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  • il y a 4 heures
Depuis le début de l’année, 25 personnes ont perdu la vie dans des avalanches dans les Alpes françaises. Face à cette série noire, Blaise Agresti, ancien patron du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), appelle à faire évoluer les pratiques en montagne. Il ne plaide pas pour l’interdiction du ski hors piste lorsque le risque est élevé, mais pour une prise de conscience collective et davantage de transparence autour de ces drames souvent évitables.

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Transcription
00:00Oh putain !
00:01Mais c'était sûr !
00:02Un hiver déjà meurtrier dans les montagnes françaises.
00:0525 skieurs ont perdu la vie dans des avalanches depuis le début de la saison.
00:08Le dernier drame, à Val d'Isère, ce vendredi 13 février,
00:11alors qu'ils évoluaient en ski hors-piste,
00:136 skieurs ont été emportés par une avalanche de grande ampleur,
00:164 d'entre eux étaient accompagnés par un professionnel,
00:183 n'ont pas survécu.
00:20L'indice de danger d'avalanche était alors très élevé,
00:23après être monté à 5, sur une échelle de 5, le niveau maximum,
00:26très rarement utilisé, le bulletin affiché 4 au moment du drame.
00:30Une enquête pour homicides involontaires a été ouverte
00:32et la justice tranchera sur le niveau de responsabilité des participants.
00:36Alors, ce qui est ou non quand le risque d'avalanche est élevé,
00:39la question divise le monde de la montagne.
00:41Le grand public va se dire « mais pourquoi on engage tous ces moyens de secours,
00:45ces sauvetages, ça coûte de l'argent à la société, pour des imprudents ? »
00:49Et on n'a que des témoignages d'accidents
00:52où on a l'impression qu'il y a eu une imprudence qui a été commise à un moment donné,
00:54évidemment.
00:55Depuis le début de l'hiver, les conditions de neige sont dangereuses.
00:59Les jours précédents le drame, plus d'un mètre de neige était tombé sur les massifs,
01:02déclenchant une alerte rouge avalanche exceptionnelle.
01:05Hier, on a déjà des gens qui sont…
01:07On n'a pas fini la précipitation, qui sont déjà hors-piste.
01:10Mais enfin voilà, il y a une notion du danger dans la montagne
01:12qui n'est pas reçue et qui n'est pas compris par les gens.
01:19Si je cumule tout, j'ai fait 110 tirs à peu près.
01:23110 tirs de déclenchement préventif.
01:25Et on a eu, je pense, 100 tirs positifs.
01:28C'est-à-dire qu'on a déclenché 100 avalanches hier.
01:30On en risque 5 hier.
01:32Je ne sais plus quel message il faut donner, moi.
01:34Depuis quelques années, les réseaux sociaux regorgent de vidéos,
01:37de skieurs hors-piste, sur de la neige immaculée.
01:40Certains sont prêts à tout pour immortaliser leur descente dans la PEUF,
01:43oubliant parfois le danger et les alertes.
01:47S'il y a une avalanche, il y a une avalanche, c'est le jeu.
01:49Oh là là !
01:51Oh putain, ça part gros quand même.
01:52Certains affichent leurs exploits sur les réseaux sociaux
01:55alors qu'ils sont en réalité des dangers publics.
01:58On a banalisé l'exposition au risque.
02:00Et c'est valable pas que pour les amateurs,
02:02c'est valable aussi pour les professionnels.
02:04Quand on est au-dessus de 3,
02:07on est déjà dans une zone qui est la non-normalité.
02:10En France, aucune loi l'interdit le ski hors-piste
02:12lorsque l'indice d'avalanche est élevé.
02:14Tout le monde peut skier.
02:16Et pour les professionnels de la montagne,
02:18c'est à eux de prendre la responsabilité
02:20d'emmener ou non leurs clients.
02:22Je ne vais pas aller chercher les grandes pentes.
02:24On va prendre des précautions aussi pour rentrer dans les pentes.
