- il y a 4 semaines
Le 14 janvier 1986 disparaissait brusquement le chanteur Daniel Balavoine, laissant derrière lui l'image d'un artiste très engagé. Quarante ans plus tard, que nous reste-t-il de l'engagement artistique de Balavoine ? La chanson française est-elle toujours aussi engagée et quelles en sont les principales figures ?Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Emilie Mazoyer, journaliste et animatrice radio, Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France et Valéry Zeitoun, producteur.LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
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00:00:00Générique
00:00:01...
00:00:14Bienvenue à tous dans Desbadogs.
00:00:17Voilà tout juste 40 ans, disparaissait brusquement Daniel Balavoine,
00:00:21un chanteur populaire au texte porteur de sens
00:00:24pour une jeunesse des années 80 en mal de contestation.
00:00:28Voilà ce que va nous rappeler le documentaire qui suit.
00:00:30Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après, sur ce plateau,
00:00:34en compagnie du journaliste Didier Varro, du producteur Valérie Zetoun
00:00:38et de l'animatrice radio Émini Mazoyer,
00:00:41avec cette question, où sont passés les artistes engagés de la chanson française ?
00:00:47Bon doc.
00:00:47Voilà, alors, moi je m'appelle Balavoine, je suis navigateur et pilote, et lui ?
00:01:13Et moi je m'appelle Jean Lucroix, je suis pilote et navigateur.
00:01:17Voilà.
00:01:17Je participe au Paris-Dakar, à mon avis, pour à peu près les mêmes raisons
00:01:21que les trois quarts des gens qui le font, c'est-à-dire pour le sport,
00:01:23pour le voyage, pour l'aventure, pour l'amour de la voiture,
00:01:27pour l'Afrique, pour la beauté du paysage, pour rencontrer des gens différents,
00:01:30pour, je sais pas, pour vivre autre chose, pour prendre des vacances,
00:01:33pour prendre de l'air, pour pas avoir de téléphone dans la voiture,
00:01:36pour plein de choses, pour conduire vite,
00:01:37pour essayer de naviguer et aider mon camarade à conduire vite.
00:01:40Qu'est-ce que je peux vous faire d'autre encore ?
00:01:43Aller vite, conduire vite, vivre vite.
00:01:47Mais le 14 janvier 1986, tout s'arrête dans le désert malien,
00:01:51à bord d'un hélicoptère éclaté sur le sable.
00:01:54Daniel Balavoine et quatre autres passagers viennent de disparaître.
00:01:58Il y avait à bord Thierry Sabine, Jean-Paul Le Fur, le radio,
00:02:07François-Xavier Bagnou, le pilote,
00:02:11Daniel Balavoine et Nathalie Audan, du journal du dimanche.
00:02:17Et tous les cinq sont morts.
00:02:18Sous-titrage Société Radio-Canada
00:02:22Sous-titrage Société Radio-Canada
00:02:52Thierry Sabine, Daniel Balavoine et trois autres personnes
00:02:54sont mortes dans un accident d'hélicoptère.
00:03:01Le chanteur Daniel Balavoine et Thierry Sabine
00:03:03ont trouvé la mort dans l'accident d'hélicoptère
00:03:04qui a fait au total cinq morts sur le rallye Paris-Dakar.
00:03:07Tout s'est écroulé.
00:03:08C'était deux personnes avec un charisme tellement énorme
00:03:11que voilà, c'était mon premier boulot
00:03:14et j'y croyais pas, j'y croyais pas.
00:03:17On avait un confrère qui, en mettant sa radio,
00:03:25a écouté son antenne et d'un seul coup,
00:03:27il devient tout blanc et nous dit
00:03:27l'hélico s'est craché.
00:03:29Là, on s'est regardé, on dit quoi ?
00:03:31Il nous dit oui, l'hélico s'est craché avec tous.
00:03:33Alors, je dis, c'est pas possible.
00:03:35Ça m'a un peu plus coupé les pattes
00:03:45que réellement effondré.
00:03:49Je savais plus quoi faire.
00:03:55Quand il est mort, j'ai dit maintenant ça suffit,
00:03:58je ne découvrirai jamais plus une personnalité
00:04:01avec une telle intelligence et avec un tel talent.
00:04:05Alors, je préfère terminer ma carrière sur Daniel
00:04:08que de continuer.
00:04:10Je ne me trouverai sûrement personne après.
00:04:11Au moment de sa mort, Daniel Balavoine a 34 ans.
00:04:37Le désert africain le fauche en pleine gloire.
00:04:39Son dernier tube, l'Aziza, vient d'être consacré disque d'or.
00:04:51Il représente une chanson populaire
00:04:53au texte porteur de sens
00:04:55pour toute une jeunesse en mâle de contestation.
00:04:59À l'image du jeune homme qui a commencé sa carrière
00:05:01au milieu des années 70,
00:05:04après une jeunesse passée à Biarritz
00:05:05et des débuts de chanteurs dans la région.
00:05:07Il avait cette capacité d'avoir des répartis
00:05:12semi-humoristiques qui étaient un ton
00:05:15qui ne se pratiquait pas avec la hiérarchie à l'époque.
00:05:18Et un parler, curieusement, je dirais,
00:05:21légèrement banlieusard alors qu'il n'y a jamais vraiment habité.
00:05:25Et une façon d'interpeller les gens
00:05:26qui étaient un peu décidés avant-coureurs
00:05:29de la génération des Coluches ou autres.
00:05:30La façon de s'exprimer, si vous voulez, avec humour.
00:05:32En fait, Daniel Balavoine a été très marqué par mai 68.
00:05:38À cette époque, il n'a que 16 ans,
00:05:40mais le discours contestataire le captive.
00:05:43Il s'intéresse à la politique
00:05:44et voudrait devenir député.
00:05:47Il approche même les leaders étudiants de la contestation
00:05:50qui organisent des tournées en région,
00:05:52mais il sera très rapidement déçu.
00:05:54On se faisait une image d'eux absolument extraordinaire.
00:06:00Et puis finalement, quand on les voyait arriver,
00:06:01on n'entendait que des conneries, que des bêtises.
00:06:04Ça m'a complètement démobilisé.
00:06:06J'ai eu un petit peu le dégoût de tout.
00:06:09Et comme à ce moment-là, mon frère faisait médecine
00:06:11et avait une guitare,
00:06:12il a laissé tomber la guitare et continuait la médecine.
00:06:14Et moi, j'ai arrêté mes études et pris sa guitare.
00:06:18Avec sa guitare, sa voix et ses tripes,
00:06:20Daniel Balavoine va rapidement sortir
00:06:22de l'anonymat et des galères.
00:06:24Après des débuts de choristes
00:06:25avec Catherine Ferry et Patrick Juvet,
00:06:28une rencontre sera déterminante.
00:06:30Geneviève Salama, une attachée de presse,
00:06:32lui présente le directeur artistique
00:06:34le plus influent de chez Barclay.
00:06:37Il est frappé par la particularité du jeune chanteur.
00:06:42C'est surtout le timbre de sa voix, au départ,
00:06:45qui m'a séduit.
00:06:46Je veux absolument le voir.
00:06:48Et Geneviève Salama m'a dit
00:06:49« Moi, je veux bien te l'emmener,
00:06:50mais je t'avertis, c'est un grand rebelle.
00:06:52Ça m'étonnerait beaucoup qu'il veuille travailler avec toi. »
00:06:57Parce qu'il sait ce qu'il veut,
00:06:58il est très dur dans tout ce qu'il fait.
00:07:02Mais j'ai dit « Mais ça m'est égal,
00:07:03amène-le-moi. »
00:07:04Je suis chanteur, je chante pour mes copains.
00:07:08Je veux faire des tubes et que ça tourne bien,
00:07:11tourne bien.
00:07:13Il rentre dans mon bureau
00:07:14et je lui ai dit
00:07:16« Est-ce que tu aimerais bien travailler avec moi ? »
00:07:19Il m'a dit
00:07:21« Écoutez, monsieur le ministère,
00:07:22moi, je vais déjà vous donner mes conditions. »
00:07:26Voilà.
00:07:26Et ensuite, si vous avez des accrédités,
00:07:28on va voir.
00:07:29Alors, mes conditions sont très simples.
00:07:31Je veux faire déjà 1,33 tour par an.
00:07:35Je veux enregistrer dans le studio qui me plaît,
00:07:38avec le preneur de son qui me plaît,
00:07:40avec les musiciens qui me plaisent,
00:07:43c'est moi qui dois tout choisir
00:07:45dans le répertoire que je dois faire.
00:07:48Et aller savoir pourquoi,
00:07:51sans hésiter une seconde,
00:07:54je lui ai dit « D'accord. »
00:07:57Il m'a regardé, il me dit
00:07:58« Mais c'est pas possible,
00:08:00vous êtes d'accord sur tout ce que je viens de vous dire ? »
00:08:02Je lui ai dit
00:08:02« Je suis d'accord sur tout ce que tu viens de dire. »
00:08:05Il m'a dit
00:08:06« Bon, amenez-moi le contrat, je vais le signer. »
00:08:09Je lui ai dit
00:08:10« Mais tu ne veux pas savoir
00:08:11combien de pourcentages tu vas toucher ? »
00:08:12Non, non, je m'en fous de tout ça.
00:08:14À partir du moment où je suis libre
00:08:16de faire ce que je veux faire,
00:08:18à ce moment-là,
00:08:18je suis d'accord pour signer avec vous.
00:08:20Au début, ça n'a pas marché.
00:08:32Les deux premières années étaient catastrophiques
00:08:35parce qu'on dépensait une fortune
00:08:37pour faire ces disques.
00:08:38Et j'avais peur toujours
00:08:40que M. Barclay ne me dise par contre
00:08:42« Maintenant, Léo, on a assez dépensé d'argent,
00:08:44il faut peut-être arrêter. »
00:08:46Pourtant, la persévérance de Léo Missyre
00:08:48finira par s'avérer payante.
00:08:55Moi, je croyais vraiment que ça allait marcher.
00:08:58J'étais même sûr, je disais
00:08:59« C'est pas possible que ce garçon n'y arrive pas. »
00:09:01Des concerts de 100 000 personnes
00:09:04Je lui ai dit « Écoute, le jour où tu vas vendre 300 000 45 tours,
00:09:09je vais couper un garbiche. »
00:09:11Et quand le chanteur est sorti
00:09:14et que ça a commencé à marcher,
00:09:16un jour, je l'appelle, je lui ai dit
00:09:17« Bien, Daniel, viens, viens, j'ai quelque chose à te montrer. »
00:09:21Et il arrive, il me voit, il me dit
00:09:23« J'ai vendu 300 000 disques. »
00:09:26Je lui ai dit « Oui, ce matin, tu es arrivé à 300 000 disques
00:09:30et j'avais coupé, je suis allé couper ma barbiche le jour. »
00:09:34C'était une expérience.
00:09:35Et ça, il me semble le voir, si vous voulez, encore ce moment-là.
00:09:38Il y a des moments comme ça qui me sont restés dans la tête.
00:09:41Cette même année 1978
00:09:45s'enchaînent les rencontres avec Michel Berger,
00:09:48France Gall et le succès de Starmania
00:09:50auquel ils participent.
00:09:57Les tubes se succèdent.
00:09:59Vivre ou survivre, je ne suis pas un héros.
00:10:01Mon fils, ma bataille.
00:10:03Daniel Balavoine semble alors sur la voie d'un certain bonheur.
00:10:07« Oui, c'était un homme heureux,
00:10:08mais c'était un éternel perfectionniste encore une fois.
00:10:10Et c'était quelqu'un qui se révoltait
00:10:14pour ce qui l'importait.
00:10:16Je m'emporte pour ce qui m'importe. »
00:10:18C'est toujours ce qu'il disait.
00:10:19C'était vraiment ça.
00:10:20Et comme c'était un type honnête, il ne faisait pas semblant.
00:10:22Donc là aussi, la com' ne savait pas ce que c'était.
00:10:25C'est un type qui n'était pas maîtrisable,
00:10:27dans le bon sens du terme.
00:10:29Un certain 19 mars 1980,
00:10:32il provoque un incident télévisé devenu mythique.
00:10:35Nous avons à parler avec Daniel Balavoine aussi.
00:10:38Permettez.
00:10:38Je voudrais dire que limité...
00:10:40Je ne peux pas le dire, hein, c'est bien.
00:10:42Ça fait trois quarts d'heure que je suis là et que je m'ennuie en tant que petit.
00:10:45Alors maintenant, si je ne peux rien dire avant la fin de l'émission,
00:10:47je ne parle pas pour vous, M. Mitterrand,
00:10:48parce que moi j'avais pris plein de notes en venant dans votre information.
00:10:52Non, je n'aurais pas le temps.
00:10:52Je le sais déjà que je n'ai pas le temps.
00:10:53J'ai juste le temps de me mettre en colère.
00:10:55Vous voulez commencer maintenant ?
00:10:56Non, c'est le système de l'information française qui fait comme ça.
00:10:58J'aurai le temps, une minute, de m'énerver.
00:11:00Juste de m'énerver, de paraître pour un petit merdeux,
00:11:02un petit jeune depuis tout la pagaille partout.
00:11:04Je préfère m'en aller tout de suite.
00:11:05Si j'avais su que je n'aurais pu rien dire,
00:11:06j'aurais dormi beaucoup plus tard.
00:11:08Je vous remercie.
00:11:08Si je me disais en souhaiter votre présence,
00:11:11Daniel Balavoine, dans ce studio,
00:11:12pour parler des problèmes de la jeunesse,
00:11:14je pense que nous aurions eu le temps...
00:11:15Nous aurions eu le temps d'en parler.
00:11:18C'était de ça, nous n'avons pas de chansons.
00:11:19Rappelez-vous cette image incroyable de ce type,
00:11:22qui avait les cheveux un peu en touffe,
00:11:24mais à l'époque, on l'avait tous.
00:11:26Mais surtout qu'il vit en blouson.
00:11:27La télévision était très normative à l'époque.
00:11:30On venait en cravate, on venait en costard,
00:11:32on parlait poliment.
00:11:34Et tout d'un coup, il va parler d'ailleurs
00:11:36sans vraiment regarder tout le monde,
00:11:38et il va foncer comme un petit taureau,
00:11:40comme quelqu'un qui se rebelle.
00:11:42Et je me disais, Mitterrand qui s'arrête,
00:11:45qui enlève ses lunettes et qui reste comme ça de regarder.
00:11:47Je peux vous dire une chose importante.
00:11:49Je vous avais parlé pendant 10 minutes,
00:11:51au moins, de l'affaire Georges Marché,
00:11:53dont tout le monde se fout strictement.
00:11:54Je vous signale que la jeunesse française
00:11:55se fout strictement de ce que M. Marché faisait
00:11:57pendant la guerre.
00:11:58Ça lui est complètement égal.
00:11:59Ce que je peux vous dire,
00:12:00c'est que la jeunesse se désespère.
00:12:02Elle est profondément désespérée
00:12:04parce qu'elle n'a plus d'appui.
00:12:05Elle ne croit plus en la politique française.
00:12:07Et moi, je pense qu'elle a, en règle générale,
00:12:09en résumant un peu, bien raison.
00:12:11Ce que je peux vous dire,
00:12:12c'est que le désespoir est mobilisateur
00:12:14et que lorsqu'il devient mobilisateur,
00:12:16il est dangereux.
00:12:16Je l'ai trouvé formidable.
00:12:17J'en revenais moins.
00:12:19Je vous dis très sincèrement,
00:12:20je n'en revenais pas.
00:12:22Du culot qu'il a pu avoir
00:12:23et de la force qu'il a eue à ce moment-là,
00:12:28là, je l'ai complètement félicité.
00:12:31Le talent musical,
00:12:32le génie du coup de gueule
00:12:34et une autre passion
00:12:35qui habite Daniel Balavoine depuis longtemps,
00:12:37l'automobile.
00:12:38La passion pour les automobiles,
00:12:42elle est venue à l'âge du permis.
00:12:45Je lui ai donné un peu le virus
00:12:46parce que quand il a eu 18 ans
00:12:47et qu'il a gagné ses premiers sous,
00:12:48il achetait une auto,
00:12:49qui était une mini à l'époque,
00:12:50enfin une hostique.
