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  • il y a 6 minutes
Tous les jours dans Culture Médias, Europe 1 reçoit un invité culture qui marque l'actualité.

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00:00Europe 1, 10h-11h30, Culture Média, Thomas Hill.
00:05Merci d'être avec nous pour la suite de Culture Média.
00:08Nous en rejoins dans ce studio.
00:10Bonjour, ça va bien ?
00:12Très bien.
00:15Bonjour, vous avez demandé un casse-croûte, ne quittez pas.
00:20Il a un sachet sur lequel est écrit au cochon rose.
00:25C'est tout un programme, parce qu'on va parler évidemment gastronomie ce matin.
00:30J'ai la chance de recevoir celui qui a cuisiné pendant 25 ans pour 4 présidents.
00:35À l'Elysée, à savoir Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.
00:404 styles, 4 ambiances.
00:42Et avant de devenir le tout premier ambassadeur de la gastronomie...
00:45Française, de l'histoire.
00:46Bonjour, chef Guillaume Gomez.
00:48Bonjour.
00:49Et merci.
00:50d'être avec nous.
00:50Vous venez de publier ce livre à la table du destin aux éditions hors cadre.
00:55Et c'est une maison d'édition qui vous correspond bien, parce que votre parcours est vraiment en dehors des cadres.
01:00classique, vous avez grandi en Seine-Saint-Denis, vos parents étaient brocanteurs.
01:05Vous viviez, vous le racontez dans votre livre très modestement.
01:08Vous dites que vous étiez pauvre.
01:10mais que vous ne manquiez de rien, c'est ça ?
01:12Exactement.
01:12Donc ça allait, mais bon...
01:13On a toujours l'impression de manquer quelqu'un.
01:15quelque chose, c'est par rapport à autre chose.
01:16Comme dans l'entourage, tout le monde vivait à peu près de la même façon, on n'avait pas l'impression.
01:20de manquer de quoi que ce soit.
01:20Et surtout pas d'amour d'ailleurs.
01:22Vous le dites aussi.
01:24Et alors, dès la grande...
01:25La grande section de maternelle, vous saviez, Guillaume Gomez, que vous vouliez devenir cuisinier.
01:29Ça, ça me paraît...
01:30C'est assez incroyable.
01:31Vous vous déguisiez même en cuisinier, alors qu'on a plutôt tendance à se déguiser en super...
01:35héros quand on est en grande maternelle.
01:37Comment ça se fait, ça ?
01:38Déjà, il y avait assez peu de super-héros.
01:40dans mon univers, dans mon monde.
01:43Mais non, c'est vrai, j'ai jamais...
01:45Quand est-ce que j'ai voulu faire de la cuisine ?
01:46Parce que j'ai toujours voulu faire de la cuisine.
01:48Vous avez la photo dans le livre où on doit se déguiser.
01:50pour une fête d'école, dans le métier qu'on veut faire plus tard,
01:52au milieu des cow-boys, des princesses et des pompiers.
01:55Il y a un cuisinier, c'est moi, et j'ai pas lâché l'idée, on va dire.
01:58Mais ça vient bien de quelque part.
02:00Il y a quelqu'un qui cuisinait dans votre famille ?
02:01Non, mes parents cuisinaient pas ou très peu.
02:04J'ai eu un arrière-midi.
02:05grand-père qui avait été cuisinier, mais je l'ai pas connu.
02:07Alors la légende familiale dit que peut-être dans la vie...
02:10Il faudrait regarder s'il y a un chromosome de la cuisine.
02:12Mais non, c'était peut-être parce que j'étais déjà gourmand.
02:15C'est ce qui fait que j'ai les papilles qui frétillent quand je vois tout ce qu'il y a.
02:20qui a ramené Olivier Pouls sur la table en face.
02:22On a mis face à lui un peu moins.
02:24Ça arrive, ça arrive.
02:25J'ai toujours été gourmand et je le suis encore.
02:28Et alors vous allez commencer à 14 ans.
02:30Vraiment, parce que vous aviez un cousin quand même cuisinier
02:32qui vous propose de demander à son patron de vous prendre en place.
02:35en apprentissage, c'est ça ?
02:36Donc vous démarrez à 14 ans, ce qui veut dire arrêter l'enseignement général.
02:40Juste après le brevet, c'est ça ?
02:43Votre prof principal, à l'époque, il convoque...
02:45vos parents et il leur assène cette phrase qui est terrible.
