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  • il y a 4 semaines
En essayant d'élargir sa zone d'influence à l'ensemble du continent américain, Donald Trump renoue aujourd'hui avec la doctrine Monroe qui fait de l'Amérique latine le pré carré des États-Unis. Les menaces proférées par le président américain envers le Mexique ou la Colombie ainsi que l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro illustrent la volonté des États-Unis de mener une politique agressive et hégémonique à l'égard de leurs voisins.Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Isabelle Lasserre, journaliste au Figaro, Christophe Ventura, responsable du programme Amérique Latine et Caraïbes à l'IRIS et Kevin Parthenay, politiste spécialiste des relations internationales en Amérique latine.

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00:00:00Générique
00:00:01Bienvenue à tous, Débat Doc vous emmène aujourd'hui en Amérique du Sud pour commencer et plus particulièrement au Venezuela avec le documentaire qui suit Venezuela, la malédiction du pétrole.
00:00:28Je vous laisse tout de suite le découvrir et je vous retrouve juste après en compagnie de mes invités pour nous interroger sur la politique hégémonique menée aujourd'hui par Donald Trump sur l'ensemble du continent américain.
00:00:41Bon Doc.
00:00:44Véritable Eldorado de ressources naturelles et de pétrole, le Venezuela était l'un des pays les plus riches d'Amérique latine.
00:00:51Mais depuis quelques années, une crise économique et financière dévastatrice l'a transformée en l'un des pays les plus pauvres de la planète, le précipitant vers la banqueroute.
00:01:01Depuis 2014, plus de 4 millions de Vénézuéliens ont fui le pays.
00:01:14Cette diaspora est la plus grande du continent. Seule la Syrie la devance.
00:01:18Jamais je n'aurais imaginé devoir quitter le Venezuela, le pays où je suis née.
00:01:29J'ai 6 enfants. Ils sont là avec moi.
00:01:33Je n'avais plus rien à leur donner à manger. Plus rien.
00:01:36Le Venezuela est en train de vivre le pire scénario possible.
00:01:42Pire, ça n'existe pas.
00:01:49Après la réélection contestée de Nicolas Maduro en 2018,
00:01:53le leader de l'opposition et président de l'Assemblée nationale, Juan Guaido,
00:01:58s'autoproclame président du Venezuela.
00:02:00L'attention entre le gouvernement en place et l'opposition
00:02:07provoque une polarisation géopolitique des superpuissances.
00:02:12Tandis que les États-Unis reconnaissent Guaido,
00:02:14la Chine, la Russie et Cuba continuent de soutenir Maduro.
00:02:19C'est une guerre idéologique.
00:02:22Une bataille entre Trump qui veut rendre sa grandeur aux États-Unis
00:02:25et la Russie ainsi que la Chine qui y voit un avantage géostratégique.
00:02:28Vénézuéla est au long du XXe siècle l'un des pays les plus prospères d'Amérique latine.
00:02:59La démocratie y règne même dans une relative stabilité politique
00:03:03au cours des années 1950 et 1960, ce qui n'est pas le cas chez ses voisins.
00:03:10Dans le même temps, les compagnies pétrolières américaines commencent à forer
00:03:13et à former des ingénieurs locaux.
00:03:16Désormais fournisseurs privilégiés des États-Unis,
00:03:19le Venezuela devient l'un des membres fondateurs de l'OPEC en 1960.
00:03:22À cette époque, le pays fournit 10% de la production mondiale
00:03:28et son produit intérieur brut rivalise avec celui des États-Unis.
00:03:33Pourtant, son or noir, première richesse du pays,
00:03:36est la proie des compagnies étrangères,
00:03:38principalement américaines et britanniques, qui le contrôlent.
00:03:42Afin d'éviter cette exploitation massive de l'étranger,
00:03:44une nationalisation a lieu en 1976,
00:03:48aboutissant à la création d'une entreprise publique,
00:03:51la PDVSA.
00:03:55Dans les années 1980,
00:03:58le prix du baril de brut chute vertigineusement.
00:04:01Il représente 96% des exportations du pays.
00:04:05Le président, Carlos Perez,
00:04:07décide alors de se lancer dans une série de réformes néolibérales
00:04:11qui déboucheront sur les grandes émeutes de 1989.
00:04:15Début des années 1990,
00:04:17deux coups d'État manqués,
00:04:18suivis de la destitution,
00:04:19puis de l'arrestation de Carlos Perez,
00:04:22achèvent de placer Hugo Chavez à la tête du pays.
00:04:25Il est élu président en décembre 1998.
00:04:31Chavez arrive avec une proposition humaniste et populiste
00:04:35qui touche profondément la population.
00:04:37Il rend visibles les hommes et les femmes
00:04:42qui jusque-là étaient invisibles,
00:04:45qui jusque-là étaient oubliés.
00:04:46Juro por mi pueblo
00:04:48y juro por mi patria
00:04:50que no daré descanso a mi brazo
00:04:52ni reposo a mi alma
00:04:54en la construcción
00:04:56de un nuevo sistema político,
00:04:59de un nuevo sistema social,
00:05:03de un nuevo sistema económico.
00:05:06Juro por Cristo,
00:05:08el más grande socialista de la historia.
00:05:11Patria,
00:05:12socialismo
00:05:13o muerte.
00:05:14Lo juro.
00:05:16Chavez va mettre en place
00:05:21un certain nombre de mesures populistes
00:05:23destinées à venir en aide
00:05:25aux populations les plus vulnérables,
00:05:27mais aussi à lui faire gagner
00:05:28plus de poids et de soutien politique.
00:05:33Doté d'une personnalité débordante,
00:05:36Chavez marque des points
00:05:37chez lui et à l'étranger.
00:05:39La révolution bolivarienne
00:05:45qui l'initie comprend un vaste programme
00:05:47d'alphabétisation pour adultes,
00:05:50de relogement de la population
00:05:51et de distribution de nourriture
00:05:53à des millions de vénézuéliens.
00:05:55Elle est entièrement financée
00:05:57par les revenus du pétrole.
00:05:58Le problème,
00:06:04c'est qu'en 1998,
00:06:06lorsqu'il est élu,
00:06:07Chavez promet un nouveau modèle économique.
00:06:09Il s'y tient d'ailleurs,
00:06:11jusqu'à ce que les prix du pétrole flambent
00:06:12au début des années 2000.
00:06:14Il réoriente alors sa politique
00:06:15vers le vieux schéma stratégique
00:06:17du tout pétrole,
00:06:18une stratégie gagnante
00:06:19quand les prix sont élevés,
00:06:21mais qui ne mène à rien
00:06:21si les bénéfices perçus
00:06:23ne sont pas mis de côté
00:06:24en prévision d'une éventuelle baisse des prix.
00:06:25Donc pour moi, le drame,
00:06:27c'est que Chavez soit retombé
00:06:28dans une stratégie de dépendance
00:06:30dont le pays avait déjà fait les frais
00:06:32de nombreuses fois.
00:06:46La mort de Chavez
00:06:47et le déclin de la révolution bolivarienne
00:06:49mettent symboliquement un terme
00:06:51à deux décennies de gouvernement de gauche
00:06:53en Amérique latine.
00:06:54La fameuse vague rose.
00:06:57La fin de l'embellie pétrolière vénézuélienne
00:06:59coïncide avec l'essoufflement
00:07:01et la désillusion du chavisme
00:07:03parfaitement illustré
00:07:05par l'élection de Nicolas Maduro.
00:07:08L'héritage que Chavez laisse à Maduro
00:07:10est compliqué à gérer.
00:07:11Ce dernier doit mettre en place
00:07:13des mesures drastiques et concrètes
00:07:14afin de conserver
00:07:15certaines avancées progressistes
00:07:17de son prédécesseur.
00:07:18Nicolas Maduro est le successeur
00:07:23désigné de Chavez,
00:07:25dont il est le fidèle bras droit.
00:07:27Il a une longue carrière politique
00:07:29et a été tour à tour syndicaliste,
00:07:32garde du corps et chauffeur de bus.
00:07:37Lorsqu'il entre en fonction en avril 2013,
00:07:40avec seulement 1,6% d'avance,
00:07:43il doit affronter d'immenses défis.
00:07:44maintenir en vie
00:07:46une révolution déclinante,
00:07:47faire face aux pressions internationales
00:07:49contre son régime
00:07:50et éviter la chute amorcée de son pays.
00:07:55Tout le monde pensait
00:07:56que Maduro allait libéraliser l'économie,
00:07:59réduire les taux de change,
00:08:00les taux d'intérêt
00:08:01et faire baisser les prix.
00:08:03Mais rien de tel n'est arrivé.
00:08:062015 est une année d'élection parlementaire.
00:08:09Pour la première fois en 16 ans,
00:08:11le Parti Socialiste n'arrive pas en tête.
00:08:13et Maduro se retrouve dans l'opposition.
00:08:15« Avec ces 112,
00:08:17ils peuvent déroger
00:08:19toutes les leyes
00:08:20que leur donne la gagne.
00:08:23Avec ces 112,
00:08:24ils peuvent déroger
00:08:24tous les ressources
00:08:26que nous avons
00:08:27venu injecter
00:08:31pour les missions,
00:08:32les grandes missions,
00:08:34les objets publics,
00:08:35les vivants,
00:08:37tout. »
00:08:38Été 2017.
00:08:42Après une élection boycottée
00:08:43par l'opposition,
00:08:45Maduro convoque
00:08:46une assemblée générale
00:08:47constituante
00:08:47pour contourner le Parlement.
00:08:51Au départ créée
00:08:52pour réviser la Constitution,
00:08:54elle est un véritable Parlement parallèle
00:08:56qui dépouille
00:08:57l'Assemblée nationale
00:08:58de ses pouvoirs.
00:09:00« Ils ont achevé
00:09:02de démanteler l'État.
00:09:04Ils l'ont détruit.
00:09:05Au Venezuela,
00:09:06l'État n'existe plus.
00:09:08Lors de notre dernière conversation,
00:09:10je lui ai dit
00:09:10« Monsieur le Président,
00:09:12c'est la famine.
00:09:13Les enfants cherchent
00:09:14à manger dans les poubelles.
00:09:15Il m'a dit
00:09:16que c'était un mensonge. »
00:09:20D'après les économistes,
00:09:21le Venezuela connaît
00:09:22l'effondrement économique
00:09:23le plus important
00:09:24de ses 45 dernières années
00:09:26en temps de paix.
00:09:28Pour trouver débâcle similaire,
00:09:30il faut se tourner
00:09:30vers des pays déchirés
00:09:31par la guerre civile
00:09:32comme la Syrie.
00:09:35« Le Venezuela s'apprête
00:09:40à vivre
00:09:41la plus grande catastrophe
00:09:42économique de son histoire.
00:09:45L'économie va certainement
00:09:47chuter de 39 à 40 %
00:09:49en un an.
00:09:50D'après certaines estimations,
00:09:54l'inflation devrait atteindre
00:09:554 millions pour cent.
00:09:57Du point de vue humanitaire,
00:10:00le Venezuela va connaître
00:10:02un désastre sans précédent
00:10:03en 2019.
00:10:20« Le carton clap,
00:10:26c'est l'aide mensuelle
00:10:27du gouvernement.
00:10:31Dedans,
00:10:32il y a un litre d'huile,
00:10:33une petite bouteille de ketchup,
00:10:38trois boîtes de thon,
00:10:41un kilo de haricots noirs.
00:10:43parfois on a des lentilles aussi
00:10:47ou des pois cassés,
00:10:48ça dépend.
00:10:51Deux kilos de riz,
00:10:55de la farine,
00:10:57apparemment de maïs,
00:10:59un kilo de lait en poudre,
00:11:02un kilo de sucre,
00:11:10et trois kilos de pâtes,
00:11:11divisé en paquets de 400 grammes.
00:11:16On a droit à un carton par mois.
00:11:18Celui du mois de juin
00:11:20coûte presque 600 euros.
00:11:22Au mois de juillet,
00:11:23ce sera même 800 euros.
00:11:25On doit payer en espèces
00:11:26le 21 de chaque mois.
00:11:30Qui peut vivre ainsi ?
00:11:32En attendant un carton.
00:11:35Avec un salaire minimum mensuel
00:11:37de 40 000 bolivars,
00:11:39l'équivalent de 3 600 euros,
00:11:41la grande majorité de la population
00:11:42ne peut se permettre
00:11:43d'acheter de la nourriture
00:11:44en dehors de l'aide gouvernementale.
00:11:46900 grammes de viande
00:11:48coûtent près de la moitié
00:11:49du salaire mensuel moyen,
00:11:51soit 2 200 euros,
00:11:53et un kilo de maïs,
00:11:54environ un tiers,
00:11:55soit 1 200 euros.
00:11:59Il y a bien de la nourriture
00:12:00dans les supermarchés,
00:12:01mais ça coûte très cher.
00:12:05Si vous avez de l'argent,
00:12:06vous pouvez acheter
00:12:07ce que vous voulez,
00:12:08mais vu notre économie,
00:12:09c'est impossible.
00:12:10Il n'y a presque rien pour nous.
00:12:12Les salaires sont très bas.
00:12:15On va au supermarché
00:12:16pour se balader,
00:12:17franchement.
00:12:20Tous les 3 jours,
00:12:22on a une coupure d'eau générale.
00:12:24On est dans une plaine ici
00:12:26et on n'a pas de citerne
00:12:27ni rien.
00:12:28C'est un approvisionnement direct.
00:12:30On doit régler ça.
00:12:33On a eu beaucoup de coupures
00:12:35de courant aussi
00:12:35dans tout le pays.
00:12:38Ça a fait griller mon frigo.
00:12:39Le moteur est mort.
00:12:43Il est irréparable.
00:12:47Franchement,
00:12:48si ça continue comme ça,
00:12:50ce sera pire qu'en Afrique ici.
00:12:54Les élections présidentielles
00:12:56de 2018 sont une nouvelle fois
00:12:58boycottées par l'opposition.
00:13:00Malgré un taux de participation
00:13:02extrêmement bas,
00:13:03Maduro est élu
00:13:04pour un deuxième mandat.
