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  • il y a 2 jours
Loin des yeux, une nouvelle course à l'espace est en cours, qui bouleverse l'équilibre géopolitique mondial. Le géant de la tech Elon Musk a déjà envoyé dans l'espace 3 000 satellites, pour fournir l'internet par satellite dans les endroits les plus reculés de la planète.

En s'appropriant l'orbite basse, il acquiert un rôle géopolitique et entraîne la Chine et l'Europe dans une course à l'orbite. Les projets de constellations de satellites se multiplient. Quel monde émergera de cette colonisation de l'orbite basse ? Les agences spatiales craignent une congestion de notre proche banlieue et un risque accru de crises diplomatiques. Faut-il décréter un moratoire sur les constellations de satellites ? Peut-on faire machine arrière ?

Tandis qu'Elon Musk voit sa puissance consolidée par son alliance avec Donald Trump, c'est un nouveau chapitre de la conquête spatiale qui est en train de s'écrire, dont les répercussions terrestres sont inédites.

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00:00Par delà les nuages, à 550 kilomètres d'altitude, une armada de satellites se déploie à un rythme inédit depuis le début de l'ère spatiale.
00:30Grâce à eux, Elon Musk ambitionne de fournir Internet sur n'importe quel point de la planète.
00:39Le monde semble avoir un besoin insatiable d'Internet.
00:43Jeff Bezos, l'autre milliardaire américain de l'espace, lui emboîte le pas.
00:49L'accès à Internet va devenir un besoin humain fondamental.
00:53La révolution de l'Internet par satellite nécessite des investissements colossaux.
01:04Une course mondiale est en cours entre certains pays et certaines personnes pour conquérir et prendre possession de l'espace.
01:24En jeu, la souveraineté numérique et l'indépendance technologique des États.
01:33« Pour les Chinois, c'est un levier géopolitique qu'ils peuvent utiliser. »
01:40« C'est extrêmement important d'avoir des communications absolument sécurisées. On le voit aujourd'hui avec la guerre qui est sur notre continent. »
01:48La banlieue de la Terre devient un nouveau territoire de confrontation.
01:54« Avec autant de satellites, le risque de conflit devient inévitable. »
01:59« On ne sait pas comment on va gérer collectivement ces objets qui se multiplient dans l'espace et qui posent beaucoup de problèmes. »
02:09« Il est temps de lever les yeux. Des empires se construisent dans l'espace. Ils veulent dominer le monde. Une nouvelle menace pour les États et les citoyens. »
02:22« Satellite images show a Russian military convoy getting closer to Kyiv from the north. »
02:41« Dès le début de l'invasion par les troupes russes, des cyberattaques font craindre aux Ukrainiens de se retrouver coupés du monde. »
02:53« Alors qu'Internet est devenu une arme stratégique pour les États, les réseaux de communication terrestres sont vulnérables aux attaques militaires. »
03:06« Les satellites se présentent comme l'ultime recours. »
03:15« Jusqu'à maintenant, la cyberarmée russe a réussi à faire tomber des sites gouvernementaux, mais pas le réseau Internet lui-même. »
03:22« Ça n'empêche pas l'Ukraine de vouloir un plan B et c'est là qu'entre en scène Elon Musk. »
03:27« Donc, M. Musk a été interpellé sur Twitter samedi par le vice-premier ministre ukrainien, Mihailo Fedorov. »
03:36« Pendant que vous essayez de coloniser Mars, la Russie essaie d'occuper l'Ukraine. »
03:42« Nous vous demandons de fournir à l'Ukraine des stations Starlink. »
03:48Le grand public découvre Starlink.
03:51Le gigantesque maillage de satellites, imaginé par Elon Musk, est destiné à apporter Internet sur toute la planète via l'espace.
04:00Quelques jours après l'appel à l'aide de l'Ukraine,
04:0610 000 stations relais, nécessaires pour recevoir le signal des satellites Starlink, sont livrées.
04:15Le président Zelensky remercie Elon Musk pour avoir aidé son pays à sécuriser ses communications.
04:21« Si vous avez le temps après l'armée, vous êtes très bienvenu, je vous invite. »
04:28« C'est bon, j'espère que je visite. »
04:32Avec la guerre en Ukraine, Elon Musk, l'entrepreneur à succès des voitures électriques Tesla et des fusées SpaceX,
04:44acquiert un rôle politique de premier plan sur la scène internationale.
04:53« Évidemment, ça installe Elon Musk comme interlocuteur politique,
04:58plus que comme suppléant des États, comme quelqu'un qui a voix au chapitre pour aider dans une situation de guerre. »
05:04C'est clairement un très beau coup de com' pour cette entreprise,
05:08qui finalement met en scène son caractère vertueux, philanthropique,
05:13où on sauve une part de l'humanité qui est en danger.
05:16C'est extrêmement efficace. »
05:18Face à l'urgence de la situation, les autorités ukrainiennes ont paré au plus pressé.
05:28Mais Kiev s'est mis dans une position de dépendance technologique,
05:33y compris pour son dispositif militaire, en s'en remettant à SpaceX,
05:38une société privée fournissant un service commercial.
05:42« Voilà donc un pays qui n'avait pas, bien entendu, cette capacité souveraine
05:49et qui a dû appeler une entreprise privée pour le faire.
05:52On ne souhaite pas, je ne souhaite pas que l'Europe soit dans cette situation.
