00:00C'est l'heure de Charline Vannonecker dans le mag de la grande matinale.
00:05Charline, tous les matins, vous avez carte blanche.
00:07Et c'est une chance.
00:09Il y a une phrase qui m'est adressée tous les jours à la machine à café ou sur la
00:12ligne 8 du métro.
00:14Eh ben disons, avec tout ce qui se passe en ce moment, tu as de quoi faire.
00:18Oui, il y a qu'à se baisser, je ramasse, je fais un petit tas et puis je le dépose
00:22devant le micro.
00:23Alors ce matin, je vais répondre très franchement à cette question.
00:26Parce que ce week-end, je rentre en Belgique.
00:30Mais que pour le week-end.
00:31Il faut se joie pour certains.
00:34Et là-bas, on va me demander...
00:35Stupéfaction pour d'autres.
00:36Et là-bas, on va me demander, mais qu'est-ce qui est en train de se passer en France
00:41?
00:41Eh ben, politiquement, c'est l'hôpital de jour.
00:44Sauf que j'ai trop de respect pour les malades pour répondre à tout ça.
00:48Alors la vérité, c'est qu'aujourd'hui, j'entends parler d'antifascistes qui seraient devenus fascistes,
00:53de néo-nazis soudains pacifistes.
00:55Et on est à deux doigts d'inventer le racisme feel-good ou l'antisémitisme de confort.
01:00Au point qu'hier, quand j'ai croisé des militants qui tractaient pour les municipales,
01:03de façon calme et pacifique, j'avais presque envie de les prendre dans mes bras.
01:07Mais merci de distribuer des tracts et pas des coups de lattes !
01:11La politique avec des mousses, ça m'a refait des trucs.
01:14Dans ma boîte aux lettres, une profession de foi.
01:17Non, je ne vais pas la jeter, je vais la lire !
01:20Merci d'avoir imprimé votre programme sur une feuille de papier et pas sur ma joue avec une semelle de
01:25Rangers !
01:25Bon après, j'ai vérifié qu'ils ne tractaient pas pour l'extrême droite quand même, parce que j'ai
01:29avalé un front républicain à la naissance.
01:31Et là, j'en suis qu'au stade où c'est des mots, imaginez quand on fera de la politique
01:35avec des idées !
01:37Alors cette semaine, je me suis souvenu de pourquoi je suis venue travailler en France.
01:42Parce que je trouvais vos politiciens rigolos.
01:44A l'époque, la polarisation, c'était royale contre Sarkozy.
01:48Et elle était au max de la violence quand elle disait « Non, je ne me calmerai pas, il y
01:52a des colères saines ! »
01:54On n'avait jamais vu Giscard hurler sur Mitterrand, Raymond Barre foutre une droite à Pascua.
01:59Il y avait juste Le Pen qui éructait tellement qu'il en bavait.
02:02Et à l'époque, on le laissait se polariser tout seul dans son coin.
02:05Il y avait aussi Édouard Balladur.
02:06Le bon droitard, mais bon, il n'y pouvait rien le pauvre.
02:09Il était resté confi dans son mépris bourgeois et le seul jour où il a gueulé, c'était pour dire
02:14« Je vous demande de vous arrêter ! »
02:16Ça avait calmé tout le monde.
02:17Oui, ça veut dire, j'ai des talents d'imitatrice aussi.
02:19Je suis encore pleine de surprises, vous savez.
02:22Et moi, je débarquais naïfement à Paris en plaidant pour un cordon sanitaire contre l'extrême droite.
02:27Et après toutes ces années, enfin, le cordon sanitaire s'impose dans le débat.
02:32Sauf que c'est Bardella qui décide de son périmètre.
02:36Jordan, avant de parler de cordon sanitaire, il devrait déjà se débarrasser du cordon ombilical qui le relie à Jean
02:42-Marie Le Pen.
02:43Alors avec Chirac, il y avait eu le bruit et l'odeur.
02:45Et puis avec Sarko, la banlieue en flamme.
02:48Mais à la banlieue, on a compris que les politiques s'en foutaient pas mal et ça ne s'est
02:51jamais arrangé depuis.
02:52Mais il fallait le faire quand même pour mettre le feu à la banlieue avec un karcher, je rappelle.
02:57Je sortais de l'école de journalisme et on ne parlait pas encore vraiment de presse d'opinion.
03:01Maintenant, la presse se polarise tellement que si on veut s'en extraire, il ne reste plus que le télé
03:057 jours.
03:06Finalement, parmi les victimes de tout ça, il y a aussi les faits.
03:10Et pour eux non plus, il n'y a pas une minute de silence.
03:12Au contraire, que du bruit.
03:14Je ne suis pas loin d'en déduire que la bêtise politique en général est le plus lamentable risque de
03:21censure.
03:22Ma chronique, elle s'intitule « Charline explose les faits ».
03:24Alors j'en profite juste pour rappeler que pour continuer à rire des faits, il faut d'abord en prendre
03:29soin.
03:31Charline Vanhoenacker
03:31Charline Vanhoenacker
03:32Charline Vanhoenacker