00:00C'est sur le tournage de Pulp Fiction que Tarantino glisse à Uma son idée d'écrire un film de vengeance avec une tueuse à gages badass.
00:12Uma est emballée et lui dit que ce serait cool que le film commence avec un personnage en sang et en robe de mariée.
00:18Les deux amis continuent d'alimenter ce fantasme cinématographique durant le reste du tournage, à tel point qu'une référence y sera même faite dans le film.
00:30De nombreuses années plus tard, après avoir réalisé Jackie Brown, Tarantino décide de se pencher sérieusement sur ce projet et commence à écrire un énorme scénario de plus de 200 pages.
00:53Uma Thurman l'aide à développer le personnage de la mariée et prend une grande part de responsabilité dans le superbe développement de ce même personnage.
01:00Évidemment, l'actrice est le choix numéro 1 pour l'interpréter, mais quand tout est prêt et que la production peut commencer, celle-ci tombe enceinte.
01:07Tarantino se refuse de la remplacer et décide d'attendre.
01:10Entre temps, il lui conseille de nombreux films à regarder, la filmographie de Sergio Leone, des animés japonais, des films de Kung Fu, de Chambara, tout ce qui fera l'identité du futur diptyque.
01:19Trois mois seulement après son accouchement, Uma commence un entraînement intensif avec Yuan Wu Ping, le chorégraphe de Drunken Master, Feast of Legends, Matrix et j'en passe.
01:29Elle s'entraîne au maniement du sabre, à la maîtrise des arts martiaux, le tout durant de nombreuses heures, 6 jours sur 7, pendant de longs mois.
01:49Tarantino suit un entraînement tout aussi intensif.
01:53Il veut pouvoir interpréter le maître Païmé, mais se rend vite compte que c'est mission impossible au vu du travail démentiel qu'il l'attend en termes de réalisation.
02:01Tout est en place.
02:02Les 9 mois de tournage en Chine, au Japon, aux US et au Mexique sont calés.
02:06Uma Thurman est au top de sa forme.
02:08Tarantino aussi.
02:09Et Kill Bill va pouvoir commencer.
02:11I think Kill Bill has the same relationship with 70s grindhouse cinema that Raiders of the Lost Ark had with 1940s and the late 30s movie serials.
02:27And just the way that Steven Spielberg and George Lucas had a love for this cinema growing up.
02:34And how they took the parts of it they liked the best, their favorite parts of it, and they kind of reinvented it and made it work, not only for a new audience,
02:43but just for an audience that wasn't as familiar with it as they are, and did it the way they've always wanted to do it, by keeping all the aspects they liked.
02:49Les deux films ont une ambiance assez différente, un parti prédifférent.
02:58Dans le premier, Beatrix est une machine à tuer.
03:01Son nom est volontairement masqué car elle est seulement animée par un désir de vengeance.
03:05Le 2, lui, va justement plus se concentrer sur l'être humain.
03:08Beatrix est bien plus vulnérable, plus humaine dans ses interactions, plus fragile.
03:12Même les antagonistes sont ramenés à des statuts de simples mortels.
03:16Dans le premier film, Bill est une sorte de mythe.
03:18On ne le voit même pas.
03:19Dans le second film, on y pose enfin un visage et des motivations guidées par de simples sentiments humains.
03:24Dans le premier film, Oren est iconisé au possible, introduite via de l'animation,
03:29comme pour souligner que le personnage n'est que fiction.
03:31Dans le second film, Bud, qui est censé être au même niveau, est pourtant dépeint comme un raté,
03:35qui se fait maltraiter par son employeur et qui vit dans une caravane.
03:38Tout l'aspect mythologique qui entoure Hattori Anzo dans le volume 1, sa sagesse,
03:42tout ça est contrebalancé par la violence des mots et des gestes du maître Paimé dans le volume 2.
