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00:00Place maintenant à l'invité d'au cœur de l'info.
00:02Notre invité ce soir a vécu nombre de bouleversements internationaux de ces 45 dernières années aux premières loges.
00:09Chute du mur de Berlin, chute de l'URSS, construction européenne, mondialisation, émergence de nouvelles puissances,
00:15jusqu'à la remise en cause actuelle de l'ordre mondial et des règles internationales telles que nous les connaissions depuis 1945
00:21et sous l'effet en grande partie du président américain Donald Trump, ancien ambassadeur aux Etats-Unis entre 2019 et 2023,
00:29ancien premier conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron, également ancien ambassadeur en Allemagne.
00:34Notre invité donc Philippe-Étienne sort un livre, Sherpa, mémoire d'un diplomate aux avant-postes de l'histoire aux éditions Talendier.
00:42Bonsoir Philippe-Étienne, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce soir sur 34.
00:45Bonsoir, c'est moi qui vous remercie.
00:48Alors loi du plus fort, brutalité des relations internationales, crise du multilatéralisme.
00:53Est-ce que vous êtes tout d'abord inquiet quand vous observez notre monde actuel ?
00:57Je crois que quand on est, ce qui a été ma position, ce n'est plus ma position, je suis retraité, aujourd'hui observateur, mais retraité,
01:05quand on est donc en position de négocier, l'inquiétude n'est pas le mot qui me vient à l'esprit.
01:12L'important, c'est le constat pour l'action.
01:16Et bien sûr, il y a des conséquences inquiétantes à cette déconstruction du multilatéralisme.
01:20Moi, je cite notamment tout ce qui se passe dans le domaine de la santé, de l'aide humanitaire, des millions de vies humaines qui sont menacées.
01:31Vous parlez de la fin de l'USAID, du retrait américain de l'OMS.
01:34Oui, l'OMS, ça y est, je crois que c'était aujourd'hui le retrait officiel de l'Organisation mondiale de la santé, du principal pays,
01:41qui a donné beaucoup d'argent dans ces...
01:44Donc tout ça, c'est évidemment inquiétant par les conséquences désastreuses sur ce plan-là, sur le plan...
01:51Sur les populations.
01:52Voilà.
01:52Et notamment en Afrique, d'ailleurs.
01:54En même temps, les défis globaux, ce que j'appelle finalement la défense des biens publics mondiaux,
02:01le climat, la santé, la sécurité, ça doit rester le cap de l'action diplomatique.
02:10Je crois que la France, et ça a été ce que moi j'ai observé pendant toute ma carrière avec plusieurs présidents de la République successifs,
02:18a toujours été au premier plan de ce combat.
02:21Et c'est le cas actuellement avec Emmanuel Macron qui tient tête, en tout cas c'était le cas à Davos, à Donald Trump ?
02:27Oui, alors justement, il n'a pas seulement tenu date, depuis le début, mais je disais que ses prédécesseurs, je pense au président Chirac par exemple,
02:36ont fait aussi de ce combat pour une mondialisation plus juste, qui répond vraiment aux défis, une priorité de la diplomatie française, bien sûr.
02:49Vous vous souvenez, et là j'en parle directement dans mon livre, parce que j'arrivais à l'Élysée avec le président de la République,
02:54c'est le premier retrait de l'accord de Paris sur le climat par le président Trump.
02:58Le président Trump retire les États-Unis de l'accord sur le climat, l'accord de Paris sur le climat.
03:04On est en juin 2017, et bien la France, par la voix du président de la République, du président Macron qui venait d'être élu,
03:14prend tout de suite la tête du combat pour maintenir l'accord de Paris sur le climat.
03:20Alors, pour revenir sur ce basculement, disons, des relations internationales qu'on est en train de vivre,
03:26Donald Trump, on l'a dit, en est largement responsable, on l'a vu notamment lors de l'épisode vénézuélien,
03:31avec la capture de Nicolas Madreau, encore cette volonté annexionniste du Groenland,
03:35bon, sur laquelle il est revenu cette semaine, mais on verra s'il n'y a pas une nouvelle volte-face à venir.
03:40Et puis ce chantage également des droits de douane, et puis ce chantage permanent, en gros,
03:44dès qu'il n'obtient pas ce qu'il veut, comment faire face de manière diplomatique ?
03:49Je vous pose la question à ce genre de personnage.
