00:00Bienvenue à l'heure des livres, Maxime Chatham.
00:03Alors, on vous connaît, tout le monde vous connaît, le roi du thriller, l'un des maîtres du thriller français.
00:07Vous avez vendu des millions d'exemplaires, on le dit à chaque fois, ça fait partie du pitch, comme on dit, dans beaucoup de pays, une vingtaine de pays.
00:14Là, vous venez de publier votre dernier livre qui s'appelle 8,2 secondes.
00:19C'est un livre qui est publié chez Albain Michel.
00:22Et c'est un livre qui se déroule entre New York et les Grands Lacs canadiens.
00:27Avec ce teasing, en quatrième découverture, 8,2 secondes, c'est le temps qu'il faut pour tomber amoureux, c'est le temps qu'il faut pour mourir.
00:36Comment avez-vous découvert cela ?
00:38Par l'expérience personnelle ? Je ne suis pas encore mort, ceci dit.
00:41En fait, c'est venu d'une lecture d'un article scientifique qui racontait justement qu'ils ont découvert que quand quelqu'un tombe amoureux,
00:50souvent, avant tout, c'est à travers un baiser.
00:52C'est-à-dire que si le baiser dure au moins 8,2 secondes, qui est le temps minimum qu'il faut au cerveau pour analyser ce qui se passe,
00:59on peut tomber amoureux.
01:00C'est-à-dire que la bouche est une forme de laboratoire ambulant.
01:04Et à travers tout ce que le corps va ressentir, des phéromones de l'autre, notamment,
01:10le cerveau va analyser ça et va décider si, oui ou non, il lance les hormones de l'amour,
01:16au cytocine et compagnie.
01:19Et ça se fait uniquement sur, a priori, la capacité du corps à sentir la différence de l'autre.
01:26Plus on est différent, finalement, et plus on va enrichir l'espèce.
01:31Donc, le cerveau déclenche les hormones de l'amour en fonction de nos degrés de différence.
01:36Et la mort ?
01:37Et la mort, ça m'a renvoyé, du coup, aussitôt à une autre étude, j'avais lu, pour le coup, il y a des années de ça,
01:42sur ce qu'on appelle l'onde de la mort.
01:43L'onde de la mort, c'est quand on décède, et que le cerveau est intact, au sens, biologiquement, il est présent.
01:50Au moment où on décède, il y a une dernière activité mesurable dans le corps,
01:54c'est ce qui se propage de l'arrière à l'avant du cerveau et qui revient jusqu'à, je crois, l'hypothalamus.
02:00C'est une onde électrique qui nous balaie littéralement, comme une manière d'éteindre une bonne fois pour toutes.
02:06Donc, c'est comme un peu, vous savez, le gardien de l'immeuble qui, une fois que tout le monde est parti le soir très tard,
02:11fait un dernier taux pour le fait qu'il n'y ait plus personne, c'est bon, j'abaisse le disjoncteur.
02:14Quand on décède, c'est ce qui se passe, a priori.
02:17Et ils expliquaient qu'il faut moins de 10 secondes pour que cette onde-là balaie tout le cerveau.
02:21Je me dis, mais c'est étonnant, il faut le même temps pour mourir que pour tomber amoureux.
02:26Et ça a suffi à donner naissance à l'idée d'un livre.
02:28Alors là, en plusieurs centaines de pages, vous expliquez comment, vous parlez justement de l'amour et de la mort.
02:37À travers deux histoires finalement parallèles, celles de deux femmes, May et Constance.
02:43C'est donc ce qu'on disait, un livre qui se déroule aux Etats-Unis, à New York, et donc près des grands lacs canadiens.
02:51Mais pourquoi ce choix ? C'est un pays que vous connaissez bien, que vous aimez particulièrement.
02:56Vous avez placé l'action là-bas, pour quelles raisons ?
03:00Alors d'abord, ça a été le seul point sur lequel je n'étais pas encore sûr de moi, alors que le livre était prêt dans ma tête.
03:05J'avais tous les personnages, les arcs narratifs, l'histoire.
03:08Et jusqu'au dernier moment, j'hésitais à entre situer le livre en France ou aux Etats-Unis.
