Skip to playerSkip to main content
  • 1 day ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Bonjour Pauline.
00:01Les bateaux dont on parle sont-ils effectivement liés au Venezuela ?
00:05Alors c'est en tout cas ce qu'affirme la porte-parole de la Maison-Blanche
00:08et on a entendu le secrétaire d'État américain Marco Rubio également dans le sujet.
00:13Il y a deux navires à résonner, on l'a bien vu, le M Sofia dans les eaux des Caraïbes
00:19et puis le Marinera dans l'Atlantique Nord.
00:22Le premier transportait selon les sites spécialisés un peu moins de 2 millions de barils de pétrole
00:27dont on pourrait penser qu'il serait effectivement vénézuélien mais il n'y a pas de preuve.
00:32La communication officielle de Washington c'est de faire entrer cette opération
00:35dans une stratégie plus large de contrôle du pétrole vénézuélien.
00:39Donald Trump a dit hier encore que Caracas devrait rendre 50 millions de barils aux États-Unis
00:45et donc ça ferait peut-être partie de cette stratégie.
00:48Mais si on regarde plus précisément et en particulier l'autre navire, le Marinera,
00:53il n'y a pas de lien si évident que ça avec le Venezuela.
00:57Sur les sites spécialisés, on peut voir que certes il avait laissé des traces satellites dans les Caraïbes
01:04sans qu'il soit très clair s'il avait accosté quelque part.
01:09Mais avant, on voit qu'il s'était rendu sur une île en Iran, l'île de Kar,
01:16qui est un grand terminal pétrolier en Iran.
01:20Et on voit que les liens de ce tanker avec l'Iran sont beaucoup plus évidents.
01:24En fait, il était sous sanction depuis un an et demi.
01:27En juin 2024, dans un communiqué, le Trésor américain citait le navire,
01:32l'accusant de jouer, je cite, un rôle dans le transport de marchandises sanctionnés,
01:38précisant que le navire était lié à des proches du Hezbollah et également des IRGCQF,
01:48qui sont en réalité les forces Al-Quds, l'unité d'élite des gardiens de la révolution iranienne.
01:54Ce marinera et ce M Sofia, ces deux bateaux sont-ils des quasi isolés ?
01:59Alors non, on peut dire qu'ils font partie de ce qu'on appelle des flottes fantômes,
02:02des réseaux de pétroliers, de cargos qui opèrent dans l'ombre pour contourner les sanctions internationales.
02:08C'est une machine économique et géopolitique qui dépasse de loin le simple tanker en mer.
02:13Et selon le site spécialisé Tanker Tracker, il y aurait près de 1500 navires dans le monde,
02:20impliqués dans des circuits opaques qu'on pourrait qualifier de flottes fantômes.
02:26Et parmi eux, il y en a 200 environ qui battent un petit peu moins, qui battent pavillons russes,
02:32près de 100 pavillons iraniens, beaucoup sont également enregistrés au Panama ou encore au Cameroun.
02:38Une grande partie de ces navires transportent du pétrole iranien qui va en direction de la Chine,
02:43d'autres acheminent du brut russe vers l'Inde ou encore la Chine également.
02:48D'autres encore sont liés effectivement à des circuits vénézuéliens malgré des sanctions qui frappent le pétrole de Caracas.
02:56On voit donc que ce sont à chaque fois des pays qui sont sous sanctions, américaines ou européennes,
03:00qui utilisent ces navires pour continuer à exporter des hydrocarbures en dehors des circuits officiels et surtout à bas prix.
03:07– On ne parle pas de petites barques, Christophe, on parle de bateaux qui peuvent transporter illégalement
03:12des centaines de milliers de barils de pétrole.
03:15Comment est-ce qu'ils peuvent échapper à la surveillance qu'on imagine quand même assez importante dans cette région du monde ?
03:21– Alors il y a toute une série de manœuvres très sophistiquées, très souvent plus que borderline.
03:26Ces pétroliers, ils changent par exemple régulièrement de nom, de pavillon pour brouiller les pistes.
03:31C'est exactement le cas du marinera que je vous prends en exemple, il s'appelait encore il y a quelques mois le Bella One,
03:38d'ailleurs on l'entendait dans le sujet, il était appelé comme ça, et battait pavillon Panama ou Guyana selon les fois.
03:46Avant cela il s'appelait le néophyte ou bien le Yanis, à chaque fois c'est une nouvelle identité,
03:50une nouvelle carte grise si vous voulez, une carte grise maritime.
03:53En principe tous ces navires de marchandises, ils doivent émettre en permanence un signal automatique d'identification
03:59de leur position, ce qu'on appelle l'AIS, mais certains d'entre eux l'éteignent,
04:04ils éteignent leur GPS si vous voulez, pour chercher là encore à brouiller les pistes.
04:08En 2024 j'avais par exemple tenté de suivre un navire sous sanction avec une société spécialisée,
04:13c'était pour une chronique, et sur les écrans on voyait qu'ils faisaient des cercles réguliers en pleine mer,
04:19en réalité c'était comme s'ils émettaient un faux signal, le temps de pouvoir disparaître des radars pendant plusieurs jours,
04:25puis réapparaître soudain à l'autre bout de l'océan sans laisser de traces très claires de son itinéraire.
04:32Le M-Sophia, l'autre navire saisi, avait lui disparu des radars depuis le mois de juillet.
04:38Puis il y a d'autres pratiques assez courantes, c'est le transfert de cargaisons en pleine mer,
04:42de navire en navire, ce qui représente aussi là un risque écologique évident.
04:46– Vous allez me dire qu'on ne peut pas garder à l'œil 1500 navires suspects avec des drones, avec des satellites ?
04:52– Alors techniquement, vous avez raison Pauline, ça semble possible,
04:57même si un navire de 300 mètres c'est beaucoup, mais c'est quand même tout petit dans la largeur de l'océan,
05:04mais ça pose des questions beaucoup plus importantes qui sont juridiques, qui sont géopolitiques, qui sont compliquées,
05:10des drones dans les zones internationales, comme ça, ça devient des opérations militaires, ou quasi militaires,
05:16et au-dessus des zones proches de la Russie, ou encore de la Chine, ou même de l'Iran,
05:22eh bien c'est un casus belli potentiel.
05:25Un navire dans les zones internationales, il relève du pavillon, ou de son pavillon,
05:30et c'est pour ça qu'on a vu aussi, ces derniers mois, un certain nombre de ces navires fantômes
05:35battent pavillons russes, parce qu'ils sont protégés ensuite par la Russie,
05:40et c'est plus difficile d'attaquer directement la Russie.
05:43– Merci beaucoup Christophe pour ces explications.
Be the first to comment
Add your comment

Recommended