00:12:52Et comme aucune auto ne le satisfaisait vraiment,
00:12:55un beau jour,
00:12:56je lui ai dit, écoute,
00:12:56on va acheter un garage,
00:12:57Daniel, ça va aller plus vite
00:12:58parce que comme de toute façon,
00:12:59au bout de trois mois,
00:13:00elle ne te plaît plus
00:13:00et c'est un peu comme ça
00:13:02que d'autres associations ont aidé.
00:13:05La bagnole, si vous voulez,
00:13:06il conduisait moyen
00:13:07et puis finalement,
00:13:08il a appris
00:13:08et puis finalement,
00:13:09il s'est devenu plutôt un bon pilote.
00:13:18Le Paris-Dakar,
00:13:19c'est l'épreuve phare des années 80.
00:13:22500 concurrents lancés dans le désert
00:13:24dans un décor digne
00:13:25des plus grands films hollywoodiens.
00:13:27Épreuve contestée, voire décriée,
00:13:29elle attire pourtant
00:13:30de nombreux adeptes et personnalités.
00:13:33Daniel Balavoine fait partie
00:13:34de ceux qui veulent se lancer
00:13:35dans l'aventure.
00:13:43Daniel était quelqu'un
00:13:44qui aimait la vitesse,
00:13:45qui aimait la compétition,
00:13:46qui aimait les sports mécaniques
00:13:48et je crois que le Dakar
00:13:49était un prétexte
00:13:50à découvrir l'Afrique
00:13:51et d'une autre manière,
00:13:53bon, il y allait en voyage organisé
00:13:54ou autrement,
00:13:55ça ne le tentait pas trop
00:13:56et le fait de participer
00:13:57à une épreuve comme le Dakar
00:13:58qu'il faisait, je pense, rêver aussi.
00:14:00C'était le moyen de joindre
00:14:01l'utile et l'agréable.
00:14:03Un jour, il me dit ça,
00:14:04je dois vous avouer
00:14:05que je ne l'ai pas encouragé.
00:14:07Il me dit, Léo,
00:14:08j'ai envie de faire le Paris-Dakar.
00:14:12Alors...
00:14:12Je savais quand même
00:14:13que c'était quelque chose
00:14:14qui était très, très dangereux.
00:14:16Là, je vous avouerai,
00:14:17il n'y a pas eu de prise de bec.
00:14:18Attention, je ne lui ai pas dit
00:14:20non, il ne faut pas le faire.
00:14:21Mais j'ai dit, moi, personnellement,
00:14:22je ne te recommande pas particulièrement
00:14:24de faire ce genre de choses.
00:14:25Mais en 1983,
00:14:28Daniel Balavoine,
00:14:29obstiné comme à son habitude,
00:14:31participe à l'épreuve
00:14:32pour la première fois
00:14:33avec un équipier du Sud-Ouest,
00:14:35mais la voiture est mal préparée.
00:14:38Moi, j'étais un des seuls,
00:14:40je pense, à le prévenir en amont
00:14:41en lui disant, écoute,
00:14:42je le sens mal, ton affaire,
00:14:44et si tu peux t'en retirer,
00:14:45je pense que ce serait mieux
00:14:46parce que tu cours à la galère,
00:14:48tu cours au carnage.
00:14:50Il m'a dit, écoute,
00:14:50j'ai tellement envie d'y aller
00:14:51que j'y vais,
00:14:52même en connaissance de cause.
00:14:54À Paris-Dakar,
00:14:54je suis complètement inscrit
00:14:56et complètement impliqué
00:14:56dans l'affaire maintenant.
00:14:57Il n'y a pas de doute,
00:14:58enfin, à moins que je me casse une jambe
00:14:59ou un bras
00:15:00ou quoi que ce soit d'ici là.
00:15:01Tout le monde essaie
00:15:02de me décourager maintenant
00:15:03que j'ai dit oui.
00:15:04Personne n'y arrive,
00:15:04d'ailleurs, cela dit.
00:15:06Je ne sais pas,
00:15:06c'est quelque chose
00:15:07que je ne connais pas
00:15:08et que je voudrais connaître
00:15:11parce que ça me fascine,
00:15:12je trouve ça formidable.
00:15:13Puis c'est quelque chose
00:15:14qui fait bouger le corps,
00:15:15je veux dire,
00:15:15et qui fera fatalement
00:15:17au bout d'un moment,
00:15:18au bout de peut-être
00:15:183, 4, 5, 6 jours
00:15:20ou 10 jours,
00:15:20c'est-à-dire au bout
00:15:21de 7000 ou 8000 kilomètres,
00:15:22ça fera peut-être
00:15:22aussi bouger la tête.
00:15:25Et donc, il y est parti
00:15:27et malheureusement,
00:15:28j'avais raison
00:15:28puisqu'il a abandonné
00:15:29dans la première étape chronométrée.
00:15:32Daniel sera déçu, bien sûr,
00:15:34mais sa voiture,
00:15:35une fois réparée,
00:15:36il continuera par le chemin
00:15:38des Écodiers jusqu'à Dakar.
00:15:40Cela lui permet
00:15:40de découvrir l'Afrique
00:15:42et sa pauvreté.
00:15:43C'est de cette découverte
00:15:44qu'est né son engagement
00:15:45pour le Sahel
00:15:46et sa volonté
00:15:47de s'impliquer
00:15:48dans des actions concrètes
00:15:49qui vont peu à peu
00:15:50et de manière inexorable
00:15:52ancrer le destin
00:15:53de Daniel Balavoine.
00:15:56Et là, il a reçu
00:15:57un grand coup dans la gueule,
00:15:58comme il le disait,
00:15:59un choc incroyable,
00:16:01un choc de civilisation,
00:16:02un choc de culture.
00:16:04Voir ces gens
00:16:04si pauvres
00:16:06et ayant si besoin d'eau,
00:16:07si besoin de choses fondamentales,
00:16:09je crois qu'il a été
00:16:10choqué, interpellé
00:16:12et il s'est dit,
00:16:13dès ce moment-là,
00:16:14à mon avis,
00:16:14il s'est dit
00:16:14qu'il faut faire quelque chose.
00:16:15L'idée, après,
00:16:18de s'occuper
00:16:18de cette histoire de pompe
00:16:19qui est devenue
00:16:20la Fondation Balavoine,
00:16:22c'est un peu
00:16:22la rencontre de l'Afrique,
00:16:24de ses couleurs,
00:16:25de ses odeurs
00:16:26et de ses paradoxes
00:16:28qui a fait
00:16:29qu'un jour,
00:16:30il s'est dit,
00:16:30est-ce qu'on ne peut pas
00:16:31amener de l'eau
00:16:31à ces gens-là ?
00:16:32Daniel Balavoine
00:16:33sera donc profondément
00:16:34marqué par les traversées
00:16:35des villages très pauvres
00:16:36du Niger et du Mali.
00:16:38Il n'aura également
00:16:39de forts liens d'amitié
00:16:40avec l'organisateur
00:16:41du Rallye Paris-Dakar.
00:16:42Ça m'a fait aussi découvrir
00:16:43un monsieur
00:16:44pour lequel je garde
00:16:45une grande,
00:16:46grande admiration,
00:16:47un grand respect,
00:16:48qui est Thierry Sabine,
00:16:49qui est le monsieur
00:16:49qui organise ce rallye
00:16:53et puis ça m'a fait connaître
00:16:54plein de gens
00:16:54que j'aime
00:16:55et que je respecte.
00:16:57Les rapports de Daniel
00:16:59avec Thierry
00:16:59étaient effectivement excellents.
00:17:01Je crois qu'ils s'estimaient
00:17:02beaucoup,
00:17:02tous les deux.
00:17:03Daniel appelait souvent
00:17:04Thierry Baden Powell
00:17:05ou le chef des scouts
00:17:07ou ce qu'on veut
00:17:08pour se moquer de lui
00:17:09et de son côté
00:17:10chef de caravane
00:17:10et là aussi
00:17:11j'emmène ma bande
00:17:12avec moi dans le désert.
00:17:13Mais il savait
00:17:14que c'était
00:17:14une organisation
00:17:16absolument remarquable
00:17:17et surtout,
00:17:17je crois qu'ils partageaient
00:17:18ensemble cet amour
00:17:19de l'Afrique,
00:17:20vraiment.
00:17:24Thierry Sabine,
00:17:25l'homme en blanc
00:17:25dans son hélico blanc,
00:17:27les concurrents
00:17:28avec humour
00:17:28le surnomment
00:17:29Dieu
00:17:29ou Big Brother.
00:17:31Il dirige
00:17:31et surveille la course
00:17:32omniprésent,
00:17:33vigilant.
00:17:36Il y a deux endroits,
00:17:37il y a plusieurs endroits
00:17:39où ils peuvent couper.
00:17:42Il se rend également
00:17:43sur les lieux
00:17:43des accidents
00:17:44sur le rallye,
00:17:45réconforte les blessés,
00:17:47organise les secours.
00:17:49Il aime aussi
00:17:49rencontrer les Africains,
00:17:51toujours curieux
00:17:52et pour lesquels
00:17:53le rallye
00:17:53est un événement important.
00:17:55C'est les galets,
00:17:56il va bien.
00:17:57il est là.
00:18:07Daniel Balavoine
00:18:08a attrapé
00:18:08le virus
00:18:09Paris-Dakar,
00:18:10succombé
00:18:11à une Afrique
00:18:11envoûtante,
00:18:12mais aussi dérangeante,
00:18:14choquante
00:18:14de dénuement.
00:18:15Sa carrière
00:18:16de chanteur,
00:18:17enregistrement,
00:18:18tourné,
00:18:19l'empêche
00:18:19de participer
00:18:20à la course
00:18:20de 1984.
00:18:21Il retrouve le rallye
00:18:23en 1985,
00:18:25déterminé
00:18:25à effacer
00:18:26l'échec
00:18:26de sa première
00:18:27participation,
00:18:28il est enfin
00:18:29préparé.
00:18:30L'amateur
00:18:30a cédé la place
00:18:31à un véritable concurrent.
00:18:33Ce qui m'a le plus
00:18:34frappé chez Daniel,
00:18:35c'est son professionnalisme,
00:18:36parce que dans son rôle
00:18:37de copilote,
00:18:37il travaillait
00:18:38mais vraiment
00:18:38comme un fou,
00:18:39il ne voulait surtout pas
00:18:40qu'on perde du temps,
00:18:41qu'on s'égare
00:18:41à cause de lui,
00:18:42donc il préparait
00:18:43le roadbook
00:18:43d'une manière
00:18:44extrêmement minutieuse.
00:18:45Il allait voir
00:18:45les copilotes professionnels,
00:18:47il était obnubilé
00:18:48par le fait
00:18:48de vraiment
00:18:49ne commettre
00:18:50zéro erreur.
00:18:51Et dans ce Paris-Dakar
00:18:521985 difficile,
00:18:55Daniel ne commettra
00:18:56en effet
00:18:56pas beaucoup
00:18:56d'erreurs
00:18:57de navigation.
00:18:58Il s'avère également
00:18:59être un coéquipier solide
00:19:00qui tient psychologiquement
00:19:02le choc.
00:19:03On est dans une situation
00:19:04de fatigue qui est extrême,
00:19:05de tension qui est extrême,
00:19:06il y a un enjeu,
00:19:07il y a un danger quand même,
00:19:08il faut le dire,
00:19:09il y a un éloignement,
00:19:11je crois que la nature
00:19:11sera toujours plus forte
00:19:12que nous,
00:19:13plus forte que l'homme
00:19:14et comme le disait
00:19:14toujours Thierry,
00:19:15c'est l'Afrique
00:19:15qui commande,
00:19:16c'est l'Afrique
00:19:16qui veut bien
00:19:17nous accueillir.
00:19:18Qui que vous soyez,
00:19:19soyez modeste
00:19:20avec le désert.
00:19:22Soyez modeste,
00:19:23c'est une leçon
00:19:24de modestie
00:19:24avant toute chose.
00:19:25S'il nous accepte
00:19:26qu'aujourd'hui
00:19:27ça sera clean,
00:19:28sinon,
00:19:29Inch'Allah.
00:19:31Inch'Allah en effet,
00:19:32avec de grosses surprises
00:19:34comme ici en Mauritanie
00:19:35où malgré les moments
00:19:36pénibles
00:19:37d'un ensablement collectif,
00:19:38Daniel conserve
00:19:39son sens de l'humour.
00:19:41Il terminera
00:19:4130e à Dakar
00:19:42malgré les difficultés.
00:19:45Deux heures qu'on est là
00:19:46et en fait,
00:19:47on est dans une poche.
00:19:49C'est du sable très mou.
00:19:51Ça nous a réussi jusque là.
00:19:54Et là,
00:19:55on est...
00:19:56C'est armoire
00:19:56comme chez moi.
00:19:59C'est une armoire
00:20:00normande.
00:20:00J'ai le souvenir
00:20:02d'une chose
00:20:03qui m'avait impressionné.
00:20:04Je le connaissais
00:20:05en tant que chanteur.
00:20:08Et quand on était planté
00:20:09dans cette grand ergue-là,
00:20:11à un moment donné,
00:20:12on arrive à sortir
00:20:13sa voiture du grand ergue.
00:20:14C'est Jean-Luc Roy
00:20:15qui la sort de là.
00:20:17Et il part assez vite.
00:20:18Il ne fallait pas
00:20:18qu'il s'arrête,
00:20:19mais il ne savait pas
00:20:19trop où il allait.
00:20:20Et là,
00:20:20Balavoine lui a hurlé
00:20:22la direction.
00:20:24Et j'ai réalisé
00:20:24qu'il avait vraiment
00:20:25une voix de chanteur
00:20:25parce qu'il a poussé
00:20:26une phrase,
00:20:28mais avec une telle force
00:20:29que vraiment,
00:20:30c'était très impressionnant.
00:20:31C'était un chanteur.
00:20:35Un chanteur,
00:20:36en effet,
00:20:36aux multiples projets.
00:20:38Le calendrier de la star
00:20:39est plein longtemps
00:20:39à l'avance.
00:20:41Daniel,
00:20:41sans compter
00:20:42avec le destin,
00:20:43parle de son planning
00:20:44professionnel
00:20:45en janvier 1985
00:20:46au moment du rallye,
00:20:48un an avant sa mort.
00:20:49Ses prévisions
00:20:50s'étendent
00:20:50sur plus d'une année.
00:20:53Ensuite,
00:20:53je vais aller
00:20:54deux mois chez moi,
00:20:55c'est-à-dire à Biarritz,
00:20:55en fait,
00:20:56où là, pareil,
00:20:57je vais transporter
00:20:57tout mon matériel de musique,
00:20:59tout ça pour écrire
00:20:59l'album que je dois enregistrer
00:21:01en juin, juillet et août.
00:21:03Après ça,
00:21:04je vais faire la promotion
00:21:05de cet album.
00:21:06Après ça,
00:21:06je vais partir en Angleterre
00:21:07six mois
00:21:08pour faire un album
00:21:09avec un groupe.
00:21:11Et après ça,
00:21:12je vais revenir en France.
00:21:13Ça fait qu'on est déjà
00:21:13à 86,
00:21:14mi-86,
00:21:15mine de rien.
00:21:16Je vais revenir
00:21:16pendant l'été 86
00:21:17pour répéter
00:21:18et faire au Palais des Sports
00:21:20un spectacle
00:21:21en octobre 86.
00:21:22Voilà.
00:21:23Mais ce planning
00:21:24sera quelque peu perturbé.
00:21:26En effet,
00:21:26Daniel Balavoine,
00:21:27durant l'année 1985,
00:21:29va lancer
00:21:29avec Thierry Sabine
00:21:30une importante
00:21:31opération humanitaire.
00:21:33Paris-Dakar,
00:21:34Paris-Ducœur,
00:21:35qui se déroulera
00:21:35en janvier 1986.
00:21:38Il s'agit d'implanter
00:21:3940 pompes à eau
00:21:40dans le Sahel.
00:21:41Tout au long
00:21:41de l'année 1985,
00:21:43Daniel va s'engager
00:21:44et préparer
00:21:45cette opération.
00:21:46Il ne voulait pas
00:21:48le faire
00:21:49d'une manière
00:21:50médiatique.
00:21:52C'était vraiment
00:21:52s'impliquer,
00:21:53pouvoir vraiment
00:21:53comprendre
00:21:54ce dont avaient
00:21:55besoin ces populations.
00:21:56Il aimait sincèrement
00:21:57ces gens-là
00:21:59qui sont sans artifice.