03:47Bref, tout ça pour dire que oui, les deux films se font suite, se complètent,
03:51mais peuvent vivre séparément, possèdent une identité propre,
03:54avec une colorimétrie très pétante dans le premier,
03:56une mise en scène rappelant le cinéma asiatique,
03:58où l'accent est mis sur l'action et le sang à outrance,
04:01mais qu'il laisse place à quelque chose de plus terne, au western,
04:04où l'action est plus mis de côté afin de mettre l'accent sur le développement des personnages
04:08et à une violence moins graphique.
04:09Quoique...
04:10Pourtant, je vais malgré tout traiter ces deux films comme un tout,
04:19puisque c'est comme un tout que cette histoire a été écrite.
04:21Et que dire de cette histoire ?
04:23Kill Bill se bonifiait avec le temps.
04:25Tarantino, au-delà d'y insérer ses références,
04:27ce qui n'est pas forcément le cœur du film, je trouve,
04:29parvient à offrir un spectacle ultra généreux,
04:32engagé, drôle, touchant.
04:34De ce mixage cinématographique,
04:36on ressort encore une fois quelque chose d'ultra personnel.
04:38Parce qu'on ressent le plaisir d'un gamin qui nous offre ce qu'il a toujours aimé voir.
04:42Comme cette incroyable scène d'action avec les Crazy 88,
04:45où la folie est le maître mot,
04:47et où on ressent tout l'amour du réalisateur pour un genre qui mérite vraiment qu'on s'y attarde.
04:51Bien sûr, ça se confirme quand la violence de cette séquence est contrebalancée avec la beauté de la suivante,
04:56où Beatrix fait enfin face à son ennemi dans un décor enneigé sublime.
05:00Masaki Kobayashi aurait été fier.
05:02Mais ces beaux et grands espaces sont remplacés par des lieux plus clos dans la seconde partie du film.
05:07Le jardin japonais qui laisse place à une caravane mytheuse,
05:10l'élégance d'une chorégraphie qui laisse place à une bagarre pure et simple,
05:13les sonorités très modernes qui laissent place à Sergio Leone.
05:16Et pourtant, cette même poésie qui subsiste.
05:19Notamment dans une séquence finale où David Carradine est fabuleux,
05:22et où Tarantino revient à ses premiers amours,
05:24les dialogues sur la pop culture,
05:26et un monologue sur Superman criant de vérité.
05:29Superman n'a devenu Superman.
05:32Pas des fusions de sang dans ce final,
05:36mais de la simplicité, du respect,
05:39une envie de ne pas aller vers une surenchère déjà bien présente dans les séquences précédentes,
05:43et donc une histoire de 4 heures parfaitement équilibrée,
05:45qui encore aujourd'hui reste un monument du cinéma,
05:48porté par une Uma Thurman née pour ce rôle.
05:50Pourtant, malgré le succès des deux films,
05:52et le regain de popularité de l'actrice,
05:54quelque chose s'est brisé entre Uma et Quentin.
05:57Quand cette scène est tournée, il ne reste que 4 jours de tournage.
06:12Tout le monde est épuisé,
06:13et l'actrice ne se sent pas de la tournée.
06:15Elle a peur, n'est pas en confiance,
06:17et demande au réalisateur d'utiliser une cascadeuse.
06:19Ce dernier refuse, prétextant vouloir du réalisme,
06:22et rassurant l'actrice sur la simplicité de la scène.
06:25Au final, à trop vouloir la perfection,
06:27et porté par un manque évident d'empathie,
06:29Quentin Tarantino a failli coûter la vie à son ami.
06:35Uma Thurman restera blessée au cou et aux genoux de façon permanente,
06:39et psychologiquement, elle mit des années à s'en remettre.
06:42La production mit 15 ans à donner ses images à l'actrice,
06:45par peur que celle-ci ne porte plainte.
06:46Elle s'est sentie bafouée, trahie,
06:49elle qui pensait faire partie d'une équipe,
06:51être un maillon indispensable à la chaîne de production des deux films,
06:54ne sera finalement qu'une gêne,
06:56un obstacle dans la soif de pouvoir et d'argent des producteurs.