02:27C'est vraiment la partie juste sous le vent,
02:30qui peut être un peu délicate.
02:32Auquel cas là, je pourrais y aller moi le premier,
02:34me mettre à un endroit un peu sécurisé.
02:35Après, j'enverrai mes clients un par un
02:37pour ne pas surcharger la pente tous ensemble à 6 à 80 kg.
02:43Ça fait vite beaucoup trop de poids.
02:44Je pense qu'aucun professionnel n'a envie de prendre le risque
02:49de perdre des clients.
02:50Mais on n'est pas à l'abri d'erreurs, de jugements.
02:54La nivologie, c'est-à-dire la science de la neige,
02:56c'est une science qui est compliquée,
02:57qui n'est pas une science exacte,
02:58en tout cas à ce jour avec nos connaissances.
03:00On est aujourd'hui face à des conditions qui sont très compliquées,
03:02avec des couches instables qui sont en profondeur.
03:05On a une obligation de moyens en tant que professionnels.
03:08On est tenu de prendre toutes les précautions nécessaires
03:11qui reposent sur des analyses normalement cohérentes du terrain.
03:16Si on fait une erreur, on est déjà sanctionné avec le droit existant.
03:19En Italie, c'est très différent.
03:21Un guide qui sortirait avec ses clients par un risque d'avalanche 4
03:24et qui aurait un accident serait lui-même présumé coupable d'homicide par négligence.
03:28Depuis le début de l'hiver, 25 personnes ont déjà trouvé la mort dans des avalanches en montagne.
03:33C'est autant que la moyenne annuelle depuis 2012,
03:35sauf que la saison est loin d'être terminée.
03:38Alors faut-il skier ou non quand le niveau d'avalanche est très élevé ?
03:41L'ancien patron du PGHM assume être en désaccord avec la communauté montagnarde.
03:45La communauté montagnarde d'aujourd'hui, elle meurt de ces silences.
03:48À force de dire un pisteur s'est fait avoir dans tel endroit,
03:52ce n'est pas grave, c'est la faute, n'a pas de chance, ce n'était pas prévisible,
03:55un moniteur, un guide, etc.
03:57Tout au long de l'année, sans jamais creuser les causes profondes de ce type d'accident,
04:01une espèce de tabou qui s'est installé dans l'univers de la montagne depuis des décennies,
04:06il faut qu'on commence à le déconstruire.
04:09Donc moi, mon appel très clair, très explicite aujourd'hui,
04:13c'est effectivement qu'on doit aller vers une prudence éclairée,
04:15que donc ceux qui sont les modèles de cette pédagogie, ce sont les professionnels,
04:21et donc qu'ils fassent un retrait vers une sorte d'abstinence de la pratique du ski
04:27dans certains moments, ou de proposer d'autres alternatives à leurs clients
04:31pour aller dans des endroits où effectivement on s'expose beaucoup moins.
04:34On peut continuer à skier par risque 4 dans un endroit quasiment plein en forêt,
04:38où on fera du ski peu intéressant pour les gens qui skient bien.
04:41Pour une grande partie des professionnels de la montagne,
04:44l'interdiction du ski hors-piste lorsque l'indice d'avalanche est de 4 ou plus n'est pas la
04:48solution.
04:49Je pense que le ski, c'est plus intéressant de former les gens qui font du ski,
04:54de les éduquer plutôt que de leur dire « no go ».
04:57L'indice 4, c'est qu'on trouve de la neige absolument partout.
05:01À nous d'être intelligents et d'être responsables et de faire du ski responsable à ce niveau d'indice,
05:08parce que sinon après on va commencer à l'interdire à 4,
05:10puis après il va y avoir des accidents à 3, donc on va faire quoi ?
05:13On l'interdit à 3.
05:14Après les accidents vont être où ? À 2.
05:16On fait quoi ? On l'interdit à 2.
05:18Puis après on ira skier à 1 et les accidents seront où ? À 1.
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