05:55L'Europe doit par elle-même, précisément, protéger ses intérêts
05:58et pas dépendre du bon vouloir de Monsieur X, de Monsieur Y. »
06:03« Si vous accédez à Internet depuis SpaceX plutôt qu'avec un opérateur de votre pays,
06:12cela augmente la possibilité que SpaceX ait une influence sur ce que vous voyez
06:16et sur ce que vous pensez. »
06:22Au-delà de l'opération de sauvetage,
06:24la solution Elon Musk représente un risque pour la souveraineté d'un État
06:28qui possède les tuyaux, maîtrise le contenu des tuyaux.
06:38Les données numériques sont une arme stratégique
06:41que les États se doivent de sécuriser.
06:43« La souveraineté numérique, c'est la capacité à pouvoir stocker des données
06:52qui vous appartiennent sur des infrastructures sur lesquelles vous avez un contrôle.
06:57Si vous les stockez sur une infrastructure qui ne vous appartient pas
07:00et sur laquelle un État étranger a la capacité à venir puiser
07:05pour regarder ce qui constitue votre richesse économique,
07:09eh bien vous n'avez plus de souveraineté. »
07:14La question s'était déjà posée dans les années 2000, avec le GPS,
07:18le système de positionnement par satellite lancé par les États-Unis.
07:24La Chine, l'Europe et la Russie avaient alors lancé leurs propres dispositifs
07:30pour garder la maîtrise de leur souveraineté numérique.
07:38Vingt ans plus tard, avec l'avènement des satellites de communication,
07:43le danger ne vient plus d'un État, mais d'un homme, à la tête d'une société privée.
07:48Il est devenu numéro un dans l'espace, un territoire historiquement réservé aux États.
07:56Comment l'ascension d'Elon Musk au sommet de la scène internationale
08:00et jusque dans l'espace a-t-elle été rendue possible ?
08:04L'histoire commence dans les années 2000, aux États-Unis.
08:14La NASA, l'agence spatiale américaine, traverse une crise sans précédent.
08:20Elle n'a plus de fusée, et la sacro-sainte domination américaine dans l'espace est menacée.
08:26Washington donne alors le coup d'envoi de la privatisation du secteur.
08:32C'est la naissance du New Space, le secteur privé spatial américain.
08:38Je reconnais que certains ont dit qu'il n'est pas possible ou pas de travail
08:42avec le secteur privé de cette façon.
08:44Je n'ai pas d'accord.
08:46La vérité est que la NASA a toujours travaillé sur la industrie privée
08:50pour aider à construire et à construire les véhicules qui portent les astronautes à l'espace.
08:54Depuis le discours d'Obama, qui ouvre grand la porte à Elon Musk,
09:00l'entrepreneur profite de subventions publiques considérables.
09:05Washington assure à Elon Musk les moyens de ses ambitions.
09:09En échange, Elon Musk fabrique la fusée
09:13qui permet de renvoyer les astronautes américains dans l'espace
09:16sans devoir passer par des fusées russes.
09:19Il restaure ainsi l'autonomie spatiale des États-Unis.
09:26Il y a une sorte de, on va dire, de jeu mutuellement bénéfique pour les deux.
09:32Et c'est ce qui a lancé véritablement Musk.
09:34Les investissements sont conséquents.
09:36On parle de milliards de dollars qui sont investis.
09:38Néanmoins, une étude récente a montré qu'on était encore
09:42dans une proportion d'investissements qui est à 95% d'investissements publics
09:47pour 5% d'investissements privés.
09:52En décembre 2020, Elon Musk reçoit 885 millions de dollars
09:57de subventions de l'État fédéral
10:00pour couvrir les zones blanches, privées d'Internet.
10:04Car si les États-Unis ont inventé le réseau mondial,
10:07plusieurs millions d'Américains n'ont toujours pas de connexion.
10:10Les satellites apparaissent là encore comme une solution.
10:17Et c'est la naissance de Starlink.
10:21Dans l'euphorie générale, la société SpaceX lance des satellites au rythme effréné de 60 par semaine.
10:34« There we go. That's all six of those Starlink satellites on their merry way. »
10:49Elon Musk met en place Starlink avec la bénédiction des autorités américaines.
11:05« You can hear those flat-packed Starlink satellites slowly gliding away from the top of the second stage. You can hear the team in the background. This is an incredible moment for SpaceX. »
11:22À mesure qu'Elon Musk met en place son maillage, la pression monte pour les États.
11:29Laisseront-ils cet acteur privé rafler la mise sur le marché de l'Internet de demain ?
11:36La Chine a repéré la menace et perçu l'ombre de l'État américain.
11:42Elle annonce qu'elle va elle aussi créer son propre réseau de communications satellitaires.
11:47« Quand la Chine enregistre le lancement à venir de près de 13 000 satellites, c'est un geste de défense de sa souveraineté. Donc c'est un geste géopolitique.
12:02C'est une question de principe. Il faut qu'elle ait accès à ces ressources-là. »
12:09La Chine fait elle aussi le pari de l'Internet par satellite pour remplacer les câbles sous-marins, qui véhiculent actuellement 99% de notre connectivité.
12:22« Aujourd'hui, vous utilisez des câbles sous-marins, vous ne le savez pas. Demain, vous utiliserez des satellites, vous ne le saurez pas. Pour toutes vos applications quotidiennes, ou presque.
12:35Vous avez toute une machinerie qui est en train de se mettre en place dans l'espace. Donc vous avez besoin de capacités de transport, de calcul, de traitement, de stockage des données partout dans le monde. »
12:46« Les objets connectés, les nouveaux usages de l'Internet, le besoin de latence de plus en plus faible, c'est-à-dire de rapidité de plus en plus grande, font que les satellites sont de plus en plus adaptés.