00:13:05Mais l'Assemblée nationale
00:13:07dénonce une fraude
00:13:08et le 5 janvier 2019
00:13:10le traite d'usurpateur.
00:13:11D'après la Constitution,
00:13:23le chef de l'État légitime
00:13:25est son président,
00:13:26Juan Guaido.
00:13:30Malgré la résolution
00:13:31de l'Assemblée,
00:13:32Maduro prend ses fonctions
00:13:34le 10 janvier 2019.
00:13:35Le 23 janvier,
00:13:46Guaido s'autoproclame
00:13:47président devant une foule
00:13:48de plusieurs centaines
00:13:49de milliers de Vénézuéliens.
00:13:51Le Vénézuéla devient
00:14:13le seul pays au monde
00:14:14avec deux parlements
00:14:15et deux présidents.
00:14:16Le discours de Juan Guaido
00:14:21a été très courageux.
00:14:24Il a exhorté
00:14:25les forces politiques
00:14:26et sociales
00:14:27à former un grand
00:14:28front commun d'opposition.
00:14:31Ce front lutterait
00:14:33pour la démocratie
00:14:34et la liberté.
00:14:37Mais la situation
00:14:38s'envenime
00:14:39et au mois de février,
00:14:41le peuple descend
00:14:41à nouveau dans la rue
00:14:42exigeant que Maduro
00:14:44se retire une fois pour toutes.
00:14:45Les émeutes font
00:14:47285 blessés
00:14:48et 14 morts.
00:14:50En dépit de la crise
00:15:20économique,
00:15:21une grande partie
00:15:21de la population,
00:15:22surtout dans les quartiers
00:15:23les plus pauvres,
00:15:24continuent de croire
00:15:25aux idéaux
00:15:26de la révolution bolivarienne.
00:15:30Être révolutionnaire,
00:15:31c'est être du côté
00:15:32du peuple
00:15:32et des droits de l'homme.
00:15:34Croire en l'amour,
00:15:35la paix,
00:15:36croire qu'il existe
00:15:36un modèle différent
00:15:37de celui du capitalisme sauvage
00:15:39qui finira par détruire
00:15:40notre planète.
00:15:41« Être révolutionnaire,
00:15:46c'est citer Salvador Allende.
00:15:48Être jeune
00:15:48et ne pas être révolutionnaire,
00:15:50c'est une contradiction
00:15:51quasi-biologique. »
00:15:53Ton frère,
00:16:04ton père et moi,
00:16:05on habite ici.
00:16:08Toi, tu ne fais que passer.
00:16:09Et qui est le seul
00:16:10pro-gouvernement ?
00:16:12Toi.
00:16:12Oui, moi.
00:16:14Et alors,
00:16:14quel est le problème ?
00:16:15Tu crois quoi ?
00:16:16Qu'on est fou ou aveugle ?
00:16:18Mais non,
00:16:19vous avez vos points de vue.
00:16:20Tout n'est pas acheté.
00:16:22La famille de Ricardo
00:16:23vivait dans un quartier
00:16:24de classe moyenne
00:16:25à Caracas
00:16:26avant de devoir déménager
00:16:27à Petare,
00:16:28un quartier extrêmement dangereux.
00:16:31Depuis que son père
00:16:32a perdu son travail,
00:16:33ils ont du mal
00:16:34à manger à leur faim.
00:16:35« Je respecte ton choix politique.
00:16:39Mais c'est mon devoir de mère
00:16:41de te dire
00:16:41que tu fais fausse route.
00:16:43De nombreux enfants décèdent.
00:16:45Beaucoup de personnes âgées aussi.
00:16:47Parce qu'ils meurent de faim
00:16:48ou ne peuvent plus se soigner. »
00:16:50« Maman,
00:16:51tu as le droit
00:16:52de ne pas aimer
00:16:53ni le président
00:16:53ni Chavez.
00:16:55De ne pas aimer
00:16:55la révolution non plus.
00:16:57On peut avoir
00:16:58des divergences politiques,
00:16:59mais il faut savoir
00:17:00identifier le vrai coupable.
00:17:03Je parle des dirigeants
00:17:04qui, en toute impunité,
00:17:05imposent des sanctions économiques,
00:17:07des embargos,
00:17:09ceux qui attaquent
00:17:09notre économie
00:17:10et qui mettent
00:17:10des bâtons dans les roues
00:17:11au peuple
00:17:12pour l'empêcher
00:17:13d'avoir accès
00:17:13au minimum vital. »
00:17:16Ces quatre dernières années,
00:17:31la crise s'est renforcée
00:17:32à cause d'un embargo
00:17:33économique croissant
00:17:34de la part des États-Unis.
00:17:35Sous Obama,
00:17:39les États-Unis ont commencé
00:17:40à imposer
00:17:41des sanctions
00:17:41au Venezuela.
00:17:43Elles étaient très ciblées
00:17:44et visaient
00:17:45certaines personnes
00:17:46bien particulières.
00:17:48Trump a renforcé
00:17:48l'embargo
00:17:49et élargit
00:17:50ses sanctions
00:17:50au secteur financier.
00:17:52Mais depuis janvier 2019,
00:17:54elle touche
00:17:54les secteurs
00:17:55de l'énergie
00:17:55et du pétrole.
00:17:56Depuis 1823,
00:18:16Washington s'est octroyé
00:18:17le droit d'intervenir
00:18:18en Amérique latine
00:18:19des centaines de fois.
00:18:21La stratégie de Trump
00:18:25à l'égard du Venezuela
00:18:27ne dévie pas
00:18:27de la stratégie
00:18:28américaine habituelle.
00:18:30On choisit un adversaire,
00:18:31en l'occurrence
00:18:32le Venezuela,
00:18:33et on exerce
00:18:34une pression maximale
00:18:35sur lui
00:18:36en l'étouffant
00:18:37de sanctions,
00:18:38y compris en le menaçant
00:18:39d'intervenir militairement.
00:18:40L'administration
00:18:41assène ensuite
00:18:42que toutes les options
00:18:43sont sur la table.
00:18:45Autrement dit,
00:18:45une intervention militaire
00:18:46est possible.
00:18:47Leur stratégie
00:19:01est on ne peut plus simple.
00:19:02On fait pression,
00:19:03on promet un meilleur avenir
00:19:05et on pose les conditions
00:19:06pour y arriver.
00:19:07Le souci,
00:19:08c'est que peu importe
00:19:09où les États-Unis
00:19:10ont essayé
00:19:10d'imposer leur approche,
00:19:12au Venezuela,
00:19:13en Corée du Nord,
00:19:14en Iran ou en Palestine,
00:19:15cela n'a jamais abouti.
00:19:17Nous avons des tonnes
00:19:19de preuves
00:19:19que les sanctions
00:19:20internationales
00:19:21ne fonctionnent pas.
00:19:23Les études
00:19:23les plus récentes
00:19:24sur le sujet
00:19:25parlent de 4%
00:19:26des cas
00:19:26où cela aboutit.
00:19:28Prenez la Libye,
00:19:30l'Irak,
00:19:31Chypre ou Cuba,
00:19:32ça n'a absolument
00:19:33rien donné.
00:19:36C'est catastrophique
00:19:37pour le Venezuela
00:19:37et révélateur
00:19:39d'une grande faiblesse
00:19:40des Américains.
00:19:43La crise au Venezuela
00:19:44ne date pas d'hier,
00:19:45mais l'escalade récente
00:19:47des sanctions économiques
00:19:48empêche le pays
00:19:49d'opérer sur les marchés
00:19:50financiers mondiaux,
00:19:52de rembourser ses dettes,
00:19:53de vendre son pétrole
00:19:54à l'international
00:19:55ou de récupérer son or
00:19:57placé dans des banques étrangères.
00:19:58Sans guerre économique,
00:20:05sans embargo financier
00:20:07et surtout sans sanctions,
00:20:09vous n'auriez pas ce problème.
00:20:13Laissez le Venezuela
00:20:15acheter et vendre
00:20:16comme n'importe quel autre pays
00:20:18et déjà,
00:20:20ça ira bien mieux.
00:20:22Mais tant que ces sanctions
00:20:23l'entravent,
00:20:24ni les banques
00:20:25ni les investisseurs
00:20:26ne prendront de risque.
00:20:27et ils iront
00:20:29investir ailleurs.
00:20:29D'après un rapport
00:20:43rédigé par les économistes
00:20:44américains,
00:20:45Mark Weisbrot
00:20:46et Jeffrey Sachs,
00:20:48les sanctions
00:20:48ont plus durement touché
00:20:49la population civile
00:20:51que le gouvernement.
00:20:51Entre 2017 et 2018,
00:20:58la mortalité a augmenté
00:20:59de 31 %,
00:21:00soit 40 000 décès supplémentaires
00:21:02et plus de 300 000 personnes
00:21:04seraient en danger
00:21:05à cause du manque
00:21:06de médicaments
00:21:07ou de traitements adéquats.
00:21:10Ces données se rapprochent
00:21:12de ce que la Convention de Genève
00:21:13appelle
00:21:14peine collective.
00:21:15« Ce que l'on voit ici,
00:21:26c'est la stratégie
00:21:27de la ville assiégée.
00:21:29Comme au Moyen-Âge,
00:21:31quand on faisait mourir
00:21:32de faim la population.
00:21:35Le but du système
00:21:36de sanctions américain
00:21:37est de mettre
00:21:38tout le pays à genoux.
00:21:39Le but,
00:21:43c'est d'affamer
00:21:44les Vénézuéliens
00:21:45et ainsi de provoquer
00:21:47un chaos
00:21:47pour que le peuple
00:21:48se révolte
00:21:49contre Maduro. »
00:21:53« On n'a pas le droit
00:22:08de refuser à un pays
00:22:09l'accès aux produits
00:22:10alimentaires de base.
00:22:13Malheureusement,
00:22:14c'est la situation
00:22:15que subit le Venezuela.
00:22:17Le gouvernement
00:22:17s'est peut-être fourvoyé
00:22:19et ne fait peut-être
00:22:19pas ce qu'il faut,
00:22:21mais il reste un gouvernement.
00:22:23Et en tant que tel,
00:22:24il a le droit
00:22:24de venir en aide
00:22:25à sa population.
00:22:26d'assister
00:22:27les propres citoyens.
00:22:284 millions de Vénézuéliens
00:22:43ont déjà fui le pays.
00:22:45Ils seront 5 millions
00:22:46d'ici la fin de l'année.
00:22:48Selon le Haut Commissariat
00:22:49des Nations Unies
00:22:50pour les réfugiés,
00:22:51ce chiffre équivaut
00:22:52à celui de la Syrie
00:22:53après 8 ans de guerre.
00:22:54« J'ai 19 ans.
00:22:59On est venu
00:22:59à Maïkao
00:23:00en quête
00:23:00d'un meilleur avenir.
00:23:02Là d'où on vient,
00:23:03c'est le chaos.
00:23:05Les salaires
00:23:05permettent à peine
00:23:06de s'acheter
00:23:06de la farine,
00:23:07mais rien de plus.
00:23:09On ne peut se payer
00:23:09ni riz,
00:23:10ni sucre,
00:23:11ni rien d'autre.
00:23:13Ici,
00:23:13on pensait trouver
00:23:14un travail,
00:23:15peut-être même
00:23:15louer une maison.
00:23:16Mais on est tombés
00:23:17de haut.
00:23:17nous sommes déjà
00:23:19trop nombreux ici.
00:23:21C'est comme si
00:23:21on vivait dans la rue.
00:23:25Cette initiative
00:23:29est le fruit
00:23:30d'une collaboration
00:23:30avec le gouvernement.
00:23:33Le but était
00:23:34de créer
00:23:34un lieu sûr
00:23:35pour tous ceux
00:23:36qui dormaient
00:23:36dans la rue auparavant.
00:23:39Il se destine
00:23:40à tous les gens vulnérables.
00:23:42Enfants,
00:23:42personnes âgées,
00:23:44femmes enceintes
00:23:45ou femmes seules
00:23:45avec une famille.
00:23:47Ils peuvent rester ici
00:23:50dans notre centre
00:23:51de transit
00:23:51comme on l'appelle
00:23:52et recevoir
00:23:54trois repas par jour
00:23:55et les premiers soins.
00:24:12Les gens cherchent
00:24:13à manger dans la rue.
00:24:14Les enfants mendient
00:24:15et sont sales
00:24:15des pieds à la tête.
00:24:16Pas besoin
00:24:17d'aller chercher
00:24:18bien loin.
00:24:19C'est le cas
00:24:19à Maracaibo,
00:24:20par exemple.
00:24:21Ils se baignent
00:24:22dans le lac
00:24:22qui est super pollué.
00:24:24Ils boivent
00:24:24de l'eau non potable
00:24:25et se nourrissent
00:24:26de ce qu'ils trouvent
00:24:27dans les poubelles.
00:24:35On a des soucis
00:24:36d'électricité aussi.
00:24:38À chaque grosse coupure,
00:24:39il y a plein de morts.
00:24:41Les hôpitaux
00:24:41n'ont pas de groupe électrogène.
00:24:43Aucun n'en a.
00:24:44J'ai accouché
00:24:46dans un hôpital
00:24:47sans électricité
00:24:48à 20h.
00:24:49Mais heureusement,
00:24:50c'était par voie naturelle.
00:24:51Les médecins m'avaient demandé
00:24:52d'apporter une lampe torche
00:24:54pour pouvoir m'éclairer.
00:24:55Au départ,
00:24:56ils ne voulaient pas m'accoucher.
00:24:57C'était trop dangereux
00:24:58sans électricité.
00:24:59Mais finalement,
00:25:00ils se sont occupés de moi
00:25:00et tout s'est bien passé.
00:25:02Le président Nicolas Maduro
00:25:10est seul responsable
00:25:11de cette situation.
00:25:14C'est lui
00:25:15le coupable de tout ça.
00:25:23La seule solution,
00:25:26et je le souhaite
00:25:26de tout mon cœur,
00:25:28c'est qu'il démissionne.
