00:00Les réseaux et qui a un témoignage très fort, c'est celui de Catherine.
00:02Catherine qui est une femme qui aime la vie, qui poste beaucoup sur les réseaux sociaux.
00:06Mais il y a 72 heures, elle a été violemment agressée chez elle.
00:10Un home jacking qui l'a laissé traumatiser, vous allez l'entendre dans un instant.
00:15Ça c'était avant son agression, bien évidemment, quand elle faisait des témoignages sur les réseaux sociaux.
00:21Elle racontait sa vie.
00:22Elle a été agressée parce qu'elle a ouvert la porte sans faire attention.
00:25Elles se sont coupables d'ailleurs, ce qui est intéressant dans son témoignage.
00:28Écoutez la première partie de ce témoignage où elle raconte l'agression dont elle a été victime.
00:35Coucou tout le monde.
00:37Bon, j'aurais préféré vous faire une vidéo dans un autre état que celui dans lequel je suis.
00:45Mais si je fais cette vidéo, ce n'est pas du tout pour faire du spectaculaire.
00:50C'est juste pour vous dire, pendant les fêtes, faites quand même hyper attention.
00:54Si on sonne chez vous, vraiment demandez qui c'est et n'ouvrez pas comme ça en toute confiance parce que c'est ce que j'ai fait ce week-end.
01:04Et voilà, ça m'a valu ça.
01:05Je n'ai pas fait attention, j'ai ouvert machinellement et je n'aurais pas dû.
01:14Donc, il y a des home checking, il faut faire gaffe.
01:21Voilà, donc bon, ça va, j'ai eu plus peur que mal.
01:27Même si j'ai quand même pas mal mal à la tête et à l'œil.
01:35Mais ça va, ça va aller.
01:37Je pense que je vais passer un petit peu par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
01:42Voilà, donc je vous souhaite quand même un joyeux Noël.
01:45Moi, parce que je tremble un peu, je suis quand même encore sous le choc.
01:49Je n'ai pas repris tous mes esprits.
01:51Voilà, vous l'entendrez à nouveau dans un instant parce que vous allez voir que les conséquences psychologiques, elles durent.
01:58Et elle a posté un témoignage hier qui est encore plus dur et plus violent.
02:01Reda Bellage, moi, ce qui m'étonne dans ce témoignage, vous, bien évidemment, vous devez avoir l'habitude d'en entendre souvent, d'en voir souvent.
02:08Mais c'est cette culpabilité qu'elle exprime, en fait.
02:10C'est-à-dire qu'elle n'est même pas dans ce témoignage en colère contre la personne qui l'a agressée.
02:13Elle dit, ah oui, mais j'ai fait une faute, je n'aurais pas dû ouvrir, j'aurais dû faire attention.
02:17C'est terrible, au fond, qu'elle culpabilise, elle, alors que c'est la victime.
02:20Oui, c'est ça.
02:21Mais malheureusement, c'est ce qu'on appelle le choc post-traumatique.
02:24Très souvent, les victimes reprennent, en fait, disent, est-ce que j'aurais dû faire comme ci ?
02:30Est-ce que j'aurais dû faire comme ça ? J'aurais pu éviter ci ou ça.
02:33Et vous imaginez la tête d'un policier ?
02:34Pour nous, c'est encore pire parce que des fois, notre action change beaucoup de choses.
02:38Donc, nous aussi, on connaît cette situation-là.
02:40Mais c'est vrai qu'en tout cas, l'OMJ King est un fait, un délit, un crime, normalement.
02:48Et la problématique à laquelle on fait face, c'est qu'on oblige de sauvoir ses victimes.
02:52Le magistrat, souvent, on requalifie en correctionnel.
02:55C'est-à-dire qu'au lieu de passer en assise, parce que vous utilisez une arme, vous êtes en réunion,
03:00vous rentrez par effraction dans un lieu fermé, vous faites acte de violence,
03:04voire menace avec arme, normalement, c'est criminel.