12:55Donc on est aussi dans une vision pas du tout romantique de l'espace où les satellites deviennent une infrastructure, je dirais, comme une autre. »
13:05À ce jour, rien ne garantit que l'Internet spatial sera le modèle des années futures.
13:12Mais une chose est certaine.
13:15Depuis l'avènement du GPS, l'économie mondiale s'appuie chaque jour davantage sur l'espace.
13:21« Nos sociétés humaines sont devenues dépendantes des données qui transitent par les satellites, pour les transports, les transactions bancaires, ou encore pour la météo. »
13:39Notre mode de vie et notre confort reposent sur des sociétés comme E-MEDSAT, une organisation intergouvernementale européenne qui opère jour et nuit quatre satellites d'observation météorologique.
13:58« Les gens ne réalisent pas tout à fait le rôle joué par les flottes de satellites lorsqu'ils consultent la météo, et d'une manière générale, sur notre économie.
14:09Si les gens devaient perdre ce service, ils commenceraient à voir la différence dans leur quotidien.
14:16Des choses qui fonctionnent moins bien, des commandes qui ne sont pas livrées, ou encore l'électricité qui n'arrive plus chez eux avec la même fiabilité. »
14:29Avec l'Internet spatial, ce sont des milliers d'appareils, volant de manière coordonnée, qui relaient les données.
14:39On les appelle des constellations.
14:41« C'est un terme qui a introduit une image assez favorable de ces systèmes.
14:50Les constellations, c'est l'astronomie, c'est les étoiles, c'est beau, c'est élégant, etc.
14:55Bon, ça reste surtout de l'infrastructure.
14:56Disons, c'est pas la grande ours, c'est plutôt le gros ours qui se met en place, et on est dans l'industrie.
15:03Comme la gold rush, la ruée vers l'or, à une autre époque, l'espace où les datas, les données, circulent, devient une ressource à exploiter.
15:28« C'est vraiment comme une ruée vers l'or.
15:33Il y a potentiellement beaucoup d'argent à gagner dans l'espace.
15:38Si vous êtes le premier à ouvrir le marché, vous aurez des clients.
15:42Vous les garderez si vous fournissez un bon service.
15:47Et c'est cette compétition qui provoque une véritable course à l'orbite qui est en train d'avoir lieu. »
15:57Au cours, aucune règle internationale ne contraint l'usage commercial de l'espace.
16:03Pour une entreprise qui veut s'installer en orbite basse, rien de plus simple.
16:09Il suffit de faire une déclaration auprès de l'agence de régulation des télécommunications de son pays.
16:15Par exemple, la Federal Communications Commission, aux États-Unis.
16:19« Basiquement, c'est premier arrivé, premier servi.
16:25Donc si vous déployez un satellite avec une fréquence et un emplacement précis,
16:29les satellites qui viennent après vous doivent s'adapter.
16:32Il faut juste s'assurer que les fréquences de vos satellites n'interfèrent pas avec les transmissions d'un autre satellite.
16:38C'est donc moins un problème d'emplacement physique, parce que l'espace est vaste,
16:42que de compatibilité des fréquences radio.
16:49Ainsi, Elon Musk, avec 3000 satellites déjà opérationnels,
16:54est-il en train de s'approprier l'orbite basse, sans transgresser aucune règle ?
17:00À charge pour les prochains candidats à l'Internet à haut débit,
17:05de ne pas le déranger.
17:20Ces derniers mois, j'ai gardé un œil sur la constellation Starlink,
17:24parce que c'est tellement énorme.
17:26C'est une augmentation phénoménale du nombre de satellites en orbite basse.
17:32On voit un changement radical au cours des deux dernières années,
17:36avec cette couleur qui représente la constellation Starlink.
17:40Starlink est déjà, avec seulement une fraction de la constellation déjà déployée,
17:44en position de domination sur les objets présents en orbite.
17:47À l'été 2021, Elon Musk dépasse un cap symbolique.
17:58Il possède déjà la moitié du total de tous les satellites opérationnels en orbite.
18:05À part la Chine, le seul capable de contester à Elon Musk son hégémonie
18:10est un autre milliardaire américain, Jeff Bezos.
18:17Il réclame sa part du gâteau spatial.
18:20Vous verrez qu'à l'avenir, l'accès à Internet va devenir un besoin humain fondamental.
18:30La constellation de Jeff Bezos est annoncée avec plus de 3000 satellites,
18:35placés à quelques kilomètres seulement au-dessus d'Elon Musk.
18:41Elle pourrait décupler la force de frappe d'Amazon,
18:44le géant de la commande sur Internet créé par le milliardaire,
18:48qui est aussi le numéro 1 du cloud,
18:51le marché de l'hébergement des données, des entreprises.
18:56Il y a une vraie logique pour Amazon de développer,
18:58de déployer une constellation de satellites
19:02liée à sa stratégie d'Internet,
19:06de favoriser la consommation des produits d'Amazon.
19:08mais c'est lié également à ses services professionnels,
19:11Amazon Web Services, etc.
19:12Ainsi, les deux mastodontes américains qui s'affrontent sur le terrain spatial
19:25sont engagés dans une course à la suprématie en orbite basse de la Terre.
19:42En s'alliant avec les géants du numérique,
19:50ils sont en train de construire des empires jusque dans l'espace.
19:54En pole position, Elon Musk, avec Starlink,
19:59qui s'est associé au géant Microsoft.
20:03Jeff Bezos, avec sa constellation et la force de frappe Amazon,
20:07pourrait rattraper rapidement son retard.
20:08Ces empires témoignent d'un engouement des acteurs de l'économie mondiale.
20:15L'économie spatiale, c'est-à-dire l'ensemble des revenus
20:18et des investissements liés au spatial,
20:22actuellement, c'est 370 milliards de dollars.