00:22:02Je pense que c'est
00:22:02pour ça qu'il les aimait,
00:22:03pour leur simplicité,
00:22:04pour leur gentillesse
00:22:05naturelle.
00:22:06On sentait
00:22:07qu'ils se sentaient
00:22:07bien en Afrique.
00:22:08Et en plus,
00:22:09avec une vraie mission
00:22:11de pouvoir bien
00:22:12faire les choses
00:22:13au niveau de l'humanitaire,
00:22:15ce n'était pas non plus
00:22:16une opération
00:22:17de promotion,
00:22:18c'était vraiment
00:22:19son projet à lui.
00:22:22Daniel décide même
00:22:23de donner les droits
00:22:24d'une chanson
00:22:24de son nouvel album
00:22:26sorti en octobre 1985
00:22:28pour financer
00:22:29une partie du projet.
00:22:31Le titre de la chanson,
00:22:33L'enfant assis
00:22:33attend la pluie.
00:22:341986,
00:22:46comme chaque année,
00:22:47le départ du Paris-Dakar
00:22:48a lieu un 1er janvier,
00:22:49sans Daniel Balavoine.
00:22:51Cette année-là,
00:22:52il n'est plus concurrent.
00:22:53Il rejoindra le rallye
00:22:54plus tard
00:22:55pour l'opération
00:22:56des pompes.
00:22:57Pour l'instant,
00:22:58il s'occupe
00:22:58de la promotion
00:22:59de son dernier album,
00:23:00passe du temps
00:23:01avec ses copains
00:23:01et fête l'anniversaire
00:23:03de son ami Jacques Durruti.
00:23:05Est-ce que cette soirée
00:23:06était aussi exceptionnelle
00:23:07que ça ?
00:23:07J'en sais rien,
00:23:08mais il s'avère
00:23:09que comme c'est la dernière
00:23:10que j'ai passée avec lui,
00:23:11c'est une qui,
00:23:12pour moi,
00:23:12de l'importance.
00:23:14Et après,
00:23:15il ne savait pas
00:23:15quand je l'ai ramené
00:23:16le lendemain à l'aéroport
00:23:17s'il allait au Dakar
00:23:18ou s'il n'y allait pas.
00:23:20Et en fait,
00:23:21il y est allé par-dessus.
00:23:25Le 6 janvier 1986,
00:23:28Daniel Balavoine
00:23:28rejoint le rallye
00:23:29à Taman Rasset en Algérie.
00:23:31L'opération Paris-Dakar,
00:23:33Paris du cœur
00:23:34doit démarrer
00:23:35le surlendemain
00:23:36à Agadez,
00:23:37au Niger.
00:23:38Je sais que Daniel Balavoine
00:23:39était sur le rallye
00:23:41pour une opération humanitaire
00:23:42à laquelle aussi
00:23:43bon nombre de concurrents
00:23:45dont je faisais partie
00:23:46participaient.
00:23:48Et ça montrait
00:23:49un petit peu
00:23:50la dimension humaine
00:23:51de cette épreuve.
00:23:53Et je crois que c'était
00:23:54tout à fait normal
00:23:54d'essayer d'aider
00:23:56les pays traversés
00:23:57et les populations locales.
00:23:58Avant de démarrer
00:24:01l'opération humanitaire,
00:24:02Daniel a un souhait
00:24:03particulier
00:24:04qui lui tient à cœur.
00:24:05Un souhait
00:24:05dont il a parlé
00:24:06avec Thierry Sabine.
00:24:08Lorsque Daniel arrive
00:24:09sur le rallye,
00:24:10Thierry lui promet
00:24:11d'essayer de l'emmener
00:24:12en hélico
00:24:13sur une étape
00:24:13de manière à lui permettre
00:24:14de découvrir le rallye
00:24:16forcément de la plus belle
00:24:17des manières
00:24:17puisque l'hélico
00:24:18est partout à la fois
00:24:19et de surcroît
00:24:20partager ces moments-là
00:24:21avec lui,
00:24:21avec Thierry,
00:24:22ce qu'il n'a pas eu
00:24:22l'occasion de faire.
00:24:23Donc c'est vrai
00:24:24que c'est une occasion
00:24:24exceptionnelle.
00:24:27La C-Crème,
00:24:27un des plus beaux massifs
00:24:29du Hogar.
00:24:30Une très belle étape
00:24:31du rallye
00:24:31que malgré sa demande,
00:24:33Daniel,
00:24:34premier signe du destin,
00:24:35ne pourra pas parcourir
00:24:36dans l'hélicoptère
00:24:37de Thierry Sabine.
00:24:38Thierry lui avait répondu
00:24:39avec grand plaisir
00:24:41mais pour l'instant
00:24:41on ne peut pas le faire
00:24:42à ce moment-là
00:24:43quand on était
00:24:43dans la C-Crème
00:24:44puisqu'il y avait
00:24:45un hélicoptère
00:24:46de France 2
00:24:47de la télévision
00:24:48qui s'était craché
00:24:50heureusement
00:24:50sans gravité.
00:24:53Thierry avait pris
00:25:00avec lui
00:25:00dans l'hélicoptère
00:25:01l'équipe d'Antenne 2
00:25:01en attendant
00:25:02qu'un autre appareil
00:25:04revienne de Paris.
00:25:05L'étape suivante,
00:25:07c'est Agadès au Niger,
00:25:08l'une des villes
00:25:09sacrées des Touareg
00:25:10aux portes du désert
00:25:11du Ténéré.
00:25:13C'est tout près d'Agadès
00:25:14que doit se faire
00:25:14le lancement
00:25:15des premières pompes à eau.
00:25:17Daniel,
00:25:17un peu anxieux,
00:25:18se pose encore
00:25:19quelques questions.
00:25:20Il était parfaitement
00:25:21impliqué dans le projet
00:25:22et il voulait le faire
00:25:23avec la meilleure volonté
00:25:25du monde
00:25:26et il ne savait simplement
00:25:27pas très bien
00:25:28de quelle manière
00:25:29ça allait être accueilli
00:25:29ou par la presse française
00:25:31ou par les Africains.
00:25:33Est-ce que je me commets
00:25:34dans ce truc-là ?
00:25:35On va me taxer
00:25:36d'opportunisme, etc.
00:25:38En fait,
00:25:39après,
00:25:39il a balayé tout ça
00:25:40et il a dit
00:25:40c'est pour eux,
00:25:41je le fais pour eux
00:25:42et puis c'est tout.
00:25:42Je me fous de...
00:25:43j'étais bien fidèle
00:25:44à son caractère
00:25:45d'ailleurs,
00:25:45je me fous
00:25:46de ce qu'on me dira
00:25:46de moi,
00:25:47je le fais pour eux
00:25:48et puis voilà.
00:25:49Il s'agit au départ
00:25:50d'implanter 40 motopompes
00:25:52ou pompes solaires
00:25:53au Niger et au Mali
00:25:54en utilisant
00:25:55l'infrastructure du rallye.
00:25:58La première pompe
00:25:59a été inaugurée
00:26:00à Agadès.
00:26:02Donc là,
00:26:03c'est une pompe solaire
00:26:04pour irriguer
00:26:07tout un champ.
00:26:09Les camions
00:26:09étaient déjà sur place.
00:26:11On avait pris
00:26:12un petit taxi,
00:26:15on s'est retrouvés
00:26:15dans la palmerie.
00:26:17C'était la première fois
00:26:18que Daniel
00:26:18pouvait rencontrer
00:26:19les populations
00:26:20dans un contexte
00:26:21vraiment humanitaire.
00:26:23Ils ont mis
00:26:24une canalisation
00:26:26pour quand ça déborde.
00:26:32Daniel était très surpris
00:26:33de l'accueil,
00:26:34tout à fait ravi
00:26:35parce qu'il ne s'imaginait pas
00:26:37que ça allait être comme ça.
00:26:38Il pensait que ça allait être
00:26:39très officiel,
00:26:40etc.
00:26:41mais en fait,
00:26:42non,
00:26:42c'était une grande fête.
00:26:44Une grande fête.
00:26:45Une grande fête
00:26:46de village africain.
00:26:48Je ne pense pas
00:26:49que c'était un rôle.
00:26:50Il était vraiment content
00:26:51de faire ça.
00:26:52Il était simplement
00:26:53juste heureux de faire ça.
00:26:55Les techniciens
00:26:56travaillaient déjà
00:26:57depuis une dizaine de jours
00:26:59pour la mettre en place.
00:27:00Quand l'eau est sortie,
00:27:02Daniel était un petit peu
00:27:03comme un enfant.
00:27:03On le voit,
00:27:06il prenait des photos.
00:27:08Des journées,
00:27:09il s'était présent,
00:27:09il nous racontait,
00:27:10voilà,
00:27:11c'était plusieurs mois
00:27:13de travail
00:27:13et le démarrage
00:27:15de tout un programme.
00:27:17Daniel,
00:27:17cinq jours avant sa mort
00:27:19dans ce qui est probablement
00:27:20sa dernière interview,
00:27:21fait comme toujours
00:27:22preuve de détermination.
00:27:23tous les gens dans un moment
00:27:25de leur vie
00:27:26ont envie de faire quelque chose,
00:27:28des choses comme ça.
00:27:29Et je crois que malheureusement,
00:27:31les gens laissent trop souvent
00:27:32passer l'envie.
00:27:35Et je crois que c'est quand
00:27:37on a envie qu'il faut les faire.
00:27:38Parce que peut-être que dans un an
00:27:39ou dans deux ans,
00:27:40je n'aurai plus envie
00:27:40pour diverses raisons.
00:27:41Je ne sais pas.
00:27:42Parce que devant l'impuissance,
00:27:44parce que c'est une goutte d'eau
00:27:45dans le désert,
00:27:46ou devant le dégoût
00:27:48de l'attitude de certains,
00:27:50de gens qui ont des fois
00:27:51l'esprit négatif quant à ses activités.
00:27:55Alors je sais qu'en ce moment,
00:27:56j'ai envie de le faire.
00:27:57Et tant que cette envie
00:27:58me soutiendra,
00:27:59je continuerai.
00:28:01C'est banal.
00:28:02C'est très banal.
00:28:03Enfin, je trouve.
00:28:05Après la pause des premières pompes,
00:28:07le trajet du rallye
00:28:08doit opérer une grande boucle
00:28:10pendant trois jours
00:28:10dans le Ténéré.
00:28:12Le Ténéré,
00:28:13c'est le désert des déserts
00:28:14en Langue Touareg.
00:28:16Certainement l'une
00:28:17des plus belles étapes du rallye,
00:28:18si ce n'est la plus belle.
00:28:20Immensité,
00:28:21pureté des dunes,
00:28:22un spectacle unique
00:28:23que là encore,
00:28:24Daniel voudrait pouvoir
00:28:25contempler dans l'hélicoptère
00:28:26avec Thierry Sabine.
00:28:28Pourtant,
00:28:29une fois de plus,
00:28:30Daniel Balavoine
00:28:31ne pourra pas réaliser son rêve.
00:28:33L'épreuve est particulièrement difficile.
00:28:35Il y a trop de casses
00:28:36et de nombreux accidents.
00:28:38Thierry Sabine est débordé
00:28:39et l'hélicoptère sans arrêt
00:28:41sollicité par les égarments
00:28:42des concurrents
00:28:43et les secours aux blessés.
00:28:47Malheureusement,
00:28:47il y a énormément
00:28:48de blessés très graves.
00:28:49Je me rappelle
00:28:51notamment de Véronique Anctil,
00:28:52la petite boulangère
00:28:53de Rouen,
00:28:54c'est ainsi qu'on l'appelait,
00:28:55qui était défigurée
00:28:56parce qu'elle avait tapé son...
00:28:57Elle était à moto,
00:28:58elle avait tapé son guidon.
00:29:00Il y avait eu
00:29:01notamment Jean-Michel Baron,
00:29:02un motard officiel
00:29:03de l'équipe Honda
00:29:04qui était dans le coma,
00:29:06dans un coma
00:29:06très très très profond.
00:29:08Et là,
00:29:08il faut aussi rendre hommage
00:29:09à Patrick Fourtic
00:29:10qui était le pilote
00:29:10qui se pose
00:29:11dans des conditions
00:29:12absolument acrobatiques
00:29:13pour évacuer Jean-Michel,
00:29:14etc.
00:29:14Donc,
00:29:16il y a eu
00:29:16énormément d'événements
00:29:17très importants.
00:29:19Tous ces événements
00:29:19ont donc
00:29:20pour la seconde fois
00:29:21empêché Daniel Balavoine
00:29:22de monter dans l'hélicoptère
00:29:23de Thierry Sabine.
00:29:25Petit à petit,
00:29:25le destin se précise.
00:29:27Étrangement,
00:29:28Daniel n'était pas à l'aise
00:29:29avec la notion d'avenir.
00:29:30Ce qui m'intéresse,
00:29:31moi,
00:29:31c'est l'heure.
00:29:32L'heure,
00:29:33le moment.
00:29:33Je veux dire que le passé,
00:29:35moi,
00:29:35je ne vis pas de ça,
00:29:35ça ne me nourrit pas.
00:29:36Et l'avenir,
00:29:37je ne sais pas de quoi il est fait
00:29:38puisque je ne sais pas
00:29:39combien j'en ai devant moi
00:29:40d'avenir.
00:29:44Une des chansons
00:29:45de Daniel Balavoine
00:29:46est particulièrement
00:29:47significative à cet égard.
00:29:49Et j'ai souvent souhaité
00:29:53De partir avant les miens
00:29:58Pour ne pas hériter
00:30:06De leur flamme
00:30:09Qui s'éteint
00:30:11Et mon arrêt
00:30:16Le 13 janvier 1986,
00:30:24la veille de sa mort,
00:30:25Daniel rejoint Niamé,
00:30:26la capitale du Niger,
00:30:28l'une des étapes du rallye.
00:30:29C'est un jour de repos,
00:30:31une journée de détente
00:30:32pour tous les participants.
00:30:34C'était une journée assez cool.
00:30:36On était allé à l'hôtel,
00:30:37on avait traîné à la piscine
00:30:39et Daniel a pu revoir
00:30:42plein de copains,
00:30:44les gars avec qui
00:30:45il avait fait le rallye
00:30:45pour la première fois
00:30:46du Sud-Ouest,
00:30:48Jean-Luc Roy,
00:30:49ça a été à l'hôtel,
00:30:51c'était le...
00:30:52Voilà,
00:30:53il a passé son temps
00:30:54à aller voir du monde,
00:30:56c'était très sympa.
00:30:57Le souvenir avant tout,
00:30:59c'est ce coup de téléphone,
00:31:00c'est vrai qu'il avait appelé
00:31:01sa famille,
00:31:02mais le coup de téléphone
00:31:03avec son attaché de presse
00:31:04qui lui dit
00:31:04écoute,
00:31:05on te demande à Paris
00:31:06en télé,
00:31:06la ZISA et Disque d'Or,
00:31:08il faut que tu reviennes
00:31:09plus tôt.
00:31:12L'hôtel Gaoué à Niamey,
00:31:14c'est l'un des points
00:31:15de ralliement du Paris-Dakar.
00:31:17L'endroit où les dirigeants
00:31:18des équipes de sponsors
00:31:19des écuries
00:31:20ou de la presse
00:31:21peuvent venir de Paris
00:31:22directement,
00:31:23rejoindre le rallye.
00:31:27Gérard Merrigot,
00:31:28à l'époque directeur
00:31:29des sports d'Antenne 2,
00:31:31arrive donc à l'hôtel
00:31:32pour rencontrer
00:31:33les équipes de la chaîne
00:31:34qui couvrent l'épreuve.
00:31:35Le lendemain,
00:31:3714 janvier,
00:31:39il doit monter
00:31:39dans l'hélicoptère
00:31:40avec Thierry Sabine
00:31:41puisque l'hélicoptère
00:31:42d'Antenne 2
00:31:43s'est craché
00:31:44dans la sécrème.
00:31:45Le soir de son arrivée,
00:31:47il dîne avec
00:31:47Daniel Balavoine,
00:31:48Thierry Sabine
00:31:49et son équipe.
00:31:50On a une bonne quinzaine,
00:31:52c'est-à-dire toute l'équipe
00:31:53du Dakar
00:31:55autour de Thierry,
00:31:56Daniel,
00:31:58des quelques journalistes
00:31:59qui suivaient
00:32:02et qui faisaient partie
00:32:04un peu du noyau dur
00:32:06de l'épreuve,
00:32:07des anciens.