03:12Ça aurait très bien pu fonctionner en France.
03:14Et puis au final, je me suis dit, d'abord les Etats-Unis, ce n'est pas un problème pour moi.
03:18C'est un pays que je connais bien dans sa culture, dans ce qu'il est.
03:20Donc ce n'était pas une question de documentation, c'était vraiment un choix à faire.
03:24Et je me suis dit, ce livre, j'ai quand même besoin d'être...
03:27Je vais utiliser des grands poncifs sur l'amour, sur la mort, ça va être le point de départ,
03:32pour pouvoir ensuite mieux les triturer et les malmener, pour en faire quelque chose de, j'espère, plutôt singulier.
03:38Et je me suis dit, autant y aller jusqu'au bout.
03:39C'est-à-dire les grands archétypes de l'amour et de la mort, c'est les Etats-Unis, les tueurs en série.
03:44Par définition, il y en a en France, bien sûr.
03:47Mais quand on vous parle d'un thriller aux Etats-Unis, ça semble crédible.
03:51En France, il faut un peu plus ramer pour crédibiliser son histoire.
03:55De la même manière que les grands lacs américains, je voulais jouer le contraste
03:59entre la quintessence de l'urbanisme que peut-être une grande ville.
04:03Alors New York, forcément, là, on ne peut pas faire plus...
04:06Anonyme, ou la foule anonyme.
04:09Oui, oui, et puis c'est l'élévation, c'est l'homme qui cherche à toucher les cieux.
04:13Et en même temps, pas si loin que ça, il y a ces forêts séculaires gigantesques,
04:18un chalet au bord d'un lac, le cliché américain, on l'a tous à travers les films et la littérature américaine.
04:25Donc c'était une telle évidence que je savais que finalement, si je le situais aux Etats-Unis, ce roman,
04:28il y avait presque tout un travail de mise en scène, en situation, qui était plus facile à faire.
04:34Je pouvais me concentrer sur d'autres choses très rapidement dans l'écriture.
04:38Alors ces deux femmes, May et Constance, ne se connaissent pas.
04:42Vous vous êtes glissées dans leur peau avec beaucoup d'aisance et peut-être beaucoup de plaisir.
04:47C'est facile, quand on est romancier, de se mettre dans la peau d'une femme ?
04:54Oui, moi je trouve que c'est plus facile, mais même parfois plus facile que d'être dans la peau d'un homme.
04:59Parce qu'une femme va m'obliger à penser un peu différemment, à imaginer, à essayer de comprendre,
05:05à être encore plus dans l'empathie, dans la projection.
05:08Alors qu'un homme, ça me semble plus évident et donc peut-être c'est un travail plus feignant.
05:13Et le résultat sera moins satisfaisant, je pense, dans ce que ça me permet aussi de travailler, de toucher.
05:18Et puis, je ne sais pas si c'est parce que justement je suis un homme que je pense ça, que je fais comme ça,
05:22mais j'ai l'impression un peu, quand mes personnages sont des femmes,
05:24ça m'autorise un rapport à l'émotion et à la façon de voir le monde qui est un peu différent
05:30et qui, moi, m'intéresse plus en tant que romancier.
05:33Donc là, en ce moment, je suis en train de travailler sur un nouveau roman dont le personnage principal est plutôt un homme.
05:38Et je me rends compte que des fois, j'hésite un peu.
05:40Si je revenais en arrière, est-ce que ça ne serait pas plus intéressant du point de vue d'une femme ?
05:45Alors, ce qui est intéressant, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des traits de votre propre personnalité
05:49qui ressortent dans ces deux personnages.
05:53Donc l'une, c'est Constance qui est presque quinquagénaire,
05:57qui a été frappée par un drame.
06:00Son mari et son fils sont morts et elle se retrouve dans cette maison,
06:04loin de tout, isolée, avec son chien où elle se réfugie
06:09et dans un tête-à-tête souhaité et presque assumé avec la solitude.
06:15L'autre, c'est May, qui est plus jeune, trentenaire.
06:19Elle est policier, elle vit à New York fonceuse et elle traque un serial killer.
06:26Donc on ne peut pas aller trop, plus avant, tellement plus avant dans l'intrigue
06:31sans dévoiler ce qu'est le livre.