20:26D'ici à 2030, ce sera 650 milliards de dollars.
20:29L'économie de l'espace, ça devient un enjeu majeur.
20:37Cette frénésie spatiale se concentre sur l'orbite basse,
20:41à quelques centaines de kilomètres au-dessus de l'atmosphère.
20:45Elle est devenue un territoire de conquête, car c'est l'orbite idéale.
20:49L'avantage d'être en orbite basse,
20:55c'est que vous n'avez pas besoin de dépenser autant d'énergie
20:58pour que votre signal fasse l'aller-retour avec le sol
21:01qu'en orbite géostationnaire à très haute altitude.
21:04Mais l'inconvénient, c'est qu'il faut plus de satellites.
21:10Elon Musk et Jeff Bezos envoient donc des milliers de satellites en orbite basse
21:14pour couvrir entièrement la Terre.
21:17Leurs méga-constellations sont les nouveaux vecteurs de la suprématie américaine.
21:22Et les grandes puissances qui leur contestent cette position
21:26n'ont pas d'autre choix que de se rallier à cette compétition géante.
21:37Une course mondiale est en cours entre certains pays et certaines personnes
21:40pour conquérir et prendre possession de l'espace.
21:44Donc s'ils se lancent en déclarant
21:47« Je veux posséder l'espace »,
21:49alors ils vont empêcher les autres pays d'accéder à l'espace.
21:54Ceux qui vont être capables de déployer des constellations rapidement
21:58et de les maintenir pendant des années
22:00vont être sans doute les grands gagnants
22:04et derrière eux les États ou les puissances qui opèrent
22:08ou qui parrainent ces constellations.
22:10La Chine, en entrant dans la course à l'orbite basse
22:18avec son projet de constellation de 13 000 satellites,
22:22se met en position de faire barrière à l'Internet spatial américain,
22:25version Elon Musk et bientôt Jeff Bezos.
22:28« La Chine en a conscience.
22:37C'est sans doute pour ça qu'elle développe sa propre constellation.
22:41Elle veut que son réseau Internet passe par ses propres satellites
22:44et non par les satellites américains. »
22:49La Chine manifeste de nouveau sa maîtrise de la dimension géopolitique de l'espace.
22:54« Elle est devenue le premier pays lanceur de satellites en 2021. »
23:03« Les États-Unis ont été à l'avant-garde, c'est certain.
23:06Mais la Chine n'est plus très loin
23:08et pourrait même se vanter d'être un peu en avance dans certains domaines.
23:12On a donc deux acteurs très importants et très bien financés. »
23:19Engagée dans une guerre économique avec les États-Unis,
23:22la Chine ne saurait manquer le tournant technologique de l'Internet satellitaire.
23:27Alors qu'elle possède, elle aussi, de puissants acteurs du numérique
23:30comme Alibaba, l'Amazon chinois.
23:36Toute une panoplie spatiale sert son ambition
23:38de devenir la première puissance mondiale en 2049.
23:42« En fait, c'est la continuation du développement du pays.
23:47C'est se lancer dans un projet high-tech,
23:51un projet de haute technologie
23:52qui va améliorer les capacités industrielles dans un domaine de pointe. »
23:57« La Chine n'est pas au niveau des États-Unis
23:59en termes de peut-être développement technologique très pointu,
24:02mais elle a aujourd'hui un niveau tout à fait élevé dans le domaine spatial.
24:07Et puis elle a un gouvernement qui est capable de mettre beaucoup d'argent
24:10parce qu'il peut y trouver des intérêts infrastructurels ou internationaux, etc. »
24:17Les constellations de satellites sont de puissants outils d'influence.
24:21Pour la Chine, c'est un des moyens de reconquête des anciennes routes de la soie.
24:27Ce réseau commercial qui la reliait à l'Europe,
24:30en passant par l'Asie centrale et l'Afrique.
24:33« Lorsque vous déployez cette constellation,
24:35vous offrez aux États avec lesquels vous voulez créer des liens très forts
24:41un levier de développement économique tout en les plaçant sous votre influence. »
24:49Comme la Chine, l'Europe reconnaît elle aussi
24:52le spectre d'un nouvel impérialisme américain sur les données
24:55et sur l'infrastructure numérique du monde entier.
24:58Dans le cadre de leur stratégie spatiale commune,
25:04les 27 États membres de l'Union
25:06décident la création d'une nouvelle constellation européenne.
25:11« Elle part d'abord d'un besoin et d'un conseil.
25:13Ce besoin, c'est un besoin, je dirais,
25:16de souveraineté gouvernementale et de communication intergouvernementale et militaire.
25:21Imaginez par exemple qu'un pays qui soit en guerre avec l'Europe
25:26dispose de l'architecture de ces satellites qui pourraient évidemment les attaquer.
25:31Donc c'est très important d'avoir, et on le voit aujourd'hui,
25:34où malheureusement les tensions sont de plus en plus dures entre les continents,
25:39il y a un certain nombre de domaines sur lesquels on ne peut absolument pas transiger,
25:45y compris avec vos meilleurs partenaires
25:47qui peut-être demain auront d'autres priorités. »
25:52États-Unis, Chine, Europe.
25:55En quelques mois, les constellations de satellites
25:58sont devenues un attribut indispensable pour les grandes puissances.
26:03Elles participent désormais à la construction d'un nouvel équilibre géopolitique spatial.
26:13« Avant, l'espace, c'était les États-Unis, l'URSS et l'Europe derrière.