00:32:09Et l'ambiance
00:32:10était formidable.
00:32:11Mais j'ai appris
00:32:12dans la nuit
00:32:13de ce 13 janvier,
00:32:15par l'intermédiaire
00:32:17de Thierry,
00:32:18que ma mère à Paris
00:32:19était décédée
00:32:21et que partant de là,
00:32:24j'avais plus personnellement
00:32:26envie de suivre
00:32:26l'événement de près.
00:32:29Pour moi,
00:32:29tout ça devenait
00:32:30un peu futile malgré tout.
00:32:32Donc,
00:32:32j'ai laissé Thierry
00:32:34décider de qui
00:32:35il voulait prendre
00:32:36avec lui
00:32:37dans l'hélico
00:32:38à ma place.
00:32:39Mais une fois encore,
00:32:41le sort va se jouer
00:32:41de Daniel Balavoine.
00:32:43Ce matin du 14 janvier,
00:32:45il ne peut monter
00:32:46dans l'hélicoptère
00:32:46avec Thierry Sabine
00:32:47car il a rendez-vous
00:32:49avec le gouverneur
00:32:50de la province de Gao.
00:32:51pour mettre en place
00:32:52la distribution
00:32:53des pompes à eau.
00:32:55Il se rend sur place
00:32:56en avion
00:32:56avec l'équipe des pompes.
00:32:58À partir du moment
00:32:59où on a décollé,
00:33:00qu'on se rapprochait
00:33:01de Gao,
00:33:01on a commencé
00:33:02à être quand même
00:33:03bien bousculé.
00:33:06Au niveau visibilité,
00:33:07il y avait quand même
00:33:08déjà un gros vent de sable
00:33:09et c'est vrai que
00:33:10dans l'avion,
00:33:12ça bougeait pas mal.
00:33:14Sur le terrain
00:33:15du rallye,
00:33:16en effet,
00:33:17un terrible vent de sable
00:33:18s'est levé.
00:33:19L'épreuve,
00:33:19ce jour-là,
00:33:20doit se jouer
00:33:21en deux parties
00:33:21chronométrées.
00:33:23La première
00:33:23de Niamey à Gao,
00:33:24la seconde
00:33:25de Gao à Gourmar Arous.
00:33:28La course devient
00:33:29de plus en plus difficile.
00:33:36Au départ,
00:33:37il y avait eu
00:33:37un vent de sable gigantesque
00:33:39et même certains
00:33:42commençaient à vouloir
00:33:44ruer dans les brancards
00:33:45et à vouloir faire
00:33:45que le départ
00:33:46ne se fasse pas.
00:33:47C'est la folie
00:33:47de faire partie du monde
00:33:48avec une vente
00:33:49contre la sable.
00:33:51Il faut être seulement fou.
00:33:54C'est impossible.
00:33:55Vous voyez là.
00:33:55Il met là,
00:33:56les ventes de sable.
00:33:57Comme c'est possible
00:33:58de faire partie
00:33:58d'une compétition comme ça.
00:34:01Ça veut dire
00:34:02d'envoyer les gens
00:34:03certains veulent annuler
00:34:10la course.
00:34:11C'est sans compter
00:34:12avec l'obstination
00:34:13de Thierry Sabine
00:34:14pour qui le vent de sable
00:34:15fait partie de l'épreuve.
00:34:18Pas question d'annuler
00:34:19mais par contre,
00:34:20la course prend
00:34:21beaucoup de retard
00:34:22dans cette première partie.
00:34:33On quittait la piste
00:34:34parce qu'il y avait
00:34:36des petits villages.
00:34:37La piste était cachée.
00:34:38Donc après,
00:34:39on se perdait.
00:34:41On tombait dans des champs
00:34:42qui n'étaient pas cultivés.
00:34:44Mais après,
00:34:45on était obligés
00:34:46de rentrer
00:34:47dans ces gros épineux
00:34:48et on crevait.
00:34:50Je me rappelle
00:34:50qu'il y avait des voitures
00:34:51de partout.
00:34:58On ne trouvait plus
00:34:59les chemins.
00:35:00À un moment donné,
00:35:01une branche
00:35:01a traversé l'habitacle.
00:35:02ça a été incroyable.
00:35:06Une étape ahurissante.
00:35:12C'est d'ailleurs
00:35:13dans cette étape
00:35:14que le prince Albert
00:35:15de Monaco
00:35:15va abandonner la course
00:35:17avec son coéquipier
00:35:18Jean-Pierre Marsan.
00:35:21Nous avons rejoint
00:35:22Gaou dans le camion balai.
00:35:26Et oui,
00:35:27on a dû abandonner
00:35:28le véhicule sur place
00:35:29qui après a été récupéré.
00:35:31J'ai effectivement
00:35:32connu
00:35:33les affres
00:35:35des camions balai.
00:35:42À Gaou,
00:35:43les avions du rallye
00:35:44se sont posés
00:35:45malgré les conditions météo.
00:35:47Daniel Balavoine
00:35:48rencontre le gouverneur
00:35:49avec son équipe.
00:35:51Mais en dehors
00:35:51des pompes à eau,
00:35:52le gouverneur
00:35:53a une autre préoccupation.
00:35:55Dans l'esprit du gouverneur,
00:35:56il y avait une chose
00:35:57qui était vraiment importante,
00:35:59c'était le match de football.
00:36:00C'était la finale
00:36:00de la coupe du Mali,
00:36:01donc c'était quand même
00:36:02très très grave pour eux.
00:36:04Et il fallait que Thierry soit là.
00:36:05Tout ce qui était sur le terrain,
00:36:07les filets des buts,
00:36:09les ballons,
00:36:09le sifflet de l'arbitre,
00:36:10les chaussettes,
00:36:11tout ça,
00:36:11ça venait de Thierry.
00:36:13Et il s'était engagé
00:36:14à donner non seulement
00:36:16le coup d'envoi
00:36:17du match de football,
00:36:17mais aussi à remettre la coupe.
00:36:19Mais Thierry Sabine
00:36:20est retenu sur l'épreuve.
00:36:22Il s'arrête souvent
00:36:23sur la piste.
00:36:24Il finira tout de même
00:36:25par atteindre l'arrivée
00:36:26de la mi-étape
00:36:27pendant que le gouverneur
00:36:28l'attend
00:36:29pour le match de football.
00:36:31On arrive à la fin
00:36:33de cette demi-étape
00:36:33où on retrouve
00:36:34l'hélicoptère de Thierry
00:36:35avec Thierry.
00:36:38Je n'avais pas vu
00:36:38Daniel Balavoine
00:36:40à ce moment-là.
00:36:42On avait dit d'ailleurs
00:36:43à Thierry
00:36:43qu'il avait exagéré
00:36:44sur la difficulté
00:36:45de son parcours.
00:36:46Il riait comme d'habitude
00:36:47en disant
00:36:47« Mais vous êtes là pour ça,
00:36:48c'était vrai. »
00:36:50Pendant que Thierry Sabine
00:36:51est sur la piste,
00:36:52le retard s'accumule.
00:36:54Daniel Balavoine
00:36:54et son équipe
00:36:55l'attendent toujours
00:36:56à Gao.
00:36:59Avec Daniel,
00:37:00on est arrivés
00:37:00à l'aéroport.
00:37:01On s'est changé
00:37:01à des cassettes
00:37:02et j'avais fait
00:37:04une cassette
00:37:05d'un groupe
00:37:05qui s'appelle
00:37:06Even Seventeen.
00:37:08C'est la dernière cassette
00:37:10qu'il a écoutée
00:37:11avant de partir
00:37:12dans l'hélico.
00:37:16Thierry arrive.
00:37:17Il faut faire vite.
00:37:18il est en retard.
00:37:19On doit aller
00:37:19au match.
00:37:22Quand on est arrivé
00:37:23sur place,
00:37:23tout le monde
00:37:23était un petit peu
00:37:24impatient.
00:37:25Le gouverneur,
00:37:27le match
00:37:28allait démarrer
00:37:29en retard.
00:37:30Thierry a salué
00:37:32tous les joueurs.
00:37:34Le ballon a été placé
00:37:36au milieu du terrain.
00:37:37Il a donné le coup
00:37:38d'envoi
00:37:38et on a dû regarder
00:37:39à peu près 5 minutes
00:37:40du match.
00:37:41On a repris le taxi Bruce
00:37:42et on a filé
00:37:42à l'aéroport.
00:37:44C'est à ce moment-là
00:37:45où Thierry
00:37:47dit à Daniel
00:37:48« Écoute,
00:37:49je t'avais promis,
00:37:50c'est vrai,
00:37:50un tour d'hélicoptère
00:37:51dans le Ténéré
00:37:52et ça n'a pas été possible.
00:37:54Tu sais,
00:37:54il y a une place de libre
00:37:55dans l'hélico.
00:37:57Si tu veux,
00:37:58pars avec moi
00:37:58jusqu'à la prochaine étape. »
00:38:01Daniel a dû prendre
00:38:02la décision
00:38:03très rapidement
00:38:04parce que
00:38:05l'hélico
00:38:06attendait.
00:38:07On est arrivés
00:38:07sur place.
00:38:09Daniel me dit
00:38:10« Tiens,
00:38:10tu sais où sont
00:38:11mes affaires ? »
00:38:12Je me souviens,
00:38:13le rotor tournait déjà,
00:38:15j'ai couru à l'avion
00:38:16prendre son sac,
00:38:18je lui ai ramené,
00:38:19il a fallu
00:38:20se décider
00:38:20très rapidement.
00:38:23Sur l'aéroport,
00:38:25Jean-Luc Croix
00:38:26qui doit partir
00:38:26en avion
00:38:27est également là
00:38:28au départ
00:38:29de l'hélicoptère
00:38:29de Thierry Sabine.
00:38:31On continue
00:38:31à discuter
00:38:32un petit peu
00:38:32et le temps passe
00:38:33et la luminosité
00:38:35commence déjà
00:38:35à tomber beaucoup.
00:38:36Le vent de sable
00:38:37est toujours
00:38:37très très oppressant
00:38:39vraiment
00:38:39et le pilote
00:38:41et tout le monde
00:38:42dit « Il faut
00:38:42que vous y alliez,
00:38:43il faut que vous y alliez
00:38:43parce que sinon
00:38:44vous allez être obligés
00:38:44de voler de nuit
00:38:46ce qui est impossible
00:38:46avec ce vent de sable.
00:38:48Tout le monde
00:38:48finit de s'attacher.
00:38:50Moi, je continue
00:38:51à discuter
00:38:51et à sortir
00:38:52trois âneries
00:38:53comme on fait
00:38:54d'habitude
00:38:54et on se quitte
00:38:56sur ça,
00:38:56on se quitte
00:38:56sur des âneries
00:38:57et je ferme
00:38:58la porte de l'hélico
00:38:58et je m'éloigne
00:38:59parce que effectivement
00:39:00les pales commencent
00:39:01à tourner
00:39:02et l'hélico
00:39:03commence à être en portance.
00:39:04On a vu décoller
00:39:05l'hélicoptère
00:39:06devant nous,
00:39:06on leur a fait au revoir,
00:39:08on a vu l'hélicoptère
00:39:09partir à travers
00:39:11ce vent de sable.
00:39:18J'ai très nettement
00:39:19dans la tête
00:39:20la vision de la bulle
00:39:21de l'hélicoptère
00:39:22comme ça
00:39:22avec François-Xavier Bagnot
00:39:23aux commandes,
00:39:24avec Daniel
00:39:25qui faisait
00:39:25au revoir
00:39:26d'un air
00:39:27moi j'y suis
00:39:30par vous
00:39:30et c'est bien fait
00:39:31pour vous
00:39:32etc.
00:39:33C'est une image
00:39:35qui est terrible
00:39:36parce que
00:39:37c'était devenu
00:39:38un ami
00:39:38depuis un moment
00:39:39et puis c'est quelqu'un
00:39:40qu'on n'a jamais revu
00:39:41et puis à qui
00:39:42j'aurais aimé
00:39:42dire beaucoup
00:39:43beaucoup de choses.
00:39:45En quittant
00:39:46l'aéroport de Gao,
00:39:47l'hélicoptère
00:39:48de Thierry Sabine
00:39:48doit se rendre
00:39:49à l'arrivée
00:39:50à Gourmar-Arouz.
00:39:51La visibilité
00:39:52n'est pas très bonne
00:39:53bien que le vent de sable
00:39:54se soit un peu apaisé.
00:39:56Mais l'hélicoptère
00:39:57va s'arrêter
00:39:57au passage
00:39:58du départ
00:39:58de la deuxième épreuve
00:39:59chronométrée
00:40:00de la journée.
00:40:01Au départ
00:40:01de la deuxième tronçon
00:40:03il était là
00:40:03quand nous on est partis
00:40:04Thierry était là
00:40:05avec son hélicoptère.
00:40:07On a un peu discuté
00:40:08avec Thierry
00:40:11comment l'étape était
00:40:12si elle était aussi dure
00:40:14que la première
00:40:15et puis nous
00:40:17on avait Nathalie Audin
00:40:19qui était notre marraine
00:40:20qui est venue me voir
00:40:21elle m'a dit
00:40:22Pierre c'est chouette
00:40:23je pars en hélico
00:40:24avec Thierry
00:40:25c'est la première fois
00:40:26que je monte un hélico.
00:40:28Et la jeune journaliste
00:40:30du journal du dimanche
00:40:31Ravi
00:40:31prend alors
00:40:32la dernière place
00:40:33disponible dans l'hélicoptère.
00:40:35Il est environ 18h
00:40:36et le jour
00:40:37commence à tomber.
00:40:42Jean-Luc Roy
00:40:43quant à lui
00:40:43quitte l'aéroport
00:40:44de Gao
00:40:44pour se rendre
00:40:45à Tombouctou
00:40:46car les avions
00:40:47ne peuvent se poser
00:40:48à l'étape
00:40:48de Gourmar-Aus
00:40:49où il n'y a pas
00:40:50de terrain d'aviation.
00:40:52Lorsque nous décollons
00:40:53c'est à peu près
00:40:53un quart d'heure
00:40:54après que l'hélico
00:40:55soit décollé
00:40:56et comme nous sommes
00:40:57en l'air
00:40:57et qu'on voit
00:40:58le jour qui décline
00:40:59et le soleil
00:40:59qui rougeoie
00:41:00on se dit
00:41:00l'hélico ne va pas
00:41:01pouvoir arriver.
00:41:02Donc là-haut
00:41:03on a conscience
00:41:04que c'est absolument
00:41:04impossible
00:41:05et que cet hélico
00:41:06doit se poser
00:41:07qu'ils n'ont plus
00:41:08de visibilité.
00:41:09Effectivement
00:41:10après avoir survolé
00:41:11quelques concurrents
00:41:12sur la piste du rallye
00:41:13la nuit est pratiquement
00:41:14tombée.
00:41:16L'hélicoptère se pose
00:41:17il est environ
00:41:1819h
00:41:19peut-être
00:41:1918h45.
