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  • il y a 3 semaines
L'homme né en 1978 était déjà connu de la justice. Ce Français né en 1978 avait été condamné en juin 2013 à 17 ans de réclusion criminelle par le tribunal de première instance de Bruxelles pour plusieurs chefs d'accusation dont "tentative d’assassinats en lien avec une entreprise terroriste" contre trois fonctionnaires de police. Des faits commis à dans le quartier bruxellois de Molenbeek le 8 juin 2012.

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Transcription
00:00On se penche à présent sur le profil très inquiétant de l'homme qui a attaqué des gendarmes hier,
00:04en tout début de soirée, sous l'arc de Triomphe à Paris, avant d'être abattu.
00:08Bonjour Mathias Lesson, Jean-Louis Police de Justice de BFM TV.
00:11D'abord Mathias, rappelez-nous les faits, survenus aux alentours de 18h.
00:14Oui, peu après 18h, hier, Place de l'Étoile, juste sous l'arc de Triomphe,
00:20un homme a dégainé un couteau et une paire de ciseaux.
00:24Il s'est rapproché de gendarmes qui étaient là dans le cadre du ravivage de la flamme du soldat inconnu.
00:33Et dans une attitude menaçante, il a tenté d'atteindre avec son couteau l'un de ces gendarmes.
00:40Fort heureusement, ce gendarme n'a pas été blessé.
00:43Mais évidemment, cela a entraîné un tir de riposte de la part d'un autre gendarme
00:49qui a fait feu sur cet homme, qui l'a blessé gravement.
00:53Cet homme a par la suite été hospitalisé et il est décédé des suites de ces blessures.
00:59Effectivement, le gendarme n'a pas été physiquement blessé
01:02parce que, nous dit le communiqué du parquet national antiterroriste,
01:06le couteau a buté sur le col de sa gabardine.
01:08Le parquet national antiterroriste qui, Mathias, s'est immédiatement saisi des faits.
01:13Et c'est très rare que le parquet national antiterroriste se saisisse aussi rapidement.
01:17D'abord, d'habitude, il y a quelques heures d'attente ou d'observation de la part de ce même
01:23parquet
01:24pour savoir si, oui ou non, on a manifestement affaire à quelque chose de terroriste.
01:29Hier, les choses sont allées très vite.
01:31Il y a fort à parier que le PNAT, on y reviendra peut-être,
01:35mais a, comment dirais-je, analysé l'identité de cet homme
01:39et surtout ses antécédents judiciaires, notamment en Belgique,
01:42parce que rappelons qu'en 2013, il a été condamné à 17 ans de réclusion criminelle
01:46pour tentative d'assassinat terroriste sur deux policiers déjà à l'époque,
01:51que par la suite, il a été transféré en France pour purger sa peine en France
01:56parce que c'est un ressortissant français.
01:58Après, il y a cet élément-là et il y a aussi ce coup de fil passé à un commissariat
02:04d'Aulnay-sous-Bois
02:05en toute fin d'après-midi hier au commissariat d'Aulnay-sous-Bois.
02:09Il y a un appel qui parvient à ce commissariat et un homme qui dit
02:12« Je vous préviens, je vais tirer sur quelqu'un d'armée,
02:14il ne fallait pas tuer nos femmes et nos enfants.
02:16On va voir qui va triompher sur l'arc de triomphe.
02:19Je suis à Paris, j'arrive sur les champs. »
02:21Alors aujourd'hui, les enquêteurs se demandent si cet appel qui a été passé
02:26et l'homme qui s'en est pris à ce gendarme hier ne sont pas en fait évidemment le même
02:33homme.
02:33C'est une hypothèse très vraisemblable.
02:36Voilà, c'est pour toutes ces raisons que le parquet national antiterroriste s'est saisi.
02:41Et il faudra voir aussi ce qui, en perquisition, a éventuellement été retrouvé chez cet homme.
02:45Est-ce qu'il y a du matériel numérique ?
02:47Est-ce qu'il y a des allégeances écrites, pourquoi pas, à une organisation terroriste ?
