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00:00Bienvenue à vous toutes et à vous tous et merci d'être avec nous pour cette émission
00:06avec Judith sur YouTube Première de France 24 et toutes les plateformes.
00:12Mes invités reviennent sur leur parcours, les changements dans leur vie,
00:15les circonstances de ces changements et leurs conséquences.
00:19Bonjour Dominique Simonot.
00:20Bonjour.
00:21Vous êtes contrôleuse générale des lieux de privation de liberté depuis 6 ans,
00:26journaliste pendant 29 ans, spécialiste des carnets de justice pour le journal Libération,
00:32puis de la chronique judiciaire Coup de barre au journal du Canard Enchaîné,
00:37autrice de plusieurs ouvrages, Coup de barre, Justice et injustice en France aux éditions du Seuil
00:44et puis également de Plus Noir dans la nuit, La grande grève des mineurs de 1948
00:53aux éditions Kalman-Lévy.
00:57Mais avant de débuter notre entretien, vous vouliez revenir sur la situation en Iran
01:03et le mouvement de révolte actuelle contre le régime des Mollahs.
01:07Oui parce que tout le monde, on en est tous très émus,
01:12scotché devant les infos pour savoir ce qui leur arrive,
01:15mais il est vrai que moi depuis 2022, je suis allée à plusieurs soirées
01:19organiser en faveur du mouvement Femmes, Vie, Liberté.
01:23Et j'admire tellement leur courage à ces femmes et à ces hommes qui défilent dans les rues
01:28au mépris des dangers épouvantables qui les guettent.
01:32C'est un régime qui est criminel, c'est ce qu'on se disait tout à l'heure.
01:35Et voilà, tout le monde maintenant a pris conscience qu'il fallait les aider,
01:42qu'il fallait les soutenir.
01:43Et je trouve que jusqu'à maintenant, ce soutien a un peu fait défaut.
01:49Alors pour la France, on sait qu'il y a Cécile Collère et Jacques Paris
01:53retenus dans l'ambassade de France à Téhéran.
01:55Ça je dois dire que là, la situation est très spéciale
01:58et on croise tous les doigts pour qu'ils reviennent sans encombre,
02:01mais ça ne doit pas être facile, ça doit être terrible d'être à leur place en ce moment.
02:06Alors venons-en à notre entretien consacré aux changements dans la vie.
02:10Vous êtes issue d'une famille d'avocats, vous avez fait des études de droit.
02:14Quel était votre projet professionnel lorsque vous étiez étudiante ?
02:19Je m'étais dit que je deviendrais peut-être magistrate.
02:24Avocate, il y en avait beaucoup dans ma famille.
02:27Et je me disais que peut-être je serais juge des enfants,
02:29un truc un peu social, vous voyez.
02:32Et finalement, ça ne s'est pas trouvé comme ça.
02:35C'est Robert Badinter qui a mis fin à ma carrière de magistrate.
02:38Parce que je tombe sur lui en examen à l'oral de procédure pénale.
02:44Et je me dis, merde, Badinter, il paraît qu'il est impitoyable.
02:48Et il me dit, pensez-vous mériter la moyenne, mademoiselle ?
02:53Et il me dit, viens, je ne vous la donne pas.
02:59Je ne vous dis pas ce que j'ai pensé de lui dans ma tête,
03:02par respect.
03:05Et voilà.
03:08Donc, je me suis dit, oh, puis tu n'es pas fait.
03:10De toute façon, je ne pense pas que j'aurais pu être magistrate.
03:14Alors, vous êtes devenue éducatrice à l'administration pénitentiaire
03:17de 1979 à 1991, c'est-à-dire 12 ans.
03:22Quelles étaient vos missions ?
03:23Et en quoi cela consistait ?
03:25On était dans ce qu'on appelle un comité de probation et d'assistance aux libérés.
03:29Et aujourd'hui, on dit SPIP, service pénitentiaire d'insertion et de probation.
03:33Et notre mission, c'est toujours la même d'ailleurs,
03:35c'est d'aider et de contrôler les sortants de prison
03:37et les gens qui sortent en sortie qu'on dit aménagés,
03:41c'est-à-dire libération conditionnelle sous condition de bien se tenir,
03:44sursis probatoires sous condition, pareil, de bien se tenir dans la vie.
03:48Donc, on aidait les sortants et les gens qu'on avait sous contrôle
03:53à trouver du boulot, à se soigner.
03:55Et on contrôlait qu'ils remboursaient bien les parties civiles.
03:59Surtout qu'ils ne rechutaient pas.
04:00Et alors, quel bilan vous avez tiré de cette expérience ?
04:03Parce qu'on sait que l'alternative à la prison, c'est la réinsertion.
04:06Alors, est-ce que vous, vous avez constaté que ça marchait ?
04:09Et est-ce que les moyens étaient suffisants à l'époque ?
04:13Sûrement pas, mais surtout, nous, les éducateurs de la pénitre,
04:16comme on disait à l'époque, on n'était pas très écoutés de quiconque.
04:21Et je me suis rendu compte que, contrairement à ce que je pensais,
04:23c'est-à-dire qu'on pouvait changer les choses de l'intérieur,
04:26j'y arriverais pas.
04:27Et vous savez, il arrive un moment où vous ne vous sentez pas contente de vous
04:31dans votre travail.
04:33Et je trouve que c'est un sentiment extrêmement pénible
04:35que je retrouve aujourd'hui chez les éducateurs,
04:38chez mes successeurs,
04:40et chez les surveillants de prison,
04:41et chez les directeurs,
04:42parce qu'il y a un sentiment de « je ne fais pas bien mon boulot ».
04:47Et donc, j'avais un ami qui travaillait à Libé.
04:50Je lui ai dit « tu ne veux pas me prendre en stage ? »
04:51J'ai plein de trucs à dire.
04:53Et ils m'ont pris en stage.
04:55Et quand je suis arrivée, je me suis dit « je ne repartirai pas ».
04:58Et c'est comme ça que vous êtes devenue du coup journaliste,
05:00d'abord à Libé,
05:02puis ensuite au Canard Enchaîné ?
05:03Voilà, pendant un an, j'ai été stagiaire à Libé.
05:10Et puis, j'ai comme dit vulgarement,
05:13j'ai tapé l'incruste,
05:14parce que je crois qu'il y avait des tas de gens
05:15qui, la direction, ne voulaient pas de moi.
05:18Mais j'étais soutenue par la base,
05:20les journalistes qui étaient devenus mes amis,
05:22et je suis restée.
05:25Donc là, vous êtes restée un an ?
05:27Je suis restée, oui, un an en stage.
05:29Et après ?
05:29J'ai été embauchée après un an.
05:32Et ensuite, vous êtes journaliste au Canard Enchaîné.
05:34Alors, le Canard est connu pour ses caricatures,
05:38et le dessinateur qu'a vu ne vous a pas raté,
05:42Dominique Simonot.
05:43On vous voit à propos des écoutes téléphoniques
05:46de l'affaire Azibère.
05:47Alors, est-ce que vous pouvez nous rappeler
05:48c'était quoi l'affaire Azibère ?
05:50Et nous en dire un peu plus sur ce dessin.
05:52Alors, je commence par l'affaire.
05:54C'est l'histoire des écoutes de Nicolas Sarkozy,
05:57entre Nicolas Sarkozy et son avocat,
05:59des écoutes que, moi, je juge illégales,
06:01mais qui n'ont pas été jugées illégales par la justice.
06:04Je trouve ça dingue d'écouter un client
06:07qui parle avec son avocat.
06:08Et donc, Gilbert Azibère était un haut magistrat
06:11qui a été condamné pour avoir renseigné
06:14Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog.
06:16Bismuth.
06:17Bismuth ?
06:18Voilà, alias Bismuth.
