00:00Et c'est avec cette Actu Locale qu'on invite tous les jours des bourguignons et des bourguignons pour parler vraiment de la vie d'ici.
00:05C'est une nouvelle étape pour la loi sur la fin de vie qui s'ouvre aujourd'hui après avoir été approuvée par l'Assemblée Nationale en mai dernier.
00:11C'est au tour des sénateurs maintenant de débattre sur la création d'un droit à l'aide à mourir à partir d'aujourd'hui.
00:16Le vote solennel est prévu le 28 janvier.
00:18Pour en parler ce matin, votre invité dans la ballette est le délégué adjoint de l'association ADMD,
00:22Association pour le droit à mourir dans la dignité.
00:24Bonjour Claude Broyon.
00:25Bonjour Yann.
00:26Alors vous avez perdu votre femme en 2024 des suites de la maladie de Charcot.
00:30Elle avait 67 ans.
00:32Vous l'avez accompagnée en Suisse où le suicide est autorisé là-bas dans ce pays.
00:37Comment ça s'est passé déjà pour vous et pour elle ?
00:41Écoutez, c'était une longue étape, une épreuve.
00:46C'était son choix de partir là-bas ?
00:47C'était son choix.
00:48C'est elle qui a décidé effectivement à partir du moment que le diagnostic a été validé
00:53par une équipe de neurologues d'Ijeunet.
00:57Donc nous avons effectivement avec mon épouse imaginé l'avenir.
01:03Quel avenir serait effectivement pour elle et pour notre famille dans son accompagnement
01:11face à une maladie qui est quand même très difficile.
01:15La maladie de Charcot.
01:16Une maladie de Charcot, quelque chose qui effectivement en peu de temps vous prive
01:20de toutes vos fonctions vitales et très rapidement ce qui a été son cas.
01:24En tout cas, elle a été actrice jusqu'au bout et ça c'est important aussi de le préciser.
01:29Elle a décidé effectivement, c'est elle qui a décidé, ce qui est quand même étrange
01:31parce qu'on programme finalement sa fin de vie.
01:36On programme sa fin de vie.
01:37Donc nous avons effectivement avec ma famille et mes enfants en particulier
01:43décidé de l'accompagner et de respecter surtout son choix.
01:46Parce que c'est bien ça dont il s'agit actuellement, c'est de respecter le choix de chacun.
01:50Alors justement, à partir d'aujourd'hui, les sénateurs ont une semaine pour débattre
01:54sur deux textes.
01:55Un pour renforcer les soins palliatifs en France et l'autre qui propose la création
01:59d'un droit à l'aide à mourir.
02:01En d'autres termes, il s'agit de légaliser de façon très encadrée le suicide assisté
02:05et l'euthanasie.
02:06Sauf que le problème, c'est que ces deux termes n'apparaissent pas dans la proposition
02:10de loi.
02:10Du coup, vous êtes dans quel état d'esprit à l'heure où les débats vont commencer ?
02:14Notre état d'esprit.
02:15Alors moi, personnellement, et puis avec notre association...
02:18Ça pose un souci.
02:19Oui, oui, de toute façon.
02:20On est partagé quand même entre une certaine indignation, une certaine colère par rapport
02:24à cette loi qui avait été bien élaborée avec un certain nombre de commissions qui
02:33avaient été mises en place.
02:35Mais il y a eu une modification des termes, c'est ça ?
02:37Complètement.
02:38Donc, personne n'ignore que sans la dissolution du 18 juin demandée par le président de la
02:47République, cette loi était pratiquement...
02:50Elle est passée.
02:51Et maintenant, on est en train...
02:53Plutôt les sénateurs sont en train de détricoter, comme on dit, de cette loi, vider de sa substance
02:59initiale pour ne pas permettre effectivement de partir dans de bonnes conditions.
03:03D'autant plus que les sénateurs sont peut-être un peu plus conservateurs encore que les députés.
03:06Oui, oui, complètement.
