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  • il y a 2 semaines
Claude Moniquet, spécialiste terrorisme et renseignements , était l’invité de La Matinale ce vendredi 26 décembre sur CNEWS. Il s’est exprimé au sujet de l'inquiétude de JD France face à la dissuasion nucléaire : «L'Europe est assise sur un strapontin qui n'est même pas en bout de table»

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Transcription
00:00Effectivement, c'est une déclaration qui ne va pas faire plaisir
00:03et qui va faire couler pas mal d'encre certainement dans les semaines à venir.
00:06Alors évidemment, Gilles Evans ne dit pas que Paris et Londres vont demain
00:10déclencher une guerre atomique contre les États-Unis.
00:13C'est plus subtil, si l'on peut dire.
00:15Ce qu'il dit, et je cite textuellement, il dit
00:19« Si la France et le Royaume-Uni se laissent submerger par des idées morales
00:23très destructrices, vous laissez les armes nucléaires tomber
00:27entre les mains de personnes qui peuvent réellement causer des dommages
00:31très très graves aux États-Unis. »
00:33Un peu plus loin, il parle de la perte d'identité
00:35et il évoque directement, explicitement, des personnes liées ou proches de l'islamisme.
00:41Une petite minorité, dit-il, qui aujourd'hui ne peut que contrôler éventuellement
00:45des municipalités, mais qui sait à terme, dans 5 ans, non,
00:49mais dans 15 ans, oui, absolument.
00:51L'idée d'un super calife islamiste djihadiste qui arriverait au pouvoir
00:59à Westminster ou à l'Élysée, ça relève évidemment d'une vision complotiste
01:05dont on sait que Gidelevan, c'est parfois assez proche.
01:09Mais malgré tout, si ça va plus loin, si c'est plus qu'une simple idée
01:13émise dans un site, si c'est un ballon d'essai, si les États-Unis,
01:17à un certain moment, veulent entrer dans le jeu en faisant pression,
01:20entre autres essentiellement, d'ailleurs, sur Paris, au niveau de l'armement nucléaire
01:24et de l'autonomie de la dissuasion, là, on ira vers une crise politique
01:29qui pourrait être très grave.
01:31Alors, on a deux pays qui sont mis en cause par Gidelevan,
01:34la France et la Grande-Bretagne, mais leur armement nucléaire,
01:38est-ce qu'il a exactement le même statut ?
01:41Alors, légalement, oui. En fait, et militairement, stratégiquement, oui.
01:47Il y a une autonomie totale de décision.
01:49L'arme nucléaire britannique, c'est Londres, c'est le Premier ministre
01:52qui en décide exclusivement l'utilisation.
01:55L'arme française, bien entendu, c'est le président de la République.
01:58C'est la dissuasion.
01:59Maintenant, il y a une différence essentielle, malgré tout,
02:03c'est que la France a voulu, et c'était le génie de Charles de Gaulle,
02:07et ça nous a coûté quand même assez cher au cours des décennies,
02:11a voulu une filière nucléaire totalement autonome.
02:13Depuis l'extraction de l'uranium, l'achat de l'uranium,
02:18jusqu'à la fabrication de la bombe atomique,
02:20au système mis en place pour construire les ogives,
02:23aux sous-marins nucléaires, aux lanceurs,
02:26ce qu'on appelle les vecteurs qui sont là pour délivrer,
02:29comme on dit l'arme nucléaire, les missiles français,
02:31nous sommes totalement autonomes de A à Z.
02:35Au Royaume-Uni, c'est plus compliqué.
02:36Les États-Unis participent,
02:39la conception de la bombe britannique est une conception américaine.
02:43Il y a des échanges de technologies qui théoriquement sont garantis,
02:47mais on sait ce que valent les garanties en cas de crise politique.
02:50Et puis surtout, les vecteurs de la bombe atomique britannique
02:54sont exclusivement américains.
02:57Ce sont des missiles Trident 2D5 qui sont fabriqués aux États-Unis.
03:02Donc on pourrait très bien, et même d'ailleurs testés aux États-Unis,
03:05on pourrait très bien imaginer qu'un jour Washington dise
03:08« Vous avez la bombe, c'est très bien, mais les vecteurs, nous les gardons ».
03:11En tout cas, Claude, tous ces propos, que ce soit ceux du vice-président
03:14ou ceux de Donald Trump, montrent qu'il y a un fossé
03:17qui est en train de se creuser entre l'Europe et les États-Unis.
03:21Oui, c'est clair.
03:23On le voit d'ailleurs tous les jours, malheureusement, au Moyen-Orient
03:26ou même en Ukraine, aux portes de l'Europe.
03:29Nous sommes marginalisés.
03:30L'Europe, on est assis sur un strapontin quelque part,
03:33même pas en bout de table, quelque part contre un mur.
03:36Et on attend que les Russes et les Américains,
03:41en ce qui concerne l'Ukraine en tout cas,
03:43prennent les décisions.
03:44Et puis on sera appelés à enteriner et éventuellement, par ailleurs,
03:47à assumer les conséquences de ces accords.
03:51Mais nous n'avons pas réellement droit à la parole, droit au chapitre.
03:56Alors, ce n'est pas une tendance nouvelle d'ailleurs.
03:57Les États-Unis ont depuis toujours,
03:59en tout cas depuis, oui, ils ont depuis toujours une méfiance
04:03vis-à-vis spécifiquement de l'arme nucléaire française.
04:06Parce que c'est l'autonomie de la France, c'est l'indépendance.
04:08C'est d'ailleurs ce qui avait amené Charles de Gaulle
04:10à la rupture avec l'OTAN en 1966.
04:13Et puis, plus récemment, enfin depuis quelques dizaines d'années quand même,
04:17ça fait 25 ans qu'on me le disait déjà à Washington,
04:20les États-Unis ont les yeux tournés vers la Chine, vers l'Asie.
04:23Et on me disait déjà, il y a 25 ans à Washington,
04:25que la prochaine guerre, entre guillemets, ce serait une guerre avec la Chine,
04:29dans laquelle donc l'Europe serait de fait marginalisée.
04:32Donc oui, effectivement, il y a un découplage qui est en train de se faire.
04:36Alors, est-ce que c'est une tendance vraiment lourde de la politique américaine
04:39qui survivra à la présidence de Trump
04:43et à l'éventuelle présidence de J.D. Evans s'il lui succède ?
04:47Ça, l'histoire le dira, mais en tout cas, c'est une donnée inquiétante
04:50pour la stratégie, pour la géopolitique et pour l'avenir de l'Europe.
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