06:19C'est le fameux téléphone Bismuth.
06:21Et Cabu, je suis très émue de voir ce dessin.
06:26Et c'est seulement en vous le montrant.
06:27D'ailleurs, je vous ai dit tout à l'heure,
06:29j'ai vu que Cabu, qui, comme vous le savez,
06:32nous a quittés tragiquement, a été assassiné.
06:35Alors, des attentats de Charlie Hebdo ?
06:38Voilà, en 2015.
06:40Il a même reproduit le strabisme divergent que j'ai dans l'œil.
06:43Et c'est la première fois que je le remarque.
06:47C'est un génie du dessin Cabu.
06:49Et qu'est-ce que dit ce dessin ?
06:51Il dit, il fait espion du XIXe siècle
06:55avec une boîte de conserve et un tuyau.
06:57Et je dis, je sors d'une bouche d'hébou.
07:00Et je dis, ça va, on peut se parler.
07:03Alors qu'au contraire, on ne pouvait pas se parler.
07:06Et je signale que c'est la police et les juges
07:11qui ont retranscrit cet entretien entre une source et moi.
07:16M. Asibert, je le connaissais depuis très longtemps.
07:18Et dans les PV, on a trouvé, quand j'étais au canard,
07:23on a retrouvé, retranscrit cette conversation.
07:25Ce qui fait que ça donnait Gilbert Asibert comme ma source.
07:28Ce qui est absolument interdit, normalement,
07:30cette conversation, elle n'aurait jamais dû être retranscrite.
07:33Puisque c'est un des droits des journalistes.
07:34Oui, parce que sinon, personne ne nous parlerait jamais
07:38si on n'avait pas ce secret des sources.
07:41Vous avez changé de métier, mais votre sujet reste la justice.
07:45Votre chronique au canard portait sur les comparutions immédiates.
07:48Elles ont donné lieu à deux livres.
07:50Justice en France, une loterie nationale.
07:53Et coup de barre, mise en scène au théâtre.
07:55Alors, que faut-il retenir de toutes ces chroniques ?
07:59Pour moi, cette justice, la comparution immédiate,
08:02autrefois dit les flagues,
08:04qui dit bien l'extrême, l'ultra-rapidité.
08:07Moi, j'en retiens.
08:08Ça m'a toujours passionnée, cette justice.
08:10Parce que c'est un précipité de tout ce qui a raté dans notre société.
08:14On voit défiler des miséreux, pas que des miséreux.
08:20Je ne suis pas à nouille.
08:23Ce n'est pas pour m'apitoyer sur les gens qui défilent.
08:25Enfin, il y a quand même en prison 30 à 35 % de malades psychiatriques,
08:30gravement atteints, qui sont envoyés au cours de ces audiences
08:33à cause des examens psychiatriques,
08:35dits examens psychiatriques de garde à vue,
08:38qui se passent dans des conditions atroces.
08:40C'est-à-dire en 5 minutes, 10 minutes.
08:43D'ailleurs, il y a toute une école de psy
08:44qui appelle leur confrère à ne plus y aller.
08:47Donc, on déclare les gens aptes à comparer.
08:50C'est une justice expéditive ?
08:52Très expéditive.
08:54C'est quoi ? 20 minutes par cas ?
08:57Ça dure jusqu'à 2h, 3h du matin dans les grands tribunaux.
09:01Je ne sais pas si vous voyez.
09:02Vous imaginez que les juges sont en état de juger,
09:04les avocats de défendre et les prévenus de parler.
09:07Et puis, il défile des craqueurs, des voleurs,
09:13beaucoup de toxicaux, des violences intrafamiliales.
09:16Mais on n'a pas le temps de s'expliquer,
09:18pas le temps d'aller plus loin.
09:19Et c'est la solution la plus facile
09:22et la plus à la portée du juge, c'est la prison.
09:26Parce que ça va trop vite.
09:27Quand on m'a dit, à Paris, c'est bien,
09:29il y a 18 dossiers à juger dans l'après-midi.
09:32Vous voyez, 18 dossiers.
09:33C'est énorme.
09:36C'est des vies entières qui défilent là.
09:39Et je vous dis, ça résume tout ce qui rate.
09:41L'éducation, l'école, l'aide sociale à l'enfance.
09:44L'aide sociale à l'enfance, c'est un marasme.
09:47Et en prison, on y trouve, je ne sais pas,
09:4950% des gamins viennent de l'aide sociale à l'enfance.
09:5250% des détenus viennent de l'aide sociale à l'enfance.
09:56Mais est-ce que la justice, elle dispose des moyens
09:58pour être juste aujourd'hui ?
10:00Il y a d'autres pays où les comparutions immédiates
10:03n'existent pas.
10:04Moi, j'aimerais que les juges se révoltent,
10:07lèvent le camp à 20h,
10:09disent, écoutez, nous, on ne peut pas juger plus loin.
10:13Il y a une circulaire qui dit qu'on n'a pas à juger
10:15plus de tendeurs d'affilée.
10:17Ça n'est pas normal.
10:19J'aimerais, oui, j'aimerais beaucoup de choses.
10:21Mais là, au contraire, malheureusement,
10:25tout ce que je pouvais espérer,
10:27c'est le contraire qui arrive.
10:28Parce que je crois que là, on affronte,
10:30enfin, dans le métier que je fais aujourd'hui
10:31et de quand j'étais journaliste,
10:34les vents les plus contraires qu'on ait jamais affrontés.
10:37Il y a une soif de répression dans notre pays
10:40qui ne tient pas compte du fait que les gens,
10:45quand on les juge,
10:46la façon dont on les traite à l'intérieur des prisons,
10:49rejaillira forcément sur la manière
10:52dont ils se conduiront dehors.
10:54Et je ne pense pas que,
10:55humilié, peut-être, je vais,
10:57je vous entraîne sur un terrain,
11:00la prison,
11:01je ne crois pas que,
11:02je ne crois pas que,
11:03humilier des gens à 3-4 par cellule,
11:06entassé 23h sur 24,
11:08va les rendre meilleur.
11:09Va les rendre meilleur.
11:11Est-ce que lors du mouvement des Gilets jaunes,
11:13vous pensez que la justice,
11:15parce que vous l'avez suivie,
11:16a bien fait son travail
11:17lors de ces comparutions immédiates ?
11:19Vous ne pouvez pas imaginer à quel point,
11:21enfin, de ce que j'ai vu,
11:22en tout cas,
11:23les audiences où je suis allée,
11:24ça dépendait des magistrats.
11:27J'ai entendu un magistrat invectiver,
11:29un prévenu,
11:30et je m'en souviens très bien,
11:31lui dire,
11:32monsieur, c'est du vide,
11:34c'était un alcoolo
11:35qui avait suivi la manif des Gilets jaunes,
11:38il s'était dit,
11:39bon, tchon, c'est moron,
11:40j'y vais, bon.
11:41Et il avait lancé une canette sur les policiers.
11:44Et il y avait une chose qu'il reconnaissait.
11:45Et le procureur l'avise,
11:47il lui dit,
11:47monsieur, c'est rien,
11:49monsieur, c'est du vide.
11:52Je me suis dit,
11:52mais enfin,
11:53on n'a pas à parler à un être humain
11:55devant,
11:56en plus,
11:57une audience,
11:57vous savez,
11:58c'est public,
11:59vous vous rendez compte
12:00de se faire traiter de rien
12:01et de vide
12:02par un magistrat
12:05du haut de son estrade.
12:06j'allais trouver ça immonde,
12:07donc je l'avais mis en titre.
12:09L'avocate Dugas,
12:09d'ailleurs,
12:10je m'en souviens très bien,
12:11s'était mise à pleurer.
12:12Vous voyez la scène.