00:25:28On devrait l'enfermer
00:25:31dans une pièce
00:25:32avec un sachet
00:25:32de pois cassés,
00:25:33un paquet de riz germé
00:25:35et du manioc
00:25:35immangeable,
00:25:36comme il nous en fait parvenir.
00:25:38À boire,
00:25:39on lui donnera
00:25:39de l'eau salée
00:25:40ou polluée
00:25:41parce qu'on n'a pas
00:25:42d'eau potable non plus.
00:25:43Les canalisations
00:25:44sont trop pourries.
00:25:45Il aurait droit
00:25:46à une plaque électrique aussi,
00:25:47mais on lui couperait
00:25:48le courant
00:25:48toutes les 5 minutes.
00:25:4930 ans après la chute
00:26:03du mur de Berlin,
00:26:05le Venezuela
00:26:05se retrouve au cœur
00:26:06d'un combat politique
00:26:07que l'on croyait oublié.
00:26:09Quand Juan Guaido
00:26:10s'est autoproclamé
00:26:11président par intérim,
00:26:13les États-Unis
00:26:14l'ont reconnu immédiatement
00:26:15et la crise vénézuélienne
00:26:17est devenue internationale.
00:26:18Même si le Venezuela
00:26:23n'est pas une nouvelle version
00:26:25de Cuba
00:26:25et que la Russie
00:26:26n'est plus l'URSS
00:26:27d'autrefois,
00:26:28la nature même
00:26:29de cette polarisation
00:26:30géopolitique
00:26:31rappelle fortement
00:26:32la guerre froide.
00:26:34Nous voulons assurer
00:26:35que les ressources
00:26:36que les gens vénézuéliennes
00:26:37vont avoir besoin
00:26:39après que le Maduro
00:26:41partent.
00:26:42Nous voulons assurer
00:26:42que ces ressources
00:26:43sont disponibles
00:26:43pour les gens vénézuéliennes
00:26:44et ne sont pas
00:26:45envoyées à Cuba
00:26:46ou à la Russie
00:26:47ou à l'Iran.
00:26:48La dimension la plus importante
00:26:52de la crise vénézuélienne
00:26:53est son caractère
00:26:55géopolitique
00:26:55ultra sensible.
00:26:58Nous vivons actuellement
00:26:58une guerre froide 2.0.
00:27:00Cette nouvelle rivalité
00:27:03États-Unis-Russie
00:27:04fait du Venezuela
00:27:05la pomme de discorde
00:27:07entre les deux superpuissances.
00:27:0850 pays dont les États-Unis,
00:27:14le Canada,
00:27:14une grande partie
00:27:15de l'Europe
00:27:15et de l'Amérique latine
00:27:16ont reconnu Guaido
00:27:18comme président.
00:27:19La Chine,
00:27:20la Russie,
00:27:21Cuba,
00:27:22l'Iran
00:27:22et la Turquie
00:27:23en revanche
00:27:23soutiennent toujours
00:27:24Maduro.
00:27:25La colonne vertébrale
00:27:29du soutien de Maduro
00:27:30s'articule autour
00:27:31de trois pays.
00:27:33La Russie,
00:27:34qui vend des armes
00:27:34au Venezuela
00:27:35et qui a dépêché
00:27:36des experts sur place,
00:27:38même si leur rôle
00:27:39reste encore assez obscur.
00:27:40La Chine,
00:27:41qui y a des intérêts économiques
00:27:42et a passé des accords
00:27:43d'abord avec Chavez,
00:27:45puis avec Maduro.
00:27:46Et Cuba,
00:27:47qui en contrepartie
00:27:47d'exportation de pétrole
00:27:49a pris très bas,
00:27:50voire gratuite,
00:27:51a envoyé médecins
00:27:52et spécialistes de la santé.
00:27:53Mais d'après l'administration
00:27:55américaine,
00:27:56l'aide ne s'est pas arrêtée là
00:27:58et des conseillers militaires
00:27:59ou de la sécurité
00:28:00ont aussi mis un pied
00:28:02dans le pays.
00:28:04Tout porte à croire
00:28:07que des milliers d'agents cubains
00:28:08sont actuellement
00:28:09au Venezuela.
00:28:11C'est une des raisons
00:28:12qui expliquent
00:28:13comment Maduro
00:28:14arrive encore
00:28:14à contrôler l'armée.
00:28:16Je pense que
00:28:16le point clé ici
00:28:18est que
00:28:19si cette soirée,
00:28:2120 000 à 25 000
00:28:22cubains
00:28:22ont resté au Venezuela
00:28:23je pense que
00:28:24Maduro
00:28:24se fasse à la nuit.
00:28:28Même si Moscou
00:28:29vient d'accepter
00:28:30un rééchelonnement
00:28:31de 3,5 milliards
00:28:32de dollars
00:28:33de dettes
00:28:33du Venezuela,
00:28:35l'intérêt russe
00:28:36n'est pas qu'économique.
00:28:38La présence
00:28:41de la Russie
00:28:42au Venezuela
00:28:43est un moyen
00:28:44de pression supplémentaire
00:28:45sur Washington
00:28:45afin d'en tirer
00:28:47certains bénéfices.
00:28:49peut-être
00:28:51peut-être
00:28:52vis-à-vis
00:28:53de la crise
00:28:53en Ukraine
00:28:54peut-être
00:28:55pour la Crimée
00:28:56ce qui est sûr
00:28:58c'est que
00:28:58Poutine ne lâchera
00:28:59pas le Venezuela
00:28:59car il a bien
00:29:01conscience
00:29:01que c'est un enjeu
00:29:02pour les Etats-Unis
00:29:03donc il remettra
00:29:06ça sur le tapis
00:29:07dans toutes
00:29:07ses futures discussions
00:29:08avec les Américains.
00:29:12Il ne faut pas
00:29:13négliger
00:29:14un autre acteur
00:29:15majeur
00:29:15la Chine
00:29:16dont le rôle
00:29:17en Amérique latine
00:29:18gagne en puissance
00:29:19depuis 2001.
00:29:20La Chine a investi
00:29:45massivement
00:29:46au Venezuela
00:29:47donc
00:29:48un changement
00:29:49de régime
00:29:49aurait des conséquences
00:29:51sur l'investissement
00:29:51chinois
00:29:52et sur l'implantation
00:29:53des entreprises.
00:29:55Si un nouveau gouvernement
00:29:56choisissait le camp
00:29:57des Etats-Unis
00:29:57les accords existants
00:29:59deviendraient tout de suite
00:30:00caduques.
00:30:02Du coup
00:30:03le gouvernement
00:30:04actuel d'opposition
00:30:05ou gouvernement
00:30:06par intérim
00:30:06essaie aussi
00:30:07de tisser des liens
00:30:08avec la Chine
00:30:09car les Etats-Unis
00:30:10n'arriveront peut-être
00:30:11pas à stabiliser
00:30:12le pays
00:30:12vu l'aide financière
00:30:14que Pékin
00:30:14déploie actuellement.
00:30:15Le Venezuela
00:30:17a une dette
00:30:20d'environ 20 milliards
00:30:21de dollars
00:30:22envers la Chine
00:30:23mais la Chine
00:30:24s'intéresse de près
00:30:25à sa production
00:30:26de pétrole
00:30:26évaluée à 830 000
00:30:28barils par jour
00:30:29cette année.
00:30:32Donc pour la Chine
00:30:33c'est bien plus
00:30:34qu'un simple enjeu
00:30:35géopolitique
00:30:36car elle pourrait
00:30:37tirer avantage
00:30:37de la situation
00:30:38dans ses relations
00:30:39avec les Etats-Unis.
00:30:41C'est un véritable
00:30:42enjeu énergétique.
00:30:43La Chine veut le pétrole
00:30:44et elle est en train
00:30:45de l'obtenir.
00:30:48Du point de vue américain
00:30:49la présence chinoise
00:30:51en Amérique latine
00:30:52qui ne cesse de croître
00:30:53depuis la crise financière
00:30:54de 2007-2008
00:30:55est une immense menace.
00:31:01Pourquoi les Etats-Unis
00:31:02veulent-ils donc
00:31:03bouter les Russes
00:31:04les Cubains
00:31:04et les Iraniens
00:31:05hors de Caracas ?
00:31:07Pourquoi le Venezuela
00:31:08est-il si important
00:31:10à leurs yeux ?
00:31:11Le Venezuela
00:31:13est important
00:31:13pour les Etats-Unis
00:31:14parce que les Américains
00:31:15sont perçus
00:31:16comme défenseurs
00:31:17d'une importante
00:31:17zone d'influence
00:31:18évitant par là même
00:31:20un dangereux effet domino
00:31:21dans la région.
00:31:22Cela fait 70 ans
00:31:24que les Etats-Unis
00:31:24essaient d'étouffer
00:31:25tout régime socialiste
00:31:27ou communiste
00:31:27et ses résurgences
00:31:28chez ses voisins du Sud.
00:31:30C'est donc important
00:31:31pour les Etats-Unis
00:31:32qui ne peuvent ni reculer
00:31:33sur leurs positions idéologiques
00:31:34et encore moins
00:31:35sur leurs intérêts énergétiques.
00:31:37Le Venezuela est victime
00:31:41de deux malédictions.
00:31:43La première,
00:31:44le pétrole
00:31:44et la seconde,
00:31:46sa proximité géographique
00:31:47avec les Etats-Unis.
00:31:50En somme,
00:31:50le Venezuela est victime
00:31:51de la doctrine de Monroe.
00:31:53Cette doctrine octroie
00:31:54aux Etats-Unis
00:31:55un pouvoir absolu
00:31:56sur les gouvernements,
00:31:57les relations
00:31:58et les peuples
00:31:59qui font partie
00:31:59de sa sphère d'influence.
00:32:00La doctrine de Monroe
00:32:06tire son nom
00:32:07du cinquième président américain,
00:32:09James Monroe,
00:32:10fervent opposant
00:32:11au colonialisme européen
00:32:12sur le continent américain
00:32:14en 1823.
00:32:16Depuis,
00:32:17elle est brandie
00:32:18pour justifier
00:32:18toute intervention unilatérale
00:32:20des Etats-Unis
00:32:21sur le continent.
00:32:24Donald Trump
00:32:25l'a encore récemment évoqué
00:32:26pour faire face
00:32:27à ce qu'il appelle
00:32:27la Troïka de la tyrannie,
00:32:29à savoir Cuba,
00:32:31le Nicaragua
00:32:32et le Venezuela,
00:32:33pays dans lesquels
00:32:34son administration
00:32:35aimerait voir
00:32:36le régime basculer.
00:32:55Le Venezuela
00:32:56est un atout
00:32:57non négligeable
00:32:58dans la bataille
00:32:59de Trump
00:32:59pour sa réélection.
00:33:01Environ 300 000
00:33:02Vénézuéliens
00:33:03vivent aux Etats-Unis
00:33:04et sont en droit
00:33:05de voter.
00:33:06Il constitue
00:33:06une influence de poids
00:33:07envers une communauté
00:33:08plus importante encore,
00:33:10les exilés cubains,
00:33:12qui s'avèrent être
00:33:12des électeurs
00:33:13conservateurs
00:33:13de premier ordre.
00:33:20Le drame,
00:33:21c'est qu'aucun
00:33:21de ces pays
00:33:22n'a vraiment à cœur
00:33:23de défendre
00:33:23l'intérêt du Venezuela.
00:33:25Ils ne voient
00:33:25que leur propre intérêt.
00:33:27Ces luttes
00:33:27de pouvoirs unilatéral
00:33:28complexifient encore
00:33:29la situation
00:33:30dans le pays
00:33:30et bloquent
00:33:31toute éventuelle résolution.
00:33:36La présence
00:33:37de forces cubaines,
00:33:38russes,
00:33:39de sociétés militaires
00:33:40privées américaines
00:33:41et d'autres groupes armés
00:33:42rendent le risque
00:33:44d'une escalade militaire
00:33:45peu plausible.
00:33:46D'autant que les luttes
00:33:47de pouvoir dans la région
00:33:48sont bien plus complexes
00:33:50qu'il n'y paraît.
00:33:50Une intervention militaire
00:33:56serait très contestée
00:33:57aux Etats-Unis
00:33:57et dans toute l'Amérique latine.
00:34:00Cela risquerait aussi
00:34:00de titiller les Européens
00:34:02qui jusque-là
00:34:03suivent la stratégie américaine
00:34:04pour beaucoup d'entre eux.
00:34:06Cela risquerait surtout
00:34:07de précipiter Donald Trump
00:34:08et les Etats-Unis
00:34:09dans un bourbier
00:34:10à plus long terme,
00:34:11ce que le président
00:34:12ne veut pas.
00:34:14Les superpuissances
00:34:16choisissent leur camp
00:34:17immédiatement,
00:34:18Maduro
00:34:19ou Guaido.
00:34:20En Europe,
00:34:21en revanche,
00:34:22on ne commence à débattre
00:34:23de la légitimité
00:34:24du président par intérim
00:34:25qu'à la fin du mois
00:34:27de janvier 2019.
00:34:28Beaucoup de États,
00:34:30entre eux,
00:34:30les plus importants
00:34:31latino-américains
00:34:32et les États-Unis,
00:34:34l'Australie,
00:34:35l'Canada,
00:34:36l'Israël,
00:34:36ont reconnu
00:34:37la présidence interne
00:34:38de Guaido.
00:34:39La question est
00:34:40de quoi l'Europe
00:34:41est-ce que l'Europe
00:34:42est-ce que l'Europe
00:34:42est-ce que l'Europe
00:34:42est-ce que l'Europe
00:34:44doit être résolvée
00:34:45de paixement
00:34:45et cela ne peut
00:34:46être réalisé
00:34:47par un dialogue politique.
00:34:48Les tirans
00:34:49ne convocent
00:34:50pas les élections.
00:34:51Les tirans
00:34:52ne dialoguent.
00:34:53Les tirans
00:34:53ne rectifiquent.
00:34:55Ils sont tirans,
00:34:56ils ne sont pas
00:34:56les fleurs du camp.
