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  • 2 days ago
Transcript
00:00On accueille tout de suite notre invité, c'est vous, Fanny Mettra.
00:03Vous êtes porte-parole nationale de la Confédération Paysanne, cet autre syndicat.
00:09Vous, vous n'êtes personnellement pas monté à Paris.
00:12On sait, d'après ce que vient de nous dire à l'instant notre envoyé spécial, Johan Bauding,
00:16votre syndicat a aussi été reçu par la présidente de l'Assemblée Nationale.
00:20Première question d'abord, pourquoi est-ce que vous, vous n'avez pas participé à ce coup de force ?
00:25C'est comme ça qu'il a été revendiqué par cet autre syndicat, la coordination rurale.
00:28Pourquoi ne pas ĂŞtre venu aussi Ă  Paris ?
00:31Est-ce que c'est parce que la manifestation est interdite ?
00:34Ou est-ce que c'est parce qu'il y a des divergences politiques entre différents syndicats ?
00:39Oui, les syndicats, mĂŞme si avec la coordination rurale,
00:43nous demandons la fin de l'abattage total concernant la dermatose nodulaire contagieuse,
00:48on a énormément de points de divergence.
00:51En fait, on a notre calendrier propre.
00:52On se mobilise depuis 2-3 jours dans les départements, dans les régions.
00:55Aujourd'hui même, on est en train de bloquer en Savoie, à Albi-sur-Chéran, dans les Savoies, une plateforme.
01:03On était à la frontière avec la Belgique, près de Tournai, pour bloquer.
01:06On était ce matin en train d'interpeller des camions dans les Pyrénées orientales,
01:10des camions venant de l'Espagne, pour dénoncer cet accord du Mercosur,
01:16mais aussi dénoncer la politique sanitaire du gouvernement.
01:20Et puis, on appelle aujourd'hui, on a appelé à la démission d'Annie Gennevar,
01:24parce que clairement, elle n'est pas Ă  la hauteur des enjeux agricoles.
01:28Et elle ne répond pas du tout, en fait, aux revendications, à la colère du monde paysan.
01:33On demande la démission d'Annie Gennevar et la fin de la co-gestion entre la FNSEA et le gouvernement.
01:40Alors, vous parlez de la ministre de l'Agriculture, pour les téléspectateurs qui nous suivent depuis l'étranger.
01:46Vous revenez alors sur deux choses.
01:48Il y a effectivement cette crise sanitaire, la dermatose nodulaire,
01:52qui a fait son apparition en juin dernier en France,
01:54avec cette méthode imposée par le gouvernement,
01:57l'abattage systématique d'un troupeau, si un seul cas est détecté.
02:01Et vous vous mobilisez aussi contre le Mercosur.
02:04Si je puis me permettre, l'urgence, elle est d'abord lĂ ,
02:06parce que ce traité pourrait être signé la semaine prochaine.
02:09Est-ce que vous avez encore espoir ?
02:10Est-ce que vous pensez que ce traité ne sera pas signé par la France ?
02:15En fait, ce qu'on demande, là, tous les médias disent,
02:17c'est plus la peine, c'est plié, l'accord du Mercosur va passer.
02:21En fait, c'est une hérésie de dire ça, c'est encore possible de gagner.
02:25Alors, Fanny Métra, si on dit ça, pardon, juste, je complète votre propos si on dit ça,
02:29c'est parce que la France espérait fédérer autour d'elle plusieurs pays
02:33pour pouvoir faire blocage, sauf que pour l'instant, ce n'est pas ce qui se profite.
02:37L'Italie, sur laquelle les espoirs étaient fondés, semble prête à signer cet accord.
02:42Oui, mais il n'y a pas que l'Italie.
02:43L'Irlande est contre, la Pologne est contre, l'Autriche est contre,
02:47la Roumanie, il y a encore moyen de demander Ă  la Roumanie.
02:50Il faut savoir que les accords de libre-échange, les minorités de blocage,
02:52c'est en fonction de la population, du nombre d'habitants dans les pays.
02:56Si on arrive Ă  gagner la Roumanie, si on arrive Ă , si la France,
03:00il y a la Belgique qui s'abstient, et il faut savoir que les abstentions comptent aussi
03:04pour créer des minorités de blocage, il y a moyen de gagner encore.
