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  • il y a 12 minutes
Un guide des bonnes pratiques pour vivre dans les sociétés laïques à destination des Musulmans est publié ce mardi 10 février par la Grande Mosquée de Paris.  Chems-Eddine Hafiz, son recteur, était l'invité de BFMTV.

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Transcription
00:00Je le disais, le recteur de la Grande Mosquée de Paris est avec nous, Shem Sedin Afiz.
00:04Vous publiez donc ce guide pratique en quelque sorte, musulmans en Occident.
00:09L'idée c'est musulmans et citoyens, comment ça marche avec des questions très pratiques sur le mariage,
00:16la façon de s'habiller, la langue, la question du dialogue.
00:21Et je le disais, il y a des questions très concrètes qui se posent.
00:24Encore ce week-end, cette crèche qui a fermé à Ronis-sous-Bois, c'est en région parisienne.
00:30C'est une crèche privée au départ, dans laquelle il y avait un certain nombre d'animatrices.
00:37Cette crèche ferme, une crèche municipale, reprend ce qu'on appelle les berceaux,
00:40c'est-à-dire que les enfants vont être pris en charge par la crèche municipale.
00:43Cette crèche municipale de la mairie de Ronis-sous-Bois propose aux différents animateurs et animatrices
00:48d'être réembauchées par cette nouvelle crèche municipale.
00:52Trois d'entre elles portent le voile.
00:55Elles refusent. Elles refusent parce qu'elles disent qu'elles refusent d'enlever leur voile.
01:01Elles disent, pour moi, limite, c'est du racisme qu'on me demande d'enlever mon voile.
01:05C'est juste parce qu'on est musulmans.
01:07Je vous pose la question, Chamsé Dinafi, si vous aviez ces femmes devant vous, que leur diriez-vous ?
01:12Est-ce que c'est la mairie qui les empêche de travailler ou est-ce que c'est elles qui s'empêchent de travailler en refusant d'enlever le voile ?
01:18La réponse, elle est dans ce livre. Si vous allez sur le glossaire et vous cherchez voile, vous allez trouver la solution.
01:26La question du voile est importante. Mais en tout cas, moi, en tant qu'autorité religieuse, je ne peux pas dire si c'est une prescription ou pas.
01:33Ce n'est pas là l'intérêt. Nous sommes dans une société, en France, avec la laïcité, nous sommes dans un pays de liberté.
01:41C'est-à-dire que la femme, lorsqu'elle est dans l'espace public, elle peut porter le voile.
01:45Jusqu'à présent, il n'y a jamais eu d'interdit. Les seuls interdits, c'est à l'école. C'est la loi de 2004.
01:52La loi sur la dissimulation du visage, etc.
01:55C'est un service public, là, en l'occurrence.
01:56Oui, mais dans ce cas précis, nous y répondons. Et en plus, dans les auditions, vous avez des personnalités religieuses qui vont corroborer ce qui est dit.
02:05On va revenir effectivement aux personnes qui ont travaillé sur ce guide.
02:08Les imams recommandent, pour ce cas d'espèce, nous sommes face à une administration, publique ou privée, à partir du moment où le règlement intérieur interdit les signes religieux.
02:21À partir de ce moment-là, il y a ce qu'on appelle, en droit musulman, la notion de...
02:28La daroura.
02:28La daroura, absolument.
02:30La nécessité.
02:30Je vais vous recruter comme humain.
02:32L'état de nécessité.
02:33Le principe de nécessité.
02:34C'est à ce moment-là, à partir du moment où cette femme doit travailler, elle porte le voile, c'est sa question qui est une question personnelle.
02:41Moi, je n'ai pas à décider si elle la porte ou pas.
02:43Mais dans ce cas précis, il y a une réglementation.
02:47Eh bien, elle doit enlever son voile si elle veut travailler.
02:49Elle l'enlève au moment où elle passe la porte de son lieu de travail.
02:53Ça se fait pratiquement tous les jours en France.
02:56Il y a des femmes qui, dans l'espace public, portent le voile et n'ont aucun problème.
03:01Dès qu'elles arrivent devant la porte de leur lieu de travail, elles l'enlèvent et elles le remettent en sorte.
03:06Je trouve ça très intéressant ce que vous dites.
03:07Ça veut dire que cette jeune femme, Kenza, qui dit « pour moi, limite, c'est du racisme, c'est juste parce qu'on est musulman », vous vous dites non ?
03:16Non, absolument pas.
03:17La réponse, et ce n'est pas moi qui la donne, encore une fois, c'est un travail collectif.
03:23Ce sont des imams, mais pas uniquement les imams de la Grande Mosquée de Paris.