03:07Donc, vous passez devant une cour d'assise, vous risquez des peines de 10 ans et plus.
03:13Alors qu'en fait, de manière quasiment systématique, ce qu'on constate, nous, les policiers,
03:17dans les services spécialisés, c'est qu'en fait, c'est requalifié en correctionnel.
03:20C'est-à-dire que les individus, parce qu'ils sont mineurs, parce qu'ils sont...
03:24Peu importe le motif, mais en tout cas, ils arrivent en correctionnel.
03:28Et du coup, ils prennent des peines de maximum 5 ans.
03:31Vous voyez ce que je veux dire ?
03:32Et là, déjà, je pense que j'espère qu'il y a des magistrats qui voient ces images-là.
03:36Je ne mets pas tous les magistrats dans le même panier, mais c'est important de le dire.
03:40Qui voient ces images-là et qui se disent, voilà, il y a des gens quand même, il y a des victimes derrière ces faits.
03:44Les auteurs, on cherche toujours des solutions.
03:47On cherche toujours à atténuer, souvent, le délit qu'ils ont commis ou le crime.
03:51Et par contre, ces victimes-là, elles restent marquées à vie.
03:53Tanguy Hamon, c'est vrai que ce home-jacking, ça a tendance vraiment à se développer depuis quelques années.
04:00Avant, on avait des cambrioleurs qui rentraient le soir quand vous n'étiez pas là ou qui rentraient en journée,
04:04qui attendaient que vous partiez de votre appartement.
04:06Là, de plus en plus, on l'a vu, ça fait du bruit parce qu'il y a quelques personnalités qui en ont été victimes en plus.
04:10On a vu ça.
04:10Désormais, ils rentrent quand vous êtes chez vous.
04:12Ils n'hésitent pas à vous frapper, comme on le voit sur le visage de cette dame, à vous pousser, à essayer de rentrer dans l'appartement.
04:18Oui, parce que le but du home-jacking, de la personne qui commet un home-jacking aussi,
04:22alors je ne sais pas si c'est le cas pour cette personne, mais c'est aussi d'avoir un moyen de pression.
04:26Parce que quand vous êtes dans un cambriolage et il n'y a personne sur place, donc vous volez ce que vous voulez et vous partez.
04:31Là, dans un home-jacking, vous allez avoir la famille de la personne qui est sur place.
04:35Donc ça va faire un biais de pression sur Stéphane Guillon, notamment, on en avait parlé.
04:40Il avait sa femme et sa compagne, Bruno Guillon, pardon, excusez-moi, sa compagne et ses enfants qui étaient sur place.
04:45Donc on peut dire, si tu ne me donnes pas les clés de ta voiture, si tu ne me donnes pas le bijou que je recherche,
04:51on va cogner sur ta femme, on va cogner sur tes enfants.
04:54Il faut savoir si on peut donner un conseil aussi aux personnes, aux gens qui nous regardent,
04:58de faire très attention à ce qu'on publie sur les réseaux sociaux.
05:02Faire attention aussi, il y a parfois des livreurs, livreurs de nourriture, de colis qui peuvent faire remonter les adresses à des malfrats.
05:09Il y avait aussi des garagistes pendant un moment qui utilisaient les plaques d'immatriculation des personnes qui venaient se faire immatriculer chez eux des gros véhicules
05:18et qui ensuite, soit revendaient, soit connaissaient des malfrats pour leur revendre ensuite ces adresses pour que les home-jacking puissent se faire.
05:26Alors le premier message qu'on a entendu, le premier témoignage qu'on a entendu de Catherine avait été posté il y a 48 heures.
05:30Hier, elle a reposté un message et de façon assez étonnante, on va en parler avec un psy dans un instant,
05:35mais elle va encore plus mal finalement que les heures qui ont suivi le home-jacking, vous allez l'entendre,
05:40elle explique qu'elle tremble, elle explique qu'elle pleure tout le temps et il est bouleversant aussi ce témoignage.
