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  • il y a 7 mois
Lors de ses vœux adressés aux Français, Emmanuel Macron a parlé de «venir à bout du travail législatif sur le sujet de la fin de vie dans la dignité». Pour le journaliste Paul Sugy, c’était inapproprié. «Quel funeste symbole pour une fin de règne politique», déplore-t-il.

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Transcription
00:00Oui à vrai dire il avait hâte que ça se termine semble-t-il et nous aussi, ça se demandait si c'était même bien nécessaire de sacrifier à la tradition, il y avait quelque chose de crépusculaire, quelque chose un peu aussi déjà comme une amorce d'adieu, alors c'était pas encore Giscard qui se lève de sa chaise sur un arde marseillaise et qui dit aux français au revoir, mais ça commence à y ressembler, le président de la République a évoqué pour la première fois publiquement l'après Macron, il dit je serai donc là jusqu'à la dernière seconde au travail bien sûr selon la formule convenue, tâchant chaque jour d'être à la hauteur du mandat que vous m'avez confié,
00:29mais il ajoute donc en mentionnant sa disparition programmée et contrainte puisqu'il n'a pas le droit de se représenter à sa propre succession cette fois-ci, le président de la République nous a dit hier soir, à la fin de l'année, quand le moment sera venu, s'ouvrira peu à peu la prochaine campagne pour élection présidentielle de 2027, la première à laquelle je ne participerai pas depuis 10 ans.
00:46Donc il y avait quelque chose de crépusculaire, d'ailleurs dans la lumière tamisée du salon des ambassadeurs de l'Elysée, éclairée à la bougie, on a le sentiment qu'au fond il n'y avait plus qu'à éteindre la lumière et partir, mais l'exercice supposait pour le président de la République,
00:58au moins de laisser entendre ou de faire croire que l'année 2026 ne serait pas vaine. Et alors là, on tombe un peu de sa chaise quand on voit que le principal argument qu'il emploie pour dire qu'il y a un sens politique à l'année qui vient,
01:10et bien c'est la loi à venir, le vote de la loi sur l'euthanasie.
01:14Vous dites, il n'aurait pas dû en parler de cette fin de vie hier soir ?
01:17Mais pas du tout. Je trouve que c'est même extrêmement inélégant. C'est comme si vous disiez à votre grand-mère le soir de la Saint-Sylvestre,
01:25écoute, mais tout va bien, l'an prochain, si tu veux, tu pourras passer l'arme à gauche quand tu en as...
01:30C'est quand même extraordinaire que le soir où d'habitude on se souhaite une bonne santé...
01:34On parlait d'optimisme tout à l'heure.
01:35On se souhaite une bonne santé quand on souhaite une nouvelle année, et là, le président de la République souhaite aux Français qu'il voudrait une bonne mort.
01:42C'est ça, l'euthanasie, c'est la mort idéale.
01:43Vous voyez ? Bon alors évidemment, on ne parle pas d'euthanasie, on parle de fin de vie, mais vous savez très bien ce qui se cache derrière ce doux euphémisme.
01:49Mais je trouve que le symbole politique même est délétère.
01:51C'est-à-dire qu'on a compris qu'Emmanuel Macron est à la recherche d'une inscription dans le panthéon des grandes lois qui ont fait la République progressiste.
02:00François Hollande avait le mariage pour tous.
02:01On a bien compris qu'Emmanuel Macron ne se satisfera pas de l'inscription de l'IVG dans la Constitution,
02:06et que par conséquent, la loi ouvrant la possibilité du suicide assisté en France serait à ses oeufs une manière de marquer l'histoire.
02:13Mais quoi qu'on pense de cette loi, et qu'on en soit un partisan ou un adversaire,
02:17mais regardez comment est-ce que déjà, par exemple, il y a un glissement sémantique.
02:21Le président de la République nous avait habitués à une prudence toute continue lorsqu'il évoquait la question de la fin de vie.
