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  • il y a 10 heures

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00:00C'est l'invité d'ici matin, la campagne des municipales à Perpignan s'emballe ces derniers jours et se
00:04nationalise.
00:05Même, Perpignan concentre un peu de la campagne présidentielle de 2027 pour en parler avec nous ce matin, Marie Roarch.
00:11Dominique Sistac, il est maître de conférence à l'université de Perpignan.
00:15Et politologue, bonjour Dominique Sistac.
00:17Bonjour.
00:18On le dit, Perpignan concentre certains des enjeux nationaux pendant cette campagne des municipales.
00:23Le dernier gros fait politique, bien sûr, c'est la morte de ce jeune militant identitaire à Lyon, Quentin Deranque.
00:29Est-ce que ce fait-là peut avoir un impact jusqu'ici dans les Pyrénées-Orientales sur la campagne ?
00:34Tout fait politique national a un impact local par définition.
00:39L'inverse est beaucoup moins vrai par ailleurs.
00:41Mais là, ça secoue tellement la vie politique française et ça met en spectacle aussi, en quelque sorte,
00:49tout un ensemble de questions sur la violence politique, sur l'organisation politique de la société,
00:54avec des récurrences derrière, est-ce que la société est plus violente, etc.
00:59qu'on se retrouve un peu électro-choquée par l'événement.
01:02Et la campagne politique, au niveau local, elle est automatiquement prise par cette tourmente.
01:07Est-ce que ça peut nuire à certains partis ?
01:09Je pense à la France insoumise qui est visée dans cette affaire.
01:14Alors, en partie, oui.
01:16On peut l'analyser de manière assez simple.
01:18Est-ce que ça touche les militants et les votants d'habitude de la France insoumise ?
01:22La réponse est non.
01:24Est-ce que ça peut toucher, par contre, des électeurs qui ne sont pas des affidés,
01:28des gens qui ne sont pas des militants, des gens qui ne sont même pas des sympathisants ?
01:32La réponse est oui.
01:33La question est donc de savoir quel est le taux de ces électeurs volatils qui pourraient être touchés.
01:39Il en va de même pour le Rassemblement national et pour l'IALIO concernant sa condamnation, peut-être, potentielle,
01:46et sa suspension électorale possible.
01:49Là encore, ça ne touche pas les militants RN, mais ça peut toucher sensiblement ceux qui ne le sont pas.
01:54On parlait donc de ces enjeux nationaux qui interviennent dans la campagne ici à Perpignan.
01:59Il y en a eu beaucoup ces derniers temps.
02:00Le procès des assistants d'eurodéputés du FN,
02:02la décision du Parti Socialiste de soutenir finalement Agnès Langevin et pas Mathias Blanc pour cette campagne.
02:07La venue, le même week-end, de Jean-Luc Mélenchon pour les Insoumis,
02:11de Jordan Bardella pour le RN en meeting.
02:13Est-ce qu'on a raison de penser que Perpignan devient en quelque sorte un épicentre d'une autre bataille,
02:18la bataille pour la présidentielle ?
02:19Alors, potentiellement oui.
02:23Avec mes camarades Nicolas Lebourg qui est historien et David Giban qui est géographe,
02:27on le pense assez sérieusement.
02:29On pense qu'il y a un véritable laboratoire politique à Perpignan
02:33qui permet un peu de préfigurer, de se projeter sur ce que serait la présidentielle.
02:38Il y a tout un ensemble de raisons qui tentent de le pousser,
02:41à la différence près que Perpignan est une ville tenue par le Rassemblement national,
02:46alors qu'au niveau national, on est plutôt dans la phase de conquête.
02:49Louis Alliot, il est dans la phase de confirmation de sa personnalité locale,
02:53de son bilan, bon ou mauvais en tout cas, tel qu'il est jugé par les Perpignanais.
02:58On a juste cette inversion.
03:00Et c'est ce qui modifie essentiellement toute analogie qu'on pourrait faire.
03:04C'est-à-dire, Marine Le Pen ou Jordan Bardella sont encore des outsiders.
03:08Tandis que Louis Alliot est un partenaire confirmé.
03:12Il est maintenant dans une seconde phase,
03:15celle où on l'attend sur ce qu'il fait et non plus sur ce qu'il dit.
03:18Donc ce côté laboratoire à Perpignan, il est plus fort qu'en 2020, à vous entendre ?
03:22Je pense que oui.
03:24D'ailleurs, la presse nationale et internationale ne s'y trompe pas
03:27quand elle met son regard sur Perpignan.
03:29C'est aussi parce que Perpignan est la seule ville de plus de 100 000 habitants
03:33que le Rassemblement national, l'Apsus, a pris.
03:36Et donc, elle est forcément, intelligiblement dans ce sens-là, un laboratoire.
03:427h49, Marie Roache, votre invitée.
03:44Dominique Sistac, il est politologue et maître de conférences à l'université de Perpignan.
