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  • il y a 3 semaines
Il a bloqué son lycée à 17 ans, avant de s'engager au parti socialiste et dans un syndicat de l'éducation nationale. Son engagement précoce, Inaki Echaniz l'explique par les épreuves qu'il a dû traverser.
Il siège au sein du groupe PS à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Il a bloqué son lycée à 17 ans avant de s'engager au Parti Socialiste et dans un syndicat de l'éducation nationale.
00:06Son engagement précoce, mon invité l'explique par les épreuves qu'il a dû traverser.
00:11Il siège au sein du groupe PS à l'Assemblée.
00:14Bonjour Iñaki Etchanis.
00:30Bonjour.
00:31En 2023, vous avez réalisé un joli coup, c'était en plein débat sur la réforme des retraites.
00:35Vous avez piégé le ministre Olivier Dussopt. On va voir comment.
00:39Monsieur le ministre, il y a maintenant quelques semaines que vous recevez les partenaires sociaux pour évoquer la question des retraites et la réforme que vous souhaitez conduire.
00:48La main sur le cœur, vous vous êtes engagé devant nous et avant vous le Président de la République à ne pas passer en force sur ce dossier
00:54et à mener une concertation approfondie, à rechercher une position de consensus.
00:59Malheureusement, la vérité est ailleurs.
01:01Monsieur le ministre, ma question est double mais elle est très simple.
01:04Allez-vous oui ou non reculer l'âge de la retraite de 62 à 64 ans ?
01:09Alors ce petit montage qu'on a fait le montre bien.
01:11Vous avez repris le texte d'une question d'Olivier Dussopt qu'il posait lui-même en 2010
01:14pour critiquer la réforme des retraites du gouvernement Fillon de l'époque.
01:19Et alors Olivier Dussopt vous a répondu sans se rendre compte qu'il répondait à sa propre question.
01:24Vous attendiez à ce que le piège fonctionne aussi bien ?
01:28Pas aussi bien. Je m'attendais à ce qu'il s'en rende compte parce que je considère que quand on est un dirigeant politique,
01:33surtout de ce niveau-là, on se souvient de ses engagements passés.
01:36Et l'idée n'était pas de lui tendre un piège, mais de montrer toutes les contradictions qu'il portait
01:40en tant que ministre en charge de cette réforme qui était profondément injuste
01:44et qu'il dénonçait dans des propos assez forts quelques années auparavant.
01:48Et moi j'ai appris la politique par le local et par l'engagement fidèle à ses positions
01:55et que c'était l'occasion de montrer sa trahison envers ce qui avait fait sa carrière politique.
02:02Vous savez si vous en avez voulu ? Vous en avez reparlé avec lui par la suite ?
02:05Il ne m'a plus adressé la parole jusqu'à ce qu'il quitte le gouvernement.
02:10Donc il vous en a voulu ?
02:11Je pense.
02:12Alors Olivier Dussopt ne s'est pas méfié de vous à cette occasion-là.
02:16J'ai retrouvé une phrase de votre femme dans un article qui vous était consacrée.
02:20Elle disait à votre sujet, quand on ne le connaît pas, il a une image lisse et très calme,
02:24mais quand il défend une cause, il la porte jusqu'au bout de manière appuyée et tenace.
02:28C'est-à-dire que vous cachez bien votre jeu ?
02:31Je ne sais pas si je cache bien mon jeu, mais c'est vrai que j'ai un caractère assez fort
02:37de par mon territoire et mes origines et qu'on peut parfois ne pas s'attendre à ça quand on me voit...
02:44C'est un avantage stratégique.
02:46C'est-à-dire que vos adversaires ne se méfient pas forcément de vous.
02:48Je ne sais pas si... Je pense qu'il faut qu'on aille au-delà des sujets de méfiance,
02:52mais je suis quelqu'un de franc d'entier et qui dit les choses comme il les pense.
02:57On va en revenir à cette réforme des retraites de 2010,
03:00celle sur laquelle a été intervenu Olivier Dussopt à l'époque,
03:03parce qu'elle tient décidément une place particulière dans votre parcours politique.
03:07C'est cette réforme-là qui a déclenché votre premier engagement.
03:11À l'époque, vous étiez au lycée.
03:12Tout à fait.
03:12Vous aviez 17 ans, c'est ça ?
03:13C'est ça. J'étais en première au lycée Jules Supervielle.
