00:00La mise en scène de la passion du Christ, au-delà de parfaitement gérer son rythme en nous épuisant volontairement,
00:05offre une violence directe qui se veut pourtant bien moins insupportable que beaucoup osent l'affirmer.
00:09Mais la réputation du film étant son talon d'Achille, beaucoup viennent faire des suppositions sur ce qu'ils n'ont pas vu.
00:15Et les autres sont trop occupés à compter les coups de fouet et à y voir une sorte de prise à partie religieuse et autres blasphèmes,
00:21là où le message se veut pourtant parler à tous, croyants ou non.
00:24Et en ce qui concerne la violence graphique qui a choqué les plus fragiles, je trouve intéressant de laisser la parole à René Girard concernant ce point.
00:32J'ai des réserves au sujet du film, mais son projet fondamental, c'est-à-dire d'utiliser vraiment le cinéma pour montrer la souffrance du Christ,
00:41ça n'a jamais été fait. Mais ça a été fait en peinture.
00:45Et personne ne s'insurge aujourd'hui contre le Christ de Grunewald à Colmar,
00:51où personne ne s'insurge contre l'art espagnol en général, qui montre des Christs beaucoup plus épouvantables et effrayants que celui de Mel Gibson.
01:02Parce qu'au final, c'est là tout le paradoxe du film.
01:04C'est sa réputation désastreuse qui en fait un des films les plus rentables de l'histoire du cinéma.
01:09J'ai l'impression que celles et ceux qui se sont rendus au cinéma pour aller voir La Passion du Christ,
01:13l'ont fait comme s'ils auraient ralenti devant un accident de voiture, pour assouvir leurs besoins de violences primaires.
01:18J'ai découvert ce film à l'âge de 13 ans, et bien sûr j'ai été marqué par son parti pris visuel.
01:23Mais je me souviens surtout avoir pleuré devant, parce que je voyais était bouleversant.
01:28J'appréhendais beaucoup de le revoir, mais après avoir sauté le pas, je n'ai eu aucun regret.
01:33Car avec du recul, c'est toute la puissance de l'œuvre qui s'en est dégagée, bien au-delà des polémiques.
01:37Ça n'est pas mon film préféré de Gibson, mais c'est indéniablement celui qui restera gravé au plus profond de ma mémoire.
01:44Il est donc temps aujourd'hui de remettre La Passion du Christ à sa place d'œuvre artistique, et d'en parler comme tel.
01:50La violence y est représentée pour une raison bien particulière, qu'on peut ne pas apprécier,
01:55mais qui ne peut en aucun cas être condamnée à la seconde où celle-ci est justifiée par une vision artistique.
02:00Et croyez-moi, je pense qu'il en a fallu du courage pour sortir ce film.
02:04Parce que la violence, elle est surtout donnée par l'être humain.
02:07C'est lui qui la subit, mais c'est surtout lui qui la distribue.
02:10Que ce soit physiquement, ou à travers ses actes de trahison.
02:13Gibson va toujours surélever la violence à travers ses décors, afin de la mettre en scène comme un spectacle.
02:18Un spectacle que le peuple se réjouit de voir.
02:21Un spectacle dont il est à l'origine.
02:23On regarde avec méfiance le manoir en hauteur d'un monstre.
02:27On vient assister à la mise à mort d'une conviction que l'on ne partage pas.
02:30On vient faire l'état des lieux de la souffrance d'un homme qu'on juge encore trop faible,
02:34et on le suit dans cette souffrance.
02:36On assiste à des sacrifices avec un certain plaisir sadique,
02:39et sous prétexte d'une croyance aveuglément rassurante,
02:42on rejoint la scène de cette souffrance pour y prendre part.
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