06:37Alors, cela dit, j'ai entendu que vous avez dit que ce livre s'est un peu imposé à vous
06:40parce que, comme l'un des deux personnages, vous avez été confronté à la disparition
06:45de deux êtres chers, votre père et votre meilleur ami,
06:50ce qui a probablement hâté la rédaction de ce livre.
06:53Ce qui l'a plus hâté, ça l'a déclenché, ça l'a rendu obligatoire.
06:58C'est-à-dire que j'écrivais un autre livre, moi, à ce moment-là.
07:02Et puis, au moment du décès, je me suis arrêté, je n'y arrivais plus, je n'avais plus envie.
07:06Et puis, c'est qui je suis, écrire.
07:09Donc, j'avais besoin d'y retourner, mais je ne voulais plus écrire ce que je faisais,
07:13je n'avais plus de plaisir.
07:14Et donc, je me suis un peu posé quelques temps et il m'est apparaît comme une évidence
07:18que mon besoin était de réfléchir à ce que je venais de vivre, de traverser.
07:23Et romancier, c'est le meilleur prétexte du monde pour passer des heures et des jours
07:27et des mois, parfois, avec un sujet qui vous tient à cœur.
07:30Et finalement, pour faire un travail d'introspection soi-même.
07:33Donc, j'ai choisi ce thème-là parce que j'en avais besoin.
07:38C'était ma thérapie à moi d'écrire un roman pour parler du deuil.
07:43Et c'est comme ça que lui s'est construit.
07:44D'ailleurs, vous dédiez ce livre à Guillaume.
07:49Alors, vous l'avez écrit en écoutant la bande originale de la série The Staircase
07:54et vous partagez votre playlist au début.
07:59C'est important, la musique, quand vous écrivez, c'est quelque chose qui vous permet de vous mettre dans l'ambiance ?
08:04Oui, c'est fondamental, je pense.
08:06Oui, parce que la musique, ça me permet de quitter encore plus la réalité, plus facilement, plus vite.
08:12C'est-à-dire que la musique m'isole, me coupe.
08:15Il y a les mots, le livre, le monde et entre les deux, il y a la musique.
08:20Et oui, elle me berce, elle m'accompagne.
08:22Après, il faut bien choisir.
08:23C'est-à-dire, il faut que l'ambiance, le rythme correspondent à ce que je suis en train d'écrire.
08:26J'ai une playlist gigantesque.
08:28Et au début du roman, ce que je conseille, ce sont les quelques albums qui m'ont le plus marqué
08:32et accompagné en termes d'atmosphère pour écrire.
08:34Et vous travaillez déjà sur votre prochain livre ?
08:36Est-ce que c'est celui que vous avez un peu arrêté ?
08:37Non, même pas.
08:38Même pas.
08:39Non, non, en fait, ça a été un mal pour un bien de changer de projet
08:43parce que le livre que je commençais à l'époque,
08:46je me suis rendu compte, avec les mois qui passaient,
08:49que je pouvais faire encore mieux en le préparant encore plus.
08:52Donc, je continue de colliger la documentation, de me préparer à l'écrire.
08:56Donc, j'ai encore quelques mois de travail pour ça.
08:59Mais comme je ne peux pas m'empêcher d'écrire et que j'ai besoin d'écrire,
09:01je me suis dit, bon, je vais quand même faire autre chose.
09:04Et j'avais un autre projet depuis un bout de temps que je ne m'autorisais pas.
09:07Et je me suis autorisé à le lancer.
09:09Donc, le prochain roman.
09:10Alors, en attendant ce prochain livre, je vais vous liser déjà 8,2 secondes.
09:13C'est donc paru chez Allemain Michel.
09:16Et la promesse est tenue, comme d'habitude.
09:19C'est du chat-âme.
09:20C'est un vrai thriller.
09:22Et effectivement, on n'a pas l'équivalent en français d'un livre dont on tourne les pages vite.
09:26On va le trouver.
09:27C'est le livre de ne pas lire quand on veut se coucher tôt le soir, normalement, un thriller.
09:31C'est pour moi la définition d'un bon thriller.
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