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Technologie
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00:00Bonjour à tous, je suis Simon Cardon, le fondateur de Green IT Impact et aujourd'hui nous allons
00:10parler d'une petite histoire, un cas d'usage, c'est la double vie de Wei. Chaque matin, Wei se
00:17lève à 6 heures dans un dortoir exigu qu'il partageait avec 7 autres ouvriers. Dans une
00:25banlieue industrielle de Shenzhen, son contrat temporaire. Son poste assembleur dans une
00:31usine sous-traitante pour une grande marque d'électronique à un rythme de travail assez
00:37inhumain. 14 heures par jour, 7 jours sur 7 et plus de 250 heures par mois. Selon les enquêtes du China
00:45Labor Watch et de Solidaires Suisses, ces cadences sont banales lors des périodes de pic. Wei passait
00:53ses journées debout à visser des composants sous l'œil d'un superviseur. Comme il disait,
00:58je travaillais de 8h30 à 23h30 sans vrais jours de repos. Il était trop fatigué pour manger,
01:05trop stressé pour dormir. Il devait garder la cadence. Ça, c'est son salaire, 280 euros par mois. C'est à
01:15peine suffisant pour vivre et c'est impossible d'économiser. Et c'est d'ailleurs le cas pour 70%
01:20des ouvriers dans ce type d'usine. En plus, Wei n'avait qu'un contrat temporaire. Lorsque les
01:25commandes ont chuté, il a reçu un message sec. Contrat terminé. Merci. Il y a 32 ans, sans
01:30sécurité sociale ni logement. Il n'avait plus rien. Quelques semaines plus tard, un ancien collègue
01:35l'appelle. Une usine dans l'ouest du pays recrute. Meilleure condition. Meilleur respect des
01:41droits. Wei hésite, puis il accepte. 48 heures minimum. Des journées structurées,
01:46déposent un repos hebdomadaire. Il reçoit une formation avec un contrat stable. Et il a accès
01:52à un système de signalement anonyme et des représentants du personnel. Dès son arrivée,
01:58tout change. Pour la première fois, Wei n'a plus peur. C'est aussi là qu'il découvre l'envers du monde
02:05de l'électronique, du numérique. Lors d'une formation, il apprend que l'ancien smartphone
02:10qu'il assemblait contenait du cobalt extrait par des enfants qui avaient l'âge de 7 ans. Dans des
02:16galeries non sécurisées pour 1 à 2 dollars par jour, selon Amnesty International. Il entend aussi
02:21parler de groupes armés qui contrôlent des mines en Afrique centrale, exploitent des mineurs et
02:27financent les conflits. Il comprend que chaque composant a une histoire. De l'or attaché aux
02:34montagnes du Pérou, du lithium pompé dans les salaires d'Argentine, du tantal venu du Congo,
02:40souvent au prix de la souffrance humaine et des écosystèmes qui sont détruits. Ici,
02:46Wei entend parler d'équipements conçus pour durée, de traçabilité, de recyclage des métaux et
02:51d'approvisionnement plus responsable. Il apprend que certaines filières tentent de garantir des salaires
02:57décents aux mineurs et d'éviter les minerais de conflits et de limiter l'empreinte carbone. Pour lui,
03:05ce n'est pas seulement un travail, c'est aussi un nouveau chapitre, c'est une réparation, le début
03:11d'une nouvelle conscience et la preuve qu'un autre modèle est aussi possible. Agbogbloshi,
03:18la décharge toxique. Un jour, en tombant sur une vidéo tournée au Ghana, il découvre une autre
03:24vérité, celle de la fin de vie de nos termines. Dans cette immense décharge au cœur d'Akra,
03:32des adolescents, parfois des enfants, marchent pieds nus sur des collines de plastique noirci,
03:37de cartemères brisées et de câbles brûlés. Ils mettent le feu au câble pour en extraire le
03:43cuivre, la fumée tacre, noire et forcément toxique. J'ai 16 ans, mon travail c'est de brûler les
03:49fils et de trouver le métal. Je fais ça depuis trois ans, j'ai souvent mal à la tête et je dois
03:56aider ma famille, explique Mose dans un reportage diffusé par France 24. Le plomb, le cadmium,
04:02les dioxines s'infiltrent partout, dans les sols, dans les rivières, dans les poumons. L'air est saturé,
04:09les enfants jouent à côté des flammes. Les plus jeunes apprennent à casser les écrans avec des pierres.
04:13Agbogbloshi est classé parmi les dix sites les plus pollués de la planète. Ce n'est pas un cas isolé. À des
04:22milliers de kilomètres, à Guiyou, en Chine, Wei découvre qu'une autre ville entière vivait pendant
04:2820 ans du démantèlement sauvage d'ordinateurs usés. Ici, tout le monde recyclait. On cassait les
04:33coques, on chauffait les cartes mères, on extraillait l'or à l'acide. Mes enfants ont grandi avec l'odeur
04:39du plomb qu'on fit inhabitant dans un documentaire de la BBC. Depuis 2015, les autorités ont tenté de
04:44fermer le site. Trop tard, les nappes phréatiques sont irrémédiablement polluées. Wei reste silencieux,
04:49il comprend que le téléphone qu'il a aidé à assembler peut être celui que vous avez entre
04:54vos mains. Et il terminera peut-être sa vie ici, dans les mains brûlées d'un enfant.
04:58Maintenant, Wei se posent des questions. Et forcément, nous aussi. Nous en sommes les
05:03utilisateurs finaux. Qui est responsable de tout ça ? Les entreprises qui exportent illégalement leurs
05:08déchets, les états qui ferment les yeux, les consommateurs qui veulent toujours plus vite,
05:13toujours plus neuf. On repense à ce que pourrait devenir le numérique s'il était pensé pour
05:19durer, pour être réparable, pour être recyclable, notamment ici, sans mettre en danger les autres
05:25utilisateurs. Alors, il imagine un monde où l'on prend le temps de réparer, où l'on trace les
05:31composants et où chaque geste numérique est un choix éthique. Voilà la petite histoire de Wei.
05:36J'espère qu'elle vous aura marqué. C'est un format un petit peu différent de d'habitude. Mais dans tous les
05:43cas, je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode. À très vite sur UnIT Impact.
05:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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