03:26Et puis, à côté de ça, vous avez quelqu'un comme le secrétaire général de la Ligue Islamique mondiale,
03:31Mohamed El Haïssa, qui a été ministre de la Justice dans son pays,
03:35qui vient à la Grande Mosquée de Paris, qui est auditionné sur cette question,
03:39et il répond comme les imams répondent.
03:40Alors, moi j'ai commencé à feuilleter ce livre, c'est la première fois qu'une autorité religieuse dit aux musulmans
03:46« la religion n'est pas une identité indépassable » et vous pouvez très bien être et musulman et citoyen en France,
03:54dans un pays où c'est la laïcité.
03:55Mais, mais, et c'est le mais, comment fait-on ?
03:58Il y a un match, clairement, entre ce livre et les influenceurs sur les réseaux sociaux.
04:04Or, les jeunes qui ont une envie de rigorisme religieux,
04:10comment ce livre de 1000 pages va pouvoir gagner le match contre les influenceurs religieux
04:15qui, depuis des années, expliquent le contraire de ce qui est écrit dans ce livre ?
04:21Non, mais attendez, comme je le dis, ce livre s'adresse à la fois aux musulmans,
04:24mais il s'adresse au non-musulman, il s'adresse à l'employeur.
04:27C'est-à-dire que demain, un employeur, un maire, un chef d'établissement public,
04:32il va, il va tout simplement, lorsque la femme se présente avec le foulard en lui disant
04:38« c'est du racisme, le fait de ne pas vouloir me recruter porteuse du voile »,
04:43il trouve, et ce sont des imams.
04:46C'est une recommandation d'imams.
04:48Ce n'est pas du racisme.
04:49Absolument.
04:49Mais est-ce que, comme il y a une France d'en haut, une France d'en bas, une France des élites, une France du peuple,
04:53est-ce que vous ne trouvez pas que ça fait un peu islam d'en haut, islam intérot ?
04:56Pas du tout.
04:56Pas du tout.
04:57Face à un islam plus populaire.
04:59Pas du tout.
04:59La mosquée de Paris, elle est à Paris, alors est-ce qu'on la met en haut ou en bas ?
05:02Peu importe.
05:02Mais les imams qui sont venus travailler, tout à l'heure, on fait une conférence de presse,
05:06il y a un recteur qui vient de Marseille.
05:08C'est vraiment un travail de proximité que nous avons fait,
05:11et moi, juste après le Ramadan, le Ramadan commence la semaine prochaine,
05:14mais dans un mois, je vais me déplacer dans toutes les mosquées de France pour expliquer.
05:19Ce que je trouve très intéressant, c'est que l'autorité, malgré tout, de cette parole,
05:23et le fait que ce soit désormais inscrit dans ce guide, lorsque vous répondez de manière très claire à cette situation de cas pratique,
05:30et c'est une question qui s'est posée récemment à l'hôpital, une femme qui avait voulu poursuivre les autorités de son hôpital
05:37parce qu'il lui demandait, en effet, de retirer son voile.
05:40Ces questions-là, elles sont très pratiques, et désormais, il y aura cette référence.
05:44La question, effectivement, c'est aussi que face à vous, vous avez notamment des jeunes musulmans
05:50qui, aujourd'hui, répondent, et ça avait été ce fameux sondage,
05:54alors je n'ai jamais compris très bien si vous vous estimiez que ce sondage avait des mauvaises réponses ou quoi,
05:58mais ce sondage IFOP qui disait qu'à la question sur un sujet important dans votre famille,
06:05comme l'abattage rituel, le mariage ou l'héritage,
06:08que feriez-vous si vous deviez choisir entre le respect des lois françaises
06:12ou le respect des règles de votre religion ?
06:1457% des jeunes musulmans estimaient que les lois françaises passaient après les règles de l'islam.
06:21C'est ça aussi, les jeunes que vous avez face à vous.
06:22Moi, j'ai réalisé un autre sondage.
06:24Avec l'IFOP, avec le même panel, les réponses sont différentes.
06:29Donc, je ne vais pas rentrer dans ce débat.
06:30Est-ce que vous considérez que les jeunes, aujourd'hui, musulmans,
06:32alors je vais vous poser la question, du coup, différemment,
06:34est-ce que vous, vous considérez, monsieur le recteur,
06:36que les jeunes musulmans, aujourd'hui, face à vous,
06:38ont une tentation de radicalisation ?
06:41Il n'y a pas que les jeunes musulmans.
06:42D'ailleurs, oui, oui, tout à fait.
06:43Les jeunes français, de manière générale, sont à la recherche d'un idéal.
06:47Aujourd'hui, nous sommes...