05:45Et c'est ça, c'est pour ça que je m'intéresse beaucoup aux victimes aussi dans cette émission,
05:48parce que c'est important d'entendre ça et pas seulement de s'occuper des sanctions,
05:52même si elles sont importantes contre les gens qui font ce type d'actes.
05:55Écoutez Catherine.
05:55Alors juste une petite vidéo pour vous donner de mes nouvelles et surtout, avant toute chose, pour vous remercier.
06:07J'ai eu beaucoup, beaucoup de messages suite à la vidéo que j'ai faite hier et ça m'a beaucoup touchée.
06:16Donc je ne peux pas répondre à tout le monde par message ou parce que je suis trop fatiguée.
06:26En fait, j'allais mieux avant-hier.
06:29Je crois que même le jour même du home-jacking, c'est peut-être l'adrénaline, mais voilà.
06:36Là, je n'arrête pas de trembler, de pleurer.
06:40Donc je vais voir certainement un psychologue, puisque les services de police m'ont proposé une aide psychologique.
06:52Et puis je voulais aussi remercier, je peux vous dire, j'ai été très très bien prise en charge par les services de police
07:00qui font vraiment tout ce qu'il faut pour retrouver les agresseurs.
07:05Et je pense qu'ils vont les retrouver d'ailleurs.
07:08Mais vraiment, ils ont été très très humains avec moi, très gentils, très bienveillants.
07:18Postes de police, pareil, j'ai eu des femmes vraiment très humaines.
07:22Et ça, c'est rassurant de savoir que quand même, on a une police en France qui est très efficace et très à l'écoute.
07:31Donc voilà, ça c'est important.
07:33Et ensuite, vraiment encore, merci.
07:38Et surtout, voilà, dites à vos amis, à toutes vos copines, qu'elles fassent très attention.
07:46Moi, je m'en veux énormément.
07:48Je m'en veux beaucoup parce que je n'aurais jamais dû ouvrir.
07:51Et je pensais que c'était une amie qui sonnait.
07:53Et alors, je dis toujours à ma maman, je lui dis, maman, si on sonne chez toi, tu n'ouvres pas, tu n'ouvres pas, voilà.
08:01Et moi, comme une idiote, j'ai ouvert.
08:04Donc c'est vrai que je m'en veux beaucoup.
08:06Mais bon, c'est comme ça.
08:08Voilà.
08:08Mauvais timing.
08:10J'étais là, je n'aurais pas dû être là.
08:12Je ne sais pas.
08:13Bon, en tout cas, merci infiniment pour tous vos messages.
08:18Surtout, voilà, j'essaierai de vous répondre petit à petit, mais pas pour le moment.
08:23Voilà.
08:23Je vous souhaite de très belles fêtes.
08:25Et faites attention à vous et prenez soin de vous.
08:27Je vous embrasse.
08:30Voilà, un message qui fait vraiment mal au cœur.
08:32On est en direct avec le docteur Stéphane Cargé.
08:34Bonjour docteur, vous êtes psychiatre.
08:36Merci d'être en direct avec nous.
08:38Il y a plusieurs choses dans ce témoignage.
08:39D'abord, il y a cette espèce de contre-coup à distance.
08:43C'est-à-dire, elle dit, le jour où ça s'est passé, ça allait.
08:45Le lendemain, ça allait plus tôt.
08:47C'était le premier message qu'on a vu.
08:49Et là, ça ne va plus du tout.
08:50On a le sentiment que ça met presque 48 heures avant que le cerveau, le corps, se rendent compte de ce qui s'est vraiment passé.
08:56Oui, effectivement.
08:57Le fonctionnaire de police l'a dit.
08:59C'est un état de stress post-traumatique.