26:19En gros, maintenant, l'avenir de l'espace, c'est les États-Unis et la Chine,
26:26derrière l'Europe, et puis la Russie et l'Inde comme second rôle. »
26:36Mais avec un ticket d'entrée de plusieurs milliards d'euros,
26:39les pays émergents sont les laissés pour compte de cette course en orbite.
26:42« Vous avez en Afrique des pays qui ont des ambitions spatiales très élevées.
26:50Les pays qui investissent le plus aujourd'hui sont le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Égypte.
26:56Ces pays n'ont pour autant pas les moyens de déployer des constellations de connectivité.
27:01Donc ils vont faire appel, sans doute, à des services offerts par des opérateurs privés. »
27:05L'autre solution pour un État consiste à s'associer avec une constellation déjà existante,
27:15tel le gouvernement britannique, qui acquiert en juillet 2020 des parts de OneWeb.
27:22Le lancement des satellites OneWeb a commencé la même année que ceux d'Elon Musk.
27:26Avec Starlink, OneWeb est la constellation de communication la plus avancée en orbite.
27:39Son fondateur, Greg Weiler, est une figure du milieu spatial, un pionnier.
27:47Lorsqu'il lance OneWeb, il a déjà beaucoup œuvré pour la réduction du fossé numérique,
27:53en installant la fibre optique dans des écoles en Afrique.
27:56« Moi, ma mission, c'est de connecter l'humanité,
28:02d'apporter la connectivité au marché émergent et au monde entier.
28:05Je suis très heureux de voir tout cela se produire. »
28:12En 2015, lorsque Greg Weiler lance le projet OneWeb,
28:16l'idée de centaines de satellites fabriqués à la chaîne est révolutionnaire.
28:20« L'espace, c'était des cycles très longs.
28:26On décidait d'un satellite, il était en l'air dix ans plus tard, voire quinze ans plus tard,
28:30et puis il vivait quinze ans.
28:32Aujourd'hui, l'espace, c'est des satellites qui sont à 500 kilomètres,
28:34qui vont durer quelques mois.
28:36On est vraiment dans quelque chose d'un peu nouveau. »
28:39L'américain Greg Weiler choisit de développer ses satellites en Europe,
28:48dans cette usine d'Airbus.
28:51Il y conçoit les dix premiers exemplaires de OneWeb.
28:54« À cette époque, les satellites de télécommunication sont des engins de la taille d'autobus,
29:03lancés à 36 000 kilomètres de la Terre.
29:08Grâce à OneWeb, l'Europe, via Airbus, acquiert son indépendance technologique
29:13sur le marché naissant des petits satellites. »
29:19« L'idée, c'est aussi d'avoir son mot à dire, de ne pas se laisser imposer des normes
29:23qui ne seraient pas les nôtres, de se voir imposer des informations payantes
29:28qui limiteraient l'accès à l'espace.
29:31Bref, de se voir raboter sa capacité souveraine à accéder et à avoir des actions,
29:39un usage de l'espace. »
29:41Mais après sa genèse européenne, OneWeb retourne dans le giron américain.
29:53Installée en Floride, sur la terre-mer de l'industrie spatiale,
29:58cette usine symbolise la révolution industrielle des petits satellites fabriqués à la chaîne.
30:04« L'objectif est de produire en quelques années seulement plus de 600 satellites.
30:14C'est un peu comme l'industrie automobile, c'est vraiment ça.
30:18Chacun doit faire son travail et le terminer en 8 heures, puis passer à un autre.
30:23Nous avons embauché des gens qui ne viennent pas du spatial pour construire des satellites.
30:28C'est vraiment devenu possible grâce à la ligne de production. »
30:34Au début de l'année 2022, la constellation OneWeb est quasi complète.
30:45Roscosmos, l'agence spatiale russe, s'apprête à mettre en orbite une des dernières grappes de satellites.
30:53Mais alors que Vladimir Poutine lance son offensive sur l'Ukraine,
30:58OneWeb va subir un chantage politique de la part de la Russie,
31:02à cause de son actionnaire britannique.
31:04Le directeur de Roscosmos, Dimitri Rogozin,
31:10fait disparaître tous les drapeaux des pays
31:12qui ont mis en place des sanctions internationales contre la Russie.
31:17Il lance un ultimatum au responsable de OneWeb,
31:21en exigeant le retrait de la Grande-Bretagne du capital de la société.
31:25La décision de Rogozin d'effacer les drapeaux sur un Soyouz,
31:30manifeste aussi, c'est vrai, l'importance des constellations dans ce paysage spatial.
31:35Il y a eu une espèce de dramatisation qui a contribué à faire des constellations,
31:42finalement, aujourd'hui, des objets très symboliques, très politiques.
31:46Finalement, OneWeb suspend ses lancements depuis la Russie.
31:49En 2022, nouvel épisode.
31:54OneWeb est racheté par l'opérateur Eutelsat
31:56et passe sous pavillon français.
32:00En 2022, nouvel épisode.
32:02OneWeb est racheté par l'opérateur Eutelsat
32:04et passe sous pavillon français.
32:06Les soubresauts traversés par OneWeb montrent que l'orbite basse
32:10est un territoire à part entière sur l'échiquier géopolitique mondial.
32:13Et donc, on a fait un peu plus de choses très symboliques,
32:15très symboliques, très politiques.
32:17Finalement, OneWeb suspend ses lancements depuis la Russie.
32:20En 2022, nouvel épisode.
32:23OneWeb est racheté par l'opérateur Eutelsat
32:26et passe sous pavillon français.
32:30Les soubresauts traversés par OneWeb montrent que l'orbite basse
32:33est un territoire à part entière sur l'échiquier géopolitique mondiale.
