00:00Avec l'invité d'ici matin, Pauline, nous parlons de cette alerte donnée par les enseignants du territoire de Belfort.
00:05Pour le syndicat SNES-FSU, le nombre de suppressions de postes pour la rentrée annoncée est alarmant.
00:1115 postes en moins d'enseignants dans les collèges, 13 dans les lycées.
00:15Ça ne passe pas selon Benoît Guyon, responsable départemental pour le SNES-FSU. Bonjour.
00:19Bonjour.
00:20Vous êtes professeur de SES en lycée. Alors expliquez-nous très concrètement,
00:24pour vous et vos collègues, ça implique quoi ces suppressions de postes annoncées ?
00:27Alors très concrètement, ce sont des heures en moins pour les élèves, des heures d'enseignement en moins.
00:31Donc on aura l'équivalent d'un poste par collège en moins à la rentrée prochaine.
00:38Ce qui veut dire des classes qui resteront très surchargées, bien au-delà de la moyenne européenne.
00:44Puisqu'on aura 26 élèves par classe dans le département, contre 21 dans l'Europe.
00:50Et ça pose des problèmes pour l'enseignement, pour eux ? Ils ont plus de mal à acquérir des connaissances ?
00:55Très clairement. Lorsqu'on a des élèves en difficulté, lorsqu'on est face à une classe plus large,
01:02on a moins le temps de s'occuper de ces élèves.
01:06Il y a des cours, des disciplines où c'est particulièrement important ?
01:10Peut-être la vôtre, sciences économiques et sociales, je pense aux langues aussi,
01:14souvent c'est là où on est en demi-groupe.
01:15Alors je dirais que toutes les disciplines vont être importantes,
01:19mais c'est vrai que supprimer des heures d'enseignement,
01:22ça va nécessairement réduire les heures en demi-groupe,
01:26ça va réduire les options, ça va réduire en fait tous les dispositifs d'accompagnement.
01:31Et nécessairement, ça va toucher les élèves les plus en difficulté.
01:36Ça marche aussi pour la santé mentale.
01:39Vous dites qu'on aura du mal à accompagner individuellement les élèves.
01:43Ça rappelle malheureusement ce drame arrivé à Sanary-sur-Mer
01:46où un adolescent de 14 ans a attaqué mardi dernier sa professeure avec un couteau.
01:50Cet élève, il a des problèmes psychologiques.
01:53Est-ce que ça participe, on va dire, d'un climat où on a moins le temps
01:58et donc on laisse ce genre de drame arriver ?
02:01Est-ce qu'on peut dire ça ou est-ce que c'est peut-être trop ?
02:04Alors clairement, on a une professeure effectivement
02:06qui est encore entre la vie et la mort suite à ce drame.
02:10Et il n'y a pas que des postes de professeurs dans les établissements.
02:14C'est toute une équipe.
02:15Ce sont des AED surveillants, ce sont des AESH,
02:19ce sont des psychologues, des CPE.
02:22Et en fait, on voit qu'en réduisant le nombre d'adultes dans les établissements,
02:28on accompagne moins bien les élèves
02:29et surtout qu'on a une jeunesse qui depuis plusieurs années va mal.
02:33tous les indicateurs de santé mentale se dégradent,
02:37en plus des indicateurs sociaux,
02:38puisque les familles, et on le voit principalement dans le territoire de Belfort,
02:43les familles se paupérisent.
02:44On a un taux de pauvreté qui est très très élevé,
02:48le plus élevé je crois depuis que l'INSEE le mesure.
02:52Donc ça veut dire que dans le territoire de Belfort,
02:53on a des défis à affronter très particuliers à ce département, à ce territoire-là ?
02:58Alors oui, clairement, on a des difficultés sociales et mentales,
03:08et on a moins d'heures, clairement.
03:10Et le gouvernement, par ce budget 2026, est dans une logique purement comptable,
03:16il fait finalement, il répercute la baisse démographique
03:20sur la baisse des moyens d'enseignement et d'encadrement.
03:24Alors expliquez-nous, parce que ça peut paraître logique,
03:25qu'il y a moins d'élèves, donc il y a moins besoin de professeurs,
03:27donc on ferme des postes.
03:28Ce n'est pas ça dans la réalité ?
03:30Alors dans la réalité, c'est que la suppression des postes
03:33va mettre en difficulté des établissements.
03:35Je prends par exemple le collège de Rougemont.
03:40Eh bien, même si le nombre d'élèves par classe va être moins élevé que la moyenne,
03:45finalement, on arrive à un plancher dans lequel vous avez plein de professeurs
03:51qui vont être obligés d'être en service dans d'autres établissements.
03:54Donc ils vont être moins présents sur place,
03:56moins présents pour les élèves, moins présents pour les encadrés.
03:58Donc même si on a un faible taux d'élèves par classe,
04:03on aura quand même un établissement qui sera en danger
04:05et qui va moins être capable d'accompagner les élèves.
04:11Oui, et typiquement pour Rougemont-Château,
04:12c'est des établissements qui ne sont pas...
04:14Lui, il n'est pas proche d'autres établissements.
04:16Il y a de la route à faire aussi.
04:17On imagine que les conditions de travail sont détériorées pour les professeurs.
04:20Alors, du côté des élèves, bien sûr, il y aura moins d'accompagnement.
04:24Et du côté des professeurs, ça veut dire des conditions de travail,
04:27encore une fois, dégradées.
04:29Je rappelle que les rémunérations sont les plus faibles
04:33à un diplôme équivalent dans la fonction publique.
04:38Je rappelle aussi que d'autres métiers de l'éducation nationale,
04:41notamment les AESH, sont précarisés.
04:43Elles sont sous le seuil de pauvreté.
04:47Donc, c'est tout un ensemble de métiers
04:49qui sont dévalorisés sur les conditions de travail,
04:53mais aussi sur les rémunérations.
04:55Et très rapidement, ça implique un climat
04:57qui est un petit peu morose, on peut dire, en ce moment,
05:00dans l'éducation nationale ?
05:01Oui, on voit très bien qu'on a du mal à recruter sur ces métiers
05:04qui sont pourtant des métiers, on va dire, essentiels à la société
05:08et qui peuvent être très intéressants
05:11et surtout qui ont du sens.
05:12Merci beaucoup, Benoît Guillon, représentant départemental
05:14pour le SNES-FSU et professeur de SES en ligne.
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