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  • il y a 9 mois
Pour Angélica Rideau, aujourd'hui plus que jamais, le cinéma demeure une entreprise de momification du présent, d’immobilisation du réel.

Retrouvez « La drôle d'humeur de Camille Lavabre » dans La Bande Originale sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-de-camille-lavabre

Catégorie

🎈
Amusant
Transcription
00:00Voici Camille Lavard !
00:02Non, non, non, pardon !
00:03Excusez-moi, puisque nous recevons aujourd'hui deux acteurs connus pour leur éclectisme et leur exigence,
00:09le choix de notre prochain invité s'est imposé comme une évidence.
00:12En effet, elle est aujourd'hui l'une des plus grandes metteuses en scène du théâtre français,
00:16grâce à ses créations à la croisée des genres,
00:18telles que le seul en scène circoncie les monologues du rabbin,
00:21ou encore la suite, en attendant Godot II, cette fois il a intérêt à venir.
00:26Elle a remporté trois à coups d'or de cristal et cinq prix réduits bi-réduques.
00:33Je veux bien sûr parler d'Angélika Rideau.
00:35Angélika, bonjour et bienvenue sur notre plateau.
00:39Merci de m'y accueillir, même si vous n'êtes pas sans savoir que le plateau est un lieu immatériel
00:43qui n'appartient à personne, si ce n'est à celui qui l'habite.
00:47Oui, tout à fait.
00:48Tout d'abord, j'aimerais aborder avec vous cette idée...
00:50Et vous ne l'avez pas mentionné, mais j'ajoute que je travaille actuellement à la mise en espace d'une nouvelle création
00:56un drame social en 13 actes qui raconte les aventures sexuelles d'une jeune institutrice inexpérimentée avec un improviseur lubrique.
01:04Ah d'accord, ça va s'appeler comment ?
01:0650 nuances de craie.
01:07D'accord.
01:08Alors justement, je rappelle que dans votre autobiographie, plein feu, sale vide,
01:13vous faisiez une critique particulièrement acerbe du cinéma.
01:17Est-ce que vous la partagez toujours ?
01:18Absolument, absolument.
01:20Oui, oui, je pense qu'aujourd'hui, plus que jamais, le cinéma demeure, si je puis dire,
01:26une entreprise de momification du présent, d'immobilisation du réel.
01:32Là où les planches accueillent la fragilité de l'instant, la caméra, elle, a tendance à l'exploiter
01:39et à l'emprisonner dans une forme de boucle, je dirais, infinie.
01:44Je rappelle quand même qu'on en est à trois avatars et cinq tuches.
01:48Mais alors qu'en est-il des acteurs alors ?
01:51Eh bien je dirais que c'est presque pour eux que c'est terrible.
01:54Je veux dire, l'écran de cinéma, l'objet en lui-même, écrase la matière.
02:00Il aplatit les corps.
02:02Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi Pierre Ninet avait la même tête de face et de profil ?
02:07Pardon, mais je vous rappelle que nos deux invités sont acteurs de cinéma.
02:10Oui.
02:10Alors, pardon, excusez-moi, mais non, je refuse ce terme.
02:15Quel terme ? Acteurs de cinéma ?
02:17Mais oui, enfin, pourquoi c'est Oxymor qui les condamne ?
02:21Acteurs de cinéma, et pourquoi pas plombiers de fuite ou animateurs de radio ?
02:26Non, mais là, t'es pas grave, pour moi.
02:28Pardon Angelica, mais là vous devenez insultante.
02:30Alors attention, non, non, je ne jette pas la pierre à vos invités dont je n'ai par ailleurs jamais entendu parler.
02:36Que sais-je si ce film n'était pas pour eux, en réalité, un moyen de boucler leur intermittence ?
02:44Mais enfin, Sarah Giraudot et Reda Katep sont des acteurs de premier plan.
02:48Enfin bon, il n'y a donc vraiment aucun espoir pour qu'on vous voit un jour adapter une de vos pièces ?
02:54Adapter une de mes... Vous voulez dire réaliser un film ?
02:57Pardon, mais comment pourrais-je quitter la prodigieuse éphémérité du théâtre pour l'assommante mécanique du non-métrage ?
03:04Enfin, excusez-moi, pardon, mais si je voulais regarder une jeune première arriviste beugler 15 fois la même phrase devant une caméra,
03:10je regarderais la sex tape d'Emma Beaujean.
03:14Ok, donc pour vous, le cinéma est une cause définitivement perdue ?
03:18Écoutez, pour être tout à fait honnête, j'ai été surprise récemment.
03:22J'ai été surprise au hasard d'un soir, je suis tombée sur le film French Lover.
03:28Ah ben justement, c'est avec Sarah Giraudot !
03:30Ah vous y faites une apparition ?
03:32Ah pardon, excusez-moi, excusez-moi.
03:33En fait, je ne vous ai pas remarqué parce qu'en réalité, c'est une autre actrice qui a retenu toute mon attention.
03:39Laissez-moi deviner. Camille Lavabre ?
03:41Oui, tout à fait, exactement, une révélation.
03:45Écoutez, cette scène sensationnelle à la terrasse de café,
03:51durant laquelle elle s'approche tout en tension de M. C. Omar,
03:57et avec cette détermination tout aussi fragile que résolue,
04:04elle se plante devant lui et clame
04:06« Je peux vous encaisser s'il vous plaît ? »
04:11Mais quel ancrage, quel panache !
04:15Lâche pour une actrice, vous comprenez ?
04:16Et puis alors, avec sa tignasse de régisseuse et son nez qui va de court à jardin,
04:20elle est clairement faite pour le théâtre subventionné.
04:23Donc ça veut dire que vous pourriez l'envisager dans 50 nuances de craie ?
04:27Alors non, mais pour un autre projet tout aussi savoureux,
04:31l'histoire vraie d'un chocolatier allemand durant la Seconde Guerre mondiale
04:35qui, faisant face à une pénurie de cacao, va devoir choisir de quel produit il se sépare.
04:40Ah, et ça va s'appeler comment ?
04:42La liste de Kinder.
04:44Ok, et bien on a hâte que vous reveniez nous en parler prochainement.
04:48Merci beaucoup Angélika.
04:49Avec joie, merci à vous ainsi qu'au fond de secours SACD.
04:52Sous-titrage Société Radio-Canada

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