02:52Mais le pédigré de cet homme est aujourd'hui assez clair.
02:54Cet homme qui a été abattu par les gendarmes avait un CV pour le moins chargé.
03:01Oui, voilà, il y a cet antécédent judiciaire effectivement dont on a parlé en Belgique.
03:06Et ce qui est intéressant de noter, c'est qu'il purgeait, je vous l'indiquais à l'instant,
03:10la fin de sa peine en France.
03:11Il a été libéré le 24 décembre dernier.
03:14Il était incarcéré, je crois, à la prison de la santé.
03:18Et une fois qu'il sort, il n'est pas laissé comme ça dans la nature.
03:21Il est fiché S, il est suivi au titre de la radicalisation.
03:24Il fait l'objet d'une MICA, ce qui est une mesure de police administrative
03:28précisément pour les individus susceptibles de préparer des infractions terroristes.
03:36Et même avec tout cela, il avait également une obligation de pointer quotidiennement
03:41au commissariat d'Holness-sous-Bois.
03:42Et même avec tout cela, il est passé à l'acte dans les conditions qu'on connaît.
03:46– Merci Mathias.
03:47– Bonjour Gilles Kepel.
03:48– Bonjour.
03:49– Merci d'être notre invité ce matin dans BFM Direct.
03:51Vous êtes professeur émérite des universités,
03:53politologue spécialiste du Moyen-Orient,
03:56auteur du livre intitulé « Anti-terrorisme »,
03:58justement, la traque des djihadistes,
04:00co-écrit avec Jean-François Récard, ancien procureur anti-terroriste,
04:03sur ce qui s'est passé hier sous l'arc de triomphe.
04:06D'abord, j'ai une question sur la date.
04:09Un vendredi, un vendredi 13 à fortiori,
04:11mais un vendredi comme des attaques terroristes contre Samuel Paty,
04:17contre Dominique Bernard, à Trèbes et Carcassonne,
04:20bien sûr le 13 novembre 2015.
04:23Quel regard ?
04:24– Oui, évidemment, il était très sensible
04:27à une revendication de type militantisme islamiste,
04:30puisqu'il a évoqué que c'était la revanche
04:34pour ceux qui tuaient nos femmes et nos enfants.
04:37C'est ce que Daesh disait généralement
04:40pour justifier les attentats et les attaques,
04:42c'était « vous tuez nos femmes et nos enfants en Syrie,
04:45donc on vous tue ».
04:47Et ça, ça s'inscrit effectivement dans cette logique
04:51qui maximise d'une certaine manière dans sa vision
04:54de son « sacrifice » tous les éléments
04:58et qui peuvent, dans son point de vue,
05:00le conduire au paradis, si j'ose dire.
05:02Mais ce qui est très frappant, évidemment,
05:04et justement dans le livre qu'on a écrit avec Jean-François Ricard,
05:07qui était l'ancien patron du PNAT,
05:10le procureur général antiterroriste,
05:12on souligne à la fin qu'aujourd'hui,
05:15les véritables défis, c'est le suivi des gens
05:19qui sont en détention et aussi le sorti de la détention,
05:22ce que vous avez appelé la procédure des MICAS.
05:25Et ça, c'est vraiment là, aujourd'hui,
05:27que le bas blesse, parce qu'on est très démuni
05:31par rapport à ça, vous l'avez rappelé,
05:34la personne en question devait pointer chaque jour
05:36au commissariat, ça ne l'a pas empêché
05:39de pouvoir passer à l'acte.
05:41– Oui, et il n'a pu être géolocalisé.
05:44Autant dire que la surveillance en question
05:47suscite quelques interrogations.
05:49– C'est objectivement très difficile, bien sûr,
05:52mais surtout que le nombre de personnes qui sortent
05:54est de plus en plus important.
05:56Et si vous avez fait des calculs,
05:59il n'a pas, et bien sûr, effectué ses 17 ans de prison.