07:01Aujourd'hui, Tarantino dit de cet incident
07:03que c'est le plus gros regret de sa carrière,
07:05et Thurman a fini par pardonner à ce dernier,
07:07mais jamais elle ne pardonna la production et Harvey Weinstein
07:10pour cet accident, et pour tout le reste.
07:16Je pense que c'est commendable.
07:23Et...
07:24Je ne vais pas avoir un petit soundbite pour vous,
07:30parce que j'ai appris que je n'ai pas un enfant,
07:36et j'ai appris que quand j'ai parlé en anglais,
07:44j'ai souvent regretté la façon que j'exprime moi-même.
07:50Ces images datent de 2017,
08:07et quelques semaines plus tard,
08:08Ouma Thurman s'exprimera bel et bien pour affirmer son dégoût
08:11envers Harvey Weinstein.
08:13Un an plus tard, elle avoue au New York Times
08:15avoir subi une agression sexuelle de la part du producteur
08:18en 1994, dans un hôtel de Londres.
08:21Voilà ce qu'elle dit précisément.
08:23Il m'a poussé, s'est déshabillé,
08:25et a essayé de se jeter sur moi.
08:26J'ai essayé de dire non.
08:28J'ai pleuré.
08:29J'ai fait ce que je pouvais.
08:30Il m'a dit que la porte était fermée.
08:31Mais j'ai réussi à m'échapper.
08:34Elle a ensuite tenté de parler de cette agression à Quentin Tarantino,
08:37mais il ne l'a pas vraiment pris au sérieux.
08:38Ça n'est qu'en 2001,
08:39qu'elle reparla de cette histoire au réalisateur,
08:41en insistant sur le fait qu'elle ne voulait pas que cela se reproduise,
08:44elle qui allait de nouveau travailler avec lui sur Kill Bill.
08:47À partir de là, Tarantino prend conscience de la gravité des faits
08:50et ordonne des excuses de la part de Weinstein,
08:52ce qui n'est clairement pas assez, nous sommes d'accord.
09:14J'ai eu et je crois que c'est le boss chassé sur le sujet
09:19avant de la desk, comme si c'était OK.
09:22Mais, je veux dire, c'est comment je regardais.
09:23C'est comment j'ai été une cliente d'advances.
09:28C'est comment je regardais.
09:30Mais j'ai eu l'ai parlé.
09:34J'ai eu l'ayucué, je n'ai pas le faire de ça.
09:37Il va faire de tout, il va être quelque chose.
09:39Et le plus qui est, journées qui sont dans sa orbit,
09:43il n'y a pas dit qu'ils soutiennent que les non savaites.
09:46Ouma est donc parti confronter le producteur avant le début du tournage en le menaçant
10:15et en lui disant « Si tu fais ce que tu m'as fait à d'autres personnes, tu vas perdre ta carrière, ta réputation et ta famille. Je te le garantis. »
10:23Malheureusement, il faut attendre quasi 20 ans pour que ce dernier soit réellement menacé et condamné pour son comportement.
10:28Mais elle n'est pas étonnée. Elle raconte d'ailleurs qu'il était un grand manipulateur, qui savait mettre quelqu'un à l'aise et éclipser tous les doutes.
10:35Sans parler de son influence titanesque sur l'industrie du cinéma et sur la misogynie générale qui règne sur ce milieu depuis...
10:41La création d'Hollywood. N'ayant pas peur des mots.
10:43A la fin de cette interview qu'elle accorda au New York Times en 2018, face à la journaliste Maureen Down,
10:50elle termine l'interview, les larmes aux yeux, en affirmant ceci.
10:53Personnellement, cela m'a pris 47 ans pour arrêter de me dire que les personnes qui étaient méchantes avec moi étaient amoureuses.
11:00Cela m'a pris du temps parce que je pense que les petites filles sont conditionnées pour croire que la cruauté et l'amour ont quelque part une connexion.
11:06C'est l'ère dans laquelle il faudrait s'extraire aujourd'hui.
11:08En 2020, Harvey Weinstein est reconnu coupable de viol et d'agression sexuelle sur plus de 90 femmes.
11:15Il est condamné à 23 ans de prison.
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