00:41:21Vers la fin
00:41:22de la spéciale
00:41:23au milieu
00:41:23de la piste
00:41:24j'ai trouvé Thierry
00:41:25qui m'a arrêté
00:41:26pourtant on était
00:41:27quand même
00:41:27dans les premiers
00:41:29et il m'a fait signe
00:41:31de m'arrêter
00:41:32parce qu'à cette époque-là
00:41:33comme aussi
00:41:33dans les hélicos
00:41:34ils n'avaient pas
00:41:35de GPS
00:41:36et il m'a juste
00:41:37ouvert la porte
00:41:38et il m'a dit
00:41:40où on est
00:41:41on est à 21 km
00:41:42de l'arrivée
00:41:43et je me suis retourné
00:41:45vers Thierry
00:41:45je lui ai dit
00:41:46mais il y a un problème
00:41:47il m'a dit
00:41:47non non
00:41:48tout va bien
00:41:49il dit
00:41:49qu'il vient de nous chercher
00:41:50on reste ici
00:41:52visiblement
00:41:53l'hélicoptère
00:41:54n'avait pas de problème
00:41:56parce que
00:41:57aussi bien le pilote
00:41:58que son mécanicien
00:42:00était dehors
00:42:01à quelques mètres
00:42:02de l'appareil
00:42:03donc il y avait
00:42:04l'hélico
00:42:05il y avait
00:42:05le pilote
00:42:06je revois le pilote
00:42:07et le mécanicien
00:42:10Nathalie
00:42:12qui était un petit peu
00:42:13à ma gauche
00:42:15en arrière
00:42:16Daniel Balavoine
00:42:18et Thierry
00:42:19à ma porte
00:42:20et
00:42:21il m'a tapé
00:42:23sur l'épaule
00:42:23il m'a dit
00:42:24continue ta course
00:42:25qu'il vienne nous chercher
00:42:26puis nous on est rentré
00:42:28de suite au bivouac
00:42:29on a été voir
00:42:30le patron
00:42:30d'Africa Tour
00:42:32il m'a dit
00:42:33il faut que tu ailles
00:42:33chercher Thierry
00:42:34à 21 km
00:42:35Bernard Dillot
00:42:36le patron d'Africa Tour
00:42:37se propose
00:42:38et il commence
00:42:39à décharger
00:42:39l'un de ses Toyota
00:42:40qui est lourdement chargé
00:42:41pour prendre la piste
00:42:43à contresens
00:42:43et revenir chercher
00:42:44les occupants
00:42:44de l'hélicoptère
00:42:45à ce moment là
00:42:46pourtant
00:42:46l'hélicoptère
00:42:47va redécoller
00:42:48impatience
00:42:49blessure
00:42:50accident
00:42:51le mystère
00:42:52ne sera jamais résolu
00:42:53il faut savoir
00:42:54que dans un hélicoptère
00:42:55non équipé
00:42:56pour voler de nuit
00:42:57les seuls repères visuels
00:42:58ne peuvent être
00:42:59que des lumières extérieures
00:43:00comme les feux
00:43:01d'une voiture
00:43:02par exemple
00:43:02c'est là qu'on s'est rendu compte
00:43:04au bout de quelques kilomètres
00:43:05que l'hélico
00:43:05nous suivait
00:43:06on avait son petit phare
00:43:08qui balayait
00:43:09de temps en temps
00:43:10la piste devant nous
00:43:10on ne savait pas
00:43:11que l'hélico
00:43:11ne pouvait pas voler de nuit
00:43:12tout ça pour nous
00:43:13était normal
00:43:14juste au moment
00:43:16où
00:43:16on va dire
00:43:188-10 kilomètres
00:43:20de l'arrivée
00:43:21sur notre
00:43:23avant droit
00:43:24on a vu passer
00:43:26l'hélicoptère
00:43:27avec une vitesse horizontale
00:43:28très rapide
00:43:29nous a paru très rapide
00:43:30on a vu l'hélicoptère
00:43:33surtout
00:43:33on a vu ses feux
00:43:34de position
00:43:34et il y a eu
00:43:36ce crash
00:43:37qui était
00:43:38sur notre avant droit
00:43:38vous dire la distance
00:43:40je ne saurais pas trop
00:43:41entre 20-50 mètres
00:43:42on va dire
00:43:43mais très proche
00:43:43ça fait un bruit
00:43:46comme une explosion
00:43:49comme une implosion
00:43:50comme quand vous jetez
00:43:52une allumette
00:43:52dans un barbecue
00:43:54plein d'essence
00:43:55ça fait un vouf
00:43:56très très fort
00:43:57sans flammes
00:43:59et juste à la fin
00:44:01une gerbe d'étincelle
00:44:02qui je pense
00:44:02venait de la fin
00:44:04de rotation du rotor
00:44:05là sur le coup
00:44:06avec Jackie
00:44:07on se dit
00:44:08tiens
00:44:08on nous jette
00:44:09une balise
00:44:10pour nous signaler
00:44:11qu'on n'est pas sur la bonne piste
00:44:12puis très rapidement
00:44:12on se dit
00:44:13non c'est l'hélico
00:44:13qui est tombé
00:44:14donc on s'est
00:44:16on s'est rapproché
00:44:18tout de suite
00:44:18du lieu
00:44:19du drame
00:44:20et là
00:44:22on a
00:44:22dans nos phares
00:44:23on a vu
00:44:24donc des débris
00:44:25on a réalisé
00:44:29qu'on ne pouvait
00:44:29rien faire
00:44:30on n'avait rien
00:44:30pour aider
00:44:31qui que ce soit
00:44:32on n'a rien
00:44:32dans la voiture
00:44:33qui permet
00:44:33de sauver des gens
00:44:34et en même temps
00:44:36il y avait une odeur
00:44:37de kérosène
00:44:37tellement intense
00:44:38mais très très très forte
00:44:40au dehors de kérosène
00:44:41qu'on a eu peur
00:44:42que ça nous pète
00:44:43à la gueule
00:44:43et à ce moment là
00:44:46notre raisonnement
00:44:47était
00:44:48écoute
00:44:49on est à 8 km
00:44:50de l'arrivée
00:44:50on note le kilométrage
00:44:51on se dépêche
00:44:52d'aller à l'arrivée
00:44:53chercher du secours
00:44:54et c'est ce que nous avons fait
00:44:55et là quand eux arrivent
00:44:56le Toyota
00:44:57n'est pas encore reparti
00:44:58en sens averse
00:44:58et ils disent
00:44:59l'hélico s'est craché
00:45:00et personne ne les croit
00:45:01parce que
00:45:02Pierre Lartigue
00:45:03et Bernard Giroux
00:45:04sont là
00:45:04mais non
00:45:04ils sont posés là-bas
00:45:05donc il y a un hiatus
00:45:06à ce moment là
00:45:07il y a une discussion
00:45:09et c'est vrai
00:45:09que l'étape avait été très dure
00:45:10on pouvait avoir
00:45:11quelques visions peut-être
00:45:12mais on n'en nous croit pas
00:45:14parce que
00:45:15en effet
00:45:15on a appris après
00:45:16l'hélicoptère
00:45:17était censé être posé
00:45:18et avoir envoyé quelqu'un
00:45:19pour aller les chercher
00:45:20on comprend bien
00:45:21que les derniers
00:45:21malheureusement
00:45:22chronologiquement
00:45:23ont raison
00:45:23et donc des voitures
00:45:25sont affrétées
00:45:25et reprennent la piste
00:45:26à contresens
00:45:27en faisant attention
00:45:28parce que je rappelle
00:45:29qu'on est en pleine spéciale
00:45:30et qu'il y a plein de concurrents
00:45:30qui continuent à arriver
00:45:31évidemment
00:45:32et qui passent les uns
00:45:33à côté
00:45:34ou d'autres
00:45:34sur les lieux du drame
00:45:37sur place
00:45:43à Gourmar-Arus
00:45:44à 8 km seulement
00:45:45du lieu de l'accident
00:45:46c'est la consternation
00:45:48les quelques membres
00:45:49présents
00:45:50de l'organisation
00:45:51ne veulent pas diffuser
00:45:52la nouvelle
00:45:53trop rapidement
00:45:53avant au moins
00:45:55que les familles
00:45:56des victimes
00:45:56soient prévenues
00:45:57pourtant
00:45:58sur le bivouac
00:45:59la nouvelle
00:46:00du crash
00:46:01de l'hélicoptère
00:46:02commence à se répandre
00:46:03les concurrents
00:46:04sont incrédules
00:46:05à Gao
00:46:07où est resté basé
00:46:08sur l'aéroport
00:46:09le gros de l'organisation
00:46:10du rallye
00:46:11la nouvelle n'est vraiment
00:46:12certifiée
00:46:13qu'au matin du 15 janvier
00:46:14pour beaucoup
00:46:16comme Nicolas Mathieu
00:46:17c'est la stupéfaction
00:46:19j'arrive à l'aéroport
00:46:21pour avoir des nouvelles
00:46:22des camions
00:46:22à la radio
00:46:24et là
00:46:25il y avait
00:46:27une quinzaine
00:46:28de journalistes
00:46:29qui viennent me voir
00:46:30et qui me disent
00:46:31est-ce que
00:46:32Daniel est monté
00:46:33dans l'hélico de Thierry
00:46:34je leur dis
00:46:35oui oui
00:46:36Daniel est parti
00:46:37dans l'hélico de Thierry
00:46:38pour aller à Gourmar House
00:46:39mais je ne comprenais pas
00:46:41pourquoi il me demandait
00:46:41toutes ces questions
00:46:42et là je monte
00:46:43dans l'avion
00:46:43de transmission
00:46:44je vois Christian Boudas
00:46:46qui était en train d'annoncer
00:46:47le décès
00:46:48de toutes les victimes
00:46:49c'est vrai que tout a basculé
00:46:50il pouvait
00:46:51tout arriver
00:46:52sur ce rallye
00:46:53sauf
00:46:53l'accident
00:46:55de l'hélico de Thierry
00:46:56j'ai pris conscience
00:46:59que Daniel était mort aussi
00:47:01je me souviens
00:47:03tout le monde était en larme
00:47:03il y avait même
00:47:04le prince Albert
00:47:05qui était là
00:47:05à un moment
00:47:06il me prend dans ses bras
00:47:07et il me dit
00:47:08ouais
00:47:08le pilote
00:47:09c'était mon cousin
00:47:10dans cette tragédie
00:47:12je le ressentais
00:47:15encore plus personnellement
00:47:16puisque
00:47:16mon cousin
00:47:19François-Xavier Bagnon
00:47:20était le pilote
00:47:22de l'hélicoptère
00:47:23et
00:47:23que je connaissais très très bien
00:47:26avec qui j'avais
00:47:27partagé
00:47:30beaucoup de
00:47:31beaucoup de très beaux moments
00:47:33dans notre jeunesse
00:47:33et donc
00:47:34c'était
00:47:35pour moi
00:47:37particulièrement difficile
00:47:39dès lors
00:47:41la nouvelle se répand
00:47:42très rapidement
00:47:43reprise par tous les médias
00:47:45presque sitôt dans la presse
00:47:49naît la polémique
00:47:49qui pilotait l'hélicoptère
00:47:51le jeune pilote
00:47:52surdoué François-Xavier Bagnon
00:47:54ou Thierry Sabine
00:47:55et surtout
00:47:56pourquoi l'hélicoptère
00:47:58a-t-il redécollé
00:47:59après s'être posé
00:48:00on ne voit pas une raison
00:48:04même vis-à-vis de Thierry
00:48:06d'avoir redécollé
00:48:08pour se rendre
00:48:09à l'arrivée
00:48:10alors qu'ils avaient pris
00:48:11la précaution
00:48:11de s'arrêter
00:48:12et de demander
00:48:12une voiture
00:48:13de venir le chercher
00:48:13donc ça c'est
00:48:14c'est une question
00:48:15qui restera
00:48:16vraiment posée à jamais
00:48:17la réponse n'existe pas
00:48:19à cette question
00:48:19qu'est-ce qui s'est passé
00:48:21on ne le saura jamais
00:48:22ça peut être
00:48:24une défaillance
00:48:25du pilote
00:48:26l'autre pilote
00:48:27ils étaient deux pilotes
00:48:30alors un pilote
00:48:31qui dort
00:48:31l'autre pilote
00:48:32qui s'endort également
00:48:32pourquoi pas
00:48:33on a tout vu
00:48:33c'est comme en voiture
00:48:35on voit des erreurs
00:48:36c'est ça les facteurs humains
00:48:38c'est la défaillance
00:48:39de l'homme
00:48:39ça peut être
00:48:40un passage arrière
00:48:42qui ne sait pas
00:48:43que la commande principale
00:48:45c'est le
00:48:45pas général
00:48:46il met son pied dessus
00:48:47l'hélicoptère tombe
00:48:48de 50 mètres
00:48:48ça peut être une défaillance
00:48:50mécanique
00:48:51pourquoi n'en a-t-on
00:48:52jamais parlé
00:48:53c'est triste
00:48:54ça
00:48:54les défaillances
00:48:57mécaniques
00:48:57ça existe aussi
00:48:57en aviation
00:48:58une surestimation
00:49:00de la météo
00:49:02qui se dégrade
00:49:02facilement
00:49:03mais il y a
00:49:04tellement de réponses
00:49:05quelques jours plus tard
00:49:25Daniel Balavoine
00:49:26est enterré à Biarritz
00:49:27où il a passé sa jeunesse
00:49:29Daniel le chanteur
00:49:31Daniel le poète
00:49:33Daniel le révoltait
00:49:34une foule nombreuse
00:49:36l'accompagne
00:49:36pour son dernier voyage
00:49:38comme souvent
00:49:44on en avait parlé
00:49:45pas de la mort
00:49:46ni de l'enterrement
00:49:47que je sais
00:49:47qu'il aimait beaucoup
00:49:48cette région
00:49:49j'ai expliqué
00:49:50à ses frères et sœurs
00:49:51qui n'étaient pas dans le coin
00:49:52à l'époque
00:49:52que je pensais quand même
00:49:54que c'était là
00:49:55que ça devait se faire
00:49:56ça n'a pas du tout
00:49:58été un enterrement
00:49:59showbiz
00:50:01du tout
00:50:01il y avait
00:50:027, 8, 10 personnes connues
00:50:04et puis
00:50:06beaucoup de monde
00:50:07mais des anonymes
00:50:08des inconnus
00:50:09des gens de la région
00:50:10qu'ils trouvaient sympathiques
00:50:12et où cette disparition
00:50:13traumatique
00:50:14de quelqu'un de gentil
00:50:15ils avaient l'impression
00:50:17que c'était bien
00:50:18d'aller manifester
00:50:19je crois que l'injustice
00:50:26de cet accident-là
00:50:27dans ces circonstances-là
00:50:28et dans les raisons
00:50:29pour lesquelles
00:50:29il était sur le terrain
00:50:30a frappé beaucoup de personnes
00:50:32et puis je crois
00:50:32que c'était quelqu'un
00:50:33de tellement authentique
00:50:34et les gens le ressentaient
00:50:35comme tel
00:50:36qu'il y a eu
00:50:37un sentiment de révolte
00:50:38et donc ses amis
00:50:39sa famille
00:50:40ses très nombreux fans
00:50:41ont dit
00:50:42ça ne peut pas
00:50:43s'arrêter comme ça
00:50:44une association
00:50:47la fondation
00:50:48Daniel Balavoine
00:50:49est créée par
00:50:50Bernard et Claire Balavoine
00:50:51le frère
00:50:52et la sœur de Daniel
00:50:53y participent également
00:50:55pendant plusieurs années
00:50:56Jean-Luc Roy
00:50:57et Nicolas Mathieu
00:50:58depuis la mort de Daniel
00:51:00une trentaine de pompes
00:51:02ont été installées
00:51:03au Mali
00:51:03essentiellement
00:51:04pour cultiver le riz
00:51:05on a pu
00:51:07autour des proches
00:51:07de Daniel
00:51:08remettre en place
00:51:10des motopompes
00:51:11sur des villages
00:51:12où aujourd'hui
00:51:13on peut manger
00:51:14à sa faim
00:51:14où il y a une vraie
00:51:15structure économique
00:51:16qui sont recréées
00:51:17et c'est vrai que
00:51:18quand on voit ça
00:51:19je crois que c'est peut-être
00:51:20le plus beau cadeau
00:51:21qu'on aurait pu donner
00:51:22à Daniel
00:51:23et à Thierry
00:51:24c'est que
00:51:24grâce à ces motopompes
00:51:26il y a des gens
00:51:26aujourd'hui
00:51:26qui mangent
00:51:28et qui sont autonomes
00:51:30qui n'ont pas besoin
00:51:31des autres
00:51:31pour vivre
00:51:32c'est extraordinaire
00:51:49c'est extraordinaire
00:51:49il est presque plus présent
00:51:52maintenant
00:51:53dans le show business
00:51:55que ce qu'il était
00:51:56la veille de sa mort
00:51:58c'est inimaginable