12:14D'autres magistrats,
12:15au contraire,
12:16c'était,
12:16mais madame,
12:17prenez le temps,
12:17ou monsieur,
12:18je vous en prie,
12:19expliquez-vous,
12:19le tribunal est là
12:20pour vous écouter.
12:21Ça,
12:22vraiment,
12:22c'était...
12:23totalement variable.
12:24Oui,
12:25et c'est d'ailleurs
12:26ce que j'apprécie aussi
12:27dans ces audiences,
12:29mais là,
12:29c'est journalistique,
12:30c'est la différence,
12:32les variations,
12:33c'est passionnant
12:36à suivre et observer
12:38cette justice.
12:39Alors,
12:40pendant que vous étiez journaliste,
12:41vous aviez aussi eu à cœur
12:43de mener un combat
12:45pour rendre justice
12:46aux mineurs,
12:47aux gueules noires
12:48du Nord-Pas-de-Calais,
12:49abusivement licenciés,
12:52lors des grandes grèves
12:53de 1948,
12:55donc au lendemain
12:56de la Seconde Guerre mondiale.
12:57Oui.
12:57Donc,
12:58pourquoi ce combat historique
13:00et qu'avez-vous obtenu,
13:02Dominique Simono ?
13:04Alors là,
13:04j'ai obtenu beaucoup de choses,
13:05mais je commence par le début.
13:07C'est un ami avocat,
13:08Thieno Grimbach,
13:09aujourd'hui disparu,
13:10qui m'a appelé,
13:11il m'a dit
13:11j'ai un truc pour toi.
13:12Et puis,
13:12je me suis dit,
13:13bon,
13:13on a pris un rendez-vous,
13:14je me suis dit
13:14j'en ai pour une heure et demie,
13:15et puis finalement,
13:16quatre heures plus tard,
13:17on y était toujours.
13:18Et il m'a raconté
13:19l'histoire des grévistes
13:20de 1948
13:21dans les mines
13:24du Nord-Pas-de-Calais,
13:26à qui la France,
13:28tout le monde avait dit
13:29retroussez vos manches,
13:30produisez,
13:31les ministres communistes
13:32leur avaient dit
13:33allez-y,
13:34produisez,
13:35vous êtes l'honneur
13:35de la France,
13:37ils avaient gagné
13:38des avantages,
13:39ils avaient été
13:39tellement courageux.
13:40Vous savez,
13:41on ne le sait pas,
13:42en 1941,
13:43moi je ne l'ai jamais appris
13:44au lycée,
13:45et vous non plus,
13:46je suis sûre,
13:46il y a eu une grève
13:47des mineurs du Nord-Pas-de-Calais,
13:48contre les nazis.
13:50Par exemple,
13:51c'est une chose
13:51qu'on n'apprend pas,
13:52il y a eu plein de fusillés,
13:54et ils sont venus
13:55se faire chercher
13:56dans les mines,
13:57au fond,
13:58par des ingénieurs
14:01qui étaient des balances,
14:02et par des policiers français
14:03qui les ont amenés,
14:06voire les Allemands,
14:07qui les ont donnés
14:08aux nazis.
14:10En 1948,
14:12ils voient disparaître
14:13peu à peu
14:13tous les avantages,
14:14alors qu'ils continuent,
14:16au fond,
14:16à l'effort de guerre,
14:19l'effort d'après-guerre
14:20qu'on leur a demandé,
14:21parce que l'avenir
14:22de la France
14:22était entre leurs mains,
14:24et ils voient
14:25qu'ils perdent
14:25peu à peu
14:26tous les avantages
14:26qu'ils avaient.
14:27On dit avantages,
14:28en fait,
14:29ce ne sont pas des avantages,
14:30ce sont des acquis sociaux.
14:33Et ils se sont révoltés,
14:36et c'était là
14:37le célèbre slogan
14:39CRS-SS,
14:40et pas du tout
14:41de mai 68,
14:42comme on l'a cru,
14:42parce qu'ils ont vu,
14:45on leur a envoyé
14:45les CRS.
14:4680 000 réservistes
14:47ont été appelés
14:47par Jules Moch.
14:48Voilà.
14:49La répression a été
14:49très vue.
14:50Jules Moch,
14:50c'était le ministre
14:51de l'Intérieur.
14:52Moche, c'est boche.
14:53C'était le slogan.
14:55Et c'est horrible
14:55parce que Jules Moch,
14:56sa famille,
14:56a été assassinée
14:58dans les camps
14:58de concentration.
15:00Mais cette histoire
15:02l'a rendue
15:02un peu obsessionnelle.
15:05Il avait une carte
15:06de France,
15:07il avait piqué
15:08des drapeaux
15:08avec les ennemis
15:09de la France
15:10qui étaient
15:11les mineurs grévistes.
15:13Ces mineurs
15:13ont été arrêtés,
15:16livrés aux CRS,
15:19sont venus
15:20les chercher au fond
15:20exactement comme avant
15:22et d'où date
15:22les CRS-SS.
15:24Ils ont été condamnés
15:25en comparution immédiate,
15:28déjà.
15:30Et ils ont défilé
15:32par palanqués.
15:33Ils ont été condamnés
15:35à de la prison ferme
15:36pour beaucoup.
15:38Et ça voulait dire
15:39que les magistrats
15:39savaient perdre
15:40sa maison,
15:42son travail,
15:43l'école des enfants,
15:44tout appartenait aux mines.
15:46Et ensuite,
15:46ils étaient blacklistés,
15:49c'est-à-dire embauchés
15:50dans la région.
15:51Il y avait un garde
15:51des mines.
15:52Ils ne trouvaient pas
15:52de travail.
15:53Non.
15:53Tu te barres,
15:54vous arrêtez
15:54de l'embaucher.
15:55Voilà.
15:56Donc,
15:56ça m'a profondément révoltée
15:58et je suis allée rencontrer
16:00les survivants
16:01de cette épopée.
16:04Que vous racontez
16:04dans plus de noir
16:05la nuit.
16:06Et surtout,
16:06leurs épouses
16:07qui ont été des héroïnes.
16:09Et vous avez obtenu
16:11quelque chose
16:11par la suite ?
16:13Eh bien,
16:13oui.
16:15Ça,
16:15c'est incroyable.
16:16Christiane Taubira
16:17qui était ministre
16:18de la Justice,
16:18j'ai frappé à toutes les portes.
16:20J'ai alerté
16:20dans les ministères,
16:21je suis allée partout,
16:22je me suis fait jeter
16:23de partout.
16:24Et puis,
16:25Christiane Taubira
16:25a lu le livre,
16:27elle a dit
16:27à son conseiller financier
16:29« Je veux qu'on fasse
16:30quelque chose
16:30pour ces gens ».
16:31Il a dit
16:31« C'est impossible ».
16:32C'est elle
16:33qui m'a raconté.
16:34Elle lui a dit
16:34« Lisez le livre,
16:35vous reviendrez me voir ».
16:36Et on a obtenu,
16:38elle a obtenu
16:3950 000 euros
16:40pour chacun,
16:425 000 euros
16:44pour perte de chance
16:44de leurs enfants
16:45et puis
16:46la Légion d'honneur
16:47pour plusieurs
16:49à titre posthume
16:50et pour
16:51quelques-uns
16:52de mes euros
16:52bien vivants.
16:54Donc,
16:54il y a eu des réparations.
16:55Alors,
16:56on dénonce
16:56les trafiquants de drogue
16:58qui continuent
16:58leur business
16:59en prison.
17:00la décision
17:01du ministre
17:01de la Justice
17:02Gérald Darmanin
17:03de créer
17:04des prisons
17:04de haute sécurité
17:05pour les 100
17:06narcotrafiquants
17:07les plus dangereux.
17:09Est-ce que
17:09cette solution
17:10vous semble adaptée ?