03:17C'est vous sur la barrière. La photo n'est pas top qualité.
03:20Oui, mais c'était il y a longtemps. J'avais même les cheveux longs à l'époque.
03:24Effectivement, ça a été mon premier engagement public sur une question de société.
03:31Donc, j'avais organisé avec quelques camarades une mobilisation dans ma ville natale
03:36et où je vis encore au Laurent-Sainte-Marie.
03:38Et on avait organisé des assemblées générales dans les différents établissements.
03:43On avait créé des espaces de discussion et de mobilisation.
03:46Vous aviez bloqué le lycée, carrément.
03:47On avait fait un barrage fril-train, plus un blocage.
03:50Et on avait surtout organisé une manifestation dans la ville.
03:53Je crois qu'à cette occasion, vous êtes allé voir la proviseure du lycée
03:56en lui faisant croire que le maire d'Oloron vous soutenait.
03:59Alors, pas en lui faisant croire, j'avais rencontré le maire d'Oloron,
04:03Bernard Uturi, qui l'est toujours aujourd'hui,
04:05et qui est quelque part mon mentor en politique.
04:07et qui partageait les revendications comportées.
04:15Marie-Lise Bistuet, qui est la première adjointe, je crois,
04:18elle raconte que c'était un peu ambigu quand même.
04:21Vous prévaliez du soutien du maire pour faire sortir les élèves du lycée
04:25pour qu'ils aillent manifester.
04:27Je dis ça parce que vous avez été CPE par la suite
04:29et que je ne suis pas sûr qu'en tant que CPE, vous auriez apprécié ça.
04:32Il se trouve que j'étais il y a quelques jours justement de nouveau au lycée supérieur
04:37sur un sujet de carte scolaire et que j'ai croisé mon ancien principal
04:40qui est aujourd'hui conseiller municipal d'une commune
04:43et qui disait qu'il n'y a qui ne pouvait faire que CPE
04:45parce qu'il connaissait déjà toutes les stratégies
04:48et tout ce qu'il fallait faire ou ne pas faire en tant qu'élève.
04:51Un sujet plus grave, vous avez perdu vos deux parents
04:53quand vous étiez enfant puis adolescent
04:55et vous faites un lien entre ce drame personnel
04:58et votre engagement politique précoce.
05:00Quel est ce lien ? Comment vous expliquez cela ?
05:03Alors, je n'ai pas l'habitude de forcément parler de ma vie personnelle publiquement
05:07mais effectivement, ça a été un point auquel j'apporte toujours de l'importance
05:13sur le fait de devoir lutter contre les inégalités
05:16et encore plus quand elles sont faites par la vie
05:20et qu'elles sont d'une injustice totale
05:24parce que personne ne mérite de vivre ce que j'ai pu vivre
05:29et que l'État, pour moi, doit être là pour gommer ces inégalités de départ
05:33et qu'elle doit apporter des solutions à ceux qui ont moins,
05:38à ceux qui sont nés au mauvais endroit, au mauvais moment,
05:41dans des conditions plus difficiles que les autres
05:42et que c'est par les services publics, c'est par l'éducation nationale,
05:46c'est par l'égalité des chances qu'on peut arriver à gommer ces blessures
05:51ou en tout cas, c'est...
05:53Vous avez vécu comme des injustices personnelles, c'est ce que vous expliquez.
05:57Vous répétez souvent que vous faites de la politique pour améliorer la vie des gens.
06:01Est-ce que c'est aussi ça qui a motivé votre choix de devenir CPE ?
06:05Améliorer la vie des élèves, en l'occurrence ?
06:07Oui, je savais que j'étais très attiré par l'enseignement, par le milieu scolaire
06:13et je me suis dit qu'avec mon passé d'élèves parfois un peu turbulents...
06:17Dans un collège de Seine-Saint-Denis, c'est ça ?
06:19Tout à fait, c'était mon collège à Seine-Denis où j'ai passé plus de 5 ans
06:23et ça a été une expérience personnelle et professionnelle extraordinaire
06:26parce que je viens d'un milieu rural où on a parfois l'impression d'avoir une fracture
06:29et de ne pas avoir le même accès à ce qu'on peut retrouver en ville
06:32et j'ai fait ma carrière professionnelle en éducation prioritaire
06:36là où on retrouve la même fracture
06:38et je pense que c'est notre rôle comme parlementaire de trouver des réponses
06:41que ce soit pour le milieu rural comme pour le milieu urbain et en difficulté.
