne remplacera
50:218h30 tous les matins
50:22c'est un ou une responsable politique
50:24et une humaine
50:25qui a parfois des fiches
50:26mais surtout
50:26je crois
50:28moi je ne crois pas
50:29à l'homme augmenté
50:30et à la vie éternelle
50:32et tout ça
50:32moi je pense qu'à la fin
50:33effectivement notre cerveau
50:34n'ira pas assez vite
50:35et on va un petit peu décélérer
50:37par contre je pense que
50:38plus que jamais
50:39notamment dans la présidentielle
50:40qui s'annonce
50:40il faut qu'on soit en béton armé
50:42sur nos principes déontologiques
50:44de vérifier les infos
50:45parce que c'est vrai
50:45que tous les jours
50:46c'est un énorme danger
50:48aujourd'hui
50:49c'est extrêmement difficile
50:50de différencier une fausse vidéo
50:52d'une vraie vidéo
50:53surtout quand Donald Trump
50:54fait des dingueries comme ça
50:55et pose des mèmes
50:56sur le profil officiel
50:57de la Maison Blanche
50:58en préparant une interview
50:59sur l'Iran
51:00pour France Info
51:01j'ai vraiment vérifié 15 fois
51:02c'était vraiment le vrai con
51:03donc c'est très difficile
51:05donc je pense que là-dessus
51:06il faut juste garder la tête froide
51:07prendre le temps
51:08de vérifier les informations
51:09et moi je suis reporter
51:10donc il n'y a rien
51:10qui remplace le fait
51:11d'aller sur place
51:12de voir de ses yeux
51:13et de raconter ce qu'on a vu
51:14et aussi important de dire
51:16je ne sais pas
51:18Raphaël Gaillard
51:18vous avez donc publié
51:19un essai qui porte ce nom
51:20l'homme augmenté
51:23vous avez réfléchi
51:23à cette question de l'hybridation
51:25est-ce que ça veut dire
51:27qu'on va se transformer
51:29avoir des puces dans le cerveau
51:30mais je pense déjà
51:31que ce que nous vivons
51:33avec la technologie
51:34est une transformation
51:35on peut qualifier
51:36cette hybridation faible
51:38peut-être
51:38au regard de l'autre
51:39hybridation que vous évoquez
51:40qui consiste à mettre
51:42du matériel dans le cerveau
51:43directement
51:44et donc court-circuiter
51:45la motricité
51:46l'essence
51:47alors d'abord
51:48pour le médecin que je suis
51:48il faut rappeler
51:49que ça permet de soigner
51:51c'est d'ailleurs
51:52une invention française
51:53que la stimulation cérébrale profonde
51:54dans la maladie de Parkinson
51:55vous avez évoqué
51:56des technologies
51:57qui aident des patients
51:58et donc on ne va pas se priver
51:59de technologies
52:00qui soignent
52:01et qui permettent
52:03à des patients
52:03par exemple
52:04tétraplégiques
52:05de continuer à communiquer
52:06simplement
52:06la difficulté
52:07c'est que
52:09établir la frontière
52:10entre la réparation
52:11et l'augmentation
52:12est à peu près impossible
52:14et que ces mêmes technologies
52:16qui permettent de réparer
52:17sont aussi des techniques
52:18des technologies
52:19qui permettent d'augmenter
52:20je ne me fais aucune illusion
52:22sur le fait
52:23que moratoire
52:24contrôle déontologique
52:26ou autre
52:27n'y changeront pas
52:28grand chose
52:29il est à peu près certain
52:30que ces technologies
52:31seront utilisées
52:32pour augmenter
52:33seulement notre cerveau
52:34et bien on l'a dit
52:35il a déjà du mal
52:36et donc demain
52:38nous aurons peut-être
52:40une bifurcation
52:40entre ceux
52:41qui supportent
52:42cette augmentation
52:43et ceux qui deviennent
52:45leur double
52:46ou un zombie
52:47qui sont des grands brûlés
52:48de l'augmentation
52:49et le pire
52:51c'est qu'on ne peut pas
52:51l'anticiper
52:52le pire c'est qu'on ne peut
52:53pas l'anticiper aujourd'hui
52:55mais on peut juste se dire
52:56qu'aujourd'hui déjà
52:58certaines personnes souffrent
52:59avec la puissance remarquable
53:01du cerveau
53:02que nous partageons
53:03demain
53:04ce cerveau augmenté
53:05mettra encore plus
53:06de personnes de côté
53:07qui seront des victimes
53:09de l'augmentation
53:10mais lesquels de vous
53:11seraient prêts
53:12à cette hybridation ?
53:14je ne suis pas très tentée
53:15moi j'avoue
53:18pour le soin
53:19bien sûr que si
53:19pour le soin
53:20oui
53:21mais il y aura des questions
53:22notamment je trouve
53:23personnellement
53:24j'ai écrit un essai
53:25sur les dérives
53:25du développement personnel
53:26et la sous-considération
53:29finalement
53:29de la méconnaissance
53:30de notre cerveau
53:30et aujourd'hui
53:32le fait d'aller mal
53:33et on est beaucoup de jeunes
53:34à aller mal
53:35pour plein de raisons différentes
53:36mais en fait
53:37on n'a pas les armes
53:38pour savoir comment aller mieux
53:39alors oui bien sûr
53:40le plus important
53:41c'est d'aller voir
53:41un professionnel de santé
53:42mais on n'a pas forcément
53:43accès
53:44c'est pas forcément
53:45accessible financièrement
53:45parfois on est mal diagnostiqué
53:48et voilà
53:50moi personnellement
53:50pour avoir eu
53:51des vrais problèmes
53:52de santé mentale
53:52si demain
53:53je sais que
53:54l'IA ou une autre technologie
53:55me permet
53:56d'y remédier
53:57je signe
53:59je comprends bien
54:00et bien ce sera
54:01le mot de la fin
54:02on est
54:03je suis ravie
54:03de vous avoir reçu
54:05tous ici
54:06au poinçon
54:06merci
54:07d'avoir été avec nous
54:08Daphine de Vigan
54:09je suis Romane Monnier
54:10je vous conseille à tous
54:11la lecture de ce roman
54:12qui vous apte
54:13dès la première ligne
54:14chez Gallimard
54:15Bruno Patino
54:16votre BD
54:179 secondes
54:18la civilisation
54:19du poisson rouge
54:20donc adaptation
54:21du best-seller
54:22nous avons vanté
54:23les mérites
54:24et l'utilité
54:26Paul Larouturou
54:27tous les matins
54:27sur France Info
54:29le week-end
54:29sur France 5
54:31Louis Aubry
54:31vous retrouve
54:32donc sur Instagram
54:33et M. le psychiatre
54:37nous vous écouterons
54:38et nous vous dirons
54:39avec bonheur
54:40merci à vous
54:41à très vite
54:42sur SCP
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