06:02Parce que le jeu des remises de peine
06:04fait qu'il est libéré avant,
06:07il a pu réintégrer ses foyers, etc.
06:09Donc, on est là confronté à un énorme défi,
06:13puisque jusqu'alors,
06:15l'effort de l'antiterrorisme,
06:19c'était d'agir en amont,
06:22c'est-à-dire face à des gens qui étaient dans la nature,
06:25qui n'avaient pas encore été incarcérés.
06:27Maintenant, c'est d'abord ce qui se passe en prison.
06:30Est-ce que la prison joue son rôle de correction ?
06:34Est-ce qu'on a beaucoup allongé les peines ?
06:37Au départ, un acte terroriste était condamné,
06:41avant Charlie Hebdo,
06:43à quelques années de prison,
06:45et les gens ressortaient.
06:46Les frères Klein, par exemple,
06:48faisaient un peu de prison,
06:50radicalisaient leurs codés de tenue,
06:52et ensuite partaient en Irak.
06:54Aujourd'hui, ça n'est plus possible.
06:56Mais là, on voit qu'il y a eu une peine d'une dizaine d'années
06:59qui a été effectuée,
07:00et néanmoins, il n'en est rien à changer, au contraire.
07:05Donc là, ça pose un véritable problème,
07:07beaucoup plus profond,
07:08sur la façon dont la gestion des anciens terroristes,
07:13qui sont parfois toujours,
07:15est effectuée en prison.
07:16Est-ce que la prison,
07:18qui a été l'un des grands incubateurs du djihadisme,
07:21aujourd'hui est capable d'être transformée,
07:24et surtout, que faire des sorties ?
07:26Ou est-ce qu'il faut, dans ce cas-là, rallonger les peines ?
07:28On est face à de vrais problèmes
07:30qui vont se poser de manière croissante,
07:33puisque le nombre de personnes concernées
07:36va s'accroître de manière considérable.
07:38Les faits d'hier semblent aussi confirmer
07:42ce que disait, il y a quelques semaines de cela,
07:43l'actuel procureur national antiterroriste,
07:45Olivier Christian,
07:46savoir que la menace a évolué,
07:48qu'aujourd'hui elle est moins organisée,
07:49depuis l'étranger, mais plus sur notre territoire,
07:53et qu'il y a davantage d'autonomisation
07:55des individus, ce que l'on apprend
07:57de celui qui s'en est pris à des gendarmes hier,
07:59semble confirmer cela.
08:01Oui, c'est ce que j'ai essayé d'appeler
08:03parfois le djihadisme d'atmosphère,
08:05c'est-à-dire que ce ne sont plus des individus
08:07qui obéissent à des donneurs d'ordre directement,
08:11mais qui, étant pris dans une atmosphère djihadiste,
08:15à travers notamment la multiplication
08:17des contenus sur les réseaux sociaux,
08:19puis la socialisation, bien sûr,
08:21dans un milieu peut-être particulièrement
08:23radicalisé en prison, font qu'ils vont décider
08:25de passer à l'acte, eux-mêmes.
08:28C'est une décision qu'ils prennent.
08:30Ce qui est frappant, c'est qu'il était sorti de prison
08:32il y a moins de deux mois.
08:32Oui, c'est ça, au mois de décembre.
08:34Donc c'est ça qui est extrêmement frappant
08:36et qui, bien sûr, nous oblige à repenser,
08:41complètement oblige l'autorité, en tout cas à repenser
08:44la question du suivi en prison, de la sortie.
08:46Je ne suis pas complètement sûr que cette démarche
08:48ait encore été véritablement effectuée,
08:50ni que les gens qui sont là y aient pensé.
08:53Et quand il était incarcéré, il était incarcéré
08:55en QPR, quartier pour la radicalisation.
08:58Encore un signe, s'il en fallait un,
08:59que sa radicalisation était complètement
09:02sûre de tout, c'est que les autorités
09:05faisaient ce que la loi leur permet,
09:08poursuivre et traiter, si j'ose dire, cet individu.
09:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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