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  • il y a 2 jours
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Aujourd'hui, dans « Les 4V », Jeff Winttenberg revient sur les questions qui font l’actualité avec Thierry Cotillard, président du Groupement Les Mousquetaires.

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00:00Bonjour Thierry Cotillard, on va parler d'économie plutôt. Est-ce que les années d'inflation ont
00:09durablement changé les comportements des français ? Est-ce qu'ils demandent moins de poissons,
00:13moins de viande, moins de produits frais ? Il y a une véritable modification des
00:18comportements des consommateurs. On s'est pris 20% d'augmentation par rapport à il y a trois ans,
00:23et ça c'est resté dans l'esprit. Donc qu'est-ce qui se passe concrètement ? On s'est pris, quand
00:27vous dites on s'est pris, on a l'impression que vous n'en êtes pas un acteur. C'est de l'inflation
00:30que vous avez aussi répercutée. On nous a proposé 40%, on les a négociés et on arrive à 20%. C'est
00:36pour ça que je vous le présente comme ça. Après, je résume souvent la situation à trois tiers. Un
00:41tiers des français finalement n'ont pas été impactés par cette crise de pouvoir d'achat. Un tiers ont
00:46modifié leurs habitudes, c'est-à-dire notamment en achetant des marques de distributeurs qui étaient
00:50moins chères. Et puis vous venez de l'évoquer, un tiers des français qui déconsomment, qui consomment
00:55moins du poisson, de la protéine animale. Et ça, on le ressent évidemment, et ça représente quand
01:01même 20 millions de français, on le ressent toutes les semaines dans nos intermarchés néto.
01:0420 millions de français qui mangent moins de viande, moins de poissons.
01:07Qui sont en difficulté en fin de mois, tout simplement.
01:09Mais dans ce contexte que vous décrivez, les velléités qu'on entend de d'éduquer le consommateur,
01:14de lui expliquer que la qualité c'est important, etc., ça paraît complètement à côté de la plaque ?
01:18Oui, mais c'est un combat qu'il ne faut pas lâcher. Vous savez, nous on est producteurs,
01:22on fabrique nos marques de distributeurs. La solution immédiate et le raccourci, ça aurait
01:28été de dire, on va bourrer nos rayons de premier prix, avec des cahiers des charges qui sont beaucoup
01:33moins vertueux pour la planète, pour la rémunération de nos agriculteurs. On n'a pas fait ce choix-là.
01:38Et je pense qu'il faut, je dirais, tenir bon, parce que notre mission, je le dis souvent,
01:42c'est d'apporter le mieux manger à l'ensemble des français.
01:44Mais les consommateurs continuent quand même, dans la mesure de leurs moyens, à faire attention
01:49aux mots fabriqués en France, à la qualité, au Nutri-Score, tout ça, ça fonctionne ?
01:55Ça a eu son apogée il y a quelques années, avant la crise hyperinflationniste.
01:59Donc maintenant, ce n'est pas le premier critère. Le premier critère, c'est vraiment le prix.
02:02Mais, et on est quand même satisfaits avec ça, on a une consommation qui est responsable en France.
02:07C'est-à-dire que yucca est utilisée par le consommateur. On fait attention à ce qu'il y a pour sa santé,
02:13pour sa nutrition. La rémunération des agriculteurs, c'est un sujet, et donc l'origine est importante pour les consommateurs.
02:18Et nous, j'ai lu que sur les poulets, les poulets made in fin, les poulets élevés en France,
02:22perdaient des parts de marché régulièrement au profit de poulets bas de gamme produits à l'étranger.
02:27Alors, ça, c'est le marché en général. Le choix que la grande distribution a fait,
02:31je ne sais pas si on va parler du Mercosur, c'est que depuis toujours,
02:34Intermarché, sur son sourcing d'œufs et de poulets, n'est que made in France.
02:38Donc, on n'a jamais fait le choix d'aller chercher la solution la moins chère qui serait d'aller à l'étranger.