02:47Il dit, vous vous rendez compte que vous voulez...
02:50envoyez votre fils faire de la cuisine alors qu'il pourrait faire un vrai métier.
02:53C'est dur quand même.
02:55C'est une autre époque aussi.
02:55Alors le pauvre monsieur Tornadijo, ça j'ai plus de 30 ans que je lui fais de la pub.
03:00Il voyait pas à mal.
03:01Lui, ce qu'il voyait, c'est qu'il avait face à lui un jeune
03:02qui avait des possibilités.
03:05Bon résultat scolaire.
03:06Je rappelle quand même que j'avais plus de 15 de moyenne sorti de 3e.
03:10un passage en seconde qui était bien sûr motivé.
03:13Et on était dans une époque où la cuisine...
03:15n'était pas aussi à la mode qu'aujourd'hui.
03:16On vous envoyait faire de la cuisine quand vous aviez raté mécanique et tout le reste.
03:20Donc c'est vrai que lui disait, c'est dommage, il va gâcher sa vie.
03:23Peut-être qu'un vrai métier pour lui, c'était prof de maths.
03:25Et qu'il pensait, j'étais bon en mathématiques d'ailleurs,
03:27que j'allais pouvoir aller dans ces...
03:30et donc moi j'avais décidé depuis toujours d'aller faire de la cuisine.
03:32Le deal moral que j'avais avec mes parents, c'était...
03:35non pas passe ton bac, mais ait des bons résultats à l'école
03:37et puis quand tu pourras aller faire ce que tu veux, voilà.
03:40Donc j'ai des bons résultats scolaires, j'ai l'âge de rentrer en apprentissage,
03:43je rentre en apprentissage.
03:44Et vos parents, ça leur pose...
03:45vous n'avez pas de problème ?
03:45Aucun problème.
03:46Mes parents, du moment où je travaillais...
03:47Il était content, quoi.
03:48Et ce professeur, il a su que vous...
03:50Vous étiez devenu chef de l'Elysée ?
03:51Je ne sais pas, je n'ai pas gardé contact avec lui.
03:55contact avec d'autres professeurs, même avant.
03:57Je parle dans le livre de M. Chancrin qui me donne...
04:00ce livre où tu porteras mon deuil.
04:01J'ai parlé réseaux sociaux, ils m'avaient envoyé un message très touchant.
04:04Et non...
04:05M. Tornadigio, il était âgé déjà à l'époque, je ne sais pas malheureusement ce qu'il est devenu.
04:08Et alors racontez-nous comment...
04:10Ensuite, dans quelles circonstances, Guillaume Gomez, vous arrivez à 19 ans dans les cuisines de l'Elysée ?
04:14Parce que ce n'est pas mal.
04:15Un achance, du piston et un peu de travail.
04:18C'est-à-dire que j'ai...
04:19Alors ça parlera...
04:20Peut-être pas aux plus jeunes de vos auditeurs, mais je reçois, je suis chez le Divelec.
04:23Donc le Divelec, c'est ce restaurant.
04:25Deux étoiles Michelin, où toute la classe politique va.
04:27On en parle souvent ces jours-ci, puisque la photo...
04:30de François Mitterrand avec Mazarine est à la sortie de chez le Divelec.
04:33Je suis d'ailleurs ce jour-là en cuisine.
04:35C'est de là que je sais que pour nous, il n'y a rien de secret, puisque la photo est organisée.
04:38On nous demande de ne pas sortir pour ne pas passer...
04:40Devant les photographes.
04:42Et en fait, je reçois un courrier chez moi, comme quoi j'ai dit...
04:458 ans passés, il va falloir que j'aille faire mon service militaire.
04:47Donc je vais voir mon patron, en lui disant, il va falloir que je parte.
04:49Il me dit, il n'y en a pas.
04:50Il n'y a pas question, il y a du travail.
04:50Vous avez vu la petite phrase en bas ?
04:52Sinon, c'est les gendarmes qui viennent.
04:53Il me dit, donne-moi ça, je m'en occupe.
04:55Il vient me voir en cuisine quelques heures après.
04:57Il me dit, c'est bon, tu vas recevoir un courrier, tu pars à l'armée dans un an.
05:00Bon, il avait tout simplement appelé le ministre de la Défense, qui était un des clients.
05:03Et je reçois en effet un courrier, comme quoi...
05:05Mon incorporation est retardée d'un an et je partirai à l'armée à mes 19 ans.