03:08Il faut arrêter de faire croire que c'est plié.
03:10Si la France tient bon, et si la France mettait le paquet dans la diplomatie
03:15pour amener vers elle la Roumanie et d'autres pays,
03:19il y aurait moyen de créer la minorité de blocage.
03:22Et il faut savoir aussi qu'après, c'est tout un long processus,
03:25entre autres au Parlement européen.
03:26En fait, ce n'est pas fini.
03:27La mobilisation n'est pas finie sur ces accords de libre-échange-là.
03:30Et pour nous, c'est vraiment le lien Ă  la politique.
03:33Il y a une échéance le 12 janvier prochain,
03:35date à laquelle, en principe, la présidente de la commission
03:38pourrait signer au Paraguay.
03:40Ce que vous dites lĂ , c'est que la France,
03:42donc Emmanuel Macron en l'occurrence, n'en a pas fait assez.
03:44C'est une forme d'échec, d'après vous,
03:46de ne pas avoir réussi encore à convaincre,
03:48parce que lĂ , le temps presse, c'est dans quelques jours.
03:51Mais ce n'est même pas un échec, en fait.
03:52C'est un manque de courage politique de la part du gouvernement français,
03:56d'Emmanuel Macron, d'Annie Gennevard, la ministre de l'Agriculture.
03:59C'est un manque de courage politique,
04:00parce que Macron, ça fait des mois et des mois qu'il dit
04:02« On est contre, on est vraiment contre. »
04:04« Ah mais non, finalement, oui, mais peut-être. »
04:07Depuis le début, il joue la tergiversation,
04:10et c'est aussi ce qui fait flancher l'histoire.
04:12Nous, ce qu'on ne supporte pas, et on le voit avec l'Italie,
04:14c'est qu'au niveau de Bruxelles,
04:15Vanderleien, elle a joué la carte de la négociation avec les aides PAC.
04:20Ce n'est pas possible que l'agriculture, le monde paysan,
04:24en fait, soit la variable d'ajustement de ces accords de libre-échange.
04:27Depuis le début, ça fait 25 ans qu'on se bat contre cet accord du Mercosur.
04:31On a vu passer des accords de libre-échange
04:32qui ont mis à mal l'agriculture française et l'agriculture européenne.
04:36À chaque fois, on est les premières victimes.
04:38Il faut arrêter de voir le monde que par le prisme de l'économie.
04:42Il faut aussi, je ne sais pas, réaliser à quel point le monde a besoin
04:46de ces paysans, Ă  quel point dans un monde oĂą on est en train de vivre
04:50un effondrement climatique, un effondrement de la biodiversité,
04:53des problèmes de cancer, de santé, il faut que ce soit...
04:56Ce n'est pas qu'une crise agricole, en fait.
04:58Les citoyens, les citoyennes, les mangeurs et les mangeuses,
05:01ils doivent être derrière notre combat
05:03parce qu'on se bat pour l'avenir de tout le monde.
05:05On ne peut pas continuer à vivre cette folie des accords de libre-échange
05:10qui détruisent, en fait, l'avenir, clairement.
05:12On vous entend, justement, et vous parliez de la prise de conscience
05:15des Français à ce jour.
05:17Vous avez, en tous les cas, les Français derrière vous
05:19qui soutiennent cette lutte.
05:22Pour qu'on se rende bien compte, c'est quoi, Ă  vous, personnellement,
05:25Ă  titre individuel, Fanny Mettra, votre quotidien ?
05:27Et pourquoi est-ce que ce Mercosur, vous le rejetez autant ?
05:31Alors, moi, le Mercosur, ça ne va pas jouer sur mes productions à moi.
05:35Moi, je suis éleveuse de brebis, mais j'ai vécu l'accord UE-Nouvelle-Zélande
05:39qu'on a signé il y a quelques années.
05:40Il faut savoir que la filière ovine française a été démantelée
05:44parce qu'on a signé un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande.
05:48On importe, en fait, la viande de moutons en France
05:52et ça a complètement cassé la filière, les installations,
05:55tout le maillage agricole qu'il y avait autour des élevages de brebis.