06:48Mais c'est un idéal, la radicalisation ?
06:49Attendez, nous sommes dans une société totalement fracturée.
06:52Il n'y a plus aujourd'hui, on le sait tous, un projet national.
06:56Et donc, après le Covid, on a fait des études,
06:59toutes les religions, il y a un regain, notamment chez les jeunes.
07:02Regardez, par exemple, le dernier sondage sur la critique des religions.
07:08Personne, dans les jeunes, ne veut qu'on critique les religions.
07:11La religion est devenue, quelque part, un point de repère.
07:14Donc, moi, ce que je considère concernant l'islam,
07:17ces jeunes, aujourd'hui, bien évidemment,
07:19il ne faut pas qu'on les laisse au bord de la route.
07:21Nous devons faire ce travail.
07:23Et ce livre s'adresse d'abord à eux.
07:25C'est un moyen.
07:25C'est pour ça que je sais quelles sont les limites de ce livre.
07:28Mais en même temps, nous allons faire des podcasts,
07:31nous allons faire parler des gens.
07:32C'est-à-dire que pendant toute l'année, nous allons...
07:35Comme vous l'avez dit tout à l'heure, avant que je vienne sur le plateau,
07:38c'est vous qui avez parlé de ce livre en disant
07:39c'est un travail avec le temps long.
07:42Ce n'est pas un travail de circonstance.
07:44Je ne l'ai pas fait.
07:45C'est un travail depuis trois ans.
07:46D'ailleurs, vous parliez à l'instant de la critique de la religion
07:48qu'un homme comme Richard Malka, celui qui avait écrit
07:51« On a le droit d'emmerder Dieu », a été...
07:52Ben écoutez, j'ai fait une interview avec lui juste après.
07:54Exactement.
07:55Vous avez dialogué avec lui sur ce livre.
07:57Géraldine avait une question.
07:58Si vous avez ressenti le besoin de faire ce travail,
08:02néanmoins, c'est que vous avez une inquiétude.
08:05Oui, bien sûr.
08:05Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur ?
08:07Qu'est-ce qui vous inquiète aujourd'hui ?
08:08Ben écoutez, depuis des années, l'islam et les musulmans,
08:11aujourd'hui, regardez, écoutez, lisez.
08:14Mais aujourd'hui, nous sommes un problème.
08:16Vous croyez que ça ne me gêne pas quelque part ?
08:18C'est le fait de la République ou c'est le fait du monde ?
08:21Écoute, d'abord, c'est un problème.
08:23On ne connaît pas notre religion.
08:25La religion musulmane, aujourd'hui, on la considère comme étrangère.
08:28C'est ce qui s'est passé pour les protestants.
08:30À un moment donné, on les considérait comme des gens,
08:33la cinquième colonne, etc.
08:34Aujourd'hui, c'est notre histoire.
08:35Moi, je ne veux pas fermer les yeux et regarder ailleurs.
08:37Est-ce que les musulmans eux-mêmes connaissent suffisamment leur religion ?
08:40Non.
08:40Ce qui me frappe, c'est que sur un certain nombre de points,
08:42vous dites, mais par exemple, vous dites sur le voile,
08:44vous dites sur le voile intégral,
08:46que ça n'est absolument pas une demande de l'islam.
08:49Écoutez, j'ai été jusqu'au détail,
08:50c'est-à-dire j'ai été au niveau des ablutions, par exemple,
08:53parce que les gens, effectivement, ne connaissent pas leur religion,
08:56ne connaissent pas leur pratique.
08:58Ils prennent pour des obligations ce qui n'en est pas une.
09:00Je voudrais apporter une précision.
09:01Ce travail-là, je le fais, ici, en terre non musulmane.
09:05Je m'adresse à l'Occident, au musulman qui est en Occident.
09:08Dans les pays musulmans, c'est toute autre chose.
09:10Faire mes ablutions dans un pays musulman ne gêne personne.
09:13Je m'arrête dans un coin, je fais mes ablutions,
09:15ils savent que je suis musulmane.
09:16Vous imaginez ici l'humiliation que nous vivons à chaque fois
09:20qu'on va dans un aéroport et on trouve aux toilettes
09:22quelqu'un qui met sa jambe dans le lavabo et qui se lave les pécampes.
09:26Quand vous entrez, qu'est-ce que vous pensez de ma religion ?
09:28C'est à ces questions qu'on...
09:29Et donc, on a trouvé les solutions.
09:31Ce sont les imams eux-mêmes qui ont dit,
09:34pour les ablutions, voilà le mode d'emploi, etc.
09:37C'est quoi le ramadan ?