17:12Je ne vais pas
17:14pleurer
17:15parce que
17:16de gros narcos,
17:17de gros criminels
17:18n'ont plus
17:19de portables
17:19en prison.
17:21Je dis juste
17:22qu'il faut faire
17:22très attention
17:23parce qu'il y a
17:24même des notes
17:24de la chance
17:25parce que là,
17:26c'est dans ces quartiers,
17:27c'est un isolement
17:28total.
17:30Alors,
17:30je crois que le ministre
17:31s'est un peu ravisé
17:32parce que l'isolement
17:33total,
17:34c'est impossible
17:34de faire subir ça
17:35à quelqu'un.
17:36Vous ne pouvez pas
17:36rester isolé
17:37des autres.
17:38C'est très dangereux.
17:40Il y a une note
17:40de la chancellerie
17:41que j'ai trouvée
17:42et dont on se sert souvent
17:43qui dit attention
17:44aux isolés
17:45dans les quartiers
17:46d'isolement
17:46qui n'ont qu'un temps.
17:47L'isolement
17:48en prison
17:49n'a qu'un temps
17:50dans le temps normal.
17:52Pour les prisonniers
17:53normaux,
17:53disons,
17:54on dit attention
17:55aux isolés.
17:55Ils peuvent
17:57vaciller.
17:58La raison vacille
17:59au bout d'un moment.
18:00Vous ne parlez qu'à vous-même.
18:03Et puis,
18:04elle dit attention,
18:06faites attention
18:06à les confier
18:07aux surveillants
18:08à ce qu'ils puissent
18:09parler à des êtres humains
18:10dans la journée.
18:11Donc,
18:12moi,
18:12je dis qu'il faut
18:12faire attention à ça.
18:13C'est une terrible régression
18:15en ce qui concerne
18:15l'hygiaphone
18:16qui va séparer
18:17les parloirs.
18:18J'ai lu un article
18:19dans un journal
18:20où il y avait
18:21un de ces narcos
18:23enfermés
18:23qui disait
18:24même l'hétéro
18:24ont le droit
18:25d'embrasser leurs femmes
18:26et plus moi.
18:28Bon,
18:29on ira se rendre compte
18:31de ce que c'est.
18:32C'est un résultat
18:32par la suite.
18:34Alors,
18:34le problème
18:34de la drogue,
18:35cela dit,
18:36ce n'est pas seulement
18:36les trafiquants,
18:37c'est aussi l'usage
18:38de la drogue
18:38par les prisonniers
18:39eux-mêmes.
18:40Est-ce qu'il n'est pas
18:41illusoire de croire
18:42que les drogués
18:43peuvent se sevrer
18:44en prison
18:45et supporter
18:47l'état de manque ?
18:49Je vous confirme
18:49que c'est illusoire.
18:51Et d'ailleurs,
18:52je parlais récemment
18:53à une directrice de prison
18:54qui m'a dit
18:54mais on est désespérés
18:56quand on soit des gens
18:57dont les juges
18:58nous disent,
18:59moi souvent à l'audience,
19:00j'ai entendu,
19:01monsieur, vous partez en prison,
19:02au moins là,
19:02vous serez sevré.
19:04Au moins là,
19:05vous serez soigné.
19:05Grosse erreur.
19:06C'est faux.
19:07C'est faux.
19:07La drogue circule.
19:09Parfois,
19:09l'autre jour,
19:10j'étais dans une coursive,
19:12j'entends la surveillante
19:13qui crie, monsieur,
19:14je vous ai déjà dit,
19:14ça suffit,
19:15je ne sais pas quoi.
19:16Je me retourne pour dire,
19:17ce n'est pas drame
19:18qu'on fume une cigarette
19:19dans la coursive.
19:20En fait,
19:20j'étais enveloppée
19:21dans un halo.
19:23Ça puait le shit.
19:24Je me suis étonnée
19:25de ne pas être complètement
19:26défoncée en sortant.
19:27Mais d'un autre côté,
19:32je signale
19:33que dans des prisons
19:34pleines,
19:35parfois à 200,
19:37250,
19:38et parfois même 300%,
19:39je ne sais pas si vous voyez.
19:40D'ailleurs,
19:41la France a été condamnée hier
19:42pour l'état
19:43de la prison de Strasbourg.
19:45Tellement il est ignoble.
19:46Tellement on est obligé
19:48de soulager
19:51ses besoins naturels
19:52devant les autres.
19:53Mais imaginez ça.
19:54Condamnée par la Cour européenne
19:56des droits de l'homme ?
19:56Oui, le nouveau ?
19:57À nouveau.
19:59Donc il est illusoire
20:00de penser que
20:01tout le monde le sait
20:02en prison.
20:03Apparemment,
20:03le ministre veut frapper
20:05des gros coups.
20:06Il leur donne des fouilles,
20:08XXL,
20:09les saisies sont minables.
20:12Mais les détenus,
20:13s'il n'y avait pas le shit,
20:15s'il n'y avait pas le cannabis,
20:17ça pèterait.
20:18C'est ça.
20:19Vous dites,
20:19vous dites,
20:20Dominique Semeno,
20:21c'est incroyable
20:21que des seringues artisanales
20:23sont fabriquées
20:24par les détenus
20:25et que les maisons d'arrêt
20:27tiennent à cause
20:28de la drogue.
20:29Expliquez-nous ça.
20:30Je dirais grâce.
20:33C'est moche à dire.
20:34Mais grâce.
20:34Expliquez.
20:35Parce que,
20:36comme on parlait,
20:39il y a des livraisons
20:40qui se font,
20:41la drogue passe,
20:42comme passent
20:42les portables d'ailleurs.
20:43c'est plus dur
20:44de faire passer
20:45un portable
20:46que de la drogue.
20:47Alors,
20:47la drogue,
20:47elle arrive,
20:48vous savez,
20:49il y a les lancers,
20:50les projections,
20:50ça s'appelle.
20:51Alors ça,
20:51c'est des types à l'extérieur,
20:52c'est de nouveaux métiers.
20:54Lanceurs,
20:55pof,
20:55lancés par-dessus
20:56l'enceinte de la prison.
20:58Il y a les ramasseurs.
21:00Il y a les gardeurs.
21:01Comme partout.
21:03C'est-à-dire,
21:03les gardeurs,
21:03c'est les nourrices au fond.
21:05Vous savez,
21:05on connaît tous maintenant
21:06les nourrices,
21:07tout le monde sait ce que c'est.
21:08Donc,
21:09ils le gardent
21:09dans leurs cellules
21:10pour éviter
21:11que machin soit fouillé.
21:13Parfois,
21:13sous la contrainte.
21:14Parce que c'est la loi,
21:16c'est le CAIDA
21:17qui s'applique en prison.
21:18Il ne faut pas croire
21:18que ce n'est pas
21:20la cuicule
21:21et les petits oiseaux.
21:22Non, bien sûr.
21:22C'est dur.
21:24Donc,
21:25bien,
21:26alors,
21:26il y a ces lanceurs.
21:27Maintenant,
21:28il y a des drones
21:28qui livrent.
21:30Il y a la corruption également.
21:32Ça,
21:32il ne faut pas l'écarter.
21:34Mais,
21:34vous voyez,
21:35j'ai vu
21:36qu'un surveillant
21:37s'était fait arrêter.
21:38On a trouvé
21:39du cannabis
21:40dans son casier
21:41ou dans sa voiture.
21:44Voilà.
21:44Et donc,
21:45la drogue
21:45rentre partout.
21:47Aussi par les parloirs.
21:50Et ce climat
21:50de violence
21:51et de surpopulation
21:53rend les conditions
21:54de travail
21:54pour les surveillants
21:56très difficiles
21:56et avec des risques
21:58physiques
21:58et psychiques.