02:27D'abord, on n'évoquait jamais seul la question de l'euthanasie, on parlait aussi des soins palliatifs,
02:32parce que c'est un double texte, il n'a pas parlé des soins palliatifs.
02:34Bon, et ensuite, effectivement, il n'a même pas eu la retenue qu'il avait adoptée jusqu'ici
02:38lorsqu'il évoquait ses doutes et en même temps le besoin d'avancer dans le clair-obscur des convictions morales et des situations personnelles.
02:46Là, on a le sentiment vraiment qu'il s'y précipite tête baissée,
02:48en disant, au fond, s'il faut retenir quelque chose de moi, ça sera ça.
02:52C'est le symbole d'un pouvoir en déshérence condamné à aller dans le sens du vent
02:55à la fin d'un second quinquennat dont manifestement de très nombreux Français se seraient dispensés
03:00pour m'en dire encore un peu de leur attention ou de leur indulgence.
03:02Le parallèle entre la fin de règne et la fin de vie est peut-être facile,
03:05mais en tout cas, il est quand même cruel en termes de symbole pour le chef de l'État.
03:09C'est-à-dire vouloir terminer sa vie politique ou présidentielle par quelque chose qui correspond à la fin de vie des personnes,
03:19ça laisse quand même songeur.
03:21Alors, à sa décharge, juste pour mettre un peu de mesure,
03:23l'exercice ne prévoyait pas qu'il entre dans le cœur de la matière
03:28et qu'il nous donne tout de suite le contenu, le langage du texte.
03:30Mais effectivement, le terme de soins palliatifs a cruellement manqué
03:34là où beaucoup de députés insistent sur cet angle mort qu'on devrait renforcer.
03:39Et on se rappelle que les deux textes avaient été liés à des fins évidemment politiques,
03:43c'est-à-dire qu'ils faisaient essayer de forcer la main de ceux qui auraient des doutes sur la loi sur la fin de vie
03:47en disant que c'est la condition aussi pour avoir les soins palliatifs.
03:51Et donc, ça nous amène à un calendrier parlementaire qui maintenant va se rapprocher.
03:55Alors justement, c'est quoi ce calendrier ?
03:57Le gouvernement avait dit au mois d'octobre,
03:58par la voix de son ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifousse,
04:02que le texte reviendra à l'Assemblée Nationale en février normalement.
04:05Bon, le problème, c'est qu'il n'est toujours pas passé au Sénat.
04:07C'est vrai que là-dessus, les Républicains ont fait aussi un petit peu des leurs
04:09pour essayer de faire en sorte que l'examen du texte en première lecture au Sénat soit différé.
04:13En principe, il devrait arriver donc fin janvier maintenant au Sénat
04:16pour un examen en première lecture
04:17avant de revenir immédiatement après à l'Assemblée Nationale.
04:20Aussi, il faut bien le dire, parce qu'Yahel Bronpivet, la présidente de l'Assemblée Nationale,
04:23a elle-même pesé de tout son poids
04:25pour que le texte puisse être examiné en temps et en heure
04:28avant la fin de la législature en cours.
04:30Donc on a le sentiment, peut-être à contre-courant de toutes les priorités politiques
04:33évoquées par ailleurs avec brio par Ophélie à l'instant,
04:36que l'urgence maintenant, ça serait d'avancer sur la fin de vie,
04:39alors qu'effectivement, par ailleurs, le pays part à volo dans beaucoup de ses dimensions
04:42et que ce texte-là, qui suscite la colère,
04:45ou en tout cas la méfiance d'un certain nombre de soignants,
04:48qui suscite les précautions morales de beaucoup de personnalités
04:51du monde intellectuel, philosophique, religieux, bien sûr,
04:54bien que ce texte-là serait la priorité absolue.
04:57C'est-à-dire, encore une fois, quel funeste symbole pour une fin de règne politique.
05:00– Sous-titrage Société Radio-Canada
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