03:52Alors là, ce n'est pas seulement une question diplomatique, je crois que c'est une question simplement de rapport de force,
03:58oui, et aussi un peu de psychologie.
04:01Je pense qu'il est important de bien comprendre comment Donald Trump agit,
04:07vous l'avez d'ailleurs résumé, je ne reviens pas dessus,
04:11mais je crois qu'il y a beaucoup de tests par rapport à ses partenaires,
04:16ou ceux dont il veut obtenir des concessions.
04:20Et je pense qu'après, ça dépend de la manière dont ses partenaires résistent, ou pas.
04:25Et alors votre regard sur la riposte de l'Europe, cette semaine ?
04:27Voilà, alors là, on est dans le cas de...
04:31Nous, ce qui nous intéresse, c'est la réponse des Européens,
04:33parce que pour nous, Français, c'est l'Europe qui est compétente,
04:38c'est la Commission européenne, même pour la politique commerciale,
04:41par exemple, les droits de douane.
04:44Et de toute façon, politiquement, si on veut vraiment peser,
04:46évidemment, il vaut mieux qu'on soit unis en Européen, à tout le monde de comprendre.
04:50Ça a été plus ou moins le cas, quand même, là, sur cet épisode.
04:52Ces derniers jours, oui.
04:53Et dernièrement, pas trop.
04:55Ça dépend.
04:56Mais en fait, le problème, c'est pas seulement l'unité,
04:59c'est que l'Europe a accepté,
05:02c'est ce qu'on appelait les dividendes de la paix,
05:04après la chute de l'Union soviétique, notamment,
05:07d'être, finalement, de plus en plus dépendante de la protection américaine
05:12en diminuant son effort de défense.
05:17Et, par ailleurs, sur le plan économique,
05:19c'est vrai que le marché américain,
05:21comme le marché chinois, d'ailleurs,
05:23représente des enjeux très importants pour les entreprises,
05:28en tout cas pour une bonne partie des entreprises européennes.
05:31Mais il ne faut pas oublier que le marché européen, lui aussi,
05:34qui est encore plus grand que le marché américain,
05:36représente un enjeu majeur pour les entreprises et l'économie américaine.
05:41Et donc, l'utilisation potentielle de cet outil anti-coercition
05:44a pu faire reculer Donald Trump.
05:48En tout cas, ce qui est sûr, c'est que, notamment grâce à la France,
05:50d'ailleurs, à l'influence française,
05:51qui dit que l'Europe doit se renforcer déjà depuis très longtemps,
05:56sur le plan économique et commercial,
05:58nous avons maintenant des instruments,
06:01des instruments que nous pouvons ou pas utiliser,
06:03notamment ce fameux règlement anti-coercition.
06:07Et sur le plan de la défense et de la sécurité,
06:10il faut que nous augmentions notre effort.
06:12D'ailleurs, c'est les États-Unis eux-mêmes qui le demandent.
06:14Et là, ils ont raison, que ce soit le président Trump ou ses prédécesseurs.
06:18Simplement, en ce moment, on a une priorité.
06:21Cette priorité, c'est de soutenir l'Ukraine.
06:23Et c'est vrai que là, cela crée un rapport particulier aux États-Unis,
06:29une dépendance, il faut le dire, particulière.
06:31Et donc, c'est normal que les Européens pensent aussi à la manière de gérer cet effort.
06:37Ce que j'observe, c'est qu'entre temps...
06:38D'où leur prédence, donc ?
06:39Donc, on est obligé de tenir compte du facteur ukrainien,
06:44de la guerre d'agression de la Russie en Ukraine.
06:47Aujourd'hui, financièrement, c'est vraiment l'Europe qui soutient l'Ukraine.
06:50Mais sur le plan militaire, on a encore besoin,
06:53en partie en tout cas des États-Unis.
06:55Et on a quand même fait quelque chose d'important, c'est cette coalition des volontaires.
07:01Alors, vous avez été en poste auprès de l'Union européenne,
07:04des années ponctuées, vous le dites, dans votre livre de nombreuses crises,
07:08et notamment celles sur lesquelles vous revenez des dettes souveraines.
07:12Ça, ça vous a marqué ?
07:14Ah oui, parce que j'arrive à Bruxelles, en fait, un, deux ans après le déclenchement de la crise,
07:22enfin, la faillite de Lehman Brothers, et très vite, la crise qui est née aux États-Unis...
07:26En 2008 ?
