00:0013h-14h, Europe 1 Info.
00:02Europe 1, 13h19, Europe 1 Info, c'est jusqu'à 14h avec Rudy Sada.
00:07Et il est temps d'accueillir nos chroniqueurs de ce jour,
00:09Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l'Institut de la Parole,
00:13et Jules Torres, journaliste politique au JDD.
00:16Bonjour messieurs, bienvenue et très belle année.
00:19Merci.
00:20On va évoquer évidemment ces témoignages qui nous parviennent peu à peu,
00:2348h après ce drame de Cran-Montana.
00:26Ils font froid dans le dos des scènes d'horreur.
00:28Un bilan extrêmement lourd, une quarantaine de morts, 115 blessés,
00:32beaucoup de victimes n'ont pas pu encore être identifiées.
00:35Cette tragédie du 1er janvier soulève des questions.
00:38Est-ce que ce drame aurait pu être évité ?
00:40Eh bien, on va évidemment en parler avec notre invité.
00:43Mais juste avant, je voulais vous faire écouter ce témoignage recueilli par Jean-Luc Boujon,
00:48l'envoyé spécial d'Europe 1 à Cran-Montana.
00:50Ferdinand a 19 ans et il était présent lors de cette soirée, il raconte.
00:55On est arrivé un tout petit peu après minuit, après avoir été chez nous.
01:00Nous étions avec des amis, on était sept au total, à l'étage, dans la véranda.
01:06On faisait des allers-retours dans le sous-sol, tout allait bien le long de la soirée.
01:10C'était très festif.
01:12Au bout d'un certain moment, quelqu'un a payé des bouteilles, une bouteille de vodka,
01:16avec des feux d'artifice.
01:18On voit des bouteilles portées par les mains d'une serveuse qu'il avait au-dessus de la tête.
01:25Le feu d'artifice est passé trop proche du plafond,
01:29qui est d'ailleurs fabriqué de mousse isolante.
01:33Donc ça a pris très rapidement feu.
01:34Et à ce moment-là, je suis passé sous le bar
01:36et j'ai essayé d'aller chercher de l'eau dans un mini-frigo.
01:40Le temps que j'arrive là, le feu s'était déjà repropagé sur tout le plafond.
01:45J'ai attrapé ma copine par le bras.
01:47J'ai hurlé qu'il fallait sortir.
01:50Il y avait tellement de monde qui montait qu'à un moment, je n'arrivais plus à la tenir.
01:53Je suis arrivé en haut des escaliers.
01:55Je suis tombé à plat ventre.
01:57À ce moment-là, je suppose que quelqu'un a ouvert la porte d'entrée,
02:02ce qui a créé un énorme appel d'air dans tout le bar.
02:05et j'ai senti, j'ai eu le réflexe de me coucher à plat ventre
02:10et de me cacher le visage dans mes bras.
02:13J'ai senti une boule de feu passer au-dessus de ma tête.
02:16Ça a attisé le feu entièrement.
02:19J'ai réouvert les yeux et je n'arrivais plus à respirer
02:21parce que le feu aspirait tout l'air.
02:24Et j'ai réussi à me tirer en dehors du feu.
02:26À ce moment-là, j'ai cherché tous ceux avec qui j'étais.
02:31Je ne trouvais personne.
02:32J'ai paniqué et je suis retourné dans le feu.
02:33J'ai trouvé, j'espère que ce n'était pas un cadavre,
02:39mais quelqu'un d'inerte, brûlé.
02:41Je l'ai tiré en dehors du feu.
02:43Les pompiers l'ont pris en charge.
02:45À ce moment-là, je suis retourné dans le feu
02:47parce que je ne trouvais toujours pas les personnes avec qui j'étais.
02:51Je suis ressorti parce que je n'arrivais plus à respirer
02:53et je ne voyais rien à cause de la fumée.
02:54et j'ai trouvé un ami qui était dehors qui m'a dit que ma copine était dans le coin aussi.
03:01J'ai trouvé mon petit frère plus loin avec ses amis aussi.
03:05Et les sept, on est tous en vie.
03:07Ils sont aujourd'hui à l'hôpital.
03:09Ils sont brûlés au visage, aux bras et aux mains.
