00:00Comment on explique ce plébiscite, ce soutien sans faille de l'opinion publique alors que le mouvement n'est quand même plus exactement le même qu'en 2025 ?
00:10Alors quand on regarde l'historique des mouvements paysans, ils ont quasiment systématiquement bénéficié d'un très haut niveau de soutien de la population française.
00:21Parce qu'il y a une image d'épinal très valorisée du paysan en France.
00:26On rappelle qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les paysans ce sont la profession qui sont les plus nombreux dans le pays.
00:34Beaucoup de gens ont des racines paysannes.
00:37On va avoir bientôt le salon de l'agriculture qui est un des événements grand public qui rassemble le plus de visiteurs.
00:45Donc il y a une opinion qui est très positive avec une idée d'une profession qui travaille dur, qui gagne peu, qui est exposée à beaucoup de difficultés.
00:57Ce qu'ils disent, ces agriculteurs, cette valeur travail qui n'est pas assez reconnue, ça parle à beaucoup de gens.
01:02Oui, et puis accessoirement, ils nous nourrissent.
01:05Donc c'est pas rien, ils entretiennent nos territoires, nos paysages.
01:09Donc il y a un attachement symbolique qui est très fort.
01:12Une fois qu'on a dit ça, on voit que les conditions sociologiques et politiques, le rapport de force est quand même assez déséquilibré.
01:20C'est-à-dire que même si la France a voté non, le Mercosur va s'appliquer.
01:25Et nos agriculteurs français vont être mis en concurrence, en tout cas ceux qui ont des productions de tel ou tel type, avec des productions qui viennent des pays d'Amérique du Sud.
01:37Donc si on regarde froidement et cliniquement les choses, le bras de fer a été perdu et ils ont perdu cette bataille.
01:45Et hélas pour eux, les agriculteurs ont perdu beaucoup de batailles ces dernières années.
01:49Et c'est pour ça qu'on voit réapparaître de loin en loin des mouvements de mobilisation des paysans.
01:55Parce que par-delà la signature d'un traité international, des problèmes de négociation commerciale avec la grande distribution ou des problèmes réglementaires,
02:05ce qui se joue, c'est une question existentielle, c'est la disparition d'un groupe social.
02:11Ils sont aujourd'hui 350 000, ils étaient encore 1 million à la fin des années 80.
02:16Et donc ils sont en voie de disparition, ils le savent.
02:19Ils voient bien que même s'ils ont le soutien de la population française pour eux,
02:24aujourd'hui dans les arbitrages politiques ça ne suffit pas et ils sont une variable d'ajustement.
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