07:27...arrive en Europe.
07:29Et elle se présente comme un enchaînement, un cycle vicieux, en fait,
07:33entre des crises bancaires et des crises de la dette,
07:37de la dette souveraine des pays européens.
07:40Et là, on va vivre, et je vais vivre, en tant que représentant permanent de la France,
07:44des moments, effectivement, très dramatiques, que je raconte dans mon livre,
07:48notamment cette journée du 9 mai 2010, c'est un dimanche,
07:53je suis avec Christine Lagarde, à l'époque ministre des Finances,
07:56et en plus, ce qui est incroyable, on est 60 ans, jour pour jour,
08:00après la déclaration Schumann, donc le lancement de l'intégration APN.
08:04Et là, on est au bord du gouffre.
08:06Si ce dimanche-là, les ministres des Finances, qui ont été mandatés par les chefs d'État et de gouvernement,
08:13n'arrivent pas à trouver une réponse à la crise, on ne sait pas où on va.
08:18Et l'euro, et aussi l'Europe elle-même, dans sa construction politique, risquent vraiment de partir.
08:27Et donc, je raconte ces pages, et après, il y a encore eu bien d'autres moments de crise,
08:31aussi par rapport à maintenant, parce que, et il y a eu plein de crises dans les années 2010,
08:36après il y a eu la crise des réfugiés, bien sûr, le Brexit, qui est une crise énorme,
08:41la pandémie, l'invasion de l'Ukraine.
08:47Oui, chaque fois, on voit que l'Union européenne a des difficultés,
08:50n'a pas forcément les outils pour répondre à la crise qui arrive,
08:54mais se met en ordre de marche.
08:57Pas tout de suite.
08:58Ça prend du temps, parce que c'est compliqué l'Union européenne.
09:02Et puis les pays partent d'intérêts.
09:03Et on est 27 maintenant, c'est difficile.
09:04Et on est 27, et on n'a pas les mêmes intérêts, on n'a pas forcément.
09:08Donc tout ça, il faut le comprendre.
09:09Aujourd'hui, le problème, c'est qu'on a eu des crises encore plus sérieuses,
09:13en plus qui viennent des États-Unis, qui étaient notre principal allié.
09:18Et donc, on a moins de temps aussi.
09:21Il faudrait savoir agir et même anticiper plus rapidement.
09:26Alors, parmi les autres moments forts de votre carrière,
09:29donc long de 45 ans, je le rappelle,
09:31votre poste à Berlin, c'était entre 2014 et 2017,
09:34les années Merkel, avec, vous avez commencé à l'évoquer,
09:37l'arrivée de plus d'un million de réfugiés.
09:39Là aussi, c'était un moment marquant.
09:42Alors, il y a eu beaucoup de moments marquants,
09:43mais c'était effectivement un peu l'apogée des quatre mandats de chancelière
09:48pour Angela Merkel.
09:50Donc c'était, pour moi, qui avait déjà vécu en Allemagne
09:52avant la chute du mur de Berlin,
09:54et qui avait vécu à Bruxelles la chute du mur de Berlin,
09:57c'était évidemment très impressionnant de voir l'Allemagne à cette période.
10:03Une Allemagne très forte, et en même temps,
10:06on voit qu'elle commence à être un peu déstabilisée
10:10par l'attitude de Poutine, par l'émergence de la Chine,
10:13par le premier mandat de Donald Trump, par le Brexit.
10:17Et puis arrive cette crise des réfugiés,
10:20et puis là, cette décision de la chancelière,
10:25un jour, d'ouvrir la frontière à l'été 2015.
10:29Et c'est vrai que c'était un moment absolument passionnant à observer,
10:33y compris pour comprendre la société allemande.
10:36Mais il y avait un autre moment qui m'a énormément marqué,
10:39ce sont les attentats en France.
10:41Moi, j'étais à Berlin, mais le 7 janvier, le 13 novembre 2015,
10:46comme tous les Français, je m'en souviens comme si c'était hier,
10:49comme tous les Français qui ont vécu cette période,
10:52et ce qui m'a beaucoup frappé, c'est la solidarité avec l'Allemagne,
10:55et la solidarité des Allemands.
10:56Et ça aussi, c'est important, même aujourd'hui.
10:59Aujourd'hui, c'est le Danemark à qui on donne une solidarité.
11:04Le principe de solidarité que j'ai vécu,
11:07c'est pendant ces mois très douloureux pour nous.