06:46Alors vous êtes engagé dans un syndicat en tant que CPE
06:49mais politiquement vous avez attendu 2020 pour vous présenter à des élections
06:52c'était au municipal à Oloron-Sainte-Marie
06:54sur la liste du fameux maire que vous étiez allé voir en tant que lycéen à l'époque
06:59et vous avez repéré à cette occasion ?
07:01Ça s'est fait comme ça ?
07:02Alors moi j'ai l'habitude de dire que j'ai commencé la politique par la politique municipale
07:08et effectivement avec Bernard qu'on voit ici
07:10qui je l'ai dit tout à l'heure est mon mentor
07:11je l'ai rencontré au moment des manifestations
07:14et j'ai gardé un lien presque
07:16une filiation très personnelle avec lui
07:21parce que j'ai beaucoup appris
07:22et je pense que c'est une personne assez extraordinaire
07:24qui met fin à sa carrière politique à l'issue de son mandat
07:28et qui incarne ce qu'il y a de plus beau en politique
07:31c'est-à-dire l'engagement personnel au service des autres
07:33et effectivement à essayer d'améliorer au quotidien la vie.
07:36Donc à partir du moment où vous avez été élu conseiller municipal
07:39tout est allé très vite pour vous
07:40en 2022 vous avez obtenu l'investiture de la NUPES aux législatives
07:44et vous l'avez emporté à quelques voix près
07:46vous avez succédé à un certain Jean Lassalle
07:49qui ne se représentait pas
07:51est-ce que vous voyez des points communs avec lui
07:54et des différences ?
07:56Comment vous...
07:57L'amour du territoire et l'envie de servir les gens
08:01après on n'a pas la même ligne politique
08:03pas forcément la même façon de faire la politique
08:06Votre circonscription, vous en parliez
08:08elle est à cheval à la fois sur le Pays Basque et le Béarn
08:12ce sont deux territoires qui sont ancrés dans des cultures très fortes
08:15dans des langues, des identités très affirmées
08:18mais qui sont différentes
08:19c'est compliqué à gérer pour un député ça ?
08:22J'ai la chance d'être les deux
08:24d'être basque par justement mes grands-parents et mon père
08:29et d'être béarné de naissance
08:31et que je n'oppose pas ces deux cultures et ces deux territoires
08:34Mais par contre vous ne parlez pas le basque
08:37est-ce que ce n'est pas un handicap électoral ?
08:40Je ne sais pas si c'est un handicap électoral
08:41en tout cas ça fait partie des regrets que j'ai sur ma vie
08:45parce que ma grand-mère le parlait
08:49que toute ma famille au Pays Basque espagnol
08:52au Pays Basque Sud le parle
08:53et que je regrette de ne pas avoir pu l'apprendre en étant jeune
08:59et ça fait partie des raisons pour lesquelles je me bats aujourd'hui
09:02pour que les nouvelles générations puissent avoir accès à un enseignement
09:05que ce soit pour le basque ou pour l'occitan
09:08un enseignement facilité et étendu sur toutes les écoles
09:13Alors qu'ils soient basques ou béarnés
09:14vos électeurs y sont confrontés quand même à un problème commun
09:17c'est la difficulté à se loger dans votre territoire
09:20à cause des locations touristiques de courte durée
09:22du type Airbnb
09:24En gros c'est plus rentable de louer en Airbnb
09:26que de louer à l'année à quelqu'un qui habite sur place
09:28Avec la députée Renaissance Anaï Glemer
09:30vous avez fait voter une loi
09:32pour encadrer ces locations de courte durée
09:34c'était en 2024
09:35Est-ce que vous en voyez déjà les effets sur votre territoire
09:38ou ça va se faire progressivement ?
09:41Mon territoire a été précurseur sur ces sujets-là
09:44L'agglomération Pays Basque avait déjà mis en place un certain nombre de mesures
09:47et donc il fallait aller plus loin
09:49il fallait donner plus d'outils aux élus locaux
09:51plus d'outils et d'objectifs de loger les gens durablement
09:57parce qu'on pourra toujours parler de réindustrialisation
09:59de services publics, d'équité dans les territoires
10:01si on ne règle pas la question du logement
10:03qui est centrale pour moi dans les politiques publiques
10:05tout ce qu'on fera à côté ne sera soit insuffisant soit inefficace
10:09Et les premiers résultats c'est plutôt pour 2026 a priori ?