05:10Et du coup, il me propose, pour me remercier, d'être resté, parce qu'il pensait que j'allais partir.
05:15Soit l'Elysée, soit Matignon.
05:18Ah oui !
05:19Donc je dis, bon ben moi...
05:20Je connaissais assez vaguement ce qu'étaient l'Elysée et Matignon de mes cours d'instruction civique.
05:24Je me dis, bon ben l'Elysée...
05:25L'Elysée, c'est le patron, Matignon, c'est le numéro 2.
05:26Ouais, c'est le patron.
05:28Voilà, donc autant aller à l'Elysée, c'est comme ça.
05:30C'est pour ça que je me retrouve à l'Elysée, un moment formidable,
05:32puisque avec des appelés du contingent qui arrivaient de tous les...
05:35restaurants 3 étoiles et 2 étoiles, puisque l'armée stratégiquement...
05:40réservait les meilleurs cuisiniers à ces armées,
05:42et donc je me retrouve au service des présidents de la République.
05:45à faire un an, j'y suis resté 25 ans.
05:46Et c'est mieux que faire les chasseurs alpins, hein ?
05:48Eh oui.
05:50Vous y êtes resté notamment parce que vous avez gagné un concours,
05:53c'est ça, à 20 ans, et...
05:55Et donc à la demande de Jacques Chirac,
05:56vous êtes embauché pour de bon dans la brigade de l'Elysée.
05:59Ouais, alors ça se...
06:00c'est en plusieurs étapes, toujours pareil,
06:01beaucoup de chance, moi je le dis,
06:02dans mon parcours j'ai eu énormément de chance,
06:04bien sûr j'ai très...
06:05travaillé, mais beaucoup de chance,
06:06puisque la temporalité fait que
06:08quand j'arrive à l'Elysée...
06:10quelques mois plus tard,
06:11Jacques Chirac annonce que ça va être la fin des conscrits,
06:13la fin du service militaire,
06:14en deux ou trois...
06:15Donc Joël Normand, le chef de l'époque,
06:17doit renforcer la brigade,
06:18à 20 ans je remporte un concours...
06:20de cuisine, le trophée national du jeune chef,
06:21sur le salon EGAST,
06:23je pense à eux, c'est bientôt.
06:25Et donc Joël Normand me dit,
06:27tiens ce gamin,
06:28je vais devoir le garder,
06:29il me propose de...
06:30de rester,
06:30et ensuite Jacques Chirac accepte,
06:32non pas parce que c'était moi,
06:33mais parce qu'il faisait confiance en son chef.
06:35et ensuite une autre chance
06:36fait que je passe le concours
06:38de meilleurs ouvriers de France,
06:39je deviens...
06:40le plus jeune lauréat de l'histoire,
06:41et la chance c'est que la temporalité est la bonne,
06:43je passe meilleurs ouvriers de France
06:43en janvier 2004.
06:45Joël Normand part en retraite en décembre 2004,
06:47vient ensuite de la succession et la place.
06:50ça m'a été proposé,
06:51c'est comme ça qu'avec Bernard Vaution,
06:53ensuite on a piloté les cuisines et...
06:55et que j'y suis resté 25 ans.
06:56Et alors vous racontez dans votre livre,
06:58Guillaume Gomez,
06:58l'envers du décor aussi.
07:00toutes les petites mains
07:00qui travaillent corps et âme
07:02pour le palais,
07:03avec le sens du devoir.
07:05vous racontez aussi la condescendance
07:07parfois des gens de ce milieu
07:09qui se croient super...
07:10derrière aux autres
07:10parce qu'ils viennent justement
07:11d'un autre milieu.
07:12Vous avez même tenu tête à un préfet.
07:15qui était particulièrement désagréable.
07:17Oui, alors ça, ça m'est arrivé souvent.
07:18Jamais aucun problème
07:19avec les présidents de la République.
07:20les quatre pour qui j'ai pu travailler,
07:22qui avaient ce rapport à l'humain.
07:24Mais bien évidemment...
07:25quand vous avez face à vous
07:25que ce soit des préfets
07:26ou même des diplomates
07:27puisque j'ai été pendant trois ans
07:29le représentant du président.
07:30ambassadeur pour la gastronomie,
07:31un rôle d'ambassadeur thématique.
07:32On m'a bien fait comprendre
07:33que je n'étais pas issu
07:34du corps diplomatique.
07:35et quand vous représentez
07:36le président de la République
07:36et que vous avez face à vous
07:37certains préfets,
07:38pas tous, bien évidemment...