09:38Vous avez parlé des sujets sur le mariage, etc.
09:41On a essayé que c'est possible.
09:43Il va évoluer.
09:45J'allais dire, c'est presque le point qui me gêne le plus,
09:47je vais vous dire, parce que ça, ça m'embête.
09:49Pourquoi ?
09:50Parce que vous dites, d'un côté c'est un code de la route,
09:53mais de l'autre côté, vous dites, c'est un débat.
09:55Mais un code de la route, ce n'est pas un débat.
09:57Non.
09:57On ne débat pas des règles.
09:58Il y a des choses, attendez, parce qu'en même temps,
10:01quand vous partez de l'heure, il y a à peu près 200...
10:02Je trouve ça contradictoire.
10:04Non, non, ce n'est pas contradictoire.
10:05Il y a 200 entrées.
10:06Dans les 200 entrées, vous l'avez vous-même dit,
10:09et tout le monde le dit, il n'y a pas de clergé en islam.
10:12Les imams que j'ai réunis à la Grande Mosquée de Paris,
10:15ce sont des imams, d'abord ceux de la Grande Mosquée de Paris,
10:18qui plus ou moins reflètent mon message à moi,
10:20mais en même temps, je sais qu'il n'y a pas que ceux-là.
10:23Donc, je les ai mis autour de la table.
10:24Il y avait des imams, il y avait les musulmans de France,
10:27c'est-à-dire, c'est une organisation avec laquelle
10:30je n'ai aucune espèce de proximité sur le plan idéologique,
10:34et pourtant, ils étaient là, et nous avons écrit la même chose.
10:38Mais en même temps, je suis désolé,
10:41j'essaye de garder une certaine réserve,
10:43parce que je sais qu'on va m'attaquer en disant
10:46que je veux imposer quelque chose.
10:48Non, vous voulez dire qu'il y a dans la religion musulmane
10:51un certain nombre d'obédiences qui vont être en désaccord absolu
10:54avec ce qui est écrit dans ce livre.
10:55Déjà, depuis hier, on a commandé.
10:56Donc, pardon, la question d'Apolline est très juste.
10:59Il n'y a pas de débat.
11:00Normalement, des règles, ça ne se débat pas.
11:03Mais si.
11:03Un code de la route, ça ne se débat pas.
11:05Non, mais attendez.
11:07Je dis que c'est un code de conduite.
11:09Je n'ai pas dit que c'était le code de la route.
11:11Vous m'avez dit ça ?
11:12Vous m'avez dit ça ?
11:12Juste avant qu'on ne lève le rideau, en quelque sorte.
11:15Mais bien sûr.
11:16Mais si tout le monde s'accorde...
11:17Donc, quand vous dites qu'il y a débat,
11:18il n'y a pas eu débat avec tout le monde.
11:19On prend l'exemple du catholicisme.
11:22Aujourd'hui, nous savons que le patron de l'Église catholique,
11:26c'est le pape.
11:26Quand le pape prend une décision,
11:28elle est quand même extrêmement discutée.
11:30On l'a vu avec notamment le pape François,
11:32quand il a parlé d'homosexualité, etc.
11:34Moi, je n'ai pas du tout la prétention
11:36de me considérer comme le pape de l'islam.
11:39Loin de là.
11:39Je suis recteur de la Grande Mosquée de Paris
11:41avec mes adversaires, mes détracteurs, etc.
11:44J'essaye.
11:46C'est pour ça que je dis aujourd'hui
11:47que c'est intéressant d'avoir
11:49le plus petit dénominateur commun.
11:51Nous avons l'essentiel.
11:53J'avoue que là, vous vous mettez un peu une balle d'entrée
11:56parce qu'en disant que c'est le plus petit dénominateur commun,
11:58alors on se dit...
11:59J'ai la charte de Paris
12:01qui, elle, rappelle les grands principes.
12:04Et elle, c'est pour ça que j'ai fait le distinguo
12:06entre la charte de Paris
12:07où je rappelle les grands principes
12:10qui animent à la fois notre foi
12:12et notre citoyenneté
12:13pour rappeler qu'avant tout, je suis un citoyen.
12:16Et tout le reste,
12:17tout le reste vient en second plan.
12:19Tout le reste vient en second plan.
12:21Mais en même temps, j'essaie d'expliquer
12:22comment la famille musulmane
12:23évolue dans un cadre sécularisé,
12:27comment aujourd'hui nous abordons
12:28la liberté de conscience, etc.
12:30Ce sont des sujets qui ne sont pas à débattre.
12:33Et ça méritera, ça méritera effectivement
12:35de continuer à en discuter avec vous.
12:37Merci.
12:37Merci.
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