00:51:59ça prouve la qualité
00:52:02de ses chansons
00:52:03et le talent
00:52:05qu'avaient ces garçons
00:52:06c'était un monsieur
00:52:12délicieux
00:52:13un monsieur
00:52:14que ses chansons
00:52:15traduisent
00:52:16un homme
00:52:18tellement sincère
00:52:20tellement vrai
00:52:20tellement arrogant
00:52:22mais il avait le droit
00:52:24d'être arrogant
00:52:25parce qu'il était pu
00:52:26ce documentaire
00:52:49réalisé par Pierre Fouque
00:52:50et Anne Amadeau
00:52:51était là pour nous le rappeler
00:52:52voilà tout juste
00:52:5440 ans
00:52:54disparaissaient brusquement
00:52:55Daniel Balavoine
00:52:57un chanteur populaire
00:52:58au texte
00:52:59porteur de sens
00:53:00pour une jeunesse
00:53:01en mâle
00:53:01de contestation
00:53:03l'occasion
00:53:03après ce film
00:53:04de nous interroger
00:53:06sur la place occupée
00:53:07par les artistes engagés
00:53:08au sein de la chanson
00:53:09française aujourd'hui
00:53:11nous allons en parler
00:53:12avec nos invités
00:53:12présents maintenant
00:53:13sur ce plateau
00:53:14de débat d'hoc
00:53:15Didier Varro
00:53:15pour commencer
00:53:16bienvenue à vous
00:53:17Didier Varro
00:53:18vous êtes journaliste
00:53:19directeur musical
00:53:20des antennes de Radio France
00:53:21vous êtes également
00:53:21présentateur sur notre chaîne
00:53:23LCP
00:53:23d'une série d'interviews
00:53:25avec des chanteurs engagés
00:53:27justement
00:53:27c'est dans le cadre
00:53:28de notre émission
00:53:29cas numéro 8
00:53:30sur LCP
00:53:31et vous êtes l'auteur
00:53:32de Génération Balavoine
00:53:33ça c'est disponible
00:53:34chez Fayard
00:53:35et tout récemment
00:53:36de ce livre
00:53:36la chanson française
00:53:37un peu
00:53:38beaucoup passionnément
00:53:40publié
00:53:40chez
00:53:41Le Robert
00:53:42Valérie Zetoun
00:53:43est également avec nous
00:53:44bienvenue à vous
00:53:44Valérie Zetoun
00:53:45vous êtes producteur
00:53:47vous avez réalisé
00:53:47toute votre carrière
00:53:48au sein de l'industrie musicale
00:53:50vous avez créé en 2024
00:53:51une agence
00:53:52qui s'intitule
00:53:53Bizy Corp
00:53:53avec Hervé Benhamou
00:53:55d'ailleurs
00:53:55une agence au service
00:53:56des artistes musicaux
00:53:57bien entendu
00:53:58et vous animez
00:53:59entre autres
00:54:00entre autres
00:54:00sur RTL
00:54:01le podcast
00:54:02L'Encyclopédie
00:54:03de Valérie Zetoun
00:54:04où vous nous parlez
00:54:05des chanteurs
00:54:06qui ont marqué
00:54:06l'histoire
00:54:08de la musique
00:54:09et puis enfin avec nous
00:54:10Émilie Mazoyer
00:54:11bienvenue à vous
00:54:12vous êtes journaliste
00:54:13et animatrice de radio
00:54:14vous avez officier
00:54:15entre autres
00:54:15sur la radio
00:54:16Le Mouve
00:54:16France Inter
00:54:17Européen
00:54:18et vous présentez
00:54:19désormais chaque soir
00:54:20entre 20h et 21h
00:54:22l'émission musicale
00:54:23Décibel
00:54:24c'est sur le réseau
00:54:25ici
00:54:25c'est l'ancien réseau
00:54:26France Bleu
00:54:27émission nationale
00:54:28tous les soirs
00:54:2920h
00:54:3021h
00:54:30c'est toujours un plaisir
00:54:31de vous écouter
00:54:32sur cette radio
00:54:34ici
00:54:34dans le cadre
00:54:35de cette émission
00:54:35Décibel
00:54:3640 ans déjà
00:54:37la mort de Daniel Balavoine
00:54:39Balavoine
00:54:40c'est 8 albums
00:54:40en 10 ans
00:54:41là aussi
00:54:42on se dit
00:54:43finalement
00:54:43aujourd'hui
00:54:44on produit peut-être moins
00:54:45lui il produisait beaucoup
00:54:478 albums en 10 ans
00:54:48des albums marquants
00:54:49et puis
00:54:51ce Daniel Balavoine
00:54:52qu'on a redécouvert
00:54:53sous cet aspect
00:54:54qui nous intéresse aujourd'hui
00:54:55l'engagement
00:54:56l'engagement politique
00:54:57le clash
00:54:58de l'automne 1980
00:55:00face à
00:55:02François Mitterrand
00:55:02alors premier secrétaire
00:55:04du PS
00:55:04mais qui allait être
00:55:05une année plus tard
00:55:06le vainqueur de la présidentielle
00:55:07merci de rappeler
00:55:08qu'il était premier secrétaire
00:55:10du parti socialiste
00:55:11parce que souvent
00:55:12les gens disent
00:55:13Balavoine
00:55:14s'est fait le président
00:55:14de la république
00:55:15non
00:55:15il était premier secrétaire
00:55:17du parti socialiste
00:55:18en campagne
00:55:19contre Michel Rocard
00:55:20pour l'investiture
00:55:21à la présidence
00:55:23de la république
00:55:24alors ce que ne dit pas
00:55:25ce documentaire
00:55:25mais on l'apprend
00:55:26en vous le lisant
00:55:26c'est que tout de même
00:55:28après Mitterrand
00:55:28l'invitera à déjeuner
00:55:30les deux hommes se verront
00:55:31face à face
00:55:31c'est Jacques Attali
00:55:32qui va mettre
00:55:33les deux hommes
00:55:34en relation
00:55:35Balavoine
00:55:36l'engagement de Balavoine
00:55:37dans ces années 80
00:55:38comment on peut le qualifier ?
00:55:42c'est à la fois
00:55:42un engagement sentimental
00:55:44éruptif
00:55:45et extrêmement documenté
00:55:47quand même
00:55:47Balavoine connaissait
00:55:48très bien ses dossiers
00:55:49quand il est face
00:55:50à François Mitterrand
00:55:51premier secrétaire
00:55:52du parti socialiste
00:55:53il a ses petites fiches
00:55:55et il est très bien documenté
00:55:56il est extrêmement précis
00:55:58sur des affaires
00:55:59qui traversent
00:56:00la société française
00:56:01donc il a quand même
00:56:02cette culture du politique
00:56:03il ne faut jamais oublier
00:56:04que Balavoine
00:56:06avant d'être chanteur
00:56:07avait un moment
00:56:08rêvé d'être
00:56:09un homme politique
00:56:10au service de sa région
00:56:12au service de son territoire
00:56:14en l'occurrence
00:56:15le Pays Basque
00:56:15absolument
00:56:16quand il était à Pau
00:56:17à un moment
00:56:18il s'est dit
00:56:18bon
00:56:18pourquoi pas
00:56:19député
00:56:20pourquoi pas
00:56:21c'est ce que dit ce film
00:56:21exactement
00:56:22et puis
00:56:23il y a eu
00:56:23le mouvement de mai 68
00:56:25les discours
00:56:27des grands leaders
00:56:28de la jeunesse
00:56:29qu'il a comparé un peu
00:56:30à des discours
00:56:31de pop stars
00:56:32il a dit
00:56:32quant à être efficace
00:56:34et un peu plus joyeux
00:56:35et un peu moins déçu
00:56:37faisons de la musique
00:56:38donc il a troqué
00:56:39finalement
00:56:40cette grammaire
00:56:41de la politique
00:56:42pour une guitare
00:56:43puis après pour des claviers
00:56:44pour devenir le chanteur
00:56:45qu'il est
00:56:45avec aussi
00:56:46cette voix exceptionnelle
00:56:47surnaturelle
00:56:48qu'on a peu retrouvée
00:56:49depuis
00:56:50il a alors
00:56:51cette relation
00:56:52entre les deux hommes
00:56:52est une réalité
00:56:54en revanche
00:56:55il a été aussi
00:56:56très critique
00:56:56d'ailleurs
00:56:57au moment du tournant
00:56:59de la rigueur
00:56:59en 1983
00:57:01autrement dit
00:57:01trois ans après
00:57:02cette fameuse émission
00:57:03de télévision
00:57:04là
00:57:04il est à nouveau invité
00:57:06c'est l'émission 7 sur scène
00:57:07d'Anne Sinclair
00:57:08il a des dépopos
00:57:09très très durs
00:57:10à l'époque
00:57:10sur les premiers pas
00:57:11des socialistes au pouvoir
00:57:12il a traité le tournant
00:57:14de la rigueur
00:57:15et incarné
00:57:16Laurent Famius
00:57:17comme un charlot
00:57:18donc c'est effectivement
00:57:19l'histoire de Mitterrand
00:57:21et de Daniel Balavoine
00:57:22ce sont les montagnes russes
00:57:24il y a cette première altercation
00:57:25après une réconciliation
00:57:27autour d'une table
00:57:28et une admiration
00:57:29quand même
00:57:30assez grande
00:57:31de Daniel Balavoine
00:57:32pour Mitterrand
00:57:33parce que Mitterrand
00:57:33savait déployer les armes
00:57:35pour séduire
00:57:36puis après
00:57:36il fera la première partie
00:57:38de Mitterrand
00:57:39pendant la campagne électorale
00:57:40de 1981
00:57:41c'est lui qui vient
00:57:42chanter
00:57:42qui vient ouvrir
00:57:43les meetings
00:57:44ça se passe très mal
00:57:45Mitterrand
00:57:46essaye de s'excuser
00:57:48mais Balavoine lui dit
00:57:49alors là
00:57:49c'est inexcusable
00:57:51la manière dont je suis traité
00:57:52la seule chose
00:57:52que je peux vous demander
00:57:53monsieur Mitterrand
00:57:54vous jouez
00:57:55votre spectacle
00:57:56dans des salles
00:57:57qui sont absolument abominables
00:57:58si vous êtes élu au pouvoir
00:58:00prenez un ministre de la culture
00:58:01qui soit jeune
00:58:02et qui équipe la France
00:58:04de salles de concert
00:58:05dignes de ce nom
00:58:06et c'est ce que fera Jack Lang
00:58:07avec le programme des Zéniths
00:58:09et puis ensuite
00:58:09elle tourne la rigueur
00:58:10effectivement
00:58:11qui ont participé
00:58:12au meeting des candidats
00:58:13on a eu un certain nombre
00:58:15sous Nicolas Sarkozy
00:58:16sous Ségolène Royal
00:58:18candidate à la présidentielle
00:58:20en 2007
00:58:21également
00:58:21avec un
00:58:22à Charletti
00:58:23un grand meeting
00:58:23on a vu apparaître
00:58:24un certain nombre d'artistes
00:58:25ça a été une forme
00:58:26d'engagement des artistes
00:58:27d'ailleurs
00:58:27qu'on a l'air de moins retrouver
00:58:29déjà
00:58:29il y a eu une période
00:58:30comme ça
00:58:31Valérie Zetoun
00:58:31je pense qu'il ne faut pas
00:58:34confondre artistes engagés
00:58:35et artistes qui s'engagent
00:58:36il y a des artistes
00:58:38qui ne cachaient pas
00:58:39leurs préférences politiques
00:58:41Johnny par exemple
00:58:42qui n'a jamais caché
00:58:43être plutôt de droite
00:58:44avoir fait un peu
00:58:46la campagne de Giscard
00:58:47avoir soin du Chirac
00:58:48ou Sarkozy
00:58:49il y a des artistes
00:58:51à qui ça a tué la carrière
00:58:53Faudel
00:58:542007
00:58:54Doc Gineco
00:58:56Doc Gineco
00:58:57qui sont en plus
00:58:59des artistes
00:58:59qui s'engagent
00:59:01plutôt à droite
00:59:02alors qu'ils ont
00:59:03des origines
00:59:04qui penchent
00:59:05plutôt socialement
00:59:06à gauche
00:59:07donc il y a
00:59:08tout le problème
00:59:10de ce débat
00:59:11c'est artistes engagés
00:59:12artistes qui s'engagent
00:59:13pour moi
00:59:14artistes engagés
00:59:14c'est Balavoine
00:59:15c'est Coluche
00:59:16qui pareil que Balavoine
00:59:18décide de se substituer
00:59:20aux politiques
00:59:21pour donner à manger
00:59:22aux gens
00:59:22ce qu'il a réussi
00:59:23malheureusement
00:59:24parce que c'est de plus
00:59:25en plus gros
00:59:26et que ça existe
00:59:26encore 25 ans après
00:59:29et puis il y a ceux
00:59:30qui s'engagent
00:59:30de temps en temps
00:59:31mais un artiste engagé
00:59:33c'est quand même
00:59:33quelqu'un
00:59:33qui a des chansons
00:59:34et qui fait aussi
00:59:37des tubes
00:59:37sur des engagements
00:59:39Sardou
00:59:40quand Sardou
00:59:41défend l'école privée
00:59:42quand il dit
00:59:44je suis pour
00:59:44etc
00:59:45ça c'est un artiste
00:59:46totalement engagé
00:59:47puisque sa carrière
00:59:49est truffée
00:59:51de titres
00:59:51qui en plus
00:59:52quand il fait le France
00:59:53c'est un titre engagé
00:59:55donc pour moi
00:59:56Michel est un artiste
00:59:58engagé
00:59:58à l'inverse
00:59:59de la première tournée
01:00:02des restos
01:00:03par exemple
01:00:03il y a Johnny
01:00:04Eddy
01:00:04Michel Sardou
01:00:06et Véronique Samson
01:00:08et Jean-Jacques Goldman
01:00:09bon il y en a 4
01:00:11qui s'engagent
01:00:12pour les restos
01:00:12mais qui ne sont pas
01:00:13tout à fait des chanteurs
01:00:14engagés dans leur carrière
01:00:16je veux dire
01:00:16il n'y a pas de grandes
01:00:17chansons engagées
01:00:18chez Eddy Michel
01:00:18ou chez Véronique
01:00:21c'est plutôt des chansons
01:00:22sociétales
01:00:22voilà sociétales
01:00:23Émilie Mazoyer
01:00:25aidez-nous à faire ce pont
01:00:2640 ans après
01:00:27entre l'engagement
01:00:29les artistes engagés
01:00:31il y a 40 ans
01:00:32et aujourd'hui
01:00:33il y a plusieurs choses
01:00:34déjà dans le documentaire
01:00:35on voit Balavoine
01:00:36qui a un peu la trouille
01:00:37et qui dit
01:00:38j'ai peur d'être taxée
01:00:39d'opportunisme
01:00:40avec mon histoire
01:00:41de pompe
01:00:42en Afrique
01:00:43et c'est vrai
01:00:44que si à l'époque
01:00:45ça pouvait être une question
01:00:46aujourd'hui
01:00:46c'est absolument inévitable
01:00:48un artiste qui va prendre
01:00:49la parole
01:00:49sur un sujet de société
01:00:50un sujet politique
01:00:52un sujet que ce soit
01:00:53intérieur ou international
01:00:54va se poser la question
01:00:55de la légitimité
01:00:56ça ne date pas d'aujourd'hui
01:00:57vous parliez de 7 sur 7
01:00:59je me souviens de Madonna
01:01:00dans 7 sur 7
01:01:01en 1992
01:01:02tout le monde avait parlé
01:01:04de sa dent en or
01:01:04et de ses tresses
01:01:05personne n'avait écouté
01:01:06ce qu'elle disait
01:01:06donc être un artiste
01:01:08et prendre la parole
01:01:09sur des sujets de société
01:01:10comme ça
01:01:11il faut oser
01:01:12on n'est pas
01:01:13en terrain facile
01:01:15et assez rapidement
01:01:16on peut se prendre
01:01:17voilà un retour
01:01:18assez violent
01:01:18et pour faire le pont
01:01:20entre les années 80
01:01:21et aujourd'hui
01:01:21je pense qu'on peut parler
01:01:22du FN
01:01:23du Front National
01:01:24qui au milieu des années 80
01:01:26était un peu
01:01:27l'épouvantail des artistes
01:01:28je pense à la chanson
01:01:29des Berrues
01:01:30Porcherie
01:01:30la jeunesse emmerde
01:01:32le Front National
01:01:32et si on fait un bond
01:01:33de 40 ans
01:01:34alors là
01:01:35on a Souchon
01:01:36il y a quelques semaines
01:01:37qui en interview
01:01:39dit assez innocemment
01:01:41je ne pense pas
01:01:41que les français