07:39Bien sûr.
07:40Mais certains, oui,
07:40ne comprennent pas
07:41pourquoi vous n'êtes pas issu
07:42de la préfectorale
07:42et puis d'autres,
07:43des conseillers,
07:43vous n'avez pas fait l'ENA,
07:44vous n'avez pas fait...
07:45mais tout le monde le vit au quotidien.
07:47Sûrement que vous devez le vivre
07:47dans les médias
07:48par rapport à ceux qui arrivent...
07:50par un biais
07:50qui n'est pas celui classique
07:52et donc oui, je l'ai vécu
07:53et moi j'ai toujours tenu tête
07:54à ceux qui respectaient...
07:55si ce n'est l'homme,
07:56au moins le travail.
07:57Des préfets,
07:58j'en ai croisé des dizaines,
07:59vous lui dites...
08:00Des gars comme moi
08:01arrivés là par leur travail uniquement,
08:02vous n'en croiserez pas tant que ça.
08:03Alors votre mépris...
08:05devinez ce que j'en fais.
08:06Ça on a retravaillé la phrase
08:08avec la maison d'édition.
08:10C'est pas tout à fait comme ça.
08:10C'était plus direct.
08:11J'ai fait un mec le plus direct.
08:13C'est vrai que...
08:14On a dû le corriger.
08:15C'était plus salé.
08:16Oui, un petit peu.
08:17À la table du destin,
08:18c'est votre livre,
08:19Guillaume Gomez.
08:20publié aux éditions hors cadre.
08:22Et alors je le disais,
08:22vous avez servi quatre présidents différents.
08:25Jacques Chirac,
08:26Nicolas Sarkozy,
08:26François Hollande,
08:27Emmanuel Macron,
08:28ainsi que quelques chefs d'État
08:30étrangers,
08:30comme un certain Donald Trump
08:32que vous avez déjà servi.
08:34Vous vous doutez bien que...
08:35j'ai quelques petites questions
08:36à vous poser
08:36sur tout ce beau monde.
08:38On en parle tout de suite sur...
08:40Vous écoutez Culture Média
08:41sur Europe en 10h-11h30
08:43avec Thomas Hille
08:44et avec...
08:45Ce matin,
08:45le chef Guillaume Gomez
08:46pour son livre
08:47À la table du destin
08:49aux éditions...
08:50hors cadre.
08:51Alors je le disais tout à l'heure,
08:52vous avez travaillé
08:52pour quatre présidents
08:53très différents
08:54de Jacques Chirac
08:54à Emmanuel Macron.
08:55Emmanuel Macron,
08:55mais il y a une difficulté,
08:56j'imagine,
08:57quand on écrit un livre
08:58comme le vôtre,
08:59Guillaume Gomez.
09:00C'est qu'en étant
09:01dans l'intimité des présidents,
09:02forcément,
09:03vous devez être au courant
09:04de pas mal de leurs...
09:05secrets que vous ne pouvez pas dévoiler
09:07ou vous signez
09:09des clauses de confinance.
09:10J'imagine quand on travaille
09:11à l'Elysée, par exemple.
09:12Non, il y a, bien sûr,
09:13j'avais une habilitation
09:14qui était...
09:15Donc, il y a quelque chose
09:16qui est lié au secret défense,
09:17mais après,
09:17il n'y a pas de secret d'État
09:19dans le...
09:20quotidien de la gastronomie
09:21ou de l'alimentation
09:22d'un président.
09:22C'est juste tout simplement
09:23du bon sens
09:24quand vous vivez...
09:25avec quelqu'un
09:25le quotidien
09:26d'un président,
09:28d'une famille,
09:29de gens,
09:29il y a des choses...
09:30que vous ne devez pas dire
09:31et que je ne dirai pas
09:31parce que, déjà,
09:33je fais aussi l'exercice
09:34d'oublier beaucoup de choses.
09:35parce qu'à partir du moment
09:35où ça ne doit pas nous concerner...
09:37Après, j'ai raconté
09:37quelques anecdotes
09:38qui avaient dû...
09:40sens, soit pour l'histoire,
09:41soit par rapport à la gastronomie,
09:42à la position de la France
09:43sur le marché actuel
09:44de l'alimentation.
09:45Oui, c'est ça,
09:45parce qu'après,
09:46sur leur goût
09:47en matière de cuisine,
09:48là, c'est vrai
09:49qu'on s'éloigne du secret
09:49des...