02:43Le Mercosur, on le sait, a été adopté par la Commission. Il devrait être signé au Paraguay pour l'Europe
02:47par Ursula von der Leyen samedi. Est-ce que vous aussi, vous êtes contre
02:52si des produits issus des pays d'Amérique latine arrivent meilleur marché ?
02:58Pour vous, c'est plutôt pas mal ?
03:00On a pris position, en fait, il y a un an, parce qu'on a été sollicité par les fédérations agricoles.
03:05Et on l'a clairement dit, et je le redis ce matin, on n'achètera pas ces produits-là.
03:09On ne les achètera pas pour soutenir l'affaire France.
03:11On ne le fera pas pour le poulet, comme vous dites, en matière brute.
03:15Mais on ne le fera pas, on ira un peu plus loin.
03:16On ne le fera pas pour acheter le poulet qu'on mettrait dans notre paella à marque de distributeurs.
03:21Donc ça, c'est vraiment une position forte.
03:22Vous ne ferez pas rentrer de produits issus des quatre pays du Mercosur dans vos supermarchés ?
03:27Non, nous ne le ferons pas.
03:29C'est un engagement ferme.
03:30C'est un engagement ferme.
03:32Et la semaine dernière, j'étais en conseil d'administration de la FCD,
03:34qui est le syndicat de la grande distribution.
03:36Carrefour, Système U, Leclerc auront les mêmes positions.
03:39Donc c'est très important, parce que le Mercosur voté,
03:43on va tous avoir une part de responsabilité, et notamment ceux qui vont acheter.
03:46Et pour ce qui est de la grande distribution, c'est quand même 40% des débouchés.
03:49Je peux vous assurer que là, on peut rassurer les agriculteurs
03:52sur le fait qu'on n'achètera pas ces produits à l'étranger.
03:54En revanche, j'ai envie de vous dire que chacun prenne ses responsabilités.
03:58Que vont faire les industriels ?
03:59On a un programme qui s'appelle Origine Info.
04:02Olivia Grégoire, la députée, avait proposé cette mention.
04:05Je pense qu'il serait intéressant maintenant de la rendre obligatoire
04:07pour que tous les consommateurs français sachent d'où ça vient.
04:10Et puis il y a un autre sujet, c'est que nous, on achète pour les consommateurs.
04:13Les cantines françaises achètent aussi des produits,
04:16comme la restauration qui dépend de l'État.
04:19Ce serait bien qu'il y ait une cohérence entre le discours de la souveraineté alimentaire
04:22et que les appels d'offres privilégient la Ferme France,
04:25comme nous, on est en train de le faire.
04:26Parce que la réalité, quand vous allez dans une cantine,
04:28vos enfants, demain, mangeront peut-être du poulet brésilien.
04:32Il y a encore des blocages aujourd'hui.
04:33Enfin, l'autoroute près de Bayonne, le blocage a été levé.
04:36On a vu que ça a été compliqué sur l'autoroute du Nord ce week-end.
04:38Ça a été compliqué au Havre.
04:40Vous comprenez les agriculteurs ?
04:42Moi, je le comprends.
04:42Alors, j'ai des origines aussi.
04:44Je suis fils agriculteur, donc je le comprends.
04:46Je comprends la situation qui est la leur actuellement
04:48parce qu'en fait, c'est une situation qui est difficile.
04:51Ça fait des années que ça dure.
04:52Et là, ils enchaînent crise sur crise.
04:54La dermatose, le Mercosur.
04:57Et je pense qu'en fait, le vrai sujet pour aujourd'hui,
04:59c'est de pouvoir avoir une ferme qui soit compétitive.
05:03Et je crois qu'ils sont aujourd'hui, ils n'en peuvent plus.
05:05Ils sont étouffés par les normes, par les impôts,
05:08par les contraintes que l'État leur impose.
05:09Et donc, je pense que là aussi, il faut agir.
05:11Mais ils disent qu'ils sont aussi étouffés parfois par les prix
05:13que vous, la grande distribution, veut leur imposer.