22:00Ah,
22:00mais,
22:01moi,
22:01j'ai demandé
22:02aux médecins
22:03des prisons
22:03de nous analyser
22:04les risques psychiques,
22:06psychosociaux
22:06pour les surveillants.
22:08Il ne faut pas oublier
22:09que moi,
22:10nous,
22:11au contrôle général,
22:12on hurle
22:12contre l'état
22:13des prisons,
22:13les droits
22:14des prisonniers.
22:15Mais,
22:16en fait,
22:17les surveillants
22:18sont également
22:19abandonnés
22:20par l'état.
22:21Et,
22:22de rentrer
22:22tous les soirs
22:23chez soi
22:23en se disant,
22:24je fais un boulot
22:24de merde,
22:25mais comment
22:26je vais m'en sortir ?
22:27Être,
22:28risquer d'être menacé,
22:29risquer d'être frappé,
22:30risquer...
22:32Qu'est-ce que
22:32vous voulez ?
22:33Vous dites
22:34qu'ils doivent
22:35enlever
22:35tous les soirs
22:36leurs vêtements
22:36pour éradiquer
22:37les punaises
22:38de lit ?
22:39C'est ce qu'ils m'ont
22:39conseillé
22:39dans les endroits
22:40où il y a
22:40des punaises
22:40de lit.
22:41Ils m'ont dit,
22:41madame,
22:42faites comme nous.
22:43Ce soir,
22:44vous rentrez chez vous,
22:44vous déshabillez,
22:45vous enlevez tout
22:46sur le pas
22:46de votre porte
22:47et tout au congélateur
22:48pendant 72 heures.
22:50J'ai dit,
22:50mais oui,
22:50mais si mon voisin
22:51passe,
22:51il va me prendre
22:52pas les volets.
22:54Mais j'ai fait
22:54comme il m'avait dit
22:55parce que les punaises
22:56de lit,
22:57c'est un fléau.
22:59Et vous savez,
23:01quand vous rentrez
23:01dans une cellule,
23:03le gars vous dit,
23:04asseyez-vous,
23:04madame,
23:04les gars,
23:05parce que dans cette prison,
23:06ils étaient beaucoup.
23:07Je me dis,
23:08non,
23:08vous asseyez sur tout papy.
23:09Ils vous montrent
23:10leurs bras dévorés
23:11par les punaises.
23:14Et quand vous vous rendez compte
23:15qu'il y a des gars,
23:18des femmes
23:18qui vous disent,
23:19le soir,
23:19je vais mettre
23:20du papier toilette
23:21dans mes oreilles,
23:22dans mon nez,
23:23pour pas que les cafards rentrent.
23:24Il y a des matelas au sol.
23:266 000 matelas au sol
23:27aujourd'hui.
23:2886 000 détenus.
23:31Il y a 70 000 détenus
23:32qui vivent
23:33dans des endroits
23:35surpeuplés.
23:36Et pour améliorer,
23:37on va revenir
23:38à la surpopulation carcérale,
23:39mais pour améliorer
23:40les conditions de détention
23:41et préparer la réinsertion,
23:42il faudrait pouvoir
23:43développer le sport,
23:44l'apprentissage
23:45d'un travail,
23:46un métier,
23:47en prison.
23:48Et tout cela,
23:49on a l'impression
23:49qu'on en est loin.
23:51Est-ce qu'on progresse
23:51dans cette voie ?
23:54Quand je vous disais
23:54qu'on affronte
23:55des vents contraires
23:56comme je n'en ai jamais connu,
23:57c'est vrai.
23:58Parce que
23:59des belles choses
24:00en prison,
24:01ils s'en passent.
24:02Il y a des gens
24:03qui mettent
24:04vraiment leur énergie,
24:06leur enthousiasme,
24:06leur savoir
24:07au service des prisonniers,
24:09donner des cours,
24:11faire des ateliers
24:11du sport,
24:13du culturel,
24:15des ateliers
24:15pour apprendre
24:16aux femmes
24:17à la coiffure,
24:19pour apprendre
24:20à prendre soin
24:21de son corps,
24:22de sa peau,
24:23à se présenter bien
24:24à un travail,
24:24par exemple.
24:25Tout cela,
24:26malheureusement,
24:27c'est complètement étouffé
24:28par la surpopulation
24:29parce qu'il manque
24:315 000 surveillants.
24:32Je ne sais pas
24:33si vous voyez
24:33ce que c'est
24:35que le métier.
24:35Ça en dit long aussi
24:37sur le métier
24:37de surveillant.
24:38La norme
24:39est un surveillant
24:40pour 60 détenus,
24:41ils en sont
24:42à un pour 120,
24:43130.
24:45Donc,
24:45ils passent
24:46leur temps
24:46à courir.
24:48Les médecins
24:48des prisons
24:49m'ont dit
24:49qu'il y a
24:50de forts risques
24:51de décompensation
24:51psychique
24:52pour eux.
24:55D'ailleurs,
24:56les arrêts,
24:57tout est un cercle vicieux.
24:59se sentir mal au boulot,
25:00ça entraîne
25:01des arrêts maladie,
25:02des absences.
25:05Donc,
25:06ça rajoute
25:06à la pénurie.
25:07Ça rajoute
25:08à la pénurie.
25:08C'est vraiment
25:09un cercle vicieux
25:11qui se mord
25:11la queue
25:12et que je trouve
25:13pas du tout
25:15ni intelligent,
25:18ni sympathique,
25:20ni malin
25:20de la part
25:22des autorités
25:23de faire semblant
25:25d'ignorer ce problème
25:26en disant
25:26« Moi,
25:27je tape un grand coup,
25:28je vais faire saisir
25:29les portables. »
25:30Mais c'est faux.
25:32Oui,
25:33des gros coups
25:34comme ça,
25:34ça donne
25:35quelques saisies.
25:36Mais moi,
25:36les directeurs
25:37me disent
25:38« Nos saisies,
25:39sachez-le,
25:39sont prudentes
25:40et parcimonieuses.
25:41On fait attention. »
25:45C'est une majorité
25:45d'hommes
25:46qui sont en prison.
25:47Alors,
25:47qu'en est-il
25:48pour les femmes
25:48et est-ce que
25:49les conditions
25:50d'incarcération
25:51pour elles
25:51sont meilleures
25:52ou c'est pareil ?
25:53J'ai coutume
25:54de dire
25:54que nous,
25:55les femmes,
25:55on n'est que
25:563,6%
25:57de la population
25:58carcérale
25:59et qu'on est
25:59bien mal récompensées
26:00de se tenir
26:01si bien
26:02parce que
26:02la surpopulation,
26:05elle touche
26:05les femmes
26:06également.
26:07Là,
26:08j'étais dans une
26:09prise de vue
26:09de 200%
26:10de surpopulation.
26:14Des prévenus,
26:15des détenus
26:17mélangés.
26:20Il y a une jeune femme
26:21qui me dit
26:21« Madame ! »
26:22Qu'est-ce qu'elle
26:23m'a fait rire ?
26:24« Très normal
26:25que moi,
26:25une fille de 19 ans,
26:27je sois en cellule
26:28avec une personne
26:29très âgée tout de même. »
26:30Je lui dis
26:30« Vous n'avez pas honte
26:31de me dire
26:32très âgée à moi ?
26:33Vous connaissez mon âge ? »
26:34J'ai dit
26:34« Quel âge
26:35a cette vieillarde ? »
26:36« Ah, vieillarde ! »
26:37Il y a une dame
26:38qui se met à la fenêtre
26:39et qui fait au barreau
26:40qui écrit
26:40« Je suis la vieillarde ! »
26:4250 ans.
26:43Bon,
26:43j'ai ravalé mon truc.
