00:00Les médecins libéraux en grève à partir d'aujourd'hui.
00:03Ils protestent contre plusieurs mesures du projet de budget de la sécurité sociale voté le 16 décembre dernier.
00:09Votre invité Sébastien Garnier est médecin à Frontignan, élu au syndicat MG France.
00:13Il est président de l'Union régionale des professionnels de santé d'Occitanie.
00:17Jean-Christophe Calme, bonjour.
00:19Bonjour.
00:20Il y a beaucoup de choses qui vous déplaisent dans ce projet, mais j'imagine certaines plus que d'autres.
00:25Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui ne passe vraiment pas ?
00:28Alors ce qui ne passe vraiment pas, c'est que nous assistons aujourd'hui, avec le vote du budget de la sécurité sociale,
00:34à un tournant autoritaire dans la gestion des politiques de santé en France.
00:38Et ce tournant autoritaire va entraîner une baisse de la qualité de l'accès aux soins.
00:42Et c'est ça qui nous dérange.
00:43Ce n'est pas une revendication corporatiste, c'est une revendication sociétale.
00:47On défend aujourd'hui un accès aux soins de qualité en France qui est en train de se dégrader à grande vitesse.
00:52Oui, parce qu'on pourrait se dire, et on en a parlé il y a quelques jours,
00:55le tarif des consultations chez certains spécialistes a augmenté.
00:59Chez les généralistes dont vous êtes, c'était il y a quelques mois en arrière.
01:02Donc on pourrait se dire, mais de quoi se plaignent-ils ?
01:05Alors les tarifs dont vous parlez résultent d'une négociation qui s'appelle la négociation conventionnelle,
01:09qui a été faite il y a déjà un an et demi.
01:11Et ce que vous voyez aujourd'hui rentrer en application, c'est ce qui a été négocié il y a un an et demi.
01:15La négociation conventionnelle appartient à la Convention.
01:19Or, ce qui nous tombe dessus, ce n'est pas un problème de Convention,
01:21ce n'est pas un problème d'assurance maladie, si vous voulez.
01:23C'est un problème gouvernemental.
01:26C'est le résultat du vote d'une loi à la Sécurité sociale
01:29qui modifie profondément la nature de nos relations avec l'assurance maladie, notamment.
01:33Le fait qu'on contrôle davantage les arrêts de travail que vous allez décider,
01:40ça c'est quelque chose qui vous gêne par exemple ?
01:43Alors ce n'est pas le contrôle qui nous gêne, le contrôle il est normal.
01:46L'assurance maladie veille à ce que les arrêts de travail ne soient pas abusifs,
01:50et c'est tout à fait normal.
01:51Non, ce qui nous gêne, c'est qu'on remplace ce contrôle qui existait déjà auparavant
01:55par une mise sous objectif.
01:57Alors pour parler clair, ça veut dire que si je prescris un certain nombre de jours
02:00d'arrêt de travail à un patient, je vais me dire
02:02« Mais comment je vais faire pour le patient suivant ? »
02:04Parce que je suis en train de dépasser mon quota.
02:06Ce qui veut dire que l'arrêt de travail, qui est un outil thérapeutique,
02:09ça nous sert à soigner les gens, aujourd'hui,
02:11cet arrêt de travail va être mis sous objectif.
02:13Donc ma logique de soignant va être remplacée par une logique comptable.
02:17Et c'est pour ça que nous nous mobilisons aujourd'hui,
02:19pour défendre l'idée que l'arrêt de travail n'est pas le fait
02:21ni du salarié, ni du médecin, il est le fait de problèmes plus vastes.
02:25Et d'ailleurs la Sécurité sociale ne dit pas autre chose
02:28quand elle dit que...
02:29Elle écrit chaque année un truc qui s'appelle...
02:32Enfin le livre rouge, on appelle ça de la Sécurité sociale.
02:34Elle dit que 60% des causes des arrêts de travail
02:36sont dues aux conditions de travail.
02:39Et pas à la maladie, et pas au fait que les médecins
02:41ont prescription d'arrêt, mais aux conditions de travail.
02:43Donc quand on tape sur les patients, quand on tape sur les médecins,
02:46en fait on se trompe de cible.
02:47La cible n'est pas là, c'est ce que nous dénonçons aussi.
02:49Et les logiques comptables, ça vous fait peur ?
02:51Parce que quand on voit ce qui s'est passé
02:53avec la logique comptable à l'hôpital, par exemple,
02:55on se dit, ben voilà, on ne va pas dans le bon sens.