09:50Donc, vous allez pouvoir
09:51un peu nous en dire
09:51un peu plus.
09:52Quand on parle du premier
09:54qui vous a embauché,
09:55Jacques Chirac,
09:56il y a un plat
09:56qui vient immédiatement
09:57en tête,
09:58Olivier Poulos.
09:59Oui, c'est de la légende,
09:59je crois.
10:00Il va nous le dire.
10:01Oui, oui,
10:02on raconte qu'il voulait manger
10:03de la tête de voie
10:04à tous les repas.
10:05Je crois que vous ne lui en avez fait
10:05que deux fois
10:06sur toute la mandature.
10:07Deux fois à l'Elysée.
10:09Alors, je continue.
10:10parce que ce n'est pas d'aujourd'hui,
10:11ça fait 25 ans
10:12qu'on parle de la sept tête de veau
10:13et c'est vrai que je ressens
10:15encore des messages
10:15de gens qui me disaient
10:16« Vous savez, moi,
10:16j'étais très proche du président. »
10:18Et c'est vrai.
10:18Et à chaque fois,
10:19ils me demandaient de la...
10:20c'est la tête de veau.
10:20Donc, il y a, en effet...
10:21C'est faux.
10:22Non, je ne vais pas leur dire
10:23que ce n'est pas vrai.
10:24Moi, ce que je dis,
10:25ce que je peux dire,
10:25c'est que j'ai travaillé...
10:26On a travaillé pour lui
10:27pendant 12 ans à l'Elysée.
10:29On connaît très bien l'échelle.
10:30qui l'ont suivi ensuite
10:31sorti de l'Elysée,
10:32en tout cas,
10:33il a mangé deux fois
10:34de la tête de veau.
10:34Alors, peut-être...
10:35qu'il allait partout
10:35et qu'on lui en reservait.
10:37Je crois qu'on dit
10:37qu'il en avait ras-le-bol,
10:38en fait.
10:38Mais c'est ça,
10:39c'est ce que vous raconte.
10:40Mais comme tout le monde,
10:41si je vous demande
10:42votre plat préféré,
10:43déjà, je ne sais pas,
10:44vous allez me dire
10:44la blanquette de veau.
10:45Si je vous demande
10:45quand est-ce que vous avez
10:46mangé ce plat préféré,
10:47vous allez me dire
10:47c'est ma grand-mère
10:48qui me le faisait.
10:48Donc, je vais dire
10:49c'est déjà dommage.
10:50c'est votre plat préféré
10:50de ne pas l'avoir mangé
10:51depuis 25 ans.
10:52Et ensuite,
10:52si je vous en fais
10:52trois fois par semaine,
10:53vous allez voir
10:53que dans 15 jours,
10:54ce n'est plus votre produit.
10:55Macron, c'est les cordons bleus,
10:56il avait fait la bêtise
10:57de dire que c'était
10:57son plat préféré.
10:58Qu'il aimait ça.
10:59Non, il avait dit
10:59j'aime ça.
11:00Du coup, un diable
11:00c'est son plat préféré.
11:01Oui, c'est ça.
11:02Et il paraît que c'est Bernadette
11:03qui avait lancé l'idée
11:04qu'il adorait ça.
11:05la tête de veau.
11:06Oui, il nous avait raconté ça
11:08qu'en effet,
11:09c'était l'or.
11:10d'une interview
11:10où elle,
11:11elle pensait parler politique
11:12et que le journaliste
11:13n'avait rien trouvé de mieux
11:14que lui dire
11:14c'est quoi le plat préféré.
11:15préféré de votre mari.
11:15Donc elle avait dit
11:16ça au hasard quoi.
11:17Ce qui l'avait un peu énervé.
11:17Je ne sais pas si elle l'avait dit au hasard
11:18ou si elle s'était dit
11:19je fais ça au hasard.
11:20faire exprès de dire ça.
11:21Mais en tout cas,
11:22ça m'a collé à la peau
11:23pendant près de 35 ans.
11:25Et la bière légère blonde là,
11:28ça c'est vrai qu'il aimait ça.
11:29Ça, ce n'est pas une légende.
11:30C'est vrai,
11:30le président ne buvait quasiment pas de vin.
11:32De temps en temps,
11:33un verre de Château-Bêchevel
11:35que Madame Chirac servait à l'Elysée
11:38mais il ne buvait que de la bière
11:39et du cidre.