26:46Mais il n'empêche,
26:47on mélange des profils,
26:49on mélange des gens,
26:50des fumeuses
26:52avec des non-fumeuses,
26:53vous voyez des femmes
26:56dans des états aussi
26:57psychiques et psychiatriques
26:59très graves.
27:00Culpant.
27:03Moi,
27:03je me souviens
27:04d'une dame
27:04qui m'a dit
27:05« Moi,
27:06pour appeler mes enfants
27:07trois fois par jour,
27:08ça me coûte
27:09300 euros par mois »
27:09parce que le téléphone,
27:11s'il y a autant de portables
27:12en prison aussi,
27:13c'est parce que
27:14le téléphone coûte
27:1511 fois plus cher
27:16que dehors.
27:17Elle,
27:18elle payait
27:18350 euros par mois
27:20pour appeler
27:20ses enfants
27:21matin,
27:21midi et soir.
27:23Voyez-nous,
27:23à côté de nos forfaits.
27:24Et pourquoi
27:25ça coûte plus cher ?
27:26parce que c'est une société
27:27qui s'appelle
27:27Telio
27:28qui les a installées
27:29dans ses cellules
27:30et qui se rembourse
27:32sur les communications.
27:32Elle est installée
27:33gratuitement
27:34pour l'État français,
27:35mais elle se rembourse
27:36sur les communications.
27:37C'est normal
27:37de payer ces communications.
27:39C'est normal
27:40d'être puni
27:41quand on commet
27:42des délits.
27:43C'est normal.
27:44La prison,
27:45on n'a rien trouvé d'autre.
27:46Bon, c'est la prison.
27:47Mais autrement, quoi ?
27:49Et pour les mineurs,
27:51qu'en est-il ?
27:51Vous dénoncez
27:52leur parcours
27:53qui va de l'aide sociale
27:54à l'enfance
27:54à la prison
27:55en passant par le placement
27:56dans des familles dysfonctionnelles
27:58et les centres éducatifs
27:59fermés.
28:01Et la prison.
28:01Et la prison pour les mineurs.
28:03Écoutez,
28:03en juillet,
28:04j'ai visité
28:06une prison pour enfants
28:07qui est située à Marseille
28:09qui s'appelle
28:09La Valentine.
28:11Et je vous assure,
28:11je suis dure à cuire.
28:13Je ne suis pas...
28:14Je ne m'émeu pas.
28:15Là,
28:16j'étais obligée
28:16de me mordre les joues,
28:18de me pincer
28:19pour me faire mal,
28:21pour ne pas chialer.
28:24J'étais...
28:25Mais toute l'équipe,
28:26c'était horrible.
28:28On est tombés
28:29sur des gosses.
28:29Il n'y avait
28:30plus de surveillants.
28:32Très peu.
28:33Arrêt maladie,
28:34congé,
28:35absence,
28:36poste,
28:37vacants.
28:39Ceux qui restaient
28:40épuisés.
28:42Les gosses
28:42enfermés
28:4223 heures sur 24.
28:44Pas de scolaire
28:46parce que c'était
28:47les vacances scolaires.
28:49Mais les vacances scolaires,
28:50je vous demande un truc.
28:52C'est pour qui
28:53les vacances scolaires
28:53à votre avis
28:54quand vous êtes en prison ?
28:55Ce n'est pas pour les enfants,
28:56on ne s'appelle pas.
28:57C'est les vacances
28:57des profs.
28:58Et nous,
28:59on réclame à Coréacrie
29:00depuis longtemps
29:01un statut spécial
29:03de prof
29:05pour les enfants
29:06enfermés
29:06en psychiatrie,
29:07en prison
29:08ou dans les centres
29:08éducatifs.
29:10J'ai été reçue
29:11par des députés
29:11à qui j'ai apporté
29:12cet avis
29:13enseignement.
29:14« Ah madame,
29:15c'est très grave,
29:18voyons,
29:19ah oui,
29:20oui,
29:20on va certainement
29:21faire quelque chose. »
29:22Personne n'a rien fait.
29:24Sauf une députée
29:25qui elle-même
29:26est une ancienne
29:26de la DAS,
29:27Périne Goulet,
29:28qui l'a repris
29:28à son compte.
29:30Mais voyez,
29:30comme on navigue
29:32aussi,
29:33et si on affronte
29:35tant de vents
29:36contraires,
29:37c'est aussi
29:37parce qu'il y a
29:38l'indifférence,
29:39parce que ce ne sont
29:40pas des sujets porteurs.
29:42Et vous qui êtes
29:42journaliste et moi
29:43qui l'ai été,
29:44on sait très bien
29:44que ce ne sont pas
29:45des sujets porteurs.
29:46Moi,
29:47combien de fois
29:47dans les journaux
29:47où j'étais,
29:49j'ai entendu
29:49« Tu nous en merres
29:51avec tes sans-papiers,
29:53avec tes fouilles,
29:55avec tes taulards,
29:57lâche-nous
29:57avec tes papiers. »
29:58C'est vrai.
29:59Et cette indifférence,
30:01elle sert
30:02des projets funestes
30:04qui voient
30:04être abandonnés
30:06les détenus,
30:08qu'ils soient
30:08des enfants,
30:09des adultes,
30:10des femmes,
30:11les surveillants,
30:12les médecins psychiatres,
30:14puisqu'on n'en trouve plus
30:16pour soigner les gens.
30:17Et c'est comme ça
30:18que la prison
30:19tient lieu aujourd'hui
30:20d'asile.
30:25Indispensable.
30:25Soit on augmente
30:26le nombre de places
30:27avec les constructions
30:28de nouvelles prisons,
30:29soit on diminue
30:30le nombre de détenus
30:32qui n'a jamais été aussi haut.
30:33C'est ce qu'on appelle
30:34la régulation carcérale.
30:36Est-ce que sur ce point,
30:37vous espérez
30:37que des décisions positives
30:38vont être prises prochainement ?
30:41Alors moi,
30:41j'ai beaucoup d'espoir,
30:42ça ne vous reprendra pas
30:43d'apprendre que moi,
30:44je ne suis pas pour
30:44la construction de prison,
30:45au contraire,
30:46parce que je pense
30:47qu'on va les remplir
30:47de toute façon.
30:48Mais pour que des gens sortent,
30:50regardez l'Allemagne.
30:51L'Allemagne,
30:52ils ont 20 millions
30:52d'habitants de plus que nous.
30:54Ils ont 20 000 détenus
30:56de moins,
30:57qui sont un par cellule.
30:5870% des détenus
31:00allemands travaillent,
31:01contre 25% ici.
31:03Et encore,
31:0325% c'est une moyenne.
31:05Donc je trouve
31:06que oui,
31:07il faut faire sortir du monde.
31:09Il faut qu'on arrive
31:10à une station normale.
31:11Je ne pense pas
31:11que l'Allemagne
31:12soit de dangereux gauchistes.
31:15Donc voilà.
31:16Et j'ai de l'espoir
31:17parce que j'ai constitué
31:19un groupe de travail
31:19au contrôle général
31:21avec des syndicats pénitentiaires,
31:24de médecins,
31:25d'avocats,
31:26de magistrats administratifs,
31:28judiciaires,
31:28et des associations
31:29qui oeuvrent en prison.
31:31Et les éducateurs.
31:32Vous avez de l'espoir
31:34alors que la surpopulation,
31:35vous l'avez dit,
31:36elle peut dépasser
31:36250% dans certains établissements.
31:39Vous avez dénoncé
31:40le manque d'hygiène,
31:41les punaises de lits,
31:42on en a parlé,
31:43le déficit d'accès aux soins,
31:44notamment pour les malades psychiatriques.
31:46Vous avez dit en début d'interview
31:47qu'un tiers des détenus
31:48ont des problèmes psychiatriques.