32:35Dans cet espace sans frontières,
32:38où plus de 3000 satellites nouveaux ont débarqué ces deux dernières années,
32:42le risque de conflit augmente dangereusement.
32:47Lorsque nous sommes allés dans l'espace pour la première fois,
32:50nous avons pensé que nous pouvions faire tout ce que nous voulions,
32:53qu'il y avait beaucoup de place.
32:54Pas de risque de déranger les autres ni de saturer l'espace.
32:57Mais le trafic est si intense maintenant que ça n'est plus vrai.
33:01Le débarquement massif des satellites en orbite basse a déjà créé des tensions entre les États.
33:04Contraint de modifier la trajectoire de sa station spatiale,
33:07pour éviter les satellites d'Elon Musk,
33:09pour éviter les satellites d'Elon Musk,
33:11l'État chinois dénoncent les États-Unis devant le bureau des affaires spatiales
33:16de l'ONU, à Vienne.
33:18Le débarquement massif des satellites en orbite basse a déjà créé des tensions entre les États.
33:30Contraint de modifier la trajectoire de sa station spatiale,
33:34pour éviter les satellites d'Elon Musk,
33:36l'État chinois dénoncent les États-Unis devant le bureau des affaires spatiales de l'ONU, à Vienne.
33:42Le traité international de l'espace, signé en pleine guerre froide,
33:55établit la responsabilité d'un État dans les agissements de ses sociétés nationales en orbite.
34:01La Chine a fait usage d'un mécanisme existant au sein des Nations Unies
34:08pour critiquer la position américaine.
34:11Elle rappelle aux États-Unis, en tant que pays,
34:15sa responsabilité vis-à-vis des actions de SpaceX.
34:19Parce que dans le droit international,
34:21que ces actions émanent d'institutions privées ou d'institutions étatiques,
34:28c'est toujours l'État qui est responsable d'éventuels dommages.
34:33Les Américains ont récemment répondu aux Nations Unies
34:37« Non, nous n'étions pas si proches, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter, rien à signaler. »
34:43Mais en fait, je ne suis pas trop d'accord.
34:46Après avoir examiné les données,
34:48si je suis astronaute à bord de la station spatiale chinoise
34:51et que SpaceX me dit « Faites-nous confiance, nous allons vous éviter »,
34:55pour moi, ce n'est pas suffisant.
34:58Je pense que la plainte chinoise est légitime
35:01parce que les rapprochements sont plus nombreux depuis quelques années
35:04à cause de Starlink.
35:10Depuis le traité de 1967,
35:12l'accès à l'espace s'est démocratisé.
35:17Avec le risque de multiplication des conflits entre les États,
35:20l'orbite basse devient un enjeu de coopération internationale.
35:30« Quand vous voyez ces engins, ils se ressemblent tous, n'est-ce pas ?
35:34En réalité, 95 pays exploitent ces satellites en ce moment même.
35:38Depuis le Royaume-Uni, les États-Unis, la Chine, la Russie…
35:42et ils sont tous mélangés. »
35:49Les radars de la société américaine Léo Labs
35:52scrutent le ciel
35:54et proposent à ses clients propriétaires de satellites
35:57une représentation en temps réel du trafic spatial.
36:00C'est le Space Traffic Management,
36:04un marché prometteur
36:06devenu indispensable pour pallier à l'absence de code de la route dans l'espace.
36:12« Ils ne voient rien et n'entendent rien là-haut.
36:16Ils font leur travail en regardant la Terre.
36:18Ils communiquent sans voir ce qui vient en face.
36:20C'est un peu comme conduire avec un pare-brise tout noir. »
36:23Alors, il faut les aider.
36:30En leur disant, voici ce à quoi vous devez faire attention.
36:34Voilà ce que vous devez éviter.
36:36S'il y a un risque de rapprochement,
36:38ce que nous appelons une conjonction,
36:40on peut leur éviter de prendre ce risque.
36:42En apparence, il y a beaucoup de place dans l'espace.
36:53Mais avec la circulation de milliers d'engins
36:57lancés à plus de 7 km par seconde,
37:00y a-t-il un nombre limite de satellites à ne pas dépasser ?
37:04« Est-ce que c'est 20 000 ? 100 000 ? 1 million ? »
37:12Ça n'est pas encore très clair.
37:13Mais je pense que nous devons rester prudents,
37:15car cette limite existe bel et bien.
37:21Les projections annoncent entre 100 000 et 200 000 satellites en orbite basse
37:25dans une dizaine d'années,
37:27contre 6 800 à la fin 2022.
37:34Actuellement, chaque opérateur de satellites prend en charge la gestion de ses appareils.
37:43En septembre 2019,
37:45l'Agence spatiale européenne a dû, à son tour,
37:48manœuvrer un de ses satellites d'observation
37:51pour éviter une collision avec un engin Starlink.
37:56La multiplication de ces situations
37:58plaide pour la création d'une tour de contrôle spatiale.
38:04« Une tour de contrôle spatiale,
38:07ça voudrait dire que quelqu'un dispose de l'autorité de régulation nécessaire
38:11pour donner des directives.
38:13Mettez-vous là et restez où vous êtes,
38:16comme les contrôleurs aériens.
38:18Cela n'existe pas pour l'espace. »
38:24Depuis le sol, l'opérateur peut rallumer le moteur de son satellite
38:28pour changer sa trajectoire et éviter l'accident.
38:31Encore faut-il se coordonner avec le satellite qui arrive en face, en haut ou en bas.
38:39Mais il existe une configuration encore plus difficile à éviter.
38:42Seulement 3%, 3% des manœuvres d'évitement sont causées par des satellites actifs en orbite basse.