06:00Il faut savoir qu'on ne produit plus, maintenant,
06:01que 45 % de la concession de moutons.
06:04Et en fait, avec le Mercosur, on va réimporter de la viande bovine en particulier,
06:10du miel, des œufs, de la volaille, plein de produits
06:14que nous produisons ici en France avec des normes sociales et environnementales importantes.
06:19On ne peut pas ĂŞtre concurrentiel face Ă  des pays
06:21où la main-d'œuvre est payée à moins de 1 euro de l'heure.
06:24On ne peut pas ĂŞtre concurrentiel face Ă  des pays
06:26qui utilisent des pesticides interdits en France.
06:30On ne va pas réimporter des produits
06:31qui utilisent des pesticides qu'on a interdits ici en Europe
06:34ou alors des hormones de croissance
06:36qu'on a interdits depuis des années ici en France.
06:39Et pour nous, c'est vraiment de l'hérésie
06:42et puis c'est de l'hypocrisie, en fait,
06:44d'interdire des choses suite Ă  de longs combats
06:46qu'on mène avec la société civile,
06:48d'interdire des choses pour le bien commun,
06:51pour l'intérêt général,
06:52et ensuite de signer des accords de libre-échange
06:54qui mettent Ă  mal tous ces combats-lĂ .
06:56Alors jusqu'oĂą vous ĂŞtes prĂŞts Ă  aller ?
06:59Nous, on va rien lâcher, on va rien lâcher.
07:02Ça veut dire quoi, rien lâcher ?
07:04Mobilisation, mobilisation dans la rue,
07:07on va bloquer tout ce qu'on peut bloquer.
07:09Vous allez voir, je ne peux pas tout dire aujourd'hui,
07:11mais on va faire ce qu'il faut
07:12et on appelle, nous, les citoyens et les citoyennes,
07:16Ă  nous rejoindre
07:16parce que ce n'est pas qu'une histoire de colère agricole,
07:19c'est aussi dans les assiettes que ça se joue,
07:21c'est aussi une histoire de planète.
07:23Qu'est-ce qu'on veut pour l'avenir ?
07:25Il faut arrêter d'écouter les économistes, sincèrement.
07:28Il faut écouter la colère paysanne
07:31qui n'est pas qu'une colère paysanne,
07:32qui est une colère populaire.
07:33Et je le disais, cette colère,
07:36alors elle est entendue parce que vous avez encore une fois,
07:38majoritairement, quand on les entend,
07:39en tout cas ces Français,
07:40à réagir à ce mouvement qui vous soutiennent,
07:42mais est-ce que vous n'avez pas peur
07:43qu'Ă  un moment, il y ait un point de bascule,
07:45que ces blocages viennent finalement
07:47créer une colère chez les Français,
07:49empêchés de prendre tel ou tel axe routier,
07:51que ce soit l'effet inverse qui se produise ?
07:54Mais tant mieux !
07:55Mais en fait, tant mieux !
07:57En fait, on ne vit pas...
07:58La population agricole française est de plus en plus malmenée,
08:01on ne représente plus que moins de 400 000 actifs en France,
08:05alors qu'on était encore, il y a un million,
08:07il y a quelques décennies.
08:08Ă€ cause de ces logiques marchandes,
08:10Ă  cause de cette logique d'agriculture industrielle
08:13et de libre-échange,
08:15en fait, nous, la Confédération paysanne,
08:17depuis toujours, on est pour la convergence des luttes,
08:19on est pour la convergence de tous les corps de métier,
08:22de tous les précaires,
08:23qu'on se regroupe pour dire
08:24on ne veut plus de ce monde-lĂ ,
08:25on veut une justice sociale, environnementale et paysanne
08:28qui soit forte,
08:29on veut la souveraineté alimentaire,
08:32ici en France, mais aussi ailleurs dans le monde,
08:34parce que pour tous les combats qu'on mène,
08:35c'est aussi des combats pour le monde entier
08:37et pour les paysans et paysannes Ă  travers le monde.
08:39Merci beaucoup, merci Fanny Métra,
08:42merci d'avoir réagi sur notre antenne
08:43et merci d'avoir livré votre témoignage.
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