31:50Donc tout ceci explique
31:51la violence aussi
31:52qui règne dans les prisons.
31:54En 2024,
31:55il y a eu 5 meurtres de prisonniers
31:57par un co-détenu
31:59et l'an dernier,
32:00141 suicides.
32:02Donc malgré vos interventions,
32:04la situation n'a pas l'air
32:05de s'améliorer.
32:08C'est vrai.
32:09Et comme je vous dis,
32:09en plus,
32:11je pense qu'il ne faut jamais
32:13lâcher prise sur l'espoir.
32:15Parce que sinon,
32:15on est fichus.
32:16Sinon, on baisse les bras.
32:17Qui va hurler ?
32:20Les avocats.
32:21On se remonte le moral
32:23tous ensemble.
32:24Les avocats,
32:25les syndicats pénitentiaires,
32:27on est là à se dire
32:28qu'est-ce qu'on peut faire ?
32:29Qu'est-ce qu'on peut faire ?
32:30Les médecins,
32:31les médecins,
32:32tout le monde.
32:33Et on a été entendu,
32:34notre groupe de travail
32:35a été entendu
32:36par l'Assemblée nationale,
32:38par le président
32:38de la Commission des lois,
32:40Florent Boudier.
32:40À l'issue de notre audition,
32:42divine surprise,
32:43je ne m'y attendais pas du tout,
32:44il dit,
32:45je vais élaborer
32:46une proposition de loi
32:47pour,
32:48en faveur
32:49de la régulation carcérale.
32:51On s'est dit,
32:52mais c'est bingo,
32:54jamais on n'aurait espéré ça.
32:55On s'est dit,
32:55vous savez,
32:56il y a un directeur de prison
32:57pendant l'audition
32:58qui était entendu
32:59au titre de porte-parole
33:00de notre groupe.
33:01Il a dit,
33:03on gagne,
33:04on prend
33:045000 détenus par an.
33:06Ça n'est pas normal.
33:08C'est même une bombe.
33:09Et on vous aura prévenu.
33:10Je pense que ce gars-là,
33:12il a marqué l'audition.
33:13Mais tout le monde
33:15a été vraiment très convaincant.
33:17Bon,
33:17il annonce ça.
33:18Là,
33:18le ministre de la Justice
33:20a annoncé
33:22une loi
33:23sûre.
33:24La loi sûre,
33:25c'est pour qui,
33:26à mon avis,
33:26et d'ailleurs de l'avis de tous
33:27et même de l'aveu du ministre
33:29en privé,
33:30pour le moment,
33:31il dit que
33:31ça fera
33:32mécaniquement monter
33:34encore le nombre de détenus.
33:36Donc,
33:36il faut bien qu'il trouve
33:37une échappatoire.
33:38Parce que là,
33:38on va arriver rapidement
33:39aux 100 000 détenus.
33:41Je ne sais pas
33:41qu'est-ce qui va arrêter
33:43cette machine infernale.
33:44Ça ne sert plus à rien.
33:46La prison,
33:47ce n'est plus qu'un temps mort,
33:49violent,
33:49sans rien.
33:51Je ne parle pas
33:51des centres pour longue peine.
33:53C'est tout à fait différent.
33:54Là,
33:54le numerus clausus
33:55s'applique.
33:56Le ministre a dit
33:57je vais peut-être
33:58intégrer la loi,
34:00la proposition de loi
34:01du président
34:01de la commission des lois
34:02dans ma loi sûre
34:03pour faire baisser
34:04les incarcérations.
34:06Il annonce
34:06un numerus clausus.
34:08Un numerus clausus,
34:09ce n'est pas plus
34:10de détenus
34:11que de place.
34:12C'est ce qui a lieu
34:12en Allemagne,
34:13en Hollande,
34:14en Espagne.
34:16Pas chez les dingues,
34:17chez nos voisins.
34:21Malheureusement,
34:21ce qu'il annonce,
34:23alors pour la première fois
34:24peut-être,
34:24le nom a été
34:25le mot numerus clausus.
34:27Quand je parlais
34:27de numerus clausus
34:28à l'Assemblée nationale,
34:30la moitié de l'hémicycle
34:31s'évanouit.
34:32Ah mon Dieu,
34:33le numerus claususus.
34:34Là,
34:35c'est un ministre
34:35qui en parle.
34:36Peut-être que ce sera écrit
34:37dans la loi,
34:38mais c'est le seul pas
34:39en avant que je vois,
34:39parce que lui,
34:41ce qu'il a annoncé,
34:43c'est qu'il vise
34:44150% d'occupation
34:46en 2030.
34:48Je n'appelle pas ça
34:49un rêve non plus.
34:50Alors,
34:51je garde espoir,
34:52parce que
34:53tous,
34:53on s'est tous appelés
34:54pour se dire
34:55gardons espoir,
34:56parce que ce mot
34:57fameux de numerus claususus
34:59est prononcé,
35:00c'est peut-être
35:00un pied dans la porte
35:01qu'on a mis,
35:03mais il faut bien
35:03qu'on tienne
35:04avec quelque chose.
35:05En 2020,
35:07le président Emmanuel Macron
35:08vous a choisi
35:08pour devenir
35:09contrôleuse générale
35:10des lieux de privation
35:11de liberté.
35:11Votre nomination
35:12a fait débat
35:13et vous-même,
35:14vous aviez dit
35:14que vous étiez
35:15estomaquée.
35:17Pourquoi ?
35:18Je l'ai même dit
35:19de façon beaucoup
35:20plus grossière,
35:21mais bon,
35:22estomaquée,
35:23voilà.
35:24Mais parce que
35:25je n'avais
35:26jamais,
35:28d'abord,
35:29je me suis sentie,
35:30je me dis,
35:31mais ce n'est pas possible,
35:32parce que quand c'est
35:32Éric Dupond-Moritti,
35:33il m'a appelé,
35:34comme toute journaliste
35:35judiciaire,
35:35je le connaissais bien,
35:37il me dit
35:37tu ne veux pas
35:37être contrôleur.
35:38Je lui ai dit
35:38mais t'as bu,
35:40t'es ivre,
35:41t'es malade,
35:43moi,
35:44et je l'ai trouvé.
35:46Et puis après,
35:47j'ai réfléchi,
35:48je me suis dit
35:48ma vieille,
35:48tu ne fais pas ce boulot,
35:50tu es folle,
35:51parce que ça conclut
35:53toute ta vie finalement,
35:54tout ce qui t'a
35:54toujours passionné.
35:56Et c'est vrai
35:56que je suis passée
35:58devant l'Assemblée,
35:58devant le Sénat,
35:59je remercie le Covid
36:00de m'avoir alors
36:02affublée d'un masque
36:03qui masquait,
36:05je crois,
36:05la panique
36:06que j'avais
36:07d'être interrogée
36:09par tout ce monde-là,
36:10c'est-à-dire
36:10d'être dans
36:11le sens inverse.
36:13Moi,
36:13je n'avais plus
36:14du tout une habitude
36:15et c'est vrai
36:17que je n'ai pas
36:18remporté
36:19un score
36:19formidable
36:21parce que je suis passée
36:22à 22 voix pour,
36:2418 contre.
36:26Bon,
36:26mais vous avez
36:26été élue.
36:28Oui,
36:28et j'étais,
36:30je ne sais pas
36:31que je ne l'ai pas
36:31regretté,
36:32comme je vous le disais
36:33tout à l'heure,
36:34moi,
36:34j'ai l'impression
36:35de ne jamais avoir
36:35rien fait de mieux
36:36de toute ma vie
36:38que ce métier
36:39que j'ai la chance
36:40d'exercer aujourd'hui.
36:42Et alors,
36:42votre mandat se termine
36:43le 15 octobre
36:452026.