03:11Mon petit frère...
03:12Mon petit frère est à l'hôpital.
03:16Il a été transféré à Lyon dans la partie des grands brûlés.
03:20Il est brûlé à 40%.
03:22Les bras, les jambes, les mains, le visage, le dos.
03:29Voilà.
03:29Ils sont tous à peu près dans cet état-là.
03:33Mon petit frère est dans le pire des états.
03:35Il est inconscient, il est dans un coma artificiel.
03:38Et je suis le seul assez intact
03:40avec juste une légère brûlure dans la nuque.
03:43Voilà donc pour ce témoignage absolument terrifiant
03:46de Ferdinand, 19 ans,
03:48donc présent lors de cette soirée,
03:51lors de ce drame.
03:51On accueille Thierry Fontaine,
03:53le président de l'UMI Nuit,
03:54le syndicat des professionnels de la nuit.
03:56Bonjour.
03:57Bonjour.
03:58Merci d'être avec nous.
04:00Alors Ferdinand parle des dengins pyrotechniques
04:03embrasés, un plafond recouvert d'une mousse anti-bruit.
04:07Une mousse anti-bruit, on le sait, extrêmement inflammable.
04:10Comment cela est possible dans un établissement de nuit ?
04:14Ce n'est pas possible.
04:15Dans un établissement de nuit,
04:16dans une discothèque en France,
04:18jamais, jamais un pompier
04:20aurait laissé passer ça.
04:22J'imagine parfaitement qu'on suisse non plus.
04:24On connaît le pouvoir
04:26d'inflammabilité de ce type de matériaux
04:31et jamais, jamais, on ne laisse un établissement
04:34être recouvert d'un tel produit.
04:36Donc, vous posez la question,
04:37est-ce que ce drame aurait pu être évité ?
04:39Oui, bien évidemment.
04:40Il aurait pu être évité si les propriétaires
04:43avaient respecté les normes
04:44et le type d'établissement qu'ils avaient.
04:46Ce n'était pas une discothèque.
04:48Ce bar était un bar à vin, un bar lounge.
04:51Pas un bar festif
04:52où on met de la musique très fort
04:53et où on danse.
04:54Et donc, les normes ne sont pas les mêmes ?
04:55Pas du tout.
04:56Pas du tout les mêmes.
04:58Pourquoi elles ne sont pas les mêmes ?
04:59Parce que, quand on fait une classification,
05:01les pompiers, quand ils font une classification,
05:03ils prennent l'activité effectivement réalisée
05:05dans l'établissement.
05:06Si, pour eux, c'est un bar,
05:08c'est ce qu'on appelle en France un type N,
05:10débit de boisson,
05:11c'est fait pour être un bar.
05:13Là, vous allez prendre votre café,
05:14là, vous ayez visé votre journal,
05:15là, vous allez échanger, déjeuner,
05:18peut-être à midi ou le soir,
05:20mais pas du tout fait pour une activité festive,
05:24pas du tout aux normes
05:26pour ce type d'établissement.
05:28Je vous fais le comparatif.
05:29Dans une discothèque,
05:31vous avez une alarme incendie,
05:34calibrée pour une discothèque,
05:36qui, automatiquement, en cas d'incendie,
05:39va couper la musique,
05:41va allumer les lumières ménage,
05:42va mettre en route un désenfumage
05:44pour extraire les fumées,
05:46les gaz qui sont à l'origine,
05:48cette concentration de gaz
05:50à l'origine de l'explosion qu'il y a eu.
05:52Dans une discothèque,
05:53vous avez un désenfumage,
05:55ou mécanique,
05:56ou par des trappes
05:58qui vont automatiquement évacuer
06:00les fumées et ces gaz.
06:02Vous aurez aussi un message
06:03qui va demander aux gens
06:05d'évacuer l'établissement
06:07par les sorties les plus proches,
06:08avec un signal sonore derrière.
06:10Vous aurez un nombre d'issues de secours
06:13calibrées en fonction
06:15du nombre de personnes accueillies.
06:16Par exemple,
06:17vous n'avez pas le droit
06:18d'avoir dans une discothèque
06:20une pièce
06:21avec plus de 19 personnes dedans,
06:23sans avoir le choix
06:24entre deux issues de secours.