00:34:58La Union européenne
00:34:59pretende légitimer
00:35:00le coup
00:35:00de la Venezuela
00:35:01orchestré
00:35:02par les États-Unis
00:35:03et l'autoproclamation
00:35:04d'un fantoche
00:35:06de Trump
00:35:06pour assaltar
00:35:07le pouvoir
00:35:08et contrôler
00:35:08les riquez
00:35:09du pays.
00:35:11Huit jours
00:35:11après l'autoproclamation
00:35:12de Guaido,
00:35:14le Parlement européen
00:35:15adopte une résolution.
00:35:17Il reconnaît
00:35:17aux leaders
00:35:18de l'opposition
00:35:18vénézuélienne
00:35:19et désormais
00:35:20président par intérim
00:35:21sa légitimité
00:35:23avec 439 votes pour,
00:35:26104 contre
00:35:27et 88 abstentions.
00:35:28Malgré ces mots
00:35:46du président du Parlement,
00:35:48tous les pays européens
00:35:49ne suivent pas
00:35:49la même ligne.
00:35:51Trois pays sur 28
00:35:52n'ont pas encore
00:35:53pris position.
00:35:54Chypre,
00:35:55la Slovaquie
00:35:55et l'Italie.
00:36:00Le gouvernement
00:36:01italien
00:36:02qui a impédit
00:36:03à l'Union européenne
00:36:04d'être unite
00:36:05contre Maduro
00:36:06est de reconnaître
00:36:08Guaido
00:36:09comme président
00:36:10à l'intérieur
00:36:10de la Venezuela.
00:36:13Et elle
00:36:14le sait bien
00:36:15parce que
00:36:15elle est sous
00:36:16la pression
00:36:17du Kremlin,
00:36:19sous la pression
00:36:20de Putin.
00:36:21Le manque
00:36:26d'unanimité
00:36:26au sein
00:36:27de l'Union européenne
00:36:28limite son action
00:36:29en matière
00:36:30de politique étrangère.
00:36:32Toutefois,
00:36:33la haute représentante
00:36:34Federica Mogherini
00:36:35décide
00:36:36de constituer
00:36:37un groupe
00:36:37de contact
00:36:38pour le Venezuela
00:36:39basé sur
00:36:40le dialogue national
00:36:41afin de trouver
00:36:42une solution locale
00:36:43à la crise.
00:36:45Dans le même temps,
00:36:46l'Union européenne
00:36:47prononce
00:36:47un certain nombre
00:36:48de sanctions
00:36:49contre le Venezuela
00:36:50parmi lesquelles
00:36:51un embargo
00:36:52sur les armes,
00:36:53une interdiction
00:36:54de voyage
00:36:55et un gel
00:36:56des avoirs
00:36:56à l'encontre
00:36:57de 18 hauts dirigeants.
00:36:59Mais la position
00:37:00des États membres
00:37:00reste divisée.
00:37:01En cas,
00:37:03il n'y a pas
00:37:03de résultats concrètes
00:37:04des négociations
00:37:06l'Union européenne
00:37:07va plus
00:37:07expander
00:37:08ses mesures
00:37:09targetables.
00:37:10Vous n'avez pas
00:37:10de liker
00:37:11Maduro,
00:37:12mais il est élevé.
00:37:13Et vous devriez
00:37:14vous sentir
00:37:15obligé
00:37:15de aider
00:37:16les gens
00:37:16afin de
00:37:17counterer
00:37:18la brutalité
00:37:19des sanctions
00:37:20des USA,
00:37:21qui est
00:37:22portée
00:37:22le pays
00:37:22à ses pieds.
00:37:24Il n'y a
00:37:24pas de sens
00:37:25dans ces sanctions.
00:37:27C'est une nouvelle
00:37:28forme de terrorisme.
00:37:29Les mesures
00:37:30que nous avons
00:37:30sont targetables
00:37:32à des personnes
00:37:33singoles
00:37:33qui sont responsables
00:37:35des violences
00:37:37des droits humains.
00:37:38Je veux
00:37:38cela être très clair.
00:37:42L'Europe
00:37:42n'est cependant
00:37:43pas au centre
00:37:44de l'échiquier
00:37:44diplomatique
00:37:45international
00:37:46dans la crise
00:37:47vénézuélienne.
00:37:48Dans un monde
00:37:49où les superpuissances
00:37:50prônent un peu plus
00:37:51chaque jour
00:37:51une politique musclée,
00:37:53l'Europe
00:37:53aurait pu faire
00:37:54la différence
00:37:55et jouer
00:37:55un rôle constructif.
00:38:0030 avril 2019,
00:38:04à l'aube,
00:38:05le président
00:38:05par intérim
00:38:06Juan Guaido
00:38:07lance
00:38:08l'opération
00:38:08liberté,
00:38:09appelant l'armée
00:38:10à se lever
00:38:11contre Nicolas Maduro.
00:38:12L'armée a toujours
00:38:34exercé une forte
00:38:35influence
00:38:36sur la politique
00:38:37intérieure.
00:38:38Rallier l'armée
00:38:39à sa cause
00:38:39est essentiel
00:38:40pour Guaido
00:38:41qui promet
00:38:42l'amnistie
00:38:42à tous les déserteurs.
00:38:46Le premier objectif
00:38:47du coup d'État
00:38:48est de s'emparer
00:38:49de la base aérienne
00:38:50de la Carlota
00:38:50au centre de Caracas.
00:38:53Les premières échauffourées
00:38:54éclatent à 7 heures.
00:38:57Quelques heures plus tard,
00:38:58alors que manifestants
00:38:59et soldats renégats
00:39:00sont déjà dispersés,
00:39:02Guaido
00:39:02tente de motiver
00:39:03les troupes.
00:39:04Le bain de sang
00:39:23commence autour
00:39:24de midi,
00:39:25lorsqu'un véhicule
00:39:26blindé des forces
00:39:27de sécurité
00:39:27écrase au moins
00:39:28une personne.
00:39:29A la fin de la journée,
00:39:32quand le calme revient,
00:39:33le bilan fait état
00:39:34d'une centaine
00:39:35de blessés
00:39:36et de deux morts.
00:39:39Quand le soleil
00:39:39se couche,
00:39:40les rues de la capitale
00:39:41sont vides.
00:39:42Le coup d'État
00:39:43est un fiasco.
00:39:45Le putsch
00:39:46n'a pas fonctionné
00:39:47parce que les militaires
00:39:48n'ont pas déserté.
00:39:50Cela tenait plus
00:39:50du coup médiatique
00:39:51que du coup d'État
00:39:52visant à renverser
00:39:53le régime.
00:39:55C'était une véritable
00:39:56mise en scène.
00:39:56« Les États-Unis
00:40:00ont mal calculé
00:40:01leurs coûts
00:40:01et Guaido
00:40:02s'est laissé berner
00:40:03par cette mascarade. »
00:40:07« Le problème principal,
00:40:11c'est qu'il n'y a
00:40:12aucun leadership.
00:40:15Et sans leadership,
00:40:16lequel incarne
00:40:17et dirige
00:40:18toute action politique
00:40:19ou sociale,
00:40:20tout se délite.
00:40:22Aujourd'hui,
00:40:22il est clair
00:40:23que l'opposition
00:40:24manque cruellement
00:40:25de leadership.
00:40:27Le putsch raté
00:40:29de Guaido
00:40:30est aussi
00:40:31un fiasco total
00:40:32pour le renseignement
00:40:32américain
00:40:33et ses forces
00:40:34sur place.
00:40:36À Washington,
00:40:38à l'heure
00:40:38où je vous parle,
00:40:40il y a au moins
00:40:40100 personnes
00:40:41qui travaillent
00:40:41à plein temps
00:40:42contre le Venezuela.
00:40:44Ils cherchent
00:40:44partout des armes
00:40:45pour préparer
00:40:46une guerre secrète,
00:40:47une guerre économique.
00:40:49Et ils cherchent
00:40:49à mobiliser
00:40:50des mercenaires,
00:40:51à monter des sabotages
00:40:52ou des attentats
00:40:53contre les hauts fonctionnaires
00:40:54du gouvernement.
00:40:55c'est cela leur but.
00:40:59Un quart des ministères
00:41:00du gouvernement
00:41:01Maduro,
00:41:02dont celui
00:41:02de l'intérieur,
00:41:03de la défense
00:41:04et de la justice,
00:41:05sont désormais
00:41:06dirigés par des militaires.
00:41:10Chavez était le ciment
00:41:11de la révolution
00:41:12bolivarienne
00:41:13qui permettait
00:41:13de maintenir
00:41:14sa cohésion.
00:41:16Aujourd'hui,
00:41:16c'est l'armée
00:41:16qui tient ce rôle.
00:41:17Elle a d'énormes intérêts
00:41:19dans le pays
00:41:20et s'avérera
00:41:21l'acteur clé
00:41:22des décisions à venir.
00:41:26L'armée est aujourd'hui
00:41:28le pilier du Venezuela.
00:41:30La position de Maduro
00:41:32ne tient que grâce
00:41:33au soutien
00:41:33que lui apportent
00:41:34les militaires.
00:41:35L'armée a réussi
00:41:37à s'immiscer
00:41:38dans tous les secteurs
00:41:39de l'économie.
00:41:40Elle est à la tête
00:41:40de l'entreprise
00:41:41publique pétrolière,
00:41:42du secteur minier
00:41:43et de l'approvisionnement
00:41:45de nourriture.
00:41:46Elle a actuellement
00:41:47d'énormes intérêts
00:41:48économiques
00:41:48et financiers
00:41:49au Venezuela.
00:41:51Afin de conserver
00:41:54le soutien
00:41:54des forces armées,
00:41:56surtout celui
00:41:56de la garde nationale
00:41:57qui permet
00:41:58de maintenir
00:41:58le contrôle social,
00:42:00Maduro a été obligé
00:42:01de placer
00:42:02à la tête
00:42:02de l'industrie pétrolière
00:42:03des hommes
00:42:04de la garde nationale
00:42:05pour les satisfaire
00:42:06et s'assurer
00:42:07leur loyauté.
00:42:10Voilà comment
00:42:11un militaire
00:42:12devient le patron
00:42:13d'une compagnie pétrolière.
00:42:17Le Venezuela
00:42:19détient les plus grandes
00:42:20réserves de pétrole
00:42:21au monde,
00:42:22sa production
00:42:23ayant atteint
00:42:24jusqu'à 3 millions
00:42:25de barils par jour
00:42:26certaines années.
00:42:28En avril 2019,
00:42:29cependant,
00:42:30celle-ci n'est plus
00:42:31que de 830 000
00:42:32barils quotidiens
00:42:33derrière la production
00:42:34de la Colombie
00:42:35et elle pointe
00:42:36à la 22e place.
00:42:39Pour s'assurer
00:42:41la loyauté
00:42:42des forces armées,
00:42:43de police
00:42:44et de sécurité,
00:42:45le gouvernement
00:42:46ferme les yeux
00:42:47sur la corruption
00:42:48dans le secteur public.
00:42:52Donc,
00:42:53certains représentants
00:42:54de ces instances
00:42:55tirent profit
00:42:56du trafic de drogue,
00:42:57du trafic de dollars,
00:42:58de l'exploitation
00:42:59des mines illégales,
00:43:00des produits
00:43:01de contrefaçon
00:43:02avec la Colombie
00:43:03et de la contrebande
00:43:04d'essence.
00:43:05On sait aussi
00:43:06que certains membres
00:43:07des forces de sécurité
00:43:08ont versé
00:43:09dans l'extorsion
00:43:09et le kidnapping.
00:43:10Depuis 2016,
00:43:15l'armée est également
00:43:15chargée
00:43:16de la distribution
00:43:17des fameux cartons
00:43:18CLAP,
00:43:19qui signifie
00:43:19Comité locaux
00:43:21d'approvisionnement
00:43:21et de production,
00:43:23un programme
00:43:23d'aide alimentaire
00:43:24lancé par Maduro.
00:43:28Tant que les militaires
00:43:31soutiendront Maduro,
00:43:32celui-ci restera en place.
00:43:34Ils ont la belle vie
00:43:36avec lui au pouvoir.
00:43:38Ça se passe très bien
00:43:38pour eux.
00:43:39Et c'est un facteur important.
00:43:41Le reste de la population
00:43:43en bave.
00:43:44Mais les militaires
00:43:45ne meurent pas de faim.
00:43:46Ils ne sont pas ruinés
00:43:47non plus.
00:43:48Ils profitent tout bonnement
00:43:49du régime.
00:43:52Les violations
00:43:53des droits de l'homme
00:43:53et la dégradation
00:43:54de la liberté de la presse
00:43:56sont également au cœur
00:43:57des préoccupations.
00:43:59Plusieurs activistes
00:44:00et figures politiques
00:44:01sont incarcérés,
00:44:02souvent dans des conditions
00:44:03très difficiles.
00:44:06C'est le cas
00:44:06de Bilka Fernandez,
00:44:07emprisonné pour discours
00:44:09de haine
00:44:09et diffusion
00:44:10de fausses nouvelles.
00:44:12Il écope
00:44:13d'une peine de deux ans
00:44:14qu'il purge
00:44:14dans l'hélicoïde.
00:44:16Ce bâtiment
00:44:16abrite le Cébine,
00:44:18les services secrets
00:44:19vénézuéliens.
00:44:19Le premier mois
00:44:24dans l'hélicoïde,
00:44:25je l'ai passé ligoté
00:44:27dans un couloir
00:44:27rempli de rats.
00:44:31C'est là que j'ai vu
00:44:32et subi le plus
00:44:33d'atrocités.
00:44:34Je n'oublierai jamais
00:44:35qu'à mon arrivée
00:44:36au Cébine,
00:44:37le fonctionnaire
00:44:37qui m'a reçu
00:44:38m'a dit
00:44:38bienvenue en enfer.
00:44:40Je les ai vus
00:44:53pratiquer des électrocutions
00:44:55sur les testicules.
00:44:55Ils nous mettaient
00:45:03aussi un sac plastique
00:45:05sur la tête
00:45:05qu'ils fermaient
00:45:07complètement
00:45:07avec une bombe lacrymo
00:45:09dedans.