11:40C'est d'ailleurs pour ça
11:40que les vignerons
11:41et on en avait parlé
11:42avec Olivier Pouls,
11:43la revue des vins de France.
11:45a nommé Emmanuel Macron
11:46homme de l'année
11:47il y a quelques années
11:47de la revue des vins de France
11:48car c'est le seul président
11:49qui...
11:50qui buvait du vin
11:50et qui parlait du vin
11:51et qui défendait le vin.
11:55François Hollande
11:56buvait du vin un petit peu
11:57mais il en parlait assez peu.
11:59Enfin, la politique...
12:00la politique de l'Elysée
12:00n'était pas de défendre le vin.
12:01Nicolas Sarkozy
12:02pas une goutte d'alcool
12:02et Jacques Chirac
12:03buvant du bière
12:04du cidre et de la bière
12:06ne défendait pas...
12:07François Hollande
12:08il a vendu la cave de l'Elysée
12:09alors bon...
12:10Ah bon ?
12:10Pour quelqu'un qui aime le vin...
12:12Oui, oui, c'était...
12:13Alors, si vous me permettez.
12:14Je vais rectifier quelque peu
12:17les propos d'Olivier
12:18je vois qu'en plus ça l'énerve.
12:19C'est pas François Hollande
12:20qui a vendu
12:20c'est l'administration Elysée
12:22qui a vendu
12:22et ça s'est décidé avant lui.
12:23Il est arrivé...
12:24ça avait été en vente
12:25mais comme tout bon gestionnaire de caves
12:26l'intendant qui était en charge de ça
12:28voyait des bouteilles
12:28qu'il ne pourrait jamais ouvrir.
12:29s'est dit
12:30pour racheter du vin
12:31je vais vendre du stock
12:32et ils ont gardé une bouteille de chaque
12:34pour la...
12:34ça a été très mal communiqué
12:36c'est pour pas gâcher
12:36puisque 15 ans plus tard
12:38des gens...
12:39du manque du vin
12:40ou encore cette animosité
12:41sur la vente.
12:42Je peux vous dire
12:43qu'il y avait des belles choses de l'or.
12:44Vas-y, vas-y.
12:44Et alors est-ce que c'est vrai
12:46quand même
12:46ou ça aussi c'était de l'ordre de la légende
12:48quand on disait que Jacques Chirac
12:49il avait un appel
12:49non ça c'est pas la légende
12:51quiconque a partagé la table de Jacques Chirac
12:54peut dire
12:54qu'il mangeait énormément
12:55des quantités assez...
12:58Ah oui !
12:59C'est un gargant
12:59gargantulasse...
13:00Et alors autre mythe
13:02on s'imagine que la cuisine de l'Elysée
13:03au quotidien c'est...
13:04du homard, du caviar, de la truffe
13:06mais en réalité
13:07ce que vous racontez dans votre livre
13:08c'est beaucoup plus simple que ça.
13:09Déjà c'est un lieu où les gens travaillent
13:11c'est pas un hôtel
13:13c'est pas un palace
13:14contre...
13:14contrairement à mes copains
13:15qui sont chefs dans des hôtels
13:16qui ont des caprices tous les jours
13:17nous c'est un lieu où les gens travaillent
13:19où personne ne choisit...
13:19ce qu'ils mangent
13:20à part le président et madame
13:21tous les autres
13:21du secrétaire général aux agents
13:23les menus sont imposés
13:23tout simplement parce que...
13:24il y a une gestion très pointue
13:27qui est là
13:27il n'y a pas de carte
13:28je vous invite à lire
13:29les rapports de la cour de...
13:29vous vous rendez compte
13:30depuis une vingtaine d'années
13:30où de toute façon
13:31tout se sait
13:31sur ce qui est dépensé, acheté
13:33et en effet
13:33la cuisine de l'Elysée
13:34va du dîner de gala
13:36vous parliez de la reine d'Angleterre
13:37donc je rentre sur ce plateau
13:38et du sandwich
13:39et on fait tout
13:40on fait du fret aérien
13:41on fait du cocktail
13:41il y a combien de repas par jour ?
13:43écoutez les vingt-cinq ans
13:44où j'étais à l'Elysée
13:44c'était entre 90 et 95 000 couverts par an
13:47ce qui fait une fausse moyenne
13:48de 300 par jour
13:48mais un peu plus
13:49c'est du secrétaire général
13:51aux agents
13:51et il y a en plus
13:52un restaurant
13:53aux deux rues de l'Elysée
13:53où des...