03:48Est-ce que c'est une bonne chose, cette forme de nationalisation de la campagne ?
03:52Est-ce que ça apporte quelque chose aux Perpignanais, mais aux candidats aussi, finalement ?
03:56Là, c'est plus difficile à dire et je serais peut-être plus circonspect.
04:01La campagne, quand elle se nationalise trop, on perd aussi le sens du débat local.
04:06Quels sont les enjeux sur Perpignan ?
04:09Qu'est-ce qui importe le plus à l'électeur local ?
04:12Est-ce que c'est la sécurité ? Est-ce que c'est la santé ?
04:15Le débat des municipales, c'est un débat du réel.
04:18C'est le réel de l'usager, du citoyen.
04:22La campagne nationale, elle est plutôt dans des lignes d'objectifs.
04:25Vers où va le pays ? Vers où va la France ?
04:28Donc je pense qu'il y a une espèce de rencontre, de choc du local et du national
04:33qui est là insatisfaisant pour le citoyen au niveau local, c'est sûr.
04:39Il y a une prime à la notoriété peut-être pour, je pense à Louis Alliot,
04:42qui on voit davantage sur la scène nationale peut-être que les autres candidats locaux ici à Perpignan.
04:47Les politistes qui travaillent sur cette question parlent d'un effet mécanique.
04:51C'est-à-dire, le plus difficile au niveau local, c'est de se faire connaître.
04:55Pas de se faire reconnaître, de se faire connaître.
04:58Et ils se font connaître, les candidats ici ?
05:00Ils ont du mal, ils ont du mal.
05:02C'est-à-dire, quand on regarde les résultats,
05:04il est difficile de se mettre en campagne quand les gens découvrent le visage d'un candidat.
05:10C'est complexe.
05:11Ou découvrent même le nom.
05:13Ou ne connaissent pas le nom du candidat, mais simplement le parti, vous voyez ?
05:16Donc, il y a quelque chose aussi là qui relève d'une règle générale de la politique.
05:22Le terrain, il faut le battre et pas simplement quelques semaines.
05:25Il faut des années de pratique du terrain pour que les gens vous identifient,
05:28en bien ou en mal d'ailleurs, mais qui vous identifient ?
05:31Aujourd'hui, le seul qui est largement identifiable à Perpignan, c'est Louis Alliot.
05:35C'est lui qui a l'attention des médias.
05:37C'est lui qui est le plus visuel, on va dire, et dont tout le monde connaît le nom.
05:40On a le souvenir, dans des campagnes passées,
05:43de candidats qui portaient de grands projets structurants pour la ville.
05:46À ce stade de la campagne, on est à moins d'un mois du premier tour des municipales.
05:50On parle assez peu des programmes, finalement.
05:52Il n'y a pas de grands projets sur la table.
05:54Pourquoi, selon vous ?
05:55Je pense qu'il y a plusieurs raisons.
05:57La première, si je veux être un peu méchant, c'est qu'ils n'en ont pas.
06:02Aucun ?
06:03Aucun.
06:04Et ça nous interroge, bien entendu, en tant que citoyen, pour peu qu'on vive ici.
06:09L'autre option, c'est que les projets structurants ont fait peut-être leur temps à Perpignan.
06:14C'est-à-dire, effectivement, il y en a eu auparavant.
06:16On pense au fantasque Jean-Paul et lui, qu'il y en avait à peu près un par semaine.
06:21Mais on voit aussi le résultat.
06:23Et si Louis Alliot était élu, c'est aussi pour achever et finir, en quelque sorte, cette politique des grands
06:30projets.
06:30Ça, c'est une seconde option.
06:31Enfin, il y a un troisième temps aussi, qui est peut-être un peu plus proche encore du réel.
06:36C'est que, qu'est-ce que c'est, en 2026, des projets pour une ville dans l'État où
06:41est Perpignan ?
06:43On est une des villes les plus pauvres de France.
06:46On a un nombre de collèges en éducation prioritaire hallucinant.
06:49On a une densité de pauvreté qui est rarement comparable ou comparée,
06:53même dans les grandes villes, dans les grands centres urbains.
06:56Aujourd'hui, on devrait plutôt être, non pas dans des projets, mais dans une sorte d'état d'urgence.
07:00Et vous le voyez, là aussi, les candidats sont un peu gênés aux entournures,
07:04puisqu'ils sont tous, en quelque sorte, accusables, entre guillemets,
07:09d'avoir, eux aussi, affaire avec la constitution de, certes, Perpignan, la plus pauvre de France.
07:15Et donc, vrai souci, là, de ce point de vue.
07:18Merci beaucoup, Dominique Sistac, d'avoir été avec nous ce matin,
07:21donc politologue, maître de conférence à l'Université de Perpignan,
07:23pour décrypter cette campagne des municipales en cours à Perpignan.
07:27Bonne journée.
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