00:45:14Et en même temps,
00:45:15ils nous frappaient
00:45:15à l'estomac
00:45:16et à l'abdomen
00:45:17pour qu'on n'arrive plus
00:45:18à respirer
00:45:19et pour qu'on étouffe.
00:45:23Parfois, la nuit,
00:45:23j'entendais des cris
00:45:24de torture.
00:45:25Je les entends toujours.
00:45:34En 2018,
00:45:36Bilka est libéré
00:45:36sous la pression internationale
00:45:38et exilé au Pérou.
00:45:40Aujourd'hui,
00:45:41il œuvre comme défenseur
00:45:42des droits de l'homme
00:45:43à travers le monde.
00:45:51En juin dernier,
00:45:52le haut-commissaire
00:45:53des Nations Unies
00:45:54aux droits de l'homme,
00:45:55Michel Bachelet
00:45:56se rend à Caracas.
00:45:57Nous avons très grandes
00:45:59expectatives
00:46:00sur votre visite
00:46:00et sur votre équipe
00:46:01et nous espérons
00:46:03que ce soit
00:46:03pour le bien
00:46:04du système
00:46:05des droits de l'homme
00:46:06de la Venezuela.
00:46:06son rapport de 16 pages
00:46:25quelques jours plus tard
00:46:26était le camp.
00:46:27En 2018, plus de 5000 Vénézuéliens sont morts sous les coups des autorités.
00:46:32entre janvier et mai 2019,
00:46:36le bilan s'alourdit de 1500 personnes.
00:46:38Le régime dénonce le rapport
00:46:57et accuse le haut-commissaire
00:46:59d'être à la solde des Américains.
00:47:01Je crois que la Bachelet
00:47:02a fait un pas en falso
00:47:03à lire les uniformes
00:47:05que l'élaboraron
00:47:05et que l'éditaron
00:47:07depuis le département d'Etat.
00:47:08Malgré les controverses
00:47:27que le rapport suscite,
00:47:28plusieurs questions
00:47:29résonnent encore
00:47:30et restent sans réponse.
00:47:31Pourquoi les exactions
00:47:34commises en Arabie Saoudite
00:47:36sont acceptées
00:47:37et légitimes
00:47:37dans une région
00:47:38sans être condamnées
00:47:40par la communauté internationale
00:47:41malgré un nombre d'horreurs
00:47:43qui ne cessent de croître
00:47:44comme au Yémen ?
00:47:46L'intérêt stratégique
00:47:51prime sur l'humanitaire
00:47:52dans la politique
00:47:53des Etats-Unis.
00:47:54Ce n'est pas trahir un secret
00:47:59que dire que les Etats-Unis
00:48:00s'entendent bien
00:48:01avec certains pays
00:48:02qui malmènent leur population.
00:48:05L'Arabie Saoudite,
00:48:07l'Egypte par exemple.
00:48:09Mais stratégiquement,
00:48:10nous avons besoin de ces pays
00:48:12pour servir nos intérêts
00:48:13à grande échelle.
00:48:15Donc oui,
00:48:16la sécurité d'abord,
00:48:18l'humanitaire après.
00:48:22Ces trois dernières années,
00:48:23plusieurs tentatives de dialogue
00:48:25ont lieu entre le gouvernement
00:48:27et l'opposition.
00:48:29La dernière en date,
00:48:30sous la houlette
00:48:31de l'ex-premier ministre espagnol
00:48:32Luis Zapatero
00:48:33entre 2017 et 2018.
00:48:37En mai,
00:48:38la Norvège propose une médiation
00:48:40pour sortir de l'impasse vénézuélienne.
00:48:42Mais après quelques jours,
00:48:44c'est la rupture du dialogue.
00:48:45Nous avons une proposition
00:48:48aujourd'hui,
00:48:49le 20 de mai,
00:48:51à les opositions.
00:48:54Nous allons nous mettre
00:48:55en place
00:48:56electoralment.
00:48:58Nous allons faire élections.
00:49:01Nous allons à élections
00:49:03avancées
00:49:04de la Asamblea Nacional
00:49:05pour voir
00:49:06qui a le peuple
00:49:07a qui a les votes.
00:49:09Le président par intérim,
00:49:18Guaido,
00:49:18craint une défaite électorale,
00:49:20avec un Maduro
00:49:21toujours aux commandes
00:49:22du Conseil national électoral
00:49:23et toujours chef des armées.
00:49:29En juillet,
00:49:30la médiation reprend cette fois
00:49:32à la Barbade,
00:49:33toujours sous les auspices
00:49:34de la Norvège.
00:49:35Mais pendant la rencontre,
00:49:38les Etats-Unis
00:49:39surprennent tout le monde
00:49:40en annonçant
00:49:41de nouvelles sanctions
00:49:42contre le Venezuela.
00:49:56Après l'annonce de Bolton,
00:49:58Maduro rompt
00:49:59les négociations
00:50:00avec l'opposition
00:50:01et demande au peuple
00:50:02de descendre dans la rue.
00:50:04Alors que le gouvernement
00:50:05puis l'opposition
00:50:06quitte la table
00:50:07des négociations tour à tour,
00:50:09Guaido décide
00:50:10de mettre les choses au clair.
00:50:11Le problème de fonds
00:50:29au Venezuela
00:50:29est le même
00:50:30depuis un siècle.
00:50:31La mauvaise gestion
00:50:32de la richesse pétrolière.
00:50:35Le chavisme
00:50:36n'a rien apporté de neuf
00:50:37et dans le paysage
00:50:39politique actuel,
00:50:40ni ses héritiers
00:50:41ni ses opposants
00:50:42ne donnent de signe
00:50:43de changement de cap.
00:50:45Donc peu importe
00:50:46qui succédera à Maduro,
00:50:48si le Venezuela
00:50:49n'adopte pas
00:50:50une gestion plus raisonnée
00:50:51de son sous-sol,
00:50:53la même situation
00:50:54se reproduira
00:50:54encore et encore
00:50:56tous les 30
00:50:57ou 50 ans.
00:51:00Tout se jouera probablement
00:51:04avec les élections
00:51:04parlementaires,
00:51:06prévues à la fin
00:51:07de l'année prochaine.
00:51:09Les autres hypothèses
00:51:10me semblent peu réalistes.
00:51:14Il ne peut y avoir
00:51:14d'intervention militaire
00:51:15américaine,
00:51:16car cela mettrait en péril
00:51:17la réélection de Trump.
00:51:19Une attaque secrète
00:51:20est impossible au Venezuela,
00:51:22qui a un très bon service
00:51:23de renseignement
00:51:24et qui contrôle parfaitement
00:51:25son territoire.
00:51:29Le point le plus préoccupant,
00:51:32c'est le blocus financier.
00:51:34Il est là, le danger.
00:51:36Ni le gouvernement Maduro,
00:51:39ni le camp du président
00:51:40par intérim Juan Guaido
00:51:41n'ont été capables
00:51:42de mettre sur la table
00:51:43de solutions technocratiques.
00:51:46C'est le défi
00:51:46qui attend le Venezuela.
00:51:48Dans cette guerre politique,
00:51:50d'un côté comme de l'autre,
00:51:51c'est tout de suite
00:51:52les grands mots.
00:51:52macro-discours,
00:51:54démocratie,
00:51:55justice économique,
00:51:56etc.
00:51:58Mais la réalité,
00:51:59c'est qu'il n'y a
00:51:59aucune politique cohérente,
00:52:01aucun programme,
00:52:02aucun plan.
00:52:04L'émergence d'un dialogue
00:52:05est indispensable,
00:52:07et celui-ci ne se fera pas
00:52:08sans les États-Unis,
00:52:09ni sans tous les autres
00:52:10acteurs extérieurs,
00:52:11aujourd'hui profondément
00:52:13impliqués dans les affaires
00:52:14vénézuéliennes.
00:52:14La lutte pour le pouvoir
00:52:23est aujourd'hui
00:52:24complètement paralysée.
00:52:26Alors que les grands
00:52:27acteurs internationaux
00:52:28mènent une guerre froide
00:52:292.0 pour prendre
00:52:31le contrôle du pays,
00:52:32une catastrophe humanitaire
00:52:34se joue sous les yeux
00:52:35du monde.
00:52:37Avec pour l'instant,
00:52:38aucune solution en vue.
00:52:40Venezuela,
00:52:48la malédiction du pétrole,
00:52:50documentaire réalisé
00:52:51par Emiliano Sacchetti,
00:52:53un film qui nous rappelle
00:52:54pourquoi ce pays
00:52:55constitue un enjeu
00:52:57géopolitique majeur
00:52:58en Amérique du Sud,
00:53:00pourquoi aussi
00:53:00Donald Trump a choisi
00:53:01de mettre la main
00:53:03sur l'or noir vénézuélien.
00:53:05Plus au-delà,
00:53:06faut-il aussi y voir
00:53:08le retour d'une politique
00:53:09hégémonique des Etats-Unis
00:53:10sur le continent américain.
00:53:13Nous allons en débattre
00:53:13maintenant avec nos invités
00:53:15présents sur ce plateau
00:53:16de débats d'hoc aujourd'hui.
00:53:17Christophe Ventura
00:53:18est tout d'abord avec nous.
00:53:20Bienvenue à vous.
00:53:21Vous êtes directeur
00:53:22de recherche à l'IRIS,
00:53:23l'Institut de relations
00:53:24internationales et stratégiques,
00:53:26bien sûr,
00:53:26spécialiste de l'Amérique latine.
00:53:29Et vous êtes le co-auteur
00:53:30avec votre collègue
00:53:32chercheur Didier Billon
00:53:33de Désoccidentalisation.
00:53:37Repenser l'ordre du monde,
00:53:38c'est un ouvrage publié
00:53:39aux éditions Agone.
00:53:41Également avec nous,
00:53:42Kevin Partenay,
00:53:43bienvenue à vous.
00:53:44Vous êtes professeur
00:53:45sciences politiques,
00:53:46relations internationales
00:53:47à l'Université de Tours
00:53:49et auteur de
00:53:50Crise en Amérique latine,
00:53:52Les démocraties déracinées,
00:53:542009-2019.
00:53:56Un ouvrage disponible,
00:53:57lui,
00:53:58chez Armand Colin.
00:53:59Puis enfin,
00:53:59Isabelle Lasser est avec nous.
00:54:01Bienvenue à vous,
00:54:02Isabelle Lasser.
00:54:03Vous êtes journaliste,
00:54:04rédactrice en chef adjointe
00:54:05au service international
00:54:06du Figaro
00:54:08et auteur,
00:54:09quant à vous,
00:54:09de ce livre,
00:54:10Les fantômes de Munich,
00:54:12l'Europe face
00:54:13aux défis du monde contemporain.
00:54:16Ouvrage disponible
00:54:17chez l'Observatoire.
00:54:19Nous venons de voir ce film
00:54:20consacré au Venezuela,
00:54:23bien entendu.
00:54:24Il date un tout petit peu,
00:54:25ce film.
00:54:26Il va s'agir de le remettre à jour,
00:54:28notamment,
00:54:28notamment avec ce qui s'est passé,
00:54:30bien entendu,
00:54:30au début de ce mois de janvier,
00:54:32cette intervention américaine,
00:54:34cette exfiltration
00:54:35du président vénézuélien,
00:54:37Nicolas Maduro,
00:54:38aux Etats-Unis.
00:54:40Il sera jugé
00:54:40pour narcotrafic.
00:54:43On y reviendra peut-être
00:54:45dans un instant.
00:54:46Je tenais à vous présenter
00:54:47d'emblée ces chiffres
00:54:48concernant les principales
00:54:50réserves au monde
00:54:51de pétrole.
00:54:52Et c'est bien le Venezuela
00:54:53qui arrive en tête.
00:54:55Le Venezuela
00:54:55est le plus grand détenteur
00:54:57de pétrole au monde,
00:54:58avec 17,5%
00:55:00des réserves mondiales
00:55:01devant l'Arabie saoudite,
00:55:03le Canada,
00:55:04l'Iran et l'Irak,
00:55:05le Venezuela
00:55:05et le Canada.
00:55:06C'est très important
00:55:07à comprendre
00:55:08pour ce qui va suivre
00:55:08puisque le pétrole
00:55:10est un enjeu majeur
00:55:11et c'est bien
00:55:12le pétrole
00:55:13qui a justifié
00:55:14cette intervention américaine
00:55:16au Venezuela.
00:55:18Il ne faut peut-être pas chercher
00:55:19midi à 14h,
00:55:20si ?
00:55:21Après avoir vu ce film.
00:55:23Oui, c'est d'abord
00:55:23le pétrole,
00:55:24il n'y a pas de doute
00:55:25et derrière le pétrole,
00:55:26vous l'avez dit,
00:55:26c'est 17% des réserves mondiales,
00:55:29c'est 300 milliards
00:55:29de barils prouvés,
00:55:31certifiés,
00:55:32ce qui laisse entendre
00:55:33que peut-être
00:55:33il y en a encore plus.
00:55:34Ça, c'est les chiffres certifiés
00:55:36et puis il y a bien
00:55:37d'autres choses
00:55:37qui intéressent
00:55:38les Etats-Unis
00:55:39comme d'autres puissances
00:55:40dans le monde
00:55:40comme les Chinois
00:55:41ou les Russes
00:55:41au Venezuela.