06:26Deux issues de secours.
06:27Là, il y avait une issue de secours
06:28qui était un escalier.
06:30Visiblement.
06:31Alors, le cas de bars festifs
06:35qui, quelquefois dans l'année,
06:37ouvrent une piste de danse,
06:38est-ce que cela est assez commun ?
06:41Oui, malheureusement,
06:42c'est assez commun.
06:43On a même des bars festifs
06:44qui ouvrent toute l'année
06:45des pistes de danse.
06:46Mais ça, malheureusement,
06:48quand l'État n'est pas au courant,
06:49l'État ne préconise pas
06:50le bon niveau de sécurité.
06:53Parce que quand vous déclarez
06:54à l'État que vous ouvrez un bar,
06:55l'État vous dit
06:56« Je vous impose ce type de normes. »
06:58Si vous leur dites
06:59« Demain, j'ouvre une discothèque »,
07:00non seulement on va vous dire
07:01« Je vous impose tel type de normes »,
07:03mais vous aurez un architecte,
07:04un bureau de contrôle
07:05qui va certifier
07:06que ces normes sont bien respectées,
07:08que l'établissement est sain.
07:09Et vous aurez une visite
07:10de la commission communale
07:11de sécurité,
07:12constituée de pompiers,
07:14de préventionnistes,
07:15du cabinet du maire,
07:16de policiers,
07:17qui vont venir vérifier
07:18l'ensemble des documents,
07:20notamment le classement
07:21des matériaux au feu.
07:22Et ils n'auraient jamais laissé passer
07:25ni des banquettes
07:26qui puissent brûler
07:27ou dégager des fumées nocives,
07:29et encore moins
07:30un plafond
07:31de quel type que soit,
07:32qui ne soit pas émin,
07:33donc très très très très peu inflammable.
07:37Très très peu inflammable.
07:37Philippe Bilger,
07:38vous aviez une question
07:39pour notre invité.
07:40En effet, Thierry Fontaine,
07:42cette réglementation
07:43qui nous rassure
07:45sur la sauvegarde française,
07:48est-ce qu'elle a été mise en œuvre
07:50à la suite de la terrible tragédie
07:53du 5-7 dans l'Ain
07:56où ça n'a pas de rapport ?
07:58Non, en 1970.
07:59Mais complètement,
08:00c'était en 1970,
08:02c'était dans l'Isère,
08:03de mémoire,
08:04et en effet,
08:07il y a eu un carnage
08:08et de là est née
08:09une liste
08:11qui se complète depuis
08:13de prérogatives obligatoires
08:15pour l'ouverture
08:16d'un établissement
08:17quelque type que soit.
08:18Tout est classifié.
08:19Un hôtel a des règles,
08:22une salle de spectacle
08:24a des règles,
08:24une discothèque a des règles,
08:26un débit de boisson a des règles.
08:27Tout est classifié,
08:28même les lieux en plein air.
08:29On ne peut pas accueillir
08:30en France du public
08:31sans ces règles
08:32et en effet,
08:33le 5-7
08:33il faut s'en souvenir
08:35parce que c'était un drame
08:36et là aujourd'hui
08:37on est au même niveau
08:38sur le continent.
08:39Je crois que
08:40rien n'était arrivé
08:41d'aussi grave
08:41depuis le 5-7.
08:42Il y avait eu à l'époque
08:42148 personnes décédées.
08:44Merci Thierry Fontaine,
08:45le président de l'UMI
08:46nuit pour ses explications.
08:49Donc le syndicat
08:50des professionnels
08:50de la nuit,
08:51merci de nous avoir éclairé
08:52sur Europe 1.
08:53On continuera de parler
08:54de cette nuit
08:55de la Saint-Sylvestre
08:56sur Europe 1.
08:57Dans un instant,
08:57on va évoquer
08:58le bilan officiel
08:59des violences en France.
09:001173 véhicules incendiés,
09:02500 interpellations minimum
09:04à des chiffres en hausse
09:06par rapport à l'année dernière.
09:07Laurent Nunez
09:07concède un bilan
09:08en demi-teinte.
09:09On en parle
09:09dans un instant.
09:10Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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