01:01:42soient assez cons
01:01:43pour mettre le FN
01:01:44au pouvoir
01:01:45et là
01:01:45c'est un scandale
01:01:47ça fait des jours
01:01:48et des jours
01:01:49de débat
01:01:49là c'est un peu calmé
01:01:50mais enfin
01:01:51on n'a pas
01:01:52la même réaction
01:01:54du public
01:01:55on n'a pas non plus
01:01:55la même réaction
01:01:56du personnel politique
01:01:57qui peut-être
01:01:58dans les années 80
01:01:59avalait les critiques
01:02:02sans trop rien dire
01:02:03aujourd'hui se rebiffe
01:02:04donc quand on est un artiste
01:02:05et qu'on prend la parole
01:02:06il faut bien se dire
01:02:08qu'il va y avoir
01:02:09un retour de bâton
01:02:10et qui peut être
01:02:11très fort et très rapide
01:02:12concernant le FN
01:02:13devenu RN
01:02:13bien entendu
01:02:14est-ce que tout le monde
01:02:15avait bien compris
01:02:15en 85
01:02:17que l'Aziza
01:02:18ça a été un hymne
01:02:20anti-FN
01:02:21bien évidemment
01:02:22enfin ce n'était pas
01:02:23qu'un hymne
01:02:23anti-FN
01:02:24c'était un hymne
01:02:25parce que le FN
01:02:25commençait à prendre
01:02:26de l'ampleur
01:02:27bien sûr
01:02:27Balavoine avait vu monter
01:02:28cette force politique
01:02:29et d'ailleurs
01:02:30il en était très inquiet
01:02:31il avait prédit
01:02:32avant sa disparition
01:02:34l'arrivée
01:02:35du FN
01:02:37à l'Assemblée nationale
01:02:38il avait prévu
01:02:39la cohabitation
01:02:40contre les experts politiques
01:02:42qui disaient
01:02:42la cohabitation
01:02:43ça ne marchera jamais
01:02:44il avait prévu
01:02:45la réélection
01:02:45de Mitterrand
01:02:46en 88
01:02:46avec beaucoup plus
01:02:49de pourcentage
01:02:49qu'en 81
01:02:50donc il avait
01:02:50cette science politique
01:02:52mais
01:02:52concernant ce pont
01:02:53que vient de faire
01:02:54Rémini Mazoyer
01:02:55qu'est-ce que ça
01:02:56ça raconte aussi
01:02:58ça raconte aussi
01:02:59un glissement progressif
01:03:01de la communication
01:03:02en 1985
01:03:04il y a peu
01:03:06de chaînes de télévision
01:03:07il y a les radios libres
01:03:08qui sont essentiellement
01:03:09des radios musicales
01:03:10aujourd'hui
01:03:11il y a un truc
01:03:11qui s'appelle
01:03:11les réseaux sociaux
01:03:13et qu'est-ce qu'on y fait
01:03:14sur les réseaux sociaux
01:03:15on y partage
01:03:16ses recettes de cuisine
01:03:17on y partage
01:03:18les bonheurs de sa famille
01:03:20ou les douleurs
01:03:21de sa famille
01:03:21on y partage
01:03:22des moments du quotidien
01:03:23et en même temps
01:03:24dans le même temps
01:03:25si j'ose dire
01:03:26on y fait parfois
01:03:27allusion à la vie politique
01:03:29et c'est ça
01:03:30qui à un moment donné
01:03:32dérange profondément
01:03:33les experts
01:03:35ou le peuple
01:03:36au sens premier du terme
01:03:38en disant
01:03:39mais qu'est-ce que ces gens
01:03:40ont à dire
01:03:40ce sont des nantis
01:03:41ils profitent de la vie
01:03:43comme nous
01:03:44on n'a pas l'occasion
01:03:45d'en profiter
01:03:45donc qu'ils ferment leur gueule
01:03:47et on a vu que
01:03:48toutes
01:03:49toutes
01:03:49toutes
01:03:50toutes les dernières
01:03:51échéances électorales
01:03:53où les artistes
01:03:54ont pris la parole
01:03:55c'était contre-productif
01:03:56aller aux Etats-Unis
01:03:57Clinton
01:03:58Trump
01:03:59ça a été
01:04:00vraiment
01:04:01l'illustration
01:04:03majeure
01:04:03que l'engagement
01:04:04des artistes
01:04:05était contre-productif
01:04:05parce qu'on les concerne
01:04:07en tout cas
01:04:07certains les concernent
01:04:08comme complètement
01:04:09déconnectés
01:04:10c'est l'élite
01:04:11il n'y a que des coups
01:04:12à prendre
01:04:12dans cette histoire
01:04:14pour les artistes
01:04:14aujourd'hui oui
01:04:16juste pour revenir
01:04:17deux minutes à l'époque
01:04:18les artistes
01:04:19mais pas seulement
01:04:20les français
01:04:20les anglais
01:04:21les américains
01:04:22découvrent l'Afrique
01:04:23et le drame africain
01:04:24et il y a le Live Aid concert
01:04:27qui est devenu
01:04:28mythique aujourd'hui
01:04:29où Bob Geldorf
01:04:30organise
01:04:31à Wembley
01:04:33et à Philadelphie
01:04:34un concert
01:04:34qui réunit
01:04:35toutes les plus grandes stars
01:04:36de la planète
01:04:36il y a même Phil Collins
01:04:38qui avait pris le Concorde
01:04:39pour jouer dans les
01:04:39et parce que
01:04:41il est allé en Afrique
01:04:42il a vu la misère africaine
01:04:44il décide de faire ça
01:04:45les américains
01:04:46prennent le relais
01:04:46avec We Are The World
01:04:47et les
01:04:49les 80%
01:04:50des stars afro-américaines
01:04:51qui sont dans
01:04:52We Are The World
01:04:53Michael Jackson
01:04:53disent tous
01:04:55on est d'origine africaine
01:04:56on ne savait pas
01:04:57que l'Afrique
01:04:58était comme ça
01:04:58et donc
01:04:59et derrière
01:05:00il y a
01:05:00Paris-Dakar
01:05:01Balavoine
01:05:01Renault
01:05:02etc
01:05:02donc
01:05:03si on se remet
01:05:04à l'époque
01:05:06il y a une découverte
01:05:07des artistes occidentaux
01:05:08de la misère
01:05:10du continent africain
01:05:12c'est pour ça
01:05:12qu'à l'époque
01:05:12c'est très fort
01:05:13et que les artistes
01:05:15effectivement
01:05:15comme aujourd'hui
01:05:16les artistes
01:05:17ont les réseaux sociaux
01:05:18ils vivent
01:05:19sous des caméras
01:05:19en permanence
01:05:20donc
01:05:21c'est beaucoup
01:05:23plus compliqué
01:05:24de s'engager
01:05:25d'autant plus
01:05:27que
01:05:27même sur des thèmes
01:05:28comme l'antiracisme
01:05:30notamment
01:05:30oui mais c'est compliqué
01:05:31parce que vous avez
01:05:32l'antiracisme
01:05:32vous voyez bien
01:05:34qu'aujourd'hui
01:05:34même dans l'antiracisme
01:05:36il y a des familles
01:05:37donc des antiracistes
01:05:38mais pas antisémites
01:05:39mais pas
01:05:40tout est devenu
01:05:41extrêmement complexe
01:05:42aujourd'hui
01:05:42parce que
01:05:43Émilie a raison
01:05:44la société d'aujourd'hui
01:05:46est une société
01:05:47de spectacle
01:05:48et qui fonctionne
01:05:49essentiellement
01:05:50sur des combats
01:05:52on est dans les combats
01:05:53et nous sommes
01:05:54dans une société
01:05:55qui est devenue
01:05:56tellement manichéenne
01:05:58ou manichéiste
01:05:59je ne sais plus
01:06:00les deux
01:06:00les deux
01:06:01que si vous voulez
01:06:03bon
01:06:03dans les années 80
01:06:04il y avait des débats
01:06:05il y avait
01:06:06mais vous voyez même
01:06:07qu'en politique
01:06:08les gens ne débattent plus
01:06:09moi je me souviens
01:06:10les débats
01:06:11entre Séguin
01:06:12et Mitterrand
01:06:13c'était extraordinaire
01:06:14on avait des hommes
01:06:15de culture
01:06:16qui se parlaient
01:06:17et qui allaient
01:06:18avec des arguments
01:06:20aujourd'hui
01:06:21on a des gens
01:06:22qui s'engueulent
01:06:23qui s'essentialisent
01:06:25et qui s'insultent
01:06:26donc c'est compliqué
01:06:28pour les jeunes artistes
01:06:29de trouver leur place là
01:06:30sur ce que tu viens de dire
01:06:32Valérie
01:06:32pardon
01:06:32mais c'est très intéressant
01:06:35le côté porte-parole
01:06:38quand dans les années 80
01:06:40on découvre
01:06:41des inégalités
01:06:43des drames
01:06:44des scandales
01:06:44partout sur la planète
01:06:45il faut des porte-parole
01:06:46mais aujourd'hui
01:06:46Didier le rappelait
01:06:47vous le rappeliez tous
01:06:48il y a les réseaux sociaux
01:06:49il n'y a plus besoin
01:06:50de porte-parole
01:06:51il n'y a pas besoin
01:06:51d'un artiste
01:06:53qui n'est pas concerné
01:06:54qui va être
01:06:55le porte-étendard
01:06:56d'une cause
01:06:57aujourd'hui
01:06:57on attend des gens
01:06:59qui laissent
01:07:00la parole
01:07:01aux personnes
01:07:01qui sont concernées
01:07:02ça c'est très important
01:07:04et ça c'est peut-être
01:07:05le côté le plus réjouissant
01:07:07je vous l'accorde
01:07:08il n'y en a pas des masses
01:07:08mais des réseaux sociaux
01:07:09c'est qu'aujourd'hui
01:07:10c'est fini un plateau
01:07:12avec uniquement des hommes
01:07:13qui vont parler d'avortement
01:07:15par exemple
01:07:15les femmes ont la parole
01:07:16c'est fini un plateau
01:07:17qui parle de racisme
01:07:18simplement entre blancs
01:07:20aujourd'hui
01:07:20les noirs
01:07:21les arabes
01:07:22toutes les minorités
01:07:24peuvent avoir
01:07:25cette parole
01:07:26ce droit à la parole
01:07:27donc
01:07:27moins besoin
01:07:28de porte-parole
01:07:29donc l'artiste engagé
01:07:31finalement va devoir
01:07:31s'engager
01:07:32sur un sujet
01:07:33qui le concerne
01:07:35alors c'est comme ça
01:07:36qu'on en arrive
01:07:36avec des artistes
01:07:37qui parlent de santé mentale
01:07:38qui parlent des droits
01:07:40LGBT etc
01:07:41il faut que ce soit
01:07:42un thème qui les concerne
01:07:44sinon on va leur dire
01:07:45mais qu'est-ce que tu connais toi
01:07:47c'est très intéressant
01:07:48ce que vous venez de dire
01:07:49parce que j'ai vu qu'aujourd'hui
01:07:50on ne parlait pas d'artistes engagés
01:07:52mais d'artistes concernés
01:07:53concernés
01:07:54donc voilà l'explication
01:07:55j'ai l'explication
01:07:56c'est un lien effectivement
01:07:57avec la réalité
01:07:58Émilie l'explique très bien
01:08:01c'est un lien aussi
01:08:02avec sa condition humaine
01:08:04et son statut social
01:08:05regardez ce qui s'est passé
01:08:06sur Aya Nakamura
01:08:07on ne peut pas dire
01:08:08que Dja Dja soit la chanson
01:08:09la plus engagée du monde
01:08:11on ne peut pas dire
01:08:12que Pookie soit la chanson
01:08:14la plus énervée
01:08:15et eruptive du monde
01:08:16il se trouve que son personnage
01:08:18et la polémique
01:08:19qui a traversé
01:08:20sa venue
01:08:21au moment des JO
01:08:23de la cérémonie
01:08:24d'ouverture des JO
01:08:25de 2024
01:08:26a fait d'elle
01:08:28une icône
01:08:29engagée un peu
01:08:30contre sa volonté
01:08:32c'est sa personnalité
01:08:34le fait que ce soit
01:08:35une femme black
01:08:37qui assume son corps
01:08:38ses formes
01:08:39sa langue
01:08:40souple
01:08:41et imprévisible
01:08:43qui donne tout d'un coup
01:08:45à cette personnalité
01:08:46une couleur d'engagement
01:08:49qui n'est pas dans le réel
01:08:52qui n'est pas dans le réel
01:08:53et ça c'est extrêmement intéressant
01:08:54elle l'a dit récemment
01:08:56sur un média de service public
01:08:58elle a dit
01:08:58je me suis rendu compte
01:08:59finalement que
01:09:00c'est les médias de gauche
01:09:01qui me soutiennent
01:09:02alors là c'est quand même
01:09:03la plus grande des surprises
01:09:04mais dans le choix
01:09:05pardon
01:09:06dans le choix
01:09:07moi je parlais
01:09:07là on parle d'engagement
01:09:09pour des causes
01:09:10moi je parlais
01:09:12dans leurs chansons
01:09:13dans leurs créations
01:09:14il y a moins d'artistes
01:09:16aujourd'hui
01:09:16dans les textes
01:09:18Nina Simone
01:09:19qui a fait beaucoup de reprises
01:09:21choisissait des chansons
01:09:23très très engagées
01:09:24pour l'époque
01:09:27on a quand même eu
01:09:29La Villiers
01:09:29qui a quand même fait
01:09:30des chansons
01:09:31très engagées
01:09:32il y a moins
01:09:34de chansons
01:09:35engagées
01:09:36aujourd'hui
01:09:37sur Bernard La Villiers
01:09:44il y a les textes
01:09:45des chansons de La Villiers
01:09:45on pense
01:09:46les mains d'or
01:09:46par exemple
01:09:47cette chanson incroyable
01:09:48sur ces ouvriers
01:09:49dont on ferme les usines
01:09:50et qui ne peuvent plus travailler
01:09:51plus utiliser leurs mains d'or
01:09:52ceci dit
01:09:54ce que fait La Villiers
01:09:55c'est qu'à chaque fois
01:09:56qu'il y a un piquet de grève
01:09:57devant une usine
01:09:57qui est en train de fermer
01:09:58il va jouer
01:09:59il le dit à personne
01:10:00mais il va soutenir
01:10:01les ouvriers
01:10:02donc c'est pas simplement
01:10:04de l'engagement
01:10:04d'apparat
01:10:05de façade
01:10:06c'est un type
01:10:07qui prend sa valise
01:10:08le matin
01:10:08paye son billet de train
01:10:10et va soutenir les mecs
01:10:11devant les usines
01:10:12c'est ce que tu disais
01:10:13c'est le principe de réalité
01:10:14il fait partie des leurs
01:10:15il a été lui-même
01:10:17ouvrier
01:10:17tourneur à Saint-Etienne
01:10:18non quand même
01:10:19l'engagement aujourd'hui
01:10:20il existe de façon
01:10:20très manifeste
01:10:21sur des terrains
01:10:23liés aux questions de genre
01:10:25par exemple
01:10:26il y a énormément d'artistes
01:10:28qui prennent la parole
01:10:29sur cette problématique
01:10:30du genre
01:10:31je me suis dit
01:10:32peut-être un peu naïvement
01:10:33on va regarder
01:10:33ce qui se passe
01:10:34du côté du rap
01:10:35pourquoi le rap
01:10:35c'est le genre musical
01:10:36aujourd'hui
01:10:37le plus écouté
01:10:39par les jeunes
01:10:39c'est aussi
01:10:40le genre musical
01:10:40qui fait le plus
01:10:42d'argent
01:10:42dans le business
01:10:43qui est le show business
01:10:44et je me suis dit
01:10:46j'ai regardé
01:10:47et effectivement
01:10:48on parle beaucoup
01:10:49de dépolitisation
01:10:50du rap français
01:10:50depuis 20 ans
01:10:52et aujourd'hui
01:10:52il y a un renouveau
01:10:54semble-t-il
01:10:55le rap
01:10:55c'est la musique
01:10:56de la rue
01:10:57par excellence
01:10:57c'est pas la musique
01:10:59de l'établissement
01:10:59vraiment pas
01:11:00il se passe quelque chose
01:11:02dans le rap
01:11:02au niveau de l'engagement
01:11:03aujourd'hui
01:11:03je pourrais même
01:11:04presque faire une comparaison
01:11:05à nouveau
01:11:05on a presque envie de dire
01:11:06j'ai presque envie
01:11:07de faire une comparaison
01:11:08le rap
01:11:09c'est le rock'n'roll