02:58Alors la logique comptable, elle est intéressante
02:59parce qu'elle est nécessaire quand même,
03:01mais on assiste aujourd'hui à une discordance
03:04entre l'augmentation des besoins,
03:06on vieillit de plus en plus,
03:07la santé coûte de plus en plus cher.
03:09Je rappelle quand même qu'un seul médicament
03:10contre le cancer l'an dernier a coûté 2,3 milliards d'euros.
03:13Donc on se rend compte que les besoins de soins
03:15augmentent au niveau financier.
03:17Et en même temps, on a un sous-investissement chronique
03:19de la santé en France.
03:21C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a un ondame.
03:23L'ondame, c'est l'augmentation qu'on nous donne
03:26chaque année pour mieux soigner les gens,
03:28qui est de toute façon, et depuis des années,
03:29inférieures aux besoins qu'on a.
03:31Autrement dit, on soigne de plus en plus mal,
03:33en tout cas avec de moins en moins de moyens,
03:35notre population.
03:36Et ça, ça pose problème pour l'avenir.
03:38Je prends par exemple les personnes âgées,
03:40on sait que ça va augmenter,
03:41mais on n'a rien de prévu
03:42pour faire face à cette augmentation.
03:45Dans le viseur, il y a aussi la baisse
03:48des tarifs pour certains actes techniques.
03:51Ça, ça pourrait avoir des conséquences
03:53pour les patients ?
03:54Alors ça, c'est énorme, parce que là,
03:57c'est une entorse à la négociation conventionnelle.
04:00La Sécurité sociale pourra, dorénavant,
04:02décider que si un acte est trop prescrit,
04:05alors je prends au hasard la radiologie,
04:07puisque je crois que notre ministre
04:08a parlé des rentiers de la médecine,
04:10on va décider de baisser le prix des scanners,
04:13par exemple.
04:14Or, un scanner, il faut savoir que c'est
04:15un investissement lourd.
04:17Si je prends un scanner, c'est 600 000 euros
04:19d'investissement, et les frais de fonctionnement
04:21chaque année sont de 20%.
04:22Autrement dit, en gros, 30 000 euros par an
04:25de frais de fonctionnement.
04:27Si on baisse arbitrairement les tarifs,
04:29comment on va faire pour maintenir les scanners ?
04:31Comment on va faire pour maintenir un accès aux soins ?
04:33On a besoin de scanners, on a besoin d'IRM,
04:35mais il ne faut pas que cet accès aux soins
04:37dont on a besoin soit limité par le fait
04:40qu'on a des contraintes financières
04:42qui ne permettent pas de les utiliser
04:43comme on voudrait.
04:44Donc on voit que tout ça procède
04:45d'une logique d'économie
04:47qui n'est pas forcément adaptée à notre État.
04:49La grève qui démarre aujourd'hui,
04:50c'est pour 10 jours.
04:51Elle promet d'être très suivie,
04:53ce que vous me disiez.
04:54C'est ça, la grève qui démarre aujourd'hui,
04:56elle est là pour 10 jours.
04:58Un certain nombre de spécialistes,
04:59notamment les chirurgiens,
05:00les plats toujours partent en Belgique
05:02pour marquer le coup.
05:03Et elle va être très très suivie, effectivement.
05:05C'est la première fois, moi ça fait 35 ans
05:06que j'exerce.
05:08On a eu une grosse grève en 2002,
05:10mais là c'est vraiment la grève
05:11la plus suivie que je n'ai jamais connue.
05:13Merci beaucoup Jean-Christophe Calme,
05:16médecin à Frontignon,
05:17élu au syndicat MG France,
05:19et président de l'Union régionale
05:21des professionnels de santé d'Occitanie.
05:23On aurait pu parler de beaucoup d'autres choses,
05:25notamment de la grippe qui continue à sévir,
05:27ce n'est pas fini.
05:28Malheureusement, il y aura des cabinets.
05:29Non, on a encore beaucoup de cas
05:30et beaucoup de travail devant nous.
05:31Bon, bonne journée à vous.
05:33Bon lundi avec votre radio ici Hérault,
05:35il est 7h53.
05:35Et à 7h53,
05:45vous êtes peut-être en train de boire votre expresso,
05:48votre café américain,
05:49votre café latté.
05:51Dites-vous que vous avez bien de la chance,
05:53à l'époque de Louis XV,
05:54le café se consommait comme une soupe,
05:57sans cafetière.
05:58Une histoire de café sans filtre, délicieux.