00:55:42Il y a le gaz aussi
00:55:44qui souvent va
00:55:44avec le pétrole,
00:55:46il y a des minéraux,
00:55:47il y a de l'or,
00:55:48il y a énormément
00:55:48de choses en fait
00:55:49qui fait que le Venezuela
00:55:50est l'un des principaux
00:55:51gisements de ses ressources
00:55:52mais le Venezuela,
00:55:54c'est aussi la porte d'entrée
00:55:55pour toute la région
00:55:56pour le retour de Washington
00:55:58en Amérique latine
00:55:59puisque c'est ce qui caractérise
00:56:00l'Amérique latine,
00:56:01c'est que tous les pays
00:56:02sont des gisements
00:56:03assez incroyables,
00:56:05disons foisonnants
00:56:06si je puis dire,
00:56:07de ressources naturelles,
00:56:08de matières premières
00:56:09et de produits agricoles,
00:56:11ça vaut pour toute la région
00:56:12et c'est bien
00:56:13le premier enjeu
00:56:14de la fameuse
00:56:15doctrine Monroe
00:56:16qu'a remis au goût du jour
00:56:18Donald Trump
00:56:18dans son document
00:56:19de stratégie de sécurité nationale
00:56:21publié le 5 décembre 2025
00:56:22et qui explique bien
00:56:24que c'est d'abord ça
00:56:25que les Etats-Unis
00:56:26disons reviennent chercher
00:56:28dans ce qui est
00:56:29leur zone d'influence
00:56:30traditionnelle
00:56:31dont ils ont perdu
00:56:32le contrôle
00:56:33en tout cas
00:56:34pour la partie sud-américaine
00:56:35depuis le début
00:56:36du 21ème siècle
00:56:37à la faveur
00:56:38de la montée
00:56:39en puissance chinoise
00:56:40mais le Venezuela
00:56:41c'est pas que ça
00:56:41pour les Etats-Unis
00:56:42c'est aussi un agenda politique
00:56:44c'est aussi un pays
00:56:45qui est considéré
00:56:46comme un pays récalcitrant
00:56:47un Etat récalcitrant
00:56:48par rapport à la domination
00:56:49de Washington
00:56:50qui est considéré
00:56:52de par sa couleur politique
00:56:53de par sa couleur politique
00:56:54de par la prétention
00:56:55qu'il a eue
00:56:56d'instaurer le socialisme
00:56:58de renouer
00:56:58avec cette tradition
00:56:59ça c'est la revanche
00:57:00de Trump
00:57:00sur ce qu'a été
00:57:02la politique chavez
00:57:03suivie
00:57:04C'est 25 ans
00:57:06d'arriéré
00:57:07si je puis dire
00:57:07pour Washington
00:57:08qui viennent de se passer
00:57:10c'est les relations
00:57:11avec Cuba
00:57:11pour le Venezuela
00:57:12et c'est aussi
00:57:13encore une fois
00:57:14le pays
00:57:15qui
00:57:15disons
00:57:16incarne le plus
00:57:17dans la région
00:57:18la diversification
00:57:19des alliances stratégiques
00:57:21avec les adversaires
00:57:22de Washington
00:57:23à commencer par Pékin
00:57:24et Moscou
00:57:24puisque c'est le pays
00:57:25qui a le plus de liens
00:57:26avec ces deux-là
00:57:26pour ne pas parler
00:57:28de l'Iran
00:57:28Cuba qui se voit
00:57:30privé justement
00:57:31du pétrole
00:57:31vénézuélien
00:57:32aujourd'hui
00:57:32Cuba est dans
00:57:34une situation
00:57:34politico-sociale
00:57:36catastrophique
00:57:37en ce moment
00:57:37la doctrine Monroe
00:57:38vous l'avez citée
00:57:40ça nous ramène
00:57:40au milieu
00:57:41du 19ème siècle
00:57:42expliquez-nous
00:57:43Isabelle Lasserre
00:57:44en quoi cette doctrine
00:57:45Monroe
00:57:45vaut encore
00:57:47aujourd'hui
00:57:48et surtout
00:57:48la tonalité
00:57:49que lui donne
00:57:50Donald Trump
00:57:50aujourd'hui
00:57:51à cette fameuse doctrine
00:57:52Elle date de 1823
00:57:54et à l'origine
00:57:55la doctrine Monroe
00:57:56est faite
00:57:57pour empêcher
00:57:58l'intervention
00:57:59des pays européens
00:58:01et des colonisateurs
00:58:02européens
00:58:03après elle a été
00:58:04transformée
00:58:04modifiée
00:58:05aujourd'hui
00:58:07Donald Trump
00:58:08l'a reprise
00:58:09ce qui est
00:58:10très intéressant
00:58:11c'est que
00:58:12je pense qu'il faut
00:58:12l'opposer
00:58:13à la
00:58:13enfin la mélanger
00:58:15à la doctrine
00:58:15Brezhnev
00:58:16côté russe
00:58:18c'est-à-dire qu'on a
00:58:19et à la Chine
00:58:20on a aujourd'hui
00:58:21trois grandes puissances
00:58:24qui se réapproprient
00:58:26complètement
00:58:26leurs proches étrangers
00:58:27ou leurs zones
00:58:28d'influence
00:58:29donc la Russie
00:58:30qui veut reprendre
00:58:32toutes les anciennes
00:58:33républiques soviétiques
00:58:34et récupérer
00:58:35l'influence
00:58:36qu'elle avait
00:58:36en Europe
00:58:37en tout cas
00:58:38sur le versant
00:58:39oriental de l'Europe
00:58:40la Chine
00:58:41qui veut récupérer
00:58:42Taïwan
00:58:43et chasser
00:58:43les américains
00:58:44de la mer de Chine
00:58:45et les Etats-Unis
00:58:46qui veulent
00:58:47pour des raisons économiques
00:58:48mais aussi
00:58:49idéologiques
00:58:50se réapproprier
00:58:51leurs zones
00:58:52d'influence
00:58:53qu'ils considèrent
00:58:54comme étant naturelles
00:58:55l'Amérique latine
00:58:57entre autres
00:58:58je crois
00:59:00qu'on assiste
00:59:02à une volonté
00:59:03de la part
00:59:04de Donald Trump
00:59:04d'instaurer
00:59:05un nouveau Yalta
00:59:07mais un Yalta
00:59:08à trois
00:59:08avec ses trois
00:59:09grandes puissances
00:59:10qui feraient
00:59:11le
00:59:12tout
00:59:13qui auraient
00:59:15toute la liberté
00:59:16d'agir
00:59:16y compris
00:59:17en méprisant
00:59:19le droit international
00:59:20y compris
00:59:21en utilisant
00:59:21la violence
00:59:22sur leurs proches
00:59:24étrangers
00:59:25je crois aussi
00:59:26qu'à toutes les raisons
00:59:28on peut rajouter
00:59:30la Chine
00:59:31et la Russie
00:59:32c'est vraiment
00:59:33très intéressant
00:59:34c'est-à-dire
00:59:34évidemment
00:59:35il y a le pétrole
00:59:36mais il y a aussi
00:59:38la volonté
00:59:39de chasser
00:59:39complètement
00:59:40la Chine
00:59:40et la Russie
00:59:41de cette zone-là
00:59:43comme il y a
00:59:44la volonté
00:59:44du côté russe
00:59:45et du côté chinois
00:59:46de chasser
00:59:47les occidentaux
00:59:48et les Etats-Unis
00:59:50et c'est vrai
00:59:50que la Chine
00:59:51avait pris
00:59:51une influence
00:59:55quand même
00:59:56assez intéressante
00:59:57à chaque fois
00:59:58qu'on a
00:59:59une intervention
01:00:00militaire
01:00:01ou une menace
01:00:02de la part
01:00:03de Donald Trump
01:00:04ou un intérêt particulier
01:00:05dans un pays
01:00:06il y a
01:00:07en général
01:00:07il y a la Chine
01:00:08derrière
01:00:09c'est aussi pareil
01:00:09pour le Groenland
01:00:11alors c'est moins
01:00:12évidemment
01:00:12les Chinois
01:00:13et les Russes
01:00:13ne sont pas
01:00:14ne sont pas
01:00:16autour
01:00:18on va encercler
01:00:19le Groenland
01:00:20et c'est vrai
01:00:20qu'il y a une poussée
01:00:21chinoise
01:00:22il y a une poussée
01:00:22russe
01:00:23depuis de longues
01:00:24années
01:00:24dans l'Arctique
01:00:25et que les Etats-Unis
01:00:26avaient une position
01:00:28à rattraper
01:00:29en quelque sorte
01:00:30vis-à-vis des Chinois
01:00:31et des Russes
01:00:32il y a toujours
01:00:32la Chine quelque part
01:00:33c'est intéressant
01:00:34parce que c'est vrai
01:00:34que j'ai vu
01:00:35que le département
01:00:35d'état américain
01:00:36l'équivalent
01:00:36de le ministère
01:00:37des affaires étrangères
01:00:38avait un peu délaissé
01:00:40cette partie du monde
01:00:42notamment
01:00:43au début
01:00:45des années 2000
01:00:45c'était évidemment
01:00:46le proche
01:00:47le Moyen-Orient
01:00:47qui était la priorité
01:00:49absolue
01:00:49qui plusait
01:00:50après le 11 septembre
01:00:512001
01:00:52et en l'espace
01:00:53de deux décennies
01:00:54finalement
01:00:55ils se sont fait déborder
01:00:57notamment par
01:00:57les Chinois
01:00:59un peu aussi
01:01:00par les Russes
01:01:00ils ont réellement
01:01:02délaissé
01:01:02cette partie
01:01:05cette hégémonie
01:01:07qu'ils exerçaient
01:01:08à l'époque
01:01:08sur l'Amérique
01:01:09du Sud
01:01:10les Américains
01:01:11et c'est comme ça
01:01:12qu'effectivement
01:01:13aujourd'hui
01:01:13on peut justifier
01:01:14la politique
01:01:15mise en oeuvre
01:01:16par Donald Trump
01:01:16et son administration
01:01:17oui je crois
01:01:18que c'est relativement net
01:01:19le début
01:01:20des années 2000
01:01:21coïncide
01:01:21avec une période
01:01:22de déclin
01:01:23dans la présence
01:01:24des Etats-Unis
01:01:25dans la région
01:01:25pour plein de facteurs
01:01:26vous l'avez précisé
01:01:28il y a ce risque
01:01:29de ce qu'ils appelaient
01:01:29l'outreach
01:01:30c'est-à-dire
01:01:30d'être présent
01:01:31d'être trop présent
01:01:32sur différents fronts
01:01:33et donc
01:01:34de se fragiliser
01:01:35la préoccupation
01:01:36à cette époque-là
01:01:37est plutôt tournée
01:01:37vers le Moyen-Orient
01:01:38et donc l'Amérique latine
01:01:39ne constitue pas
01:01:39un foyer de préoccupation
01:01:41majeure
01:01:41ni pour des questions
01:01:43qui plus tard
01:01:43sont devenues importantes
01:01:45la migration
01:01:45la criminalité
01:01:47et donc on a
01:01:48beaucoup moins
01:01:49d'investissement
01:01:50dans cette région-là
01:01:51et c'est vrai que
01:01:52dans le même temps
01:01:53on voit
01:01:53l'expansion
01:01:54de la puissance chinoise
01:01:55tout à fait nettement
01:01:58depuis le début
01:01:58des années 2000
01:01:59ce qui nous ramène
01:02:00quand même à dire
01:02:00que cette présence chinoise
01:02:02elle n'est pas du tout nouvelle
01:02:03on le présente souvent
01:02:05comme étant quelque chose
01:02:05de récent
01:02:06justement
01:02:06cette idée de défier
01:02:07Washington
01:02:08c'est en réalité
01:02:10une présence
01:02:10qui s'est construite
01:02:11sur le temps
01:02:11presque long
01:02:12désormais
01:02:12puisque c'est
01:02:13début des années 2000
01:02:14mais même
01:02:14quelques années auparavant
01:02:15où on voit
01:02:16que sur le plan économique
01:02:17avec des relations informelles
01:02:18pas diplomatique officielle
01:02:19mais sur le plan économique
01:02:20et informel
01:02:21que cette présence
01:02:22s'est largement développée
01:02:24donc on peut dire
01:02:24que les Etats-Unis
01:02:25ont perdu en partie
01:02:26la main
01:02:27sur le plan commercial
01:02:29notamment
01:02:30sur le plan
01:02:30des matières premières
01:02:33etc
01:02:33à un certain moment
01:02:35de leur histoire récente
01:02:36bien sûr
01:02:37et on le voit
01:02:37d'ailleurs aujourd'hui
01:02:38c'est-à-dire que
01:02:39Trump essaye de reprendre
01:02:40la main
01:02:40sur une série de pays
01:02:41mais sur le plan
01:02:43tout à fait économique
01:02:44on voit que
01:02:44plusieurs pays de la région
01:02:45notamment des grands pays
01:02:46de la région
01:02:47comme le Brésil
01:02:47ont la Chine
01:02:48comme premier partenaire
01:02:49commercial
01:02:50aux exportations
01:02:50et aux importations
01:02:51passant devant
01:02:52les Etats-Unis
01:02:53donc on est vraiment
01:02:54dans une inversion
01:02:55de la logique
01:02:55et c'est justement
01:02:56ce qui est tout à fait
01:02:57intéressant
01:02:58dans cette convocation
01:03:00de la doctrine Monroe
01:03:02je crois qu'il y a
01:03:03un paradoxe
01:03:03derrière l'usage
01:03:04de la doctrine Monroe
01:03:05il y a du sens
01:03:06il y a le sens historique
01:03:08qu'on a rappelé
01:03:09c'est-à-dire
01:03:09mettre des puissances étrangères
01:03:10à distance
01:03:12c'est justement
01:03:12de limiter
01:03:13les menaces extérieures
01:03:14mais d'un autre côté
01:03:16on est au-delà
01:03:17de cette dimension historique
01:03:19on est au-delà de Monroe
01:03:20on est plutôt du côté
01:03:21de Roosevelt
01:03:21parce qu'il n'y a pas que ça
01:03:22il y a une volonté
01:03:23de chasser la Chine
01:03:24mais il y a aussi
01:03:25une volonté de dominer
01:03:26de reprise de domination
01:03:27quand vous dites Roosevelt
01:03:28c'est Théodore Roosevelt
01:03:29auquel vous faites référence
01:03:30la politique du gros bâton
01:03:32là on est au tout début