01:11:10des années 60
01:11:11c'était la même chose
01:11:12c'était des gamins
01:11:13qui venaient de banlieues
01:11:14qui utilisaient l'électricité
01:11:17ils ont utilisé le sample
01:11:18donc c'est les rebelles
01:11:20d'aujourd'hui
01:11:21ont cassé leur disque
01:11:22mais pour autant
01:11:22est-ce qu'ils s'engagent
01:11:23pour autant
01:11:24est-ce qu'ils s'engagent
01:11:24et comment ils s'engagent
01:11:25vous voyez Youssef Swat
01:11:26qui est le vainqueur
01:11:27de Nouvelle École
01:11:28qui est un programme
01:11:29de télé
01:11:29réalité
01:11:30bah oui
01:11:32lui il est parti
01:11:32sur un bateau
01:11:33accompagné par une ONG
01:11:35pour défendre
01:11:36la cause de Gaza
01:11:37et derrière lui
01:11:38il y a toute une communauté
01:11:39effectivement
01:11:40de rappeurs
01:11:41mais pas que
01:11:41d'artistes aussi
01:11:42de la pop
01:11:43et de la variété
01:11:43qui l'ont soutenu
01:11:44donc les choses
01:11:46sont en train
01:11:46de bouger
01:11:47dans le rap
01:11:47on a eu
01:11:48une première génération
01:11:49de rap conscient
01:11:50après on a eu
01:11:51un rap
01:11:52qui était plus proche
01:11:53de la variété
01:11:53d'aujourd'hui
01:11:54le rap conscient
01:11:55en rapport
01:11:56avec conscience politique
01:11:57oui bien sûr
01:11:58NTM
01:11:59AYAM
01:11:59l'école du micro d'argent
01:12:01oui
01:12:01et NTM
01:12:03les deux premiers albums
01:12:04c'est exactement ça
01:12:05oui
01:12:05et puis ensuite
01:12:06effectivement
01:12:07il y a eu
01:12:07cette industrialisation
01:12:09du rap
01:12:10avec une génération
01:12:12aussi
01:12:12qui assumait
01:12:13de façon un peu
01:12:14transgressive
01:12:15son côté libéral
01:12:16faire du fric
01:12:17être numéro un
01:12:18avoir de l'ambition
01:12:19ça c'est des valeurs
01:12:21de droite
01:12:21a priori
01:12:23et donc
01:12:23effectivement
01:12:24c'était
01:12:25beaucoup plus compliqué
01:12:27de les assimiler
01:12:29à des rappeurs engagés
01:12:30et aujourd'hui
01:12:31on voit que ce basculement
01:12:32revient
01:12:32par la langue
01:12:34déjà
01:12:35et par la société
01:12:36qui est aujourd'hui
01:12:37extrêmement fracturée
01:12:38mais les rockeurs
01:12:39se sont embourgeoisés
01:12:40je ne sais pas pourquoi
01:12:40les rappeurs
01:12:41ne s'embourgeoiseraient pas
01:12:42non plus
01:12:42c'est aussi ça
01:12:44quand une musique
01:12:44au départ
01:12:45est transgressive
01:12:46comme l'a été le rock
01:12:47comme l'a été le rap
01:12:48aujourd'hui
01:12:49je ne sais pas
01:12:50si c'est la musique
01:12:50la plus transgressive
01:12:51qui soit
01:12:52le rap
01:12:53et c'est normal
01:12:54que les pontes
01:12:55du rap
01:12:56se soient embourgeoisés
01:12:57et peut-être
01:12:58tiennent aussi
01:12:59à leur place
01:13:00face éventuellement
01:13:01la courte échelle
01:13:01à d'autres
01:13:03à des petits nouveaux
01:13:03qui arrivent
01:13:04mais sans mettre
01:13:05en péril
01:13:06leur place
01:13:07ce qu'on n'a pas attendu
01:13:08de la part des rockeurs
01:13:09personne n'attendait
01:13:10de Johnny
01:13:11qu'il arrive
01:13:12le point levé
01:13:13pourquoi on attend ça
01:13:14de Joe Estar
01:13:14après c'est très humain
01:13:16et très naturel
01:13:17que Booba pourrait faire
01:13:18un album de reprise
01:13:19de Frank Sinatra
01:13:20sur l'arbre français
01:13:24c'est de son évolution
01:13:24son engagement
01:13:25aujourd'hui
01:13:26il y a peut-être
01:13:26quelque chose
01:13:26à rajouter
01:13:27Valéry Zetou
01:13:27ou rien
01:13:28tout a été dit
01:13:28non pas grand chose
01:13:29mes camarades
01:13:31sont beaucoup plus
01:13:32spécialistes
01:13:33du genre que moi
01:13:34moi j'avais une question
01:13:36sur le rap français
01:13:38il y a Joe
01:13:38aujourd'hui
01:13:39Joe c'est un des rares
01:13:40à avoir la capacité
01:13:41à remplir à la fois
01:13:42le bélodrome
01:13:42et le stade de France
01:13:44Paris, Marseille
01:13:44bon tout le monde
01:13:45aura compris
01:13:46au-delà de ça
01:13:47Joe
01:13:47la star numéro 1
01:13:50aujourd'hui
01:13:50du rap français
01:13:51il y a deux choses
01:13:52à dire
01:13:52on l'a pas vu
01:13:53notamment Joe
01:13:54on l'a pas vu
01:13:55soutenir
01:13:55cette marche blanche
01:13:58contre le narcotrafic
01:13:59à Marseille
01:14:00à la fin de l'année dernière
01:14:01comment on l'explique
01:14:03ça par exemple
01:14:03là on attend
01:14:04des artistes
01:14:06de ce genre
01:14:06sur ce type
01:14:07de rassemblement
01:14:08est-ce qu'on attend
01:14:09que Joe
01:14:09soit un artiste engagé
01:14:11alors si par on
01:14:12on entend ce plateau
01:14:13peut-être
01:14:13ça m'intéresserait
01:14:14moi à titre personnel
01:14:14de savoir
01:14:15ce que Joe
01:14:17pense de la société
01:14:18en général
01:14:18et du narcotrafic
01:14:20à Marseille
01:14:20en particulier
01:14:21mais est-ce que son public
01:14:22attend ça de lui
01:14:23absolument pas
01:14:24Joe
01:14:24n'est pas aimé
01:14:26parce qu'il est
01:14:27un porte-étendard
01:14:28Joe
01:14:28est aimé
01:14:29adoré
01:14:29adulé
01:14:30par un public
01:14:31très nombreux
01:14:31parce qu'il est fun
01:14:33parce que c'est la fête
01:14:34un concert de Joe
01:14:35c'est pas que fun
01:14:36c'est qu'il leur ressemble
01:14:37et il s'est fait tout seul
01:14:38la politique
01:14:39c'est aussi
01:14:40c'est pas simplement
01:14:41dire des choses
01:14:42dans une chanson
01:14:43et de faire
01:14:45montre
01:14:46d'honneur de leçons
01:14:47aussi
01:14:47parfois
01:14:48c'est aussi
01:14:49d'organiser son métier
01:14:50de façon un peu politique
01:14:52Joe
01:14:53il est indépendant
01:14:54il fait tout
01:14:55lui-même
01:14:55il ne passe pas
01:14:56par les circuits
01:14:57fléchés
01:14:58de l'industrie musicale
01:14:59donc il a cette liberté
01:15:01artistique
01:15:02qui est une façon
01:15:04de faire de la politique
01:15:05comme beaucoup d'artistes
01:15:06aujourd'hui le font
01:15:07je pense que le public
01:15:09qui attend
01:15:09de ces artistes-là
01:15:12qui s'engagent
01:15:12c'est pas leur public
01:15:14il y a un phénomène
01:15:15dans le rap
01:15:16qui est hallucinant
01:15:16le monde du rap
01:15:18a perdu un artiste
01:15:19l'année dernière
01:15:19qui s'appelle
01:15:20Ouéronois
01:15:21la moitié de la France
01:15:23ne savait pas
01:15:23que Ouéronois
01:15:24a été numéro un
01:15:26des ventes
01:15:26et a rempli le plus
01:15:28les salles
01:15:28c'est-à-dire que
01:15:29moi je connaissais
01:15:30plein de gens
01:15:31je me dis
01:15:31tiens c'est terrible
01:15:32le rap a perdu
01:15:33et plein de gens
01:15:34qui disaient
01:15:34qui est cet artiste
01:15:36c'est-à-dire que
01:15:37contrairement aux années 80
01:15:38on avait des artistes globaux
01:15:40les gens les aimaient
01:15:41les aimaient pas
01:15:41mais ils les connaissaient
01:15:43aujourd'hui
01:15:43il y a des stars
01:15:45qui sont pas connus
01:15:46de la moitié de la France
01:15:47alors Joule
01:15:48un peu moins
01:15:49parce que
01:15:49il y a aussi ce côté
01:15:51comme il a des textes
01:15:51parfois
01:15:52alors c'est attrapé
01:15:53par les humoristes
01:15:54qui ont contribué
01:15:55aussi à le faire connaître
01:15:56d'un public
01:15:57qui ne consomme pas de rap
01:15:59mais on a ce phénomène-là
01:16:01dans le rap aujourd'hui
01:16:02très important
01:16:02c'est l'archipélisation
01:16:03de la société française
01:16:04qu'on retrouve
01:16:05dans l'industrie musicale
01:16:07avec des communautés
01:16:09qui se parlent
01:16:11et qui ne communiquent pas
01:16:12avec les autres
01:16:12il nous reste trois minutes
01:16:13et je me tourne vers vous
01:16:15vous allez comprendre
01:16:15pourquoi
01:16:15parce que
01:16:17j'ai vu que chanteuse
01:16:18et féministe
01:16:19ça c'est un engagement
01:16:20qui demeure aujourd'hui
01:16:21alors j'ai quelques noms
01:16:22sous les yeux
01:16:22ça va parler peut-être
01:16:23à ceux qui nous regardent
01:16:24quand même
01:16:24Angèle
01:16:25Clara Luciani
01:16:26isole
01:16:28pomme
01:16:28alors très intéressant
01:16:30l'engagement féministe
01:16:31ça c'est un engagement
01:16:32durable
01:16:33qui tient
01:16:33et auquel on assiste encore
01:16:35mais n'oublions pas
01:16:36que le nerf de la guerre
01:16:37c'est l'argent
01:16:37et qu'un artiste
01:16:39qui s'engage
01:16:39c'est très bien
01:16:40un artiste qui s'engage
01:16:41et qui donne de l'argent
01:16:43c'est encore mieux
01:16:43c'est ce que fait
01:16:44Clara Luciani par exemple
01:16:45en étant marraine
01:16:47de la maison des femmes
01:16:48à Marseille
01:16:49elle se débrouille
01:16:50pour qu'il y ait de l'argent
01:16:51qui rentre dans les caisses
01:16:52de cette association-là
01:16:54ça c'est très important
01:16:55quand Santa
01:16:55est marraine
01:16:56du Téléthon
01:16:57elle fait un don
01:16:57de 100 000 euros
01:16:58là il se passe quelque chose
01:17:00et tout ce qu'on disait
01:17:01tout à l'heure
01:17:01sur la légitimité
01:17:02des artistes
01:17:02à s'engager
01:17:03finalement
01:17:04quand on fait du concret
01:17:05quand on place de l'argent
01:17:06sur le tapis
01:17:07là
01:17:08votre engagement
01:17:09n'est pas remis en cause
01:17:10on dit oui
01:17:11c'est un vrai
01:17:11c'est impur
01:17:11ou qu'on donne du temps
01:17:13à une association
01:17:13comme Zao de Sagazan
01:17:15qu'on n'a pas cité
01:17:16mais qui est
01:17:16une vraie militante
01:17:17dans l'homme
01:17:18et qui est une femme
01:17:19de terrain
01:17:19dans ses engagements
01:17:21mais moi je voudrais
01:17:22revenir
01:17:22c'est une des chanteuses françaises
01:17:23les plus engagées
01:17:24aujourd'hui
01:17:24c'est peut-être pour ça
01:17:25que vous citez son nom
01:17:25oui aussi
01:17:26mais d'une façon
01:17:28très différente
01:17:29de Danielle Balavoine
01:17:30je pense qu'elle n'irait pas
01:17:31invectiver
01:17:31sur un grand direct
01:17:33de télévision
01:17:34une personnalité politique
01:17:35quoique
01:17:36on peut s'attendre
01:17:37à ça aussi
01:17:38je finis avec ces chanteuses
01:17:39leur engagement
01:17:40le féminisme
01:17:41parce que
01:17:43leur audience
01:17:44sont d'abord des femmes
01:17:45voilà pourquoi ça marche
01:17:46pourquoi ça dure
01:17:47comment on l'explique
01:17:49la société est en train
01:17:50de bouger
01:17:50il y a eu un phénomène
01:17:52qui s'appelle
01:17:52MeToo
01:17:53et qui a changé
01:17:54la société
01:17:55et qui est en train
01:17:55de la changer
01:17:56au quotidien
01:17:57on est tous
01:17:59en train
01:17:59de réapprendre
01:18:00à vivre
01:18:01avec d'autres codes
01:18:03avec une déconstruction
01:18:04permanente
01:18:05de nos personnalités
01:18:06et c'est tant mieux
01:18:07et c'est aux femmes
01:18:08qu'on le doit
01:18:08et moi je suis
01:18:09un féministe engagé
01:18:11mais qui continue
01:18:12à se déconstruire
01:18:13quand j'entends
01:18:14leur parole libre
01:18:15et tellement folle
01:18:17je voudrais juste
01:18:17dire un petit mot
01:18:18sur le rap
01:18:19quand même
01:18:19et ça va être
01:18:20le dernier mot
01:18:21alors
01:18:21ce débat
01:18:22Balavoine
01:18:22on célèbre tristement
01:18:24la disparition
01:18:25de son 40e anniversaire
01:18:25finissant avec Balavoine
01:18:26oui
01:18:26et c'est Youssoufa
01:18:28qui viendra lui rendre hommage
01:18:29donc c'est un rappeur
01:18:30qui viendra
01:18:31avec d'autres rappeurs
01:18:33rendre hommage
01:18:34à Daniel Balavoine
01:18:35ce qui montre quand même
01:18:36que ces rappeurs
01:18:37ont une conscience
01:18:38aiguë
01:18:39de l'apport
01:18:40essentiel
01:18:41que Daniel
01:18:42a eu
01:18:42sur la société française
01:18:44ça sera le mot de la fin ?
01:18:46écoutez
01:18:47je laisse
01:18:48largement
01:18:49le mot de la fin
01:18:50à monsieur Varro
01:18:50merci vraiment
01:18:52à tous les trois
01:18:52d'avoir parti
01:18:53à cette émission
01:18:54des Badocs
01:18:54on a mieux compris
01:18:56avec vous
01:18:56où sont
01:18:57où figurent
01:18:58les chanteurs
01:18:59engagés aujourd'hui
01:19:00en France
01:19:01après ce documentaire
01:19:0340 ans après
01:19:04le décès tragique
01:19:06de Daniel Balavoine
01:19:07quelque part
01:19:08entre le Burkina Faso
01:19:09le Mali
01:19:10et il aurait réussi
01:19:11à installer
01:19:12sans pompe
01:19:13à eau
01:19:14dans cette région du monde
01:19:15il n'était pas là-bas
01:19:16pour courir
01:19:17le Paris-Dakar
01:19:18mais il était bien là-bas
01:19:19dans le cadre
01:19:19d'une opération
01:19:20humanitaire
01:19:21merci beaucoup
01:19:22également
01:19:23à féliciter
01:19:24Gavalda
01:19:24Thibaut
01:19:25Brosset
01:19:26et Kelle
01:19:26qui m'ont aidé
01:19:27comme à l'accoutumée
01:19:28à préparer cette émission
01:19:29vos réactions
01:19:29ça sera sur
01:19:30hashtag des Badocs
01:19:31nos invités
01:19:31pourront d'ailleurs réagir
01:19:33je l'espère
01:19:33ah oui
01:19:34on est prêt
01:19:34vous êtes prêts
01:19:36à cette émission
01:19:37prochain rendez-vous
01:19:38avec des Badocs
01:19:40ça sera à la même place
01:19:41à la même heure
01:19:42et toujours
01:19:42toujours avec son document
01:19:43et son débat
01:19:45à très bientôt
01:19:46Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:47Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:49Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:51Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:53Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:55Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:57Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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