11:11C'est quelque chose qui est fondamental dans l'Union européenne.
11:14Par ailleurs, toujours concernant l'Allemagne,
11:16vous nous avez transmis à ma demande une photo d'archive,
11:21donc, qui vous tient à cœur.
11:23On va voir, voilà, cette photo.
11:26Vous êtes au premier plan, en arrière-plan,
11:28dans une chaise roulante,
11:30le dernier survivant d'un camp de concentration,
11:33dont j'ai oublié le nom et vous allez nous le rappeler,
11:35construit près de Berlin.
11:36C'est le premier, si je ne me trompe pas, édifié par Adolf Hitler.
11:40Et c'est donc votre carte blanche du jour.
11:42Eh bien oui, parce que, merci beaucoup,
11:44parce que c'est vrai que ça me tient à cœur.
11:45D'ailleurs, j'ai aussi été, au début de ma retraite,
11:48à la demande du président Macron,
11:50président du comité pour le 80e anniversaire de la Libération.
11:53Et donc, j'ai eu l'occasion de revenir sur ce thème ces deux dernières années.
11:59Et donc, M. Bordage, qui est sur ce fauteuil roulant,
12:04moi, je parle avec le directeur du mémorial du camp de Sachsenhausen,
12:10au nord de Berlin.
12:13Et il nous a accompagnés.
12:14Alors là, on a l'impression qu'on ne s'occupe pas de lui,
12:17mais en fait, c'était lui, la visite.
12:19Et c'est un homme formidable.
12:21Et comme tous les derniers survivants des camps de concentration
12:24que j'ai rencontrés depuis, dans ma mission,
12:2680e anniversaire,
12:28comme les derniers soldats,
12:29les derniers résistants français,
12:31les derniers soldats américains ou britanniques qu'on croise,
12:34ce sont des gens qui sont incroyablement humbles,
12:38mais aussi qui ont chevié au corps une passion,
12:42que ça ne se reproduise jamais,
12:43que ce sacrifice ne soit pas oublié,
12:45et que les jeunes ne l'oublient pas.
12:48Effectivement, Sachsenhausen, dans l'histoire du nazisme,
12:51c'est un camp, étant situé très près de Berlin,
12:54qui est très vite utilisé pour les ennemis politiques,
12:58les socialistes, les communistes,
13:00après l'incendie du Reichstag.
13:02Et puis, assez progressivement,
13:04on va voir arriver d'autres populations,
13:07tous ceux qui sont, en fait, d'abord harcelés,
13:12puis massacrés par le régime nazi.
13:15Et donc, cet endroit, comme d'autres camps de concentration,
13:20bien sûr, ce sont des lieux de mémoire extraordinairement importants.
13:25Et nous vivons une période de bascule,
13:28parce que les derniers survivants sont encore là,
13:30mais pour encore plus de temps.
13:31Il faut transmettre cette mémoire.
13:34On va changer de pays maintenant, Philippe Etienne.
13:36Vous étiez également en poste à Moscou,
13:38cette fois, durant les années Eltsin.
13:40On va d'ailleurs voir une photo,
13:42là aussi, vous nous l'avez transmise,
13:44de cette période de votre vie devant une église.
13:48En Russie, c'est après la fin de l'URSS,
13:51l'émergence du nouvel ère et la fin du nôtre,
13:54dont Vladimir Poutine, aujourd'hui, semble nostalgique.
13:57Eh bien, en fait, Vladimir Poutine a dit
14:01que le pire jour de toute l'histoire de la Russie,
14:04qui est une histoire millénaire,
14:06c'est le jour que moi j'ai vécu à Moscou,
14:08c'est-à-dire le jour où l'Union soviétique a disparu, s'est effondré.
14:12En fait, moi, je suis arrivé à Moscou
14:14quand c'était encore l'Union soviétique.
14:16Et quelques mois plus tard, il n'y avait plus d'Union soviétique.
14:19Et son objectif, aujourd'hui, c'est de reconstituer cette grande Russie,
14:23fantasmée ?
14:24Oui, je pense, quand il nie l'existence d'un peuple ukrainien
14:29ou quand il qualifie le gouvernement ukrainien de nazi,
14:33ce qui est évidemment tout à fait scandaleux.