38:5497% sont liés à l'évitement de débris, de matériel hors d'usage ou de morceaux de fusée.
39:03L'avenir des constellations dépend d'abord de leur capacité à fonctionner en toute sécurité.
39:10Mais surtout, de leur aptitude à gérer ce risque de collision en chaîne avec des objets inertes
39:17qui n'ont pas la faculté de les éviter.
39:20A ce jour, une seule collision a eu lieu, le 10 février 2009, entre un satellite actif de la constellation Iridium et un satellite russe hors service.
39:37Deux nuages de débris se sont formés. D'abord, il s'est formé un anneau.
39:47Et au fil du temps, au bout d'un mois, les débris se sont étalés tout autour en altitude.
39:54Vous n'avez donc pas une pollution locale, mais globale, à partir d'un seul incident survenu il y a plusieurs mois.
40:01Dans l'espace, les États sont plus que jamais interdépendants.
40:09Le moindre incident peut créer une situation dramatique pour tous les acteurs, les sociétés privées comme les États.
40:17Le débarquement annoncé de milliers de satellites de communication nouveaux rend urgente l'édition de règles de conduite.
40:24C'est quoi mon espace dans l'espace ? À partir de quand est-ce que je suis trop près ?
40:36Si je m'approche et que j'observe votre satellite à une distance de 100 km, c'est bon, je suis juste un paparazzi.
40:42Mais si je m'approche à moins de 100 mètres en vous reniflant dans le cou, ça ne va pas, c'est vrai.
40:50Donc, comme dans les relations humaines, dans l'espace, il y a un espace interpersonnel à respecter.
40:57Il nous faut un traité international pour le définir.
40:59On en discute depuis 2008, en réalité, en particulier pour la sécurité collectée dans les espaces, et aujourd'hui, c'est bloqué.
41:05On n'arrive pas à se parler entre la Russie, la Chine, d'un côté, les États-Unis, voire l'Europe de l'autre.
41:10Mais on est bien obligés de se parler quand même.
41:12Donc, on voit de manière extrêmement lente et, j'allais dire, pragmatique, des choses quand même évoluées.
41:19Sur le plan géopolitique, nous avons besoin de nouvelles règles pour l'espace.
41:23La sécurité et la durabilité sont en tête des problèmes que nous devons régler rapidement, car sinon, ils affecteront la croissance de l'économie spatiale.
41:35À peine née, la jeune économie spatiale est déjà menacée.
41:41Faudra-t-il un accident grave pour qu'une réglementation soit mise en place ?
41:47Une autre solution consisterait à imposer un moratoire aux entrepreneurs de l'espace.
41:54C'est un trop gros changement en très peu de temps.
41:59Pourquoi ne pas les laisser gagner un peu d'argent, et puis après, on attend un peu, et on regarde ce qui se passe.
42:07Et si ça fonctionne avec ce nombre de satellites, alors seulement on pourrait envisager des dizaines de milliers de satellites.
42:16Combien pèse la parole de l'astrophysicien face aux acteurs bruyants de la nouvelle industrie spatiale ?
42:30Je ne suis pas d'accord avec l'idée de tout arrêter. Je ne sais pas comment faire d'ailleurs. Je pense que c'est impossible.
42:38C'est trop tard ?
42:39Oui, je crois. On doit donc régler les problèmes avec les meilleurs outils possibles à notre disposition.
42:45On a une espèce de rouleau compresseur politique qui est installé en Europe, en France, aux États-Unis évidemment.
42:56Et donc là, stopper, naître ce processus-là, vous courez le risque d'être taxé d'amiche, de résistant au progrès, et c'est politiquement coûteux.
43:05Les habitants de ce village d'irréductibles normands ont pourtant fait entendre leur voix en 2021.
43:13Ils se sont opposés à l'installation d'une des antennes que déploie Elon Musk partout dans le monde pour relayer le signal de ces satellites.
43:20Un projet qui, éthiquement, est inacceptable et un projet qui, démocratiquement, tel qu'il nous le plante là, est dangereux, il est inutile.
43:30Aujourd'hui, ici, à Saint-Saénier-de-Bevron, nous avons Internet. Nous avons tous les moyens de communication. Nous sommes sur les réseaux sociaux.
43:37Monsieur Musk doit savoir que ça existe déjà.
43:39Elon Musk a finalement installé ses antennes ailleurs et continué à lancer 60 satellites chaque semaine.
43:51Les habitants de Saint-Saénier-de-Bevron peuvent les regarder briller dans le ciel lorsqu'ils gravitent pendant quelques jours à faible altitude, avant de rejoindre leur orbite opérationnelle.
44:09Ils se disposent alors en file indienne et forment des trains de satellites, visibles à l'œil nu depuis la Terre.
44:30À mesure que les trains de satellites se multiplient dans le ciel nocturne,
44:34la communauté des astronomes prend conscience de l'ampleur du phénomène.
44:43J'ai été tout simplement stupéfait lorsque nous avons vu ça au-dessus de nos têtes.
44:4760 satellites Starlink, chacun étant au moins de magnitude 2, voire plus.
44:55Ça veut dire qu'ils sont aussi brillants que certaines des étoiles les plus brillantes du ciel.
45:00Lorsque vous en voyez 60, c'est effrayant, c'est comme une invasion extraterrestre, c'est vrai.
45:05Mais quand vous pensez aux conséquences d'en avoir 30 000, ça devient vraiment très inquiétant pour les astronomes.
45:12Nuit après nuit, ils découvrent que les trains de satellites dessinent des rayures sur les images des télescopes,
45:25rendant obsolète le travail scientifique et la surveillance du ciel.