03:07Ils sont extrêmement conservateurs.
03:09D'ailleurs, je suis indigné, je le dis avec insistance et force, par les propos qui
03:17ont été effectivement évoqués ce matin par le sénateur Alain Huppert.
03:22Qu'on a entendu dans le journal de 7 heures, oui.
03:23Et donc là, c'est un grand mépris pour...
03:26Il parle d'une loi macabre, tout simplement, on va dire.
03:29Et c'est vrai qu'en disant, je m'opposerai à cette loi, imaginez les personnes qui
03:35actuellement, les milliers de personnes qui souffrent de cette maladie, qui sont en fin
03:39de vie et qui attendent vraiment cette loi pour partir dignement, parce que l'objectif
03:45c'est ça, partir dignement, sont outrés par ces propos.
03:50Sauf si effectivement vous avez des moyens pour partir en Belgique ou en Suisse, ce qui
03:54n'est malheureusement pas le cas et qui crée des inégalités évidentes.
03:57Et oui, parce qu'on le rappelle, ça coûte très cher aussi, des milliers d'euros,
04:0010 000 euros environ pour partir à l'étranger.
04:0210 000 euros il y a 11 ans, vous faites même ce qui est quand même assez étonnant, et
04:08puis vous faites un emprunt sur votre départ, parce que qui peut effectivement avancer 10
04:16000 euros dans une vie, c'est complètement impossible pour la majorité des personnes.
04:24Donc cette inégalité est insupportable.
04:26Emmanuel Macron a confirmé lors de ses voeux, le 31 décembre dernier, son intention
04:30de mener le débat à son terme avant la présidentielle, et si possible dès cette
04:34année.
04:35Est-ce que vous y croyez ?
04:36Moi je doute, je doute parce que bon, les promesses qui ont été faites par notre
04:42chef des Etats, à la fois sur les fins de vie mais sur d'autres sujets, et qui n'ont
04:47pas été tenues, me laissent quand même un goût amer dans ces propositions et ces décisions.
04:56On voit bien que même notre marraine, Lyne Renaud, qui est actuellement en grande souffrance...
05:01Même elle, elle a du mal à se faire entendre par le Président de la République.
05:04Elle a du mal à se faire entendre, alors que notre Président lui avait effectivement
05:06promis vraiment, Lyne, je m'occuperais personnellement.
05:10Donc je pense qu'Emmanuel Macron a d'autres soucis ou d'autres projets que celui-là.
05:17Donc ce que vous, vous attendez aujourd'hui, c'est peut-être tout simplement le respect
05:21de toutes ces personnes qui ont travaillé sur ce projet, et qu'on revienne à quelque
05:25chose d'initial en fait.
05:27Et c'est vrai que la position que vous soulignez, le conservatisme des sénateurs, effectivement
05:32est insupportable, parce que c'est un choix personnel.
05:37Donc personne n'ignore que 90% des Français veulent une loi.
05:41Donc là, c'est quand même...
05:43Mais on se retrouve, vous savez, si on fait une comparaison au siècle dernier avec
05:50l'avortement, on est effectivement dans le même processus.
05:53C'est-à-dire qu'il a fallu que des gens se battent.
05:55On ne va pas en reparler d'un magnifique parcours d'Isserman Veil qui a permis effectivement
05:59cette loi.
05:59Mais on sait que ça peut être très, très long, en effet.
06:02Effectivement, ça risque d'être très long.
06:04Et les malades, là, ils sont en grande souffrance.
06:06Là, en ce moment, ce matin, en écoutant, je vous dis encore une fois, les sénateurs,
06:10c'est douloureux d'entendre ce type de propos.
06:14Et on comprend bien.
06:15Merci beaucoup, Claude Broyon, d'avoir été avec nous.
06:17Merci pour votre témoignage sur ICI Bourgogne.
06:19On rappelle que vous êtes délégué adjoint de l'association ADMD,
06:22Association pour le droit à mourir dans la dignité.
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