14:39Donc, avec toutes les manipulations de l'histoire possibles,
14:44il instrumentalise effectivement le courage de l'armée rouge
14:48et de tous les soldats qui étaient aussi ukrainiens,
14:50d'ailleurs, pendant la Deuxième Guerre mondiale,
14:51qui ont contribué à libérer l'Europe, y compris nous, d'ailleurs, du nazisme,
14:55par les sacrifices des peuples de l'Union soviétique
14:57pendant la Deuxième Guerre mondiale.
14:59Donc, tout cet geste national et soviétique, en fait,
15:03il l'utilise dans ce combat,
15:07alors qu'on voit ce qui se passe sur le territoire ukrainien,
15:12les massacres qu'on a vus à Boucha, par exemple,
15:15la première année de la guerre, qui sont des atrocités.
15:18Alors, là, cette photo, c'est moi avec un peuple devant une église.
15:24Et, en fait, c'était une époque d'ouverture.
15:26C'est une époque d'ouverture de la Russie.
15:30C'était déjà l'URSS qui, sous Gorbatchev, s'était ouverte.
15:34La glasnost, la perestroika.
15:35Et là, la Russie nouvelle, la Russie d'Yeltsin, elle se cherche.
15:43Et moi, je n'étais pas l'ambassadeur, évidemment, j'étais trop jeune.
15:45J'étais le chef du service culturel et scientifique.
15:49Et j'ai eu la chance de participer grâce à quelqu'un,
15:53une personne extraordinaire qui s'appelait Nikita Struve,
15:56héritier d'une grande famille russe,
15:57qui dirigeait les éditions Imka Press,
16:01rue de la montagne de Sainte-Geneviève à Paris,
16:04et qui a édité tout ce qui était interdit à l'époque de l'Union soviétique.
16:08Et notamment les dissidents,
16:12ce qu'on appelait les samizdades,
16:13c'est-à-dire les œuvres qui circulaient sous le manteau à l'époque soviétique,
16:17et des œuvres de théologiens.
16:19Et donc, d'où le peuple et l'Église.
16:22Je ne sais plus très bien où c'était,
16:24mais je veux dire, pour moi, cette période en Russie,
16:26c'est aussi le contact avec l'âme russe, avec la Russie éternelle.
16:32J'ai été visiter le monastère où le Staretz,
16:37c'est-à-dire le sage, le moine le plus vénéré,
16:45était le modèle du personnage des frères Karamazov de Dostoevsky.
16:49Donc c'était extraordinaire,
16:51cette possibilité de ramener à la Russie un trésor national,
16:54qu'on avait préservé en France,
16:55et en même temps de découvrir ce qu'on peut appeler l'âme russe à cette occasion.
17:00Alors malheureusement, on ne pourra pas évoquer tous les pays où vous avez été en poste.
17:06Je laisse les téléspectateurs découvrir ça dans vos passionnantes mémoires.
17:10On approche de la fin de l'interview.
17:12Vous avez été diplomate pendant 45 ans.
17:15Vous dites que durant toutes ces années,
17:16le métier de diplomate a profondément changé, c'est-à-dire ?
17:21La base du métier de diplomate, pendant des siècles, est restée la même et reste la même.
17:27À travers la négociation, aller vers une autre culture, un autre peuple,
17:32en représentant son propre pays, sa propre culture,
17:34et chercher la compréhension, l'entente pour éviter des guerres
17:39ou sinon pour régler des crises et terminer des guerres.
17:43Mais en même temps, aujourd'hui, avec le monde tel qu'il est,
17:46nous sommes devenus un métier beaucoup plus tourné vers l'extérieur,
17:51vers l'entreprise, vers l'économie.
17:52On appelle ça la diplomatie économique.
17:54Et vers la communication.
17:56La communication est devenue, je commence mon ouvrage par une anecdote sur ce plan,
18:02la communication est devenue absolument centrale.
18:05Communiquer ses messages, communiquer, expliquer sa politique.
18:08Pour un ambassadeur, notamment, c'est tout à fait fondamental.
18:11Merci infiniment, Philippe Etienne, d'avoir répondu à nos questions.
18:13Ce soir, dans Au cœur de l'info, et je rappelle votre livre,
18:17Le Sherpa, mémoire d'un diplomate aux avant-postes de l'histoire,
18:21des mémoires passionnantes aux éditions Talendier.
18:24Merci encore, cet entretien est à retrouver sur notre site internet
18:27et nos réseaux sociaux.
18:28Restez avec nous sur France 24.
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