45:29À tel point que la NASA lance une alerte auprès de la FCC, l'Agence de réglementation américaine des télécommunications.
45:45En bouchant la vue de l'espace, les satellites Starlink font peser une menace sur la planète elle-même,
45:50retardant la détection d'un astéroïde qui foncerait vers la Terre et la mise en place des mesures d'urgence pour empêcher une collision fatale.
46:07Après l'avoir placé en première ligne, l'État fédéral américain a-t-il encore la main sur Elon Musk ?
46:14Il est déjà le grand gagnant de la méga-course à l'orbite.
46:17Les lancements de satellites Starlink lui permettent de faire la preuve de l'efficacité de ces fusées réutilisables.
46:25Nous avons des réacteurs qui ont déjà volé 10 fois, dont certains devraient pouvoir voler 20 ou 50 fois.
46:36C'est vraiment un bon taux de réutilisation.
46:42Grâce à Starlink, il continue à faire rêver les investisseurs
46:45et conforte la crédibilité de sa société SpaceX.
46:54Avec sa fusée la plus grosse jamais construite, Starship, capable d'embarquer 400 satellites à la fois,
47:01il pourrait compléter rapidement sa méga-constellation
47:04pour atteindre le chiffre final vertigineux de 42 000 satellites.
47:08Sans perdre de vue pour autant son objectif ultime, l'installation d'une colonie d'un million de personnes sur Mars, d'ici 2060.
47:21Avec le temps, Elon Musk s'est imposé comme quelqu'un qui tient la ligne et qui est en mesure maintenant d'imposer son agenda,
47:34l'accélération de son agenda aussi.
47:35Parce qu'en fait, les agences spatiales, au départ, le regardaient avec une espèce d'effroi, de mépris, de condescendance.
47:42Ils sont bien forcés maintenant de se caler sur ses propositions, son agenda martien, etc.
47:47En quelques mois, l'homme le plus riche du monde a imposé son poids diplomatique sur Terre
47:57et modifié durablement le territoire orbital.
48:02Sur Internet, l'image des trains de satellites Starlink est devenue le symbole de la mainmise d'un seul homme sur l'espace,
48:10patrimoine mondial de l'humanité.
48:12L'humanité dispose désormais d'une technologie qui transforme complètement le ciel nocturne.
48:23À l'avenir, lorsque vous regarderez le ciel, vous pourriez voir plus de satellites en mouvement que de vraies étoiles.
48:35À mon avis, la solution à long terme est de trouver comment faire de l'astronomie par-dessus les constellations.
48:42En tant que fan de l'espace, je m'intéresse depuis longtemps à l'utilisation de la face cachée de la Lune,
48:47comme le télescope spatial James Webb qui est allé au-delà de la Lune.
48:51Donc c'est normal de se déplacer vers d'autres endroits pour faire de la science à mesure que la technologie évolue.
48:56Ça fait partie quand même des questions qu'il faut se poser.
49:01Voilà, en termes d'acceptabilité, est-ce que les gens peuvent imaginer qu'un jour on arrive à ce degré d'occupation de l'espace qui devienne véritablement gênant ?
49:13Jusqu'à quel point c'est acceptable ? Jusqu'à quel moment, à partir de quel moment ça devient inacceptable ?
49:18En attendant le débat citoyen, et malgré les mises en garde de la NASA, rien ne saurait interrompre la course à l'orbite.
49:29La révolution industrielle des petits satellites, portée par une économie sans cesse plus gourmande en données et en vitesse, alimente une fuite en avant.
49:46Une occupation massive de l'espace, alors même que la solidité économique des méga-constellations est en question.
49:54Devinez combien de constellations en orbite basse n'ont pas fait faillite ?
50:05Zéro.
50:08Zéro.
50:11Donc vous voulez être le premier pour qui ça marche ?
50:13Juste éviter la banqueroute.
50:15Elle n'est pas encore.
50:21Elon Musk lui-même doute de la rentabilité des méga-constellations.
50:28Des investissements colossaux pour un marché encore flou.
50:31Il y a une version positive qui est de dire, les investisseurs considèrent qu'il y a énormément d'opportunités à venir.
50:43Soit la version un peu plus conservatrice, c'est de considérer qu'aujourd'hui il y a une forme de bulle.
50:48En tout cas de surestimation, de surcotation de ces entreprises par rapport à leurs revenus potentiels.
50:55Ces projets seront peut-être rentables un jour, mais j'ai du mal à croire qu'ils le seront tous.
51:03On peut donc s'attendre à ce qu'un certain nombre d'entre eux fassent faillite.
51:07Et là, on devra faire face à un problème très intéressant.
51:11Un grand nombre de satellites actifs appartenant à des sociétés qui ont fait faillite.
51:14Des milliers de satellites fantômes errantes en orbite sans propriétaire.
51:23Des collisions en chaîne créant petit à petit une coquille autour de la Terre.
51:28Quelle serait l'issue d'une telle débandade orbitale ?
51:32Nous sommes en train de détruire notre planète.
51:38Et de la même manière, nous sommes en train de détruire l'espace autour d'elle.
51:43Beaucoup de gens le voient, mais nous fermons les yeux dès que des intérêts économiques entrent en jeu.
51:48S'il fallait détruire notre planète pour gagner de l'argent, alors nous, les humains, nous le ferions sûrement.
51:54Et c'est la même chose qui se produit dans l'espace.
51:56Quel avenir dans ces conditions ?
52:03Les conquistadors de l'orbite basse seraient bien inspirés de s'entendre rapidement.
52:09Au risque de nous faire prisonniers sur Terre.
52:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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