01:03:33du XXe siècle
01:03:34au début du XXe siècle
01:03:351904
01:03:36et donc on est au-delà
01:03:38de la définition
01:03:39de l'espace américain
01:03:40comme un espace américain
01:03:42on devient les gendarmes
01:03:44en réalité
01:03:44mais l'idée du gendarme
01:03:46exactement
01:03:46avec une représaille
01:03:48des puissances
01:03:49qui s'approcheraient
01:03:50ou voudraient
01:03:51étendre leur présence
01:03:52donc je pense qu'à tort
01:03:54on convoque aujourd'hui
01:03:55la doctrine Monroe
01:03:56on la mixe avec Donald
01:03:58pour le Donnero
01:03:59mais en fait
01:04:00sous Donald Trump
01:04:01aujourd'hui
01:04:02on est beaucoup plus proche
01:04:03de la doctrine
01:04:04Théodore Roosevelt
01:04:05qu'en réalité
01:04:07de la doctrine Monroe
01:04:07qui à l'époque
01:04:08historiquement
01:04:08était en fait
01:04:09dans une toute autre logique
01:04:10une toute autre dimension
01:04:11vous dites
01:04:12on l'appelle maintenant
01:04:12la doctrine Donnero
01:04:14évidemment
01:04:14Don comme Donald
01:04:16la doctrine Monroe
01:04:18est très importante
01:04:18mais nous l'avons dépassée
01:04:19très loin
01:04:20même dit
01:04:20l'actuel président américain
01:04:22vous souhaitiez rajouter
01:04:23oui je crois qu'il faut aussi
01:04:24rajouter
01:04:25quand on parle
01:04:25de la politique
01:04:27de Trump
01:04:27dans la région
01:04:28pour lui
01:04:30la question
01:04:30de l'immigration
01:04:31qui est absolument
01:04:33capitale
01:04:34c'est à dire
01:04:34qu'en instaurant
01:04:36des gouvernements
01:04:37qui sont favorables
01:04:39aux Etats-Unis
01:04:39à sa botte
01:04:41voire en atténuant
01:04:43les dictatures
01:04:45en Amérique du Sud
01:04:48Donald Trump
01:04:49espère
01:04:50se débarrasser
01:04:51de tous les émigrés
01:04:52d'Amérique latine
01:04:55et de les faire repartir
01:04:57et c'est aussi
01:04:58la question
01:04:59là on parle aussi
01:05:00de Cuba
01:05:01c'est à dire que
01:05:02le Venezuela
01:05:03c'est aussi une manière
01:05:04de faire tomber Cuba
01:05:05puisque Cuba
01:05:06enfin d'essayer
01:05:07de faire tomber Cuba
01:05:08bien entendu
01:05:08puisque Cuba
01:05:09est privé du pétrole
01:05:11vénézuélien
01:05:11et qu'en plus
01:05:12Donald Trump
01:05:12menace tous les pays
01:05:14qui vendraient
01:05:15du pétrole
01:05:16à Cuba
01:05:17de nouvelles taxes
01:05:19de douane
01:05:19en faisant tomber Cuba
01:05:20on fait tomber
01:05:21l'ennemi des Etats-Unis
01:05:22donc c'est une victoire
01:05:23idéologique
01:05:24et politique
01:05:25pour Donald Trump
01:05:26mais c'est aussi
01:05:27une victoire
01:05:27parce qu'on peut
01:05:28se débarrasser
01:05:29d'une partie
01:05:30des immigrés cubains
01:05:32aux Etats-Unis
01:05:33et là où ça peut
01:05:34se retourner
01:05:34complètement contre
01:05:35Donald Trump
01:05:36c'est que le pouvoir cubain
01:05:37étranglé économiquement
01:05:40en ce moment
01:05:40vraiment
01:05:41peut tout à fait
01:05:43ouvrir les vannes
01:05:44et provoquer
01:05:45une nouvelle vague
01:05:46d'immigration
01:05:47qui irait sur le sol
01:05:48américain
01:05:48mais l'immigration
01:05:49est au cœur
01:05:50de la politique
01:05:52de Donald Trump
01:05:53et surtout
01:05:53de J.D. Vance
01:05:55et de tous les conseillers
01:05:56de Donald Trump
01:05:57d'ailleurs il n'avance pas
01:05:58masqué
01:05:59Donald Trump
01:06:00dans cette
01:06:01adhésion
01:06:02pleine et entière
01:06:03et à la doctrine
01:06:05Monroe
01:06:05il veut la revisiter
01:06:07vous l'avez dit
01:06:08vous avez cité
01:06:09un document tout à l'heure
01:06:10qui est
01:06:10la stratégie
01:06:12de défense nationale
01:06:12c'est un document important
01:06:13il a été publié
01:06:14le 5 décembre dernier
01:06:15il y a 4 objectifs
01:06:18d'annoncer
01:06:18arrêter l'immigration
01:06:20et contraindre
01:06:20les pays d'origine
01:06:22voire de transit
01:06:23à réadmettre
01:06:24les personnes expulsées
01:06:25des Etats-Unis
01:06:26démanteler les circuits
01:06:27du narcotrafic
01:06:28en direction des Etats-Unis
01:06:30rééquilibrer
01:06:30les échanges commerciaux
01:06:31et enfin s'assurer
01:06:32du contrôle de ressources
01:06:34et d'infrastructures
01:06:34stratégiques
01:06:35et là on est dans le cas
01:06:36du Venezuela par exemple
01:06:37ce qui vient d'être dit
01:06:38sur l'immigration
01:06:39par exemple
01:06:39c'est très sensible
01:06:40aujourd'hui
01:06:40la pression exercée
01:06:41sur les différents
01:06:43gouvernements
01:06:44d'Amérique latine
01:06:45concernant ce fameux dossier
01:06:47de l'immigration
01:06:47pour Donald Trump
01:06:48oui effectivement
01:06:49c'est un des piliers
01:06:50de cette doctrine Monroe
01:06:52et de son corollaire Trump
01:06:53parce que Trump a aussi
01:06:54lui son corollaire désormais
01:06:56on n'a pas eu celui de Roosevelt
01:06:57mais lui-même
01:06:57dans son document de stratégie
01:06:59crée le corollaire Trump
01:07:01et effectivement
01:07:02c'est assez central
01:07:03je crois que
01:07:04qu'est-ce que c'est
01:07:04que cette politique
01:07:05pour l'Amérique latine
01:07:06et encore une fois
01:07:07le Venezuela
01:07:07c'est un peu
01:07:08l'endroit
01:07:09qui est le nœud
01:07:10en fait
01:07:11un peu de tout ça
01:07:11il fallait probablement
01:07:12commencer par là
01:07:13pour annoncer
01:07:15la nouvelle période
01:07:16qui s'ouvrait
01:07:16dans les relations
01:07:17entre Washington
01:07:18et l'Amérique latine
01:07:19il y a trois domaines
01:07:20importants
01:07:21qui sont indissociables
01:07:22le premier
01:07:23on en a déjà parlé
01:07:24c'est peut-être
01:07:25pas forcément
01:07:26la captation
01:07:28directement par Washington
01:07:29des ressources naturelles
01:07:30latino-américaines
01:07:30mais le contrôle
01:07:32de ce que font
01:07:34les latino-américains
01:07:35avec leurs ressources naturelles
01:07:36et l'idée
01:07:37que ces ressources naturelles
01:07:38doivent prioritairement
01:07:39servir les intérêts
01:07:42de l'économie américaine
01:07:43et intégrer
01:07:45ou fournir
01:07:45les chaînes de production
01:07:47et les chaînes de valeur
01:07:48de l'économie américaine
01:07:49et les Américains
01:07:52conçoivent
01:07:52que les latinos
01:07:52peuvent avoir
01:07:53encore d'autres clients
01:07:54par exemple
01:07:55ils laissent au Venezuela
01:07:56la possibilité
01:07:57de continuer
01:07:57à vendre du pétrole
01:07:58aux Chinois
01:07:58mais comment ils font
01:07:59les Américains maintenant
01:08:00grâce à leur blocus naval
01:08:01ils obligent Caracas
01:08:04à laisser
01:08:05leur commerce extérieur
01:08:06contrôlé par Washington
01:08:08ce sont
01:08:09les Américains
01:08:10qui font l'intermédiaire
01:08:11entre
01:08:11les Vénézuéliens
01:08:13et les Chinois
01:08:13pour leur vendre le pétrole
01:08:14qui en fixent le prix
01:08:15qui récupèrent l'argent
01:08:16qui prennent une com' au passage
01:08:18et qui donnent
01:08:19la partie qui va
01:08:20au gouvernement vénézuélien
01:08:21donc c'est comme ça
01:08:22qu'ils procèdent
01:08:23c'est une prise de contrôle
01:08:24sur les flux
01:08:25en fait
01:08:25économiques
01:08:26donc ça vaut
01:08:27pour toute la région
01:08:28ça c'est les ressources
01:08:29mises au service
01:08:31de l'économie américaine
01:08:32le deuxième plan
01:08:33c'est un peu
01:08:33ce qui vient d'être dit
01:08:35c'est-à-dire
01:08:36et c'est important
01:08:36de le comprendre
01:08:37comme ça
01:08:38Washington veut imposer
01:08:39à chaque gouvernement
01:08:40léto-américain
01:08:41soit par leur consentement
01:08:42soit en les obligeant
01:08:44à adopter
01:08:45dans leur
01:08:46politique nationale
01:08:48dans leur feuille de route
01:08:49gouvernementale nationale
01:08:49les priorités
01:08:51de la politique intérieure
01:08:52de Washington
01:08:53et effectivement
01:08:54c'est les questions migratoires
01:08:55et c'est aussi
01:08:56les questions de lutte
01:08:57contre le narcotrafic
01:08:58mais à la mode
01:08:59Washington
01:09:00c'est-à-dire
01:09:01une vision de la lutte
01:09:02contre le narco
01:09:03qui se résume
01:09:03à la destruction de l'offre
01:09:04on va détruire
01:09:05les producteurs
01:09:06comme ça
01:09:07il n'y aura plus
01:09:07de consommation des drogues
01:09:08ça fait 50 ans
01:09:09que ça échoue
01:09:10cette stratégie au passage
01:09:11notamment en Colombie
01:09:12partout
01:09:12mais du coup
01:09:14ça c'est le deuxième plan
01:09:16et puis le troisième
01:09:17c'est écrit dans la doctrine
01:09:18dont vous avez parlé
01:09:19c'est exclure
01:09:20ou confiner
01:09:21ou endiguer
01:09:23les puissances
01:09:24non hémisphériques
01:09:25c'est la phrase
01:09:27c'est les mots
01:09:28et là on en revient
01:09:28à la Chine notamment
01:09:29qui est visée
01:09:30qui est visée
01:09:31à chaque ligne
01:09:32sans jamais être citée
01:09:33il s'agit de les endiguer
01:09:34parce que la Chine
01:09:35est devenue
01:09:36je vous dis
01:09:37on l'a dit aussi
01:09:37le premier partenaire
01:09:38des Sud-Américains
01:09:39et le deuxième
01:09:40des autres
01:09:41c'est-à-dire Mexique
01:09:41Centra-Amérique
01:09:42et Caraïbes
01:09:43et ça ça n'existait pas
01:09:44il y a 20 ans
01:09:45même il y a 10 ans
01:09:47ça n'existait pas encore
01:09:47et c'est ça
01:09:48le grand changement
01:09:49dans l'espace régional
01:09:51latino-américain
01:09:52alors tous les coups sont bons
01:09:53pour appliquer cette doctrine
01:09:55depuis le retour
01:09:55de Don Lamprol
01:09:56à la Maison Blanche
01:09:58droit de douane
01:10:00à la hausse
01:10:01ingérence
01:10:01dans les process électoraux
01:10:03exemple
01:10:04récent
01:10:05en Argentine
01:10:07Honduras
01:10:08opération militaire
01:10:10Venezuela
01:10:11revendication
01:10:13sur le canal de Panama
01:10:14il y a aussi
01:10:15quelques mois
01:10:16tous les coups sont bons
01:10:17donnez-nous des exemples
01:10:19de pression exercée
01:10:20auprès de gouvernements
01:10:21aujourd'hui
01:10:22en Amérique latine
01:10:23pour illustrer
01:10:25cette pression
01:10:26mise aujourd'hui
01:10:27par l'administration
01:10:28Trump
01:10:28alors vous en avez précisé
01:10:30déjà quelques-uns
01:10:31il y a toute une palette
01:10:31justement
01:10:32qu'on pensait appartenir
01:10:33au passé
01:10:33le pratique impériale
01:10:35du 19e siècle
01:10:36on a aujourd'hui
01:10:37clairement des manifestations
01:10:39d'ingérence
01:10:39dans les dimensions
01:10:41les processus électoraux
01:10:42déjà
01:10:42l'Argentine
01:10:43quand Donald Trump
01:10:45fait une sortie
01:10:45en disant qu'il va octroyer
01:10:47via le FMI
01:10:47un prêt de 20 milliards
01:10:48de dollars au pays
01:10:50évidemment
01:10:50ça perturbe l'élection
01:10:52et la suite du processus
01:10:55et ça donne en partie
01:10:56sans doute la victoire
01:10:58au président argentin
01:11:01on était effectivement
01:11:02dans un contexte
01:11:03où les précédentes élections
01:11:04locales avaient été
01:11:05plutôt défavorables
01:11:06et puis les législatives
01:11:07ont donné plutôt
01:11:08un grand succès
01:11:08au président Javier Millet
01:11:10on est dans des ingérences
01:11:12de la même nature
01:11:12où on durace par exemple
01:11:13ingérences dans les processus
01:11:15judiciaires au Brésil
01:11:16quand on a vu
01:11:17le procès de Jair Bolsonaro
01:11:19l'ex-président
01:11:20avant Lula
01:11:21et puis effectivement
01:11:22vous l'avez dit
01:11:23des pressions politiques
01:11:25sur certains états
01:11:26et je crois que le cas
01:11:27d'école en la matière
01:11:28c'est Panama
01:11:28et qui reflète aussi bien
01:11:31une autre dimension
01:11:32c'est que la Chine
01:11:32ne va pas se laisser faire
01:11:33vis-à-vis de Trump
01:11:34alors à quoi ça tient ?
