00:00Le 20 mars dernier, en France, le Sénat a adopté à l'unanimité la proposition de loi visant à réhabiliter les femmes condamnées pour avoir avorté quand c'était encore interdit.
00:10On en parle avec Cécile Gallucci dans les Clés de l'Info.
00:16Bonsoir Cécile.
00:17Bonsoir Céline.
00:18Ce jeudi, cette proposition de loi revient à l'Assemblée nationale en deuxième lecture, l'occasion de revenir sur ces avortements clandestins.
00:25Et oui, des avortements clandestins. Il y en a eu beaucoup à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle.
00:30Chaque année, regardez, en moyenne 500 000.
00:33Et trois femmes mouraient chaque jour des suites d'un avortement, pratiquées souvent avec des aiguilles à tricoter ou avec un cintre.
00:40Selon les périodes, c'était soit un crime, soit un délit.
00:43Regardez ce que disait l'article 317 du Code pénal de 1810.
00:49Quiconque par aliment, breuvage, médicament, violence ou par tout autre moyen aura procuré l'avortement d'une femme enceinte,
00:56soit qu'elle y ait consentie ou non, sera punie de la réclusion.
00:59La femme avortée risquait donc la prison et les médecins pratiquant, eux, risquaient des travaux forcés.
01:06Médecins que l'on appelait à l'époque des faiseurs et des faiseuses d'anges, également des tricoteuses.
01:12Et on comprend pourquoi.
01:12Entre 1870 et 1975, 11 660 personnes ont été condamnées pour avoir pratiqué ou avoir eu recours à un avortement.
01:24Et c'est à partir de 1920 que la politique nataliste conduit au renforcement de l'arsenal législatif contre l'avortement.
01:30Oui, la France d'Ursilton et du coup également les peines pour les femmes qui ont eu recours à l'avortement.
01:36Elles sont de 6 mois à 2 ans d'emprisonnement et d'une amende de 100 à 2000 francs à l'époque.
01:42Pour les professionnels de santé, c'est 1 à 5 ans d'emprisonnement, 500 à 10 000 francs d'amende.
01:48En 1939, un décret loi renforce les peines encourues qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort en cas de récidile.
01:55D'ailleurs, entre 1887 et 1941, 68 femmes ont été condamnées à mort.
02:01Mais toutes ont été graciées, toutes sauf Marie-Louise Giraud qui est donc 7 femmes.
02:07C'est le maréchal Pétain qui lui a refusé la grâce car c'est sous le régime de Vichy que la répression est la plus forte.
02:13En 1942, l'avortement est requalifié en crime contre la sûreté de l'État, accusé d'avoir pratiqué 27 avortements illégaux entre 1940 et 1942.
02:25Marie-Louise Giraud est donc guillotinée le 30 juillet 1943.
02:30Ce sera donc la seule et l'unique à la libération en 1944.
02:34La loi condamnant l'avortement à la peine de mort est abrogée mais la justice maintient un fort niveau de répression.
02:40Pour autant, le nombre d'avortements clandestins illégaux ne baisse pas.
02:44Et non, pas d'un iota.
02:45A partir de 1948, l'État est un peu moins regardant mais il faut attendre 1972 et le procès de Bobigny pour déclencher une prise de conscience.
02:55C'est l'histoire d'une adolescente de 16 ans qui a été violée et qui tombe enceinte.
02:59Elle est donc juste ici, assistée par 4 autres femmes dont sa mère.
03:04Elle a recours à un avortement mais quelques jours plus tard, elle est dénoncée par le violeur en question.
03:09C'est l'avocate Gisèle Halimi que l'on voit ici à gauche qui les défend et qui donne une tournure politique au procès
03:15en appelant à la barre des prix Nobel, des médecins, des politiques.
03:19Également Michel Rocard que l'on voit donc juste ici.
03:23Également des actrices et des Simone de Beauvoir.
03:26Un procès, on le sait, qui a ouvert la voie à la loi Veil de 1975
03:31qui donc autorise l'interruption volontaire de grossesse.
03:35Au final, l'adolescente est relaxée, sa mère est condamnée à 500 francs d'amende avec sursis.
03:41L'avorteuse a un an de prison avec sursis et les deux autres sont également relaxées.
03:46Ce sont donc toutes ces femmes que cette proposition de loi présentée ce jeudi à l'Assemblée vise à réhabiliter.
03:52Exactement, une proposition de loi portée par la sénatrice Laurence Rossignol-Lawassi.
03:57Elle a donc déjà été adoptée par le Sénat, on l'a déjà dit, le 20 mars dernier à l'unanimité.
04:01Elle se compose de deux articles. Les deux articles, c'est donc reconnaître les atteintes portées aux droits des femmes.
04:08Il s'agit des souffrances subies par celles qui ont subi des avortements
04:11et celles subies par les personnes condamnées pour avoir pratiqué l'avortement.
04:16En revanche, aucune compensation financière n'est prévue.
04:19Le deuxième article propose la mise en place d'une commission nationale indépendante.
04:23Pour ne pas oublier, elle sera placée auprès du Premier ministre.
04:27Cette réhabilitation, c'est reconnaître qu'elles ont été condamnées injustement.
04:31C'est aussi restaurer leur dignité, leur redonner une place centrale dans l'histoire des femmes et dans l'histoire de leurs droits.
04:38Et ce mercredi, Cécile, c'est le Parlement européen qui a adopté un texte exhortant en Bruxelles
04:42à faciliter l'accès à des avortements sûrs à toutes les femmes du continent.
04:46Oui, l'initiative citoyenne européenne.
04:48Ma voix, mon choix qui est à l'origine de cette mobilisation.
04:53Car si l'IVG est désormais protégé en France par la Constitution, il reste très restreint dans d'autres pays.
04:59C'est notamment le cas à Malte qui autorise l'avortement uniquement si la vie de la mer est en danger et si le fœtus n'est pas viable.
05:07En Pologne, on le sait, l'IVG ne peut être légalement pratiqué que lorsque la grossesse est issue d'un viol ou d'un inceste.
05:13Un inceste, l'avortement est autorisé sans restriction dans 38% des pays du monde.
05:19Et il est complètement interdit dans 22 pays, notamment en Égypte, en Irak, au Sénégal ou encore aux Philippines.
05:26Aujourd'hui, à travers le monde, 38 millions de femmes sont contraintes chaque année de recourir à un avortement clandestin ou non sécurisé.
05:35C'était les clés de l'info. Merci beaucoup, Cécile Gallucci.
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