10:12On a de plus en plus de communes qui se saisissent des outils qu'on a mis en place
10:16et effectivement on regarde l'agglomération Pays Basque
10:19l'embolie du nombre de meubles de tourisme a été arrêtée
10:22et on commence à revoir des offres de logement qui avaient disparu
10:25On critique souvent les députés sur leur incapacité
10:27à mettre de côté si l'on peut dire leur étendard politique
10:31pour travailler ensemble
10:32Vous l'avez fait avec Anaïc Lemeur sur cette loi
10:35Qu'est-ce qui a rendu possible ce travail transpartisan ?
10:40L'intérêt général ?
10:41L'intérêt général de dire qu'il fallait apporter des réponses rapidement au territoire
10:45et que ça dépassait les clivages politiques
10:47Vous continuez avec elle aujourd'hui sur cette thématique du logement
10:50sur d'autres sous-thématiques on va dire
10:52Tout à fait et même au-delà avec Anaïc avec qui je m'entends très bien
10:55on continue sur l'encadrement des loyers notamment
10:56mais sur d'autres sujets où on arrive à parler avec des parlementaires
11:00des différents groupes de gauche jusqu'au groupe du centre et de la droite
11:05à essayer de trouver des mesures qui peuvent aller jusqu'au bout
11:08parce qu'aujourd'hui c'est un impératif pour moi
11:10de trouver des réponses adaptées à la crise du logement
11:13même si elles ne sont pas parfaites
11:14au moins on apportera notre pire à l'édifice
11:16On va passer au quiz de La Politique et moi
11:18donc je vais vous proposer des débuts de phrases
11:20et c'est vous qui allez devoir les compléter
11:21Ma technique pour faire taire les chahuteurs
11:24à l'Assemblée en l'occurrence ?
11:27De parler plus fort qu'eux ?
11:28Ah mais alors le CPE il faisait ça avec les élèves au collège ?
11:31Non mais j'ai réussi
11:34j'arrivais avec mes élèves
11:37à avoir une relation de confiance
11:38et ils savaient ce que j'attendais d'eux
11:40et après je ne suis pas CPE
11:42dans l'hémicycle
11:44même si parfois dans mon groupe
11:46on m'y renvoie
11:48mais non j'essaye de faire en sorte
11:50que les débats puissent se tenir le mieux possible
11:53Ceux qui refusent le tildé à mon prénom
11:56le tildé c'est la petite vague
12:00Tout à fait
12:00je ne comprends pas
12:04je ne comprends pas ce qu'un tilde
12:06et ce que nos langues peuvent enlever à la République
12:09Parce qu'il faut peut-être expliquer
12:11c'est qu'on appelle ça un signe diacritique
12:14et dans l'état civil c'est interdit
12:16la République le refuse
12:17Tout à fait
12:18Alors ça avait été autorisé par la loi Molac
12:20mais un certain nombre de parlementaires
12:22avaient saisi le Conseil constitutionnel
12:24qui avait censuré cette disposition
12:26de la loi Molac
12:28justifiant que c'était une atteinte à la République
12:30moi je considère que c'est justement
12:32une atteinte à mon histoire personnelle
12:34et à l'histoire de tous ceux qui utilisent ces signes diacritiques
12:36et plus largement qui utilisent nos langues pour vivre
12:40et que pour moi
12:41pour certains c'est peut-être symbolique
12:43mais pour nous qui ne l'avons pas
12:46sur nos documents officiels
12:48ça ne l'est pas du tout
12:49Enfin le planter de bâton
12:51C'est toute ma vie
12:53et ma jeunesse
12:55oui parce que j'ai été
12:56mon père était moniteur de ski
12:58et donc j'ai fait beaucoup de ski
13:00de compétition étant jeune
13:03et j'ai passé une partie du monitorat
13:05pour être moniteur de ski
13:08à Gourette
13:08pendant près de 10 ans
13:09de mes 17 à mes 27 ans à peu près
13:11et j'ai même réussi à amener
13:13mes élèves de Saint-Denis
13:14à Gourette justement
13:15leur faire découvrir le ski
13:17parce que ce n'est pas
13:19qu'un sport de riches et d'aisées
13:21je pense que chacun devrait avoir accès
13:23au sport d'hiver et à la montagne
13:25Merci beaucoup Inyaki Etchanis
13:26d'être venu dans La Politique et moi
13:28Merci à vous
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