01:11:36ça tient précisément
01:11:37à essayer d'exercer
01:11:38une pression maximale
01:11:39sur les autorités panaméennes
01:11:40pour obtenir
01:11:42ce qu'ils souhaitent
01:11:43alors ils sont partis
01:11:43on l'a vu dès même
01:11:44la campagne de Donald Trump
01:11:46avec cette idée
01:11:47de récupérer le canal
01:11:48Trump a essayé
01:11:50de le justifier
01:11:50de différentes façons
01:11:51parce que les Etats-Unis
01:11:52ont financé beaucoup
01:11:53que beaucoup d'Américains
01:11:54sont morts
01:11:54en construisant le canal
01:11:56mais ça devait appartenir
01:11:57aux Etats-Unis
01:11:58je pense que ça
01:11:58fait partie de la stratégie
01:12:00de Bluff
01:12:00c'est-à-dire poser
01:12:01un objectif maximaliste
01:12:03pour garantir
01:12:05des succès
01:12:06minimes
01:12:07on va dire
01:12:07ou qui correspondent
01:12:08aux intérêts
01:12:09de Washington
01:12:09et ça a été une stratégie
01:12:11complètement réussie
01:12:12on a vu la possibilité
01:12:13de faire passer
01:12:14des navires militaires
01:12:15gratuitement
01:12:16sur le canal
01:12:16réinstaller des soldats
01:12:18états-uniens
01:12:19sur le sol panaméen
01:12:20et aujourd'hui
01:12:21pression sur les institutions
01:12:22judiciaires
01:12:23notamment sur la Cour suprême
01:12:24pour casser les contrats
01:12:26possédés par l'entreprise
01:12:28hongkongaise
01:12:28avec des actifs chinois
01:12:30sur les ports
01:12:31qui sont à l'entrée
01:12:31du canal
01:12:32Isabelle Lasserre
01:12:33regardez cette carte
01:12:34qu'on va vous montrer
01:12:35il s'agit des pays
01:12:36d'Amérique latine
01:12:36selon leur couleur politique
01:12:38donc en bleu ciel
01:12:42et bleu foncé
01:12:42plutôt des gouvernements
01:12:43de droite
01:12:44et d'extrême droite
01:12:44et puis un dégradé de rose
01:12:46pour les gouvernements
01:12:47plus à gauche
01:12:48jusqu'à l'extrême gauche
01:12:50que vous inspire cette carte
01:12:53sachant que par exemple
01:12:54Costa Rica
01:12:55au Pérou
01:12:55vont se tenir
01:12:56des élections présidentielles
01:12:57en février et avril
01:12:58prochains respectivement
01:13:00il va aussi y avoir
01:13:01des élections en Colombie
01:13:02où c'est un gouvernement socialiste
01:13:04et un président socialiste
01:13:06qui pour l'instant
01:13:06dirige ce pays
01:13:07mais il ne pourra pas
01:13:08se représenter ce président
01:13:09mais en revanche
01:13:10évidemment
01:13:10la Colombie
01:13:12pourrait à nouveau
01:13:13avoir un dirigeant socialiste
01:13:14à sa tête
01:13:15ce que ne souhaite absolument pas
01:13:16Trump
01:13:16et ses élections ont lieu
01:13:17a priori législatives en mars
01:13:19et les présidentielles
01:13:20en mai prochain
01:13:21autrement dit
01:13:22il faut s'attendre
01:13:22à des ingérences
01:13:23dans ces scrutins
01:13:24qui attendent ces pays
01:13:25et peut-être un commentaire
01:13:27aussi sur ces cartes
01:13:28sur lesquelles
01:13:28peut-être
01:13:29sur les pays
01:13:30sur lesquels peut déjà
01:13:31s'appuyer Trump
01:13:32pour appliquer sa politique
01:13:33aujourd'hui
01:13:34Oui alors
01:13:34ça m'inspire plusieurs choses
01:13:36la première chose
01:13:37c'est que
01:13:37l'Amérique latine
01:13:39et les ingérences
01:13:40dont vous avez parlé
01:13:41est aussi
01:13:43un laboratoire
01:13:45pour le monde
01:13:45je m'explique
01:13:47le coup de force
01:13:49contre Maduro
01:13:50au Venezuela
01:13:51aux Etats-Unis
01:13:53dans l'entourage
01:13:54de Trump
01:13:55on a caressé
01:13:56l'espoir
01:13:57que ça puisse devenir
01:13:58un modèle
01:14:00de politique étrangère
01:14:01pour par exemple
01:14:02l'Iran
01:14:03pour changer
01:14:04les gouvernements
01:14:05assez rapidement
01:14:07tout en respectant
01:14:09le programme électoral
01:14:11de Donald Trump
01:14:11qui a en partie
01:14:12été élu
01:14:12pour mettre fin
01:14:14aux guerres
01:14:15et en tout cas
01:14:15ne pas rouvrir
01:14:16de nouveaux fronts
01:14:17donc ce modèle
01:14:18vénézuélien
01:14:19qui consiste
01:14:20à envoyer des avions
01:14:21soit extraire
01:14:22un dirigeant
01:14:23soit
01:14:24mener une action
01:14:26militaire
01:14:27comme
01:14:27les Etats-Unis
01:14:28l'ont fait
01:14:29en aidant Israël
01:14:30en juin 2025
01:14:32pendant la guerre
01:14:33des 12 jours
01:14:34c'est-à-dire
01:14:34on frappe
01:14:35les installations
01:14:35nucléaires
01:14:36ça dure quelques jours
01:14:37et puis on se retire
01:14:38ça doit être
01:14:40un modèle
01:14:40côté Trump
01:14:42le problème
01:14:42c'est que ce modèle
01:14:43là il ne va sans doute
01:14:46pas marcher
01:14:46pour changer
01:14:48le régime iranien
01:14:50maintenant
01:14:50l'autre modèle
01:14:52c'est celui
01:14:53des ingérences
01:14:54dans les gouvernements
01:14:55d'Amérique du Sud
01:14:56qui est quasiment
01:14:58annoncé
01:14:59pour l'Europe
01:15:00alors on n'en est pas
01:15:01encore là
01:15:01mais quand on lit
01:15:03la revue stratégique
01:15:05de sécurité nationale
01:15:06pas celle de défense
01:15:08mais de sécurité nationale
01:15:09qui a été publiée
01:15:10il y a quelques semaines
01:15:12Donald Trump
01:15:14a des mots
01:15:15très durs
01:15:15contre l'Europe
01:15:16qui ne
01:15:17parce que
01:15:18et en fait
01:15:19il n'annonce pas
01:15:20enfin Donald Trump
01:15:21cette revue
01:15:23n'annonce pas
01:15:24un retrait
01:15:24des Etats-Unis
01:15:25d'Europe
01:15:26ni même
01:15:27un désintérêt total
01:15:28des Américains
01:15:29vis-à-vis de l'Europe
01:15:30elle annonce
01:15:31la volonté
01:15:31de transformer
01:15:32l'Europe
01:15:33les Américains
01:15:34et Donald Trump
01:15:34aimeraient que l'Europe
01:15:35ressemble aux Etats-Unis
01:15:37aujourd'hui
01:15:37ils aimeraient que
01:15:39tous les pays
01:15:39d'Europe
01:15:41deviennent
01:15:41des
01:15:42qu'il y ait
01:15:44des petits
01:15:45Orban
01:15:45dans tous les pays
01:15:46européens
01:15:47et ça
01:15:48ça annonce
01:15:49possiblement
01:15:50de l'ingérence
01:15:51ou en tout cas
01:15:51des aides
01:15:52aux partis politiques
01:15:53qui intéresseraient
01:15:54Donald Trump
01:15:55et donc
01:15:56en fait
01:15:57on peut calquer
01:15:58l'Amérique latine
01:16:00Donald Trump
01:16:01est le maître
01:16:02du monde
01:16:02en quelque sorte
01:16:03il ne veut pas
01:16:04seulement réjanter
01:16:05l'Amérique latine
01:16:05il veut aussi
01:16:06transformer l'Europe
01:16:07Sur cette carte
01:16:09que nous avons montrée
01:16:10pour réagir
01:16:11aussi à ce qui a été
01:16:12dit à l'instant
01:16:13à quoi faut-il
01:16:15s'attendre
01:16:16sur un plan
01:16:16strictement politique
01:16:17et l'influence
01:16:18des Etats-Unis
01:16:19sur ce que
01:16:21pourraient-elles
01:16:21les situations
01:16:22politiques de demain
01:16:23dans les pays
01:16:24d'Amérique latine
01:16:25La question est
01:16:26tout à fait
01:16:27urgente
01:16:28puisque l'année
01:16:282026
01:16:29qui démarre
01:16:30va être une année
01:16:31de grandes élections
01:16:32en Amérique latine
01:16:33d'ailleurs
01:16:342027 aussi
01:16:35mais pour rester
01:16:36sur cette année
01:16:36on va avoir
01:16:37vous en avez parlé
01:16:38l'élection
01:16:38costaricienne
01:16:39où la droite
01:16:41reste au pouvoir
01:16:42la colombienne
01:16:43va intervenir
01:16:43à partir de mars
01:16:44et après la présidentielle
01:16:47en mai
01:16:47et éventuellement juin
01:16:48où là par contre
01:16:49la droite
01:16:50peut revenir au pouvoir
01:16:51la Colombie
01:16:52dans l'orbite
01:16:53de Washington
01:16:53La Colombie
01:16:54où les Etats-Unis
01:16:55ont déjà
01:16:56fermé
01:16:57les robinets
01:16:57financiers
01:16:58vis-à-vis de ce pays
01:16:59de manière considérable
01:17:01Les gens qui nous écoutent
01:17:01se souviennent
01:17:02que la Colombie
01:17:03historiquement
01:17:04c'est le grand allié
01:17:06des Etats-Unis
01:17:07en Amérique du Sud
01:17:07depuis la fin
01:17:08de la seconde guerre mondiale
01:17:09c'est l'allié
01:17:11numéro 1
01:17:12de Washington
01:17:13qui là
01:17:14depuis 4 ans
01:17:15dans son histoire
01:17:16de ce pays
01:17:16c'était tout à fait inédit
01:17:18a eu un président de gauche
01:17:19pendant 4 ans
01:17:20ça n'était jamais arrivé
01:17:21dans l'histoire
01:17:21de la république colombienne
01:17:22et donc Washington
01:17:23a un peu là aussi perdu
01:17:24disons
01:17:25et ça explique
01:17:26une bonne partie
01:17:26des relations
01:17:27exécrables
01:17:28entre M. Trump
01:17:29et Gustavo Petro
01:17:30le président américain
01:17:31qui là
01:17:32s'est soldé
01:17:33par une rencontre
01:17:33à Washington
01:17:34où les choses
01:17:34vont dans le sens
01:17:35d'un apaisement
01:17:36mais aussi parce que
01:17:37Gustavo Petro
01:17:38c'est la fin de son mandat
01:17:39il ne se représentera pas
01:17:40comme vous l'avez dit
01:17:40et Trump va
01:17:41a sûrement fait tout ça
01:17:43et va sûrement continuer
01:17:45et ça m'amène
01:17:45à votre deuxième point
01:17:46effectivement
01:17:47pour s'ingérer
01:17:48dans la campagne électorale
01:17:49colombienne
01:17:50pour que des forces
01:17:51qui lui soient alignées
01:17:52gagnent dans ce pays
01:17:54et c'est ce qu'il va faire
01:17:56partout Trump
01:17:56parce qu'il y a la Colombie
01:17:58il y a le Brésil
01:17:59la première puissance régionale
01:18:00sera en élection présidentielle
01:18:02en octobre 2026
01:18:04Lula
01:18:04le président sortant
01:18:05va certainement repartir
01:18:07pour un quatrième mandat
01:18:08face probablement
01:18:09à l'aîné
01:18:10au fils aîné
01:18:11de Jair Bolsonaro
01:18:12qui est en prison
01:18:13pour tentative
01:18:14de coup d'état
01:18:14après
01:18:15contre Lula
01:18:16et donc là aussi
01:18:18le bolsonarisme
01:18:19sans Bolsonaro
01:18:20continue d'exister
01:18:21et donc Trump
01:18:22va s'ingérer
01:18:23parce qu'effectivement
01:18:24les ingérences américaines
01:18:25et de ce point de vue là
01:18:26c'est pas particulièrement
01:18:28disons
01:18:29trumpiste
01:18:29c'est pas particulièrement nouveau
01:18:31l'histoire des Etats-Unis
01:18:32ce n'est que ça
01:18:33en Amérique latine
01:18:34mais là
01:18:35il y a une radicalisation
01:18:36puis une extension
01:18:37parce que je vous dis
01:18:38en général
01:18:38le vrai cercle
01:18:39de l'influence
01:18:40c'était Mexique
01:18:41Amérique centrale
01:18:42Caraïbe
01:18:42maintenant c'est toute
01:18:43l'Amérique latine
01:18:44donc il va s'ingérer
01:18:46et il y a aujourd'hui
01:18:47une dizaine de pays
01:18:49qui sont déjà alignés
01:18:49sur lui
01:18:50et donc il a quand même
01:18:51des points d'appui
01:18:52dans cette région
01:18:52pour pouvoir continuer
01:18:54à mettre en place
01:18:55sa feuille de route
01:18:56qu'on a évoquée précédemment
01:18:57Merci
01:18:57un grand merci
01:18:58vraiment à tous les trois
01:18:59d'avoir participé
01:19:00à cette émission
01:19:01après ce documentaire
01:19:01entièrement consacré
01:19:02lui au Venezuela
01:19:04et l'intérêt
01:19:05géopolitique
01:19:06du pétrole
01:19:08pour ce pays
01:19:08on l'a bien vu
01:19:09d'ailleurs
01:19:09avec ce qui s'est passé
01:19:11en ce début d'année
01:19:11et cette intervention
01:19:12américaine
01:19:13sur place
01:19:14merci aussi à Félicité Gavalda
01:19:16Thibaut Brosset
01:19:17et qu'elle
01:19:18qui comme à l'accoutumée
01:19:18m'ont aidé
01:19:19à préparer cette émission
01:19:20prochain rendez-vous
01:19:20avec Débat Doc
01:19:21ça sera à la même place
01:19:22la même heure
01:19:23et bien sûr toujours
01:19:24avec son documentaire
01:19:25et son débat
01:19:26à très bientôt
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