05:15Eh bien, nous, on propose aujourd'hui d'aller plus loin dans la loi Egalim.
05:18Vous savez, la loi Egalim, c'était l'idée qu'on puisse faire une marche en avant du prix.
05:22La loi n'a pas été assez loin.
05:22Ça veut dire quoi, une marche en avant du prix ?
05:24Ça veut dire que lorsqu'on achète un yaourt,
05:27que le producteur de yaourt ait bien défini un prix
05:30qui soit juste et responsable pour le producteur de lait
05:32et que ce tarif nous soit imposé sans qu'on puisse le négocier.
05:36Vous y êtes prêt ?
05:36On y est prêt.
05:37Et on y est prêt, mais il faut aller encore plus loin dans les prochaines lois
05:40pour nous l'imposer et ne pas laisser un flou artistique
05:42qui permette aux industriels de finalement pas nous dire
05:45à quel prix ils ont acheté le lait aux agriculteurs.
05:47Vous êtes chef d'entreprise, vous n'en êtes pas moins citoyen,
05:50d'autant que la grande distribution, ça concerne vraiment tous les Français.
05:53Les discussions budgétaires ont repris à l'Assemblée.
05:56Est-ce que vous faites partie des nombreux chefs d'entreprise
05:59qui expliquent qu'il faut baisser les dépenses publiques
06:02parce que moins de dépenses publiques,
06:03c'est peut-être moins d'argent pour les Français
06:05et donc moins de consommation ?
06:08Moi, je suis de cette école
06:09qui pense qu'il faut changer de méthode, en fait.
06:12Depuis des années, depuis 30 ans,
06:14à chaque fois qu'il y a eu un déficit public,
06:17la seule solution, ça a été de demander
06:18soit des taxes aux entreprises ou des impôts pour les Français.
06:21Et je pense qu'il faut sortir de ça.
06:23Il faut gérer l'État comme on le gère, nous, les entreprises.
06:24Donc moins de dépenses.
06:25Moins de dépenses, bien évidemment.
06:27Et puis, j'ai envie de vous dire,
06:29le problème de cette non-prise de position politique sur le budget,
06:34elle pèse sur la consommation.
06:35Parce qu'évidemment, ce climat anxiogène, il n'est pas bon.
06:38Et les Français sont plus attentistes.
06:40Les Français attentistes et épargnent,
06:41comme jamais on est à près de 20%.
06:42Donc bien évidemment, une consommation qui n'est pas au rendez-vous,
06:46c'est la première recette de l'État,
06:47la TVA qui ne rentre pas.
06:48Donc ce n'est vraiment pas le cercle vertueux.
06:50Rapidement, parce que théoriquement, on a terminé.
06:53Est-ce que vous êtes sensible au message sur plus ?
06:55Vous dites qu'on n'arrête pas de demander de l'argent
06:57aux chefs d'entreprise ou aux Français fortunés.
07:00Le message sur plus de justice fiscale,
07:02que ceux qui ont les moyens payent un petit peu davantage,
07:04participe, vous y êtes sensible.
07:05Vous savez, au niveau de la fiscalité,
07:06que ce soit pour les ménages ou les entreprises,
07:08on est les champions d'Europe.
07:10Donc je pense qu'il faut arrêter ça.
07:12En tout cas, toutes les nouvelles taxes
07:13qui mettent en danger la compétitivité des entreprises,
07:16ça n'est pas bon.
07:17Ça n'est pas bon pour les employeurs qui peuvent investir.
07:19Ça n'est pas bon pour l'emploi.
07:21Donc il faut sortir de ça, avoir le courage politique
07:23de retourner la table et de faire des dépenses
07:26qui soient moins importantes pour l'État.
07:27Thierry Cotillard, président des Mousquetaires,
07:30qui ne fera pas rentrer des produits issus du Mercosur
07:33dans ses magasins, était l'invité des 4V.
07:35Très bonne journée à tous.
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