09:02Et ça évolue sur plusieurs jours.
09:06Malheureusement, parfois, sur plusieurs semaines.
09:08Et dans ce cas-là, ça nécessite une prise en charge spécialisée.
09:14La perte de confiance n'est évidemment pas un signe de faiblesse ni une réaction anormale.
09:19C'est une réponse neuropsychique de protection après une effraction violente de l'espace intime.
09:25Vous avez fait allusion également au sentiment de culpabilité qui vous surprenait.
09:29C'est vrai que tout se passe comme si on retournait encore une fois la violence contre soi, alors que la méfiance, l'anxiété, la peur d'ouvrir la porte, tout ça c'est normal.
09:41Le problème, ce n'est pas la personne, mais la trace laissée par le choc.
09:44Et qu'est-ce qu'il faut faire alors dans ce cas-là ?
09:49Dans un premier temps, avant de se reconstruire par le mental, il faut vraiment sécuriser concrètement sa situation avec des signaux réels de sécurité.
09:59Il faut modifier les routines et aux traumatismes.
10:02Effectivement, la dame l'a dit ne plus ouvrir sans vérifier.
10:05Il faut installer des dispositifs visibles, comme un judas, une chaîne, un visiophone.
10:10Et puis, il faut faire comme le fait la dame, comme le fait Catherine, il faut verbaliser.
10:14Il faut parler à des personnes fiables sans minimiser.
10:19Et puis, il faut évidemment éviter les personnes qui banalisent.
10:23L'idée d'en parler comme ça sur les réseaux sociaux, c'est intéressant.
10:27Parce que ça permet de témoigner sans être interrompu.
10:31Et ça permet de ne pas aller au-delà de ce qu'on a envie de dire.
10:34Parce que parfois, les gens nous demandent trop de détails.
10:36On n'est pas en état émotionnel de les dire.
10:39Le danger de témoigner sur les réseaux sociaux, c'est évidemment les commentaires qui peuvent être malveillants parfois.
10:44Et là, c'est pire que tout.
10:46Et on le voit également dans ce deuxième témoignage.
10:49C'est-à-dire, elle revient sur sa culpabilité.
10:51Elle explique à nouveau dans ce témoignage qu'elle dit à sa mère de ne pas ouvrir la porte.
10:56Mais elle l'a fait.
10:57En fait, on a le sentiment, une fois de plus, qu'elle se culpabilise totalement en disant
11:01« si, ça m'est arrivé, c'est ma faute ».
11:03Elle dit même à un moment donné, quand on l'écoute avec attention,
11:05elle dit « oui, mais je n'aurais pas dû être là, j'étais là ».
11:08En gros, c'est moi qui ai fait une bêtise, je paye pour ma bêtise.
11:11C'est terrible cette culpabilité, au fond.
11:14Oui, à la fois, c'est une tentative psychologique d'essayer de reprendre le dessus.
11:18Parce que quand on est victime, on est complètement passif.
11:20Et finalement, de se dire « j'y suis pour quelque chose », ça nous donne un rôle actif.
11:24Donc ça nous aide un petit peu.
11:27Mais c'est vrai que c'est aussi le produit d'une éducation.
11:29Quand à 4 ans, un enfant tombe par terre, il arrive malheureusement que les parents lui disent
11:35« ah, tu ne peux pas faire attention » ou « tu mets les pieds ».
11:38Donc c'est vrai qu'il y a aussi, dans notre éducation, une tendance à nous culpabiliser sur tout ce qui nous arrive.
11:46Mais il est classique de dire que les femmes et les hommes aussi, victimes d'agression et même parfois d'agression sexuelle,
11:53se sentent coupables aussi, comme s'ils avaient cherché à provoquer la situation.
11:59Merci beaucoup Dr Stéphane Clerget.
12:01Merci d'avoir été en direct avec nous.
12:04On continuera à parler de tout ça dans un instant.
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