13:54ou des équipes travaillent
13:56pour le restaurant administratif
13:58de l'Elysée
13:58parce que vous avez près de...
13:59entre 800 et 1000 collaborateurs
14:01à l'Elysée par an
14:02après vous disiez
14:03on fait des sandwiches aussi à midi
14:04mais j'imagine que votre jambon
14:05par exemple
14:06il vient pas de la supérieure du coin
14:07non rien ne vient de la supérieure
14:09donc on fait attention bien sûr
14:12à tous nos achats
14:12et la cuisine de l'Elysée
14:14se doit d'être la vie
14:14vitrine du territoire de France
14:15quand même
14:16donc on fait des produits français
14:17avec bien sûr des artisans
14:19en respect
14:19des coûts et des budgets
14:20qui nous sont alloués
14:213,60 euros
14:22je l'ai déjà dit également
14:23en tout cas à mon époque
14:24maintenant je sais pas
14:25mais à mon époque
14:26c'était ça
14:26pour entrer plat à l'étage des serres
14:28sans bien sûr...
14:293,03
14:293,60 euros par personne
14:31mais comme toute l'administration française
14:32en fonction
14:33ça varie entre 1,50 euros
14:34et 4 euros en fonction
14:36donc c'est pour ça
14:36qu'il faut aller au plus juste
14:37et qu'il faut travailler
14:38faire des produits
14:39on pourrait faire toute une émission
14:41sur l'éducation et l'alimentation
14:42qui est l'un des combats aussi
14:44d'Olivier Pouls
14:44pour vous dire qu'à partir du moment
14:45où vous cuisinez
14:46où vous achetez de saison
14:47et vous avez les bons réseaux
14:48pour trouver les bons produits
14:49et bien vous pouvez
14:50on a le meilleur réseau
14:53d'agriculteurs
14:53de transformateurs
14:54et de distributeurs au monde
14:56au monde
14:56on arrangisse la plateforme
14:58qui nourrit le monde entier
14:59on a la meilleure agriculture du monde
15:01donc on peut manger
15:02pour un coût médical
15:04maîtrisé en France
15:05et on n'arrête pas de le dire
15:06c'est vrai que ça ne coûte pas plus cher
15:08de bien manger
15:09je ne sais pas
15:09ça coûte surtout très cher
15:11de mal manger
15:12je vous invite à lire le rapport
15:13de l'Institut Montaigne
15:14la mauvaise alimentation
15:15nous a coûté 125 milliards d'euros
15:17diabète et cholestérol
15:18125 milliards d'euros
15:19quand vous allez savoir
15:20où est-ce qu'on va économiser
15:2140 milliards d'euros
15:22je vous invite tous
15:23à lire le rapport
15:23de l'Institut Montaigne
15:24on parlait de Jacques Chirac
15:26après est arrivé Nicolas Sarkozy
15:28à l'Elysée
15:29Guillaume Gomez
15:29est-ce que vous avez dû revoir
15:30la carte
15:31la taille des portions
15:32parce qu'on dit que Nicolas Sarkozy
15:34contrairement à Jacques Chirac
15:34qui ne mangeait pas beaucoup
15:35est-ce que c'est vrai ça ?
15:37non
15:37déjà
15:38je ne suis pas là non plus
15:39pour réhabiller
15:39tout ce qui se dit
15:41sur la gastronomie française
15:42mais bien évidemment
15:44le rôle d'un chef à l'Elysée
15:46ou des cuisiniers
15:46ou de tous les collaborateurs
15:47c'est de s'adapter
15:48puisque ça change
15:49c'est à nous de nous adapter
15:50et non pas le contraire
15:51on a un homme qui arrive
15:52qui est différent
15:53pas de la même génération
15:54de la même façon de travailler
15:55qui exige d'autres choses
15:56bien évidemment
15:57il y a eu toute cette réputation
15:58de il n'aime pas manger
15:59parce qu'il aimait énormément travailler
16:01donc les mêmes qui travaillaient
16:02autour de Jacques Chirac
16:03les ministres
16:04les...