36:47L'extrême droite
36:47veut supprimer
36:48votre poste
36:48ainsi que celui
36:49de vos collaborateurs.
36:50Elle dénonce même
36:51votre salaire.
36:52Que leur répondez-vous ?
36:55Tous les ans,
36:57un député
36:59ou une députée
36:59du FN
37:00me dit avec votre...
37:02Aujourd'hui,
37:02du Rassemblement National.
37:03Pardon,
37:04oui,
37:04du Rassemblement National
37:05me dit,
37:06madame,
37:07avec votre salaire indécent,
37:09votre budget
37:09effroyablement élevé,
37:12vos résultats dérisoires,
37:14à quoi servez-vous ?
37:16Je lui dis,
37:17je sers quand même,
37:19vous,
37:19ça peut vous paraître
37:20dérisoire,
37:20les avancées
37:21qu'on obtient,
37:22mais elles ne le sont pas
37:23pour ceux qui sont enfermés
37:24ni pour ceux qui y travaillent.
37:26Et là,
37:26je parle des hôpitaux psychiatriques
37:28comme des prisons,
37:29comme des centres
37:30de rétention administrative,
37:32le peu d'avancées
37:33qu'on a.
37:34On avance
37:35avec les avocats,
37:36avec les magistrats,
37:37on compte sur les magistrats
37:38pour condamner la France
37:39qui,
37:40comme on l'a dit tout à l'heure,
37:41a été à nouveau condamnée hier
37:42pour l'état
37:44de sa prison
37:44de Strasbourg.
37:47Et ça s'appuie d'ailleurs
37:48sur un de nos rapports,
37:49entre autres.
37:50Donc,
37:50je trouve
37:51qu'on sert
37:53à alerter
37:54si nous on se tait.
37:55Mais plus personne
37:56ne parlera de ces lieux.
37:58Plus personne
37:59ne parlera
37:59ni des malades psychiatriques,
38:02ni des...
38:03Plus personne,
38:03j'exagère un peu,
38:04mais nous on sert
38:05à donner
38:06une caisse de résonance
38:07à tous ces gens
38:09qui travaillent
38:10ou qui sont enfermés
38:11dans ces lieux
38:12et qui
38:13sont désespérés
38:16pour beaucoup.
38:18De voir
38:19nous qui parlons
38:22tout le temps
38:22de souffrance
38:23au travail.
38:24Je vais vous dire
38:24qu'il y a de grosses
38:25souffrances au travail
38:26là.
38:27Et puis,
38:28il y a de grosses souffrances
38:29dans l'enfermement.
38:31Moi,
38:31je voudrais qu'il devienne
38:32autre chose.
38:32D'ailleurs,
38:33on en a fait un podcast
38:34que je vous recommande
38:36d'écouter.
38:36s'appelle
38:36Les Enfermés,
38:37vous le trouvez
38:38sur notre site
38:39et on a fait parler
38:40tout le monde
38:40des femmes,
38:43des hommes,
38:44les détenus,
38:44des malades psychiatriques,
38:47des étrangers dans les CRAS
38:48et puis des policiers,
38:49des surveillants,
38:50des surveillantes,
38:51des médecins.
38:52Les CRAS,
38:53les centres de rédentation
38:54administratives.
38:56Pour les étrangers.
38:57C'est ça,
38:57c'est pour ça que je dis
38:58les étrangers dans les CRAS.
38:59Et de toute manière,
39:00surveiller les prisons,
39:01ça fait partie aussi
39:01de l'État de droit,
39:02non ?
39:03Il me semble quand même
39:05que d'ailleurs,
39:06dans un monde de rêve,
39:08c'est vrai qu'on n'existerait pas,
39:09on n'aurait pas besoin d'exister.
39:11Moi, j'ai vu
39:11mes homologues allemands,
39:13leur visite de prison,
39:14ce n'est pas du tout
39:14comme les nôtres.
39:15Ils arrivent à trois,
39:17ils restent une après-midi
39:18ou une journée.
39:19Nous, quand on arrive,
39:20on débarque dans une prison
39:22moyenne à 6-7
39:23et on reste une semaine
39:24dans une très grosse prison
39:25comme j'étais en Allemagne.
39:28On reste,
39:28on arrive à 15
39:29et on reste 15 jours.
39:31Mais eux,
39:31ils n'en ont pas besoin.
39:32Les gens sont un par cellule.
39:33Ils travaillent.
39:34Les conditions sont normales.
39:36Ils ont accès aux activités.
39:38Ils ont accès au travail.
39:39Ils ont accès au sport.
39:41Et ils ont moins de récidifs
39:42que nous,
39:43les Allemands.
39:44Je trouve qu'on pourrait
39:45prendre exemple,
39:46au lieu de cogner
39:47sur la tête des gens
39:48comme ça,
39:49à la fois sur les enfermés
39:51et sur ceux qui les soignent
39:53ou les gardent.
39:55Que proposez-vous
39:57comme moyen
39:57supplémentaire
39:59et comme changement
40:00pour votre successeur ?
40:03Je lui dirais
40:03de tout mon cœur
40:05bonne chance
40:05entre deux larmes
40:06de quitter cette mission.
40:08Ça, c'est sûr,
40:09je vais être très triste.
40:11Mais je pense que
40:13j'aurais
40:14l'honneur
40:16et la fierté
40:17de lui présenter
40:18ce qu'on a fait
40:19jusqu'à maintenant.
40:19et je dirais
40:21que mes voeux
40:22l'accompagnent
40:22et que j'espère
40:24qu'il trouvera
40:25dans ce que j'ai accompli
40:27avec cette équipe
40:29absolument sensationnelle
40:30avec qui je travaille,
40:32qui comprend tous les gens
40:34dont on a parlé,
40:36avocats, magistrats,
40:37médecins,
40:40journalistes,
40:41photographes,
40:43directeurs de prison,
40:44directeurs de la protection
40:45judiciaire de la jeunesse,
40:46tout ça.
40:46Je lui confierais
40:47cette équipe
40:48en disant
40:49qu'elle est
40:49sensationnelle,
40:50vraiment,
40:51et que ce sont des gens
40:52courageux,
40:53convaincus
40:54et qui ne sont pas
40:55non plus
40:56des clowns
40:57à se dire
40:58comme je vous disais,
40:59on est loin
41:01du rêve,
41:02du
41:02« Ah,
41:04pauvre détenue ! »
41:05Non,
41:05on est tous conscients
41:07de ce qu'on fait,
41:12de ce qu'on dit,
41:13à qui on s'adresse.
41:14Et nous,
41:14on dit
41:15« Arrêtez,
41:16faites quelque chose
41:17pour que ça aille mieux.
41:18C'est la solution
41:19pour que ces gens
41:20sortent meilleurs
41:21dans tous les domaines. »
41:23Dans tous les domaines.
41:25Mais là,
41:26c'est vrai que ce qu'on voit
41:27est assez...
41:28C'est très préoccupant
41:30et je trouve
41:31insensé
41:32que le pouvoir politique
41:35en détourne les yeux
41:36à ce point
41:37ou s'en serve
41:38même
41:39de façon politicienne
41:40pour rouler
41:41des mécaniques
41:42ou pour...
41:43c'est dommage
41:45parce que ça vaut mieux
41:47comme...
41:48C'est un combat
41:49que nous,
41:49on mène
41:50et c'est des situations
41:51qui valent mieux que ça.
41:54Qui demandent plus
41:55d'intelligence.
41:57Merci infiniment.
41:58C'est moi qui vous remercie.
41:59C'est Dominique Simenot
42:00d'être venue.
42:00Merci à vous.
42:01C'est moi.
42:02Et merci à vous tous
42:02de votre attention
42:03et on vous dit
42:04à très vite.
42:06Merci à vous tous.
42:06Merci à vous.
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