16:04les conseillers qui sont arrivés
16:05Jacques Chirac
16:06peu importe ce qui se passait
16:07à 13h
16:07il fallait passer à table
16:07Nicolas Sarkozy
16:08ce n'était pas le cas
16:09c'est vrai
16:09donc les gens ont dit
16:10bah lui il n'aime pas manger
16:11ce qui n'est pas vrai
16:12il ne buvait pas d'alcool
16:13oui ça c'est vrai
16:14il avait des recettes
16:14un peu fétiche
16:15non pas du tout
16:16à chaque fois il nous faisait confiance
16:17vous savez un président de la république
16:18est quelqu'un qui travaille énormément
16:19il n'a pas le temps de se pencher
16:20dès 10h du matin
16:22à savoir
16:22qu'est-ce que je vais manger
16:23il fait confiance aux gens
16:23qui sont là pour ça
16:24et les chefs de cuisine
16:25sont là pour ça
16:26pour proposer des repas
16:27de saison équilibrés
16:28et en fonction adaptés
16:29bien
16:29à la personne qui le reçoit
16:31un chef d'état
16:32ou un collaborateur
16:33ce n'est pas la même chose
16:33si c'est un déjeuner
16:34de travail
16:35ou un déjeuner officiel
16:35et alors quand est arrivé
16:37François Hollande
16:37à l'Elysée
16:38est-ce que vous avez dû
16:39réembaucher
16:39du personnel
16:40est-ce que lui
16:41il avait fait un régime
16:42qui était très strict
16:43pendant sa campagne
16:44il a pris 10 kilos
16:45et c'est vrai qu'après
16:48on arrive à l'idée
16:4910 kilos ça va
16:49on sent qu'il y a eu
16:50un peu plus de laisser aller
16:51non pas du tout
16:52il y avait des crochettes
16:54particulières
16:54on me l'a reproché
16:55assez longtemps
16:56on me le reproche peut-être encore
16:57qu'il ait pris du poids
16:58lui il ne m'en a jamais
16:59tenu rigueur bien évidemment
17:00mais parce qu'il y avait eu
17:02en effet un régime
17:03qui avait été fait peut-être
17:04par les communicants
17:05où lui
17:06on a tout entendu
17:07pour la campagne
17:08pour la campagne
17:08voilà
17:09vous savez en tout cas
17:11ce que j'ai pu dire
17:11pendant les 5 ans
17:12où François Hollande
17:12était là
17:13à chaque fois qu'on me reprochait
17:14notamment
17:14ces équipes
17:15que le président prenait du poids
17:16ah ces équipes vous le disiez ?
17:17bien évidemment
17:18le nombre de fois
17:19ou soit
17:19la directrice de cabinet
17:20soit les communicants
17:22soit tout le monde disait
17:23jamais le président
17:24mais l'entourage me le reprochait
17:26c'est que nous à l'Elysée
17:26vous savez on fait du service
17:27à la française
17:28c'est du service au plat
17:29où les...
17:29personne ne se serve
17:30vous avez les protéines
17:31le féculent
17:32il y a toujours des légumes
17:33et la sauce est toujours à part
17:34après
17:34c'est vous qui choisissez
17:35ce que vous mettez
17:36dans votre assiette
17:36est-ce que vous allez manger
17:37alors on m'a dit
17:38faut pas lui passer la...
17:39moi je suis pas là pour imposer
17:41je suis pas là pour imposer
17:43quoi que ce soit
17:44à un président
17:44de la République
17:45on est là pour expliquer les choses
17:46et donc les quatre
17:47que j'ai eu l'honneur de servir
17:49m'ont...
17:49toujours en tout cas
17:50remercier du travail
17:51qui fut le mien
17:52et j'y serais pas resté 25 ans
17:53s'ils étaient pas satisfaits
17:54de ça
17:54il y avait aussi peut-être
17:55les viennoiseries du petit-déj
17:56ou des choses comme ça
17:57évidemment à ajouter
17:58à la rédition
17:58je vous laisse
17:58m'a trop de...
17:59à la table du destin
18:01de Guillaume Gomez
18:02publié aux éditions hors cadre
18:03c'est passionnant
18:04et on va continuer
18:05à parler de tout ça
18:06parce qu'il y a aussi
18:07la reine Elisabeth II
18:08je le disais tout à l'heure
18:09qui est passé plusieurs fois
18:11à l'Elysée
18:12qui avait ses petites exigences
18:13puis on va donner la parole
18:14à Olivier...
18:14Olivier Pouls
18:15vous avez...
18:15alors là c'est incroyable
18:16tout ce que vous avez ramené ce matin
18:17moi je mets en pratique
18:19que les conseils de Guillaume
18:21des bons produits de terroir
